MARS : exemple d’un lieu de vies musicales

By 2 February 2013

C/ MARS : exemple d’un lieu de vies musicales

Sur son territoire local, l’association Mars (loi 1901) est plus connue sous les noms de Chato’do ou Pôle nord, les deux sites qui l’hébergent actuellement. Chacun des lieux a son histoire. Mars les réunit en 2007.

1. Présentation de l’association

1989, création de l’atelier “musique-mécanique”. Il est construit dans les quartiers nord de Blois. Le concept, c’est de faire de la musique (des petits groupes y répètent) et de la mécanique (on y répare les mobylettes). Le but de ce lieu atypique est de créer une dynamique sur un quartier aux populations culturelles et ethniques multiples. L’enjeu semble social, mais une véritable vie socio-culturelle se forge : soirées à thème, festival en plein air … La gestion du lieu est confiée à la MJC de Blois (la Maison de Bégon).

En parallèle, l’association “Ripost” porte le projet d’une salle de diffusion de musiques amplifiées. La “grande salle” (600 places debout) est construite en 1994, non loin de l’atelier mécanique qui porte alors le nom de Pôle Nord. Sa gestion est confiée à Ripost en 1996. L’association reçoit le label Smac un an plus tard. Une seconde phase de travaux est élaborée en 2000, pour juxtaposer une seconde salle de diffusion de plus petite jauge (150 places) : le “club”. Le site se voit aussi ajouter deux locaux de répétition et un espace ressources. Une programmation plus portée vers la découverte artistique peut enfin être sereinement envisagée. La précarité des emplois, le départ d’un directeur, le manque de reconnaissance politique amènent à une situation délicate. Le Chato’do est en danger. Le projet associatif Ripost est alors entièrement reformulé en 2005. L’association change de nom et devient Mars. Le projet est pensé à long terme pour la structure : « Dans le cadre de la DSP, on a décidé de reprendre le décret de 1998 et de voir : une Smac ça sert à quoi, comment l’État la définit, le cahier des charges. Et d’ailleurs, un, stratégiquement, pour que l’État soit content du projet. Et deux, pour remplir les missions qui correspondent à notre projet d’individu aussi, d’individu »92. Ce tournant, après un combat acharné des acteurs culturels blésois pour obtenir le soutien des politiques, entraîne la signature d’une DSP sur cinq ans avec la ville de Blois, qui prend effet en mars 2007. C’est ainsi que la gestion des studios Pôle Nord est retirée à la Maison de Bégon pour être confiée à Mars.

L’association dispose aujourd’hui d’une capacité architecturale digne d’un dispositif Smac

2000, mais de petite taille : « Les gros équipements type SMAC qui sortent de terre en ce moment remplissent toutes les missions. Nous, on les remplit de fait parce qu’on a la capacité des hommes, des locaux. Mais on n’est pas sur un équipement de grande ampleur »93. Les bâtiments de Mars accueillent :

– à Pôle Nord : un studio d’enregistrement, deux locaux de répétition, un espace ressources, une pièce détente, un bureau, une cuisine.

– au Chato’do : deux salles de diffusion (150 et 600 places), deux loges, un bar, un local de répétition, cuisine et salle de restauration, des bureaux.

Le fonctionnement de l’association est confié à treize employés, équivalent à douze temps- pleins :
Rémi Breton, directeur
Fabrice Lemaitre, directeur technique Boris Le Moing, assistant technique Frédéric Gramage, ingénieur son
Jérémie Badaire, chargé des locaux de répétition
Hassan Zouhair, chargé des locaux de répétition
Fabrice Parmentier, responsable de l’accompagnement de groupes (mi-temps) Isabelle Marcelat, secrétaire de direction
Séverine Lévy, comptable
Frédéric Mandard, programmateur
Juliette Clément-Cuzin, chargée de communication
Christine Bluet, chargée de production
Carole Desnoues, cuisinière (quart-temps)

