Mères adolescentes : L’adolescence et la grossesse dans l’histoire

By 22 February 2013

1. A la découverte des mères adolescentes

1.1.Donnons une définition de l’adolescence

Du point de vue étymologique, adolescence vient du verbe latin « adolescere » qui signifie grandir vers [1, 2, 3]. Il s’agit donc d’un processus et non d’un état. Les termes « adolescent »et« adulte »nesont quedeuxconjugaisonsdifférentesduverbe « adulescere ». L’adolescent en est le participe présent soit « adulescens » (qui est en train de grandir), et l’adulte le participe passé soit « adultus » (qui a grandi) [3].

Le dictionnaire le Petit Larousse illustré édition 2007 définit l’adolescence comme la « période de la vie entre l’enfance et l’âge adulte pendant laquelle se produit la puberté et se forme la pensée abstraite. » Elle correspond à une période de changement identitaire intense en raison de toutes les transformations corporelles, psychologiques, cognitives, sexuelles et sociales.

L’adolescence comme nous la connaissons aujourd’hui est une construction sociale, elle n’a pas toujours existé. Elle est née d’une évolution au travers des âges et des époques [1].

1.2.L’adolescence et la grossesse dans l’histoire

1.2.1.De l’antiquité à nos jours

Tout commence dans la Rome antique où le terme adulescens voit le jour mais ne se réfère à aucune catégorie d’âge en particulier. Le plus souvent les jeunes hommes de 17 à 30 ans étaient nommés ainsi mais il ne s’agissait en aucun cas de pré-adultes ou de post adolescents. Ils acquéraient leur citoyenneté à 17 ans et le droit de mariage dès la puberté. Les femmes, quant à elles, devenaient directement uxor, épouse, c’est-à-dire sans adolescence [3, 4].

Au moyen-âge, la puberté était plus tardive qu’aujourd’hui, mais la vie sexuelle et le mariage étaient relativement précoces et aboutissant à des maternités chez des femmes très jeunes [4, 5]. L’individu passait directement de l’enfance à la vie d’adulte et c’est la puberté qui signait la limite entre ces deux périodes.

Le phénomène de l’adolescence émerge progressivement à la Renaissance, pour permettre de différencier, parmi ceux qui veulent s’éduquer, les jeunes de 7 à 17 ans des adultes [2].

Ce n’est qu’au XIXème que l’adolescence moderne, telle qu’elle est connue aujourd’hui, apparaît en France. Le mot adolescence possède, à cette époque, une connotation péjorative car il désigne un nombre très restreint de jeunes collégiens bourgeois poursuivant leurs études et financièrement dépendants (novices un peu niais). Les jeunes filles des classes aisées et les jeunes des classes populaires continuent quant à eux de bénéficier d’une formation acquise au contact des adultes.

L’espace du collège sert de cadre d’analyse aux pédagogues et aux moralistes, qui élaborent une image continuellement négative de l’adolescent, ingrat, gauche, indécis, immoral et irresponsable [1, 3, 5]. Durant cette période, les grossesses aux âges jeunes, avant 20 ans, se heurtent à une très forte réprobation sociale conduisant les mères à cacher leur grossesse et naissance et bien souvent à abandonner leur nouveau-né [5]. C’est pour venir en aide à ces jeunes femmes sans emploi ni soutien familial que le sénateur Paul Strauss (1852-1942) créé des institutions et des asiles refuges qui annonce la création des « premières maisons maternelles ».

L’adolescence deviendra un terme plus global, désignant toute une classe d’âge et utilisé aussi bien pour les garçons que pour les filles, avec la généralisation de la scolarisation au XXème siècle. Le développement de la psychologie de l’adolescence entraîne une nouvelle vision de cette période de la vie, dorénavant valorisée et dédramatisée [5, 6].

Cependant ce phénomène n’est pas universel car dans certains pays pauvres, les enfants ne connaissent pas l’adolescence dans son sens social et passent directement de l’enfance à la vie adulte. Il n’y a donc pas une adolescence mais plusieurs selon les cultures, les continents où l’on se trouve et l’époque [7].

1.2.2.La place des rites initiatiques

Les sociétés traditionnelles ont développé des rites de passages qui sont différents d’une société à l’autre mais nous y retrouvons un certain nombre de constantes. La fonction de ces rites est de définir la place de chacun dans la société. Au cours du rituel traditionnel, le jeune garçon traverse une épreuve au cours de laquelle un risque est souvent affronté. Cette épreuve est chargée d’une valeur symbolique et s’accompagne d’une acquisition d’un savoir transmis par les aînés [1]. Pour les jeunes filles, les rites de passage pour la fille sont « privés », moins collectifs et ont plutôt un caractère personnel et intime, la grossesse en étant un exemple caractéristique [8].

Dans notre société, les rituels se sont perdus. L’adolescence s’étend sur une plus longue période (environ 10 ans) et les « rituels sociaux » des générations précédentes (profession de foi, départ à l’armée) ne concernent maintenant que la minorité d’une classe d’âge [1]. La disparition des rituels d’initiation est souvent mise en rapport avec les conduites déviantes chez les adolescents en particulier ce qui concerne les attaques plus ou moins conscientes du corps (tentative de suicide, consommations de produits toxiques, comportement sexuel à risques…).

Lire le mémoire complet ==> La maternité à l’adolescence : une prise en charge spécifique ?
Mémoire pour obtenir le Diplôme d’Etat de Sage-Femme – Ecole De Sages-Femmes De Baudelocque
Université Paris Descartes – Faculté de Médecine de Paris