L’activité de Mars repose aussi sur le bénévolat : le bureau associatif, les adhérents, une équipe de bénévoles … Mars travaille en réseau avec de nombreux acteurs culturels. La visée de ces échanges permanents entre structures souligne une politique globale de développement du territoire. Donc l’association Mars attache une grande importance à travailler avec les pouvoirs publics et les acteurs culturels à tous les niveaux. Rémi Breton est par exemple président de la Fracama. Il défend une stratégie de développement régional sur le long terme. « On n’a pas tous les éléments en notre faveur pour que cette salle fonctionne de façon facile et cohérente. Le bassin de population est plutôt faible. Il y a très peu d’étudiants, un environnement de campagne. Et on a deux gros pôles, deux villes importantes très proches (Orléans et Tours), qui sont équidistantes en plus. Elles peuvent fonctionner sur elles-mêmes. Donc par rapport au réseau, c’est hyper important qu’on soit moteur. Déjà pour qu’on ne nous oublie pas, tout simplement ». Les rapports avec les pouvoirs publics sont aussi soignés, puisque la part d’auto-financement de Mars n’est que de 30%, le reste étant distribué par l’État, la région Centre, le département du Loir-et-Cher, la communauté d’agglomération Agglopolys et la ville de Blois. La mission de Mars, « C’est (…) faire qu’on devient indispensable sur un territoire. Il ne faut pas qu’on puisse remettre en question ce pourquoi on nous missionne »94.

2. Les activités de l’association

Aujourd’hui, l’association Mars est en pleine évolution. Son projet global est réfléchi pour recouvrir toutes les fonctionnalités d’un lieu de vies musicales : diffusion et accompagnement des pratiques musicales. Chaque pôle est pensé en corrélation avec les autres. « C’est vraiment un imbroglio de choses qui fait que le projet global doit s’articuler vers un sens donné : le bien-être de l’association, sa pérennité et être un acteur culturel … être un acteur culturel »95. Le premier pôle d’activité est la diffusion. Elle présente différentes formes artistiques, dans le but de diversifier l’offre. La part des groupes diffusés en 200796 est la suivante :

30% de groupes amateurs
40% de groupes en développement
30% de groupes professionnels

On peut aussi, sur cette même base de groupes, observer leur provenance géographique :

22% des groupes sont blésois
8% des groupes sont loir-et-chériens
10% de groupes de la région Centre
60% de groupes d’une autre provenance

94 Calculs faits à partir de la programmation du Chato’do sur 2007, sur la base de la pyramide de notoriété.
95 Entretien avec Rémin Breton, p142.
96 Calculs faits à partir de la programmation du Chato’do sur 2007, sur la base de la pyramide de notoriété.

On note une volonté profonde de faire participer les acteurs locaux : 40% des groupes viennent de la région Centre. La programmation est pensée en équilibre entre découvertes, artistes locaux et têtes d’affiche. Plusieurs soirées spéciales sont organisées toute l’année. Les soirées “scènes ouvertes” ont lieu une fois par trimestre ; elles accueillent les groupes locaux qui en font la demande. Ce rendez-vous prend de l’ampleur et nécessite une sélection des groupes qui postulent. Cela prouve qu’il y a une réelle demande des groupes amateurs de jouer dans ce lieu. Les soirées “concert des élèves du département musiques d’aujourd’hui” présentent deux fois par an les élèves qui suivent un enseignement à Pôle Nord avec l’école de musique blésoise. Elles affichent régulièrement “complet” et montrent l’engouement des élèves, de leur entourage à passer une soirée festive autour des musiques amplifiées. La diffusion se veut variée, équilibrée. Le Chato’do souffre cependant d’une image trop “rock”. Ce genre musical et ses dérivés prédominent. Aussi, l’action culturelle n’est pas un objectif sur lequel peut s’appuyer fortement le projet général de l’association. La démarche d’aller à l’encontre des publics “empêchés” reste timide. Elle concerne principalement les scolaires. Mars assiste les différents lycées qui forment le Tami, le dispositif d’animation musicale et culturelle dans les lycées agricoles de la région Centre. Mais le pôle d’action culturel reste à développer.

Le second pôle d’activité est l’accompagnement des pratiques musicales, de la répétition à la scène. Mars dispose des équipements et du personnel pour remplir les missions d’accompagnement des pratiques d’un lieu de vies musicales. Premièrement, les trois locaux de répétition permettent d’accueillir les artistes loir-et-chériens. Il faut préciser que la région Centre est très mal équipée en locaux de répétitions : une trentaine de lieux seulement sont répertoriés, allant du studio équipé et insonorisé au local vide. La base de données de la Fracama dénombre pourtant environ 1400 artistes97. Un travail de diagnostic et de préconisation est d’ailleurs effectué par la Fracama pour inciter les pouvoirs publics à soutenir les projets d’équipement du territoire en locaux de répétition.

97 Répertoire en ligne sur le site www.fracama.org.

Mars est l’un des rares organismes à proposer un lieu pouvant accueil des amateurs et des professionnels avec le même égard. Les tarifs sont très avantageux : l’heure coûte six euros et les musiciens ont la possibilité de prendre des forfaits pour diminuer le prix de revient à l’heure. Par exemple, le forfait de 50 heures coûte 179 euros, soit 3,58 euros l’heure. Le but est non seulement de pratiquer des prix abordables, mais aussi de fidéliser les clients pour qu’ils répètent dans de bonnes conditions techniques et acoustiques. Une trentaine de groupes amplifiés répète régulièrement à Pôle Nord. Ces mêmes artistes ont la possibilité de garder une trace de leur création : Mars dispose d’un studio d’enregistrement professionnel, de renommée nationale. Il accueille autant des artistes confirmés que des groupes en développement ou des amateurs. Malgré la possibilité technique d’enregistrer chez soi, une forte proportion de hip-hoppers des quartiers nord de Blois fréquente le studio, particulièrement attirée par son professionnalisme et ses prix attractifs : l’heure d’enregistrement avec un ingénieur du son coûte seulement 31 euros. La musique hip-hop étant principalement faite à partir de logiciels (qui ne nécessitent donc pas une qualité d’enregistrement), ils n’ont qu’à enregistrer leur chant.

Pour préparer une scène, les artistes ont la possibilité de faire des filages au club. Ils peuvent accentuer leur travail sur le son, les lumières, les décors, la mise en scène … Cette pratique est principalement exploitée par des artistes en développement. Aussi, même si cela reste épisodique, la grande salle peut être louée à des artistes confirmés pour un travail de mise en scène professionnel. L’activité de résidence reste peu exploitée.

Tout au long de l’année, les studios de répétition de Pôle Nord accueillent des élèves de l’ENM de Blois. Ils suivent un cursus d’apprentissage des musiques amplifiées dans le département de l’ENM nommé “musiques d’aujourd’hui”. Mars est missionnée par Agglopolys pour accueillir ces musiciens en herbe, dans un cadre adapté à leur pratique amplifiée. En complément des enseignements donnés par les professeurs de musiques amplifiées de l’ENM, Mars propose depuis la rentrée 2008 des formations sur divers thèmes : l’auto-sonorisation, la création d’un label … Ces formations sont destinées aux musiciens, mais aussi aux acteurs associatifs, aux acteurs publics, à toute personne susceptible de s’intéresser à l’environnement des musiques amplifiées. Elles sont gérées en partenariat avec la Fracama, puisque l’association de dispose pas d’un employé attaché au centre de ressources situé à Pôle Nord. Cet espace d’information a d’ailleurs été repensé lors de ma période de stage pour être géré par plusieurs membres de l’équipe. Les chargés de répétition doivent actualiser l’information et s’accorder avec le poste de communication pour que le lieu soit entretenu. Cependant, le manque de compétences spécifiques et de temps des employés ne permet pas d’exploiter au maximum cette activité. La réorganisation de son fonctionnement ne suffira peut-être pas à faire de cet espace un lieu de vie, d’échange, d’apprentissage, de dialogue comme il pourrait l’être si un poste était attribué à cette tâche.

Enfin, Mars dispose d’un dispositif d’accompagnement des artistes en voie de professionnalisation nommé métaphoriquement l’écluse. Il s’attache à donner des outils de progression à des groupes sélectionnés chaque année, et suivis pendant une ou deux années consécutives. Chaque accompagnement est personnalisé en fonction des besoins des groupes. Nous observerons mieux par la suite le développement de cet accompagnement qui semble marquer une étape importante dans la carrière d’artiste.

Les diverses activités de Mars honorent la mission de service public imposée par le label Smac. Tous les champs d’action sont couverts. Certaines activités proposées sont perfectibles. Elles ne peuvent que se développer avec l’évolution du projet général de Mars qui ne cesse de grandir. L’association a donc la possibilité de s’impliquer dans les différentes étapes de progression d’un musicien. Nous avons vu l’importance que porte cette structure et son réseau à développer l’implantation de lieux de répétition dans toute la région Centre. Les « locaux de répétition : pour nous, c’est une évidence puisque les pratiques amateurs font partie de la base du projet. Parce que c’est à partir de l’amateur qu’on crée quelque chose » confirme Rémi Breton, directeur de Mars et président de la Fracama. Les pratiques amateurs dans leurs premières étapes sont les prémices d’une société créatrice d’art et de sens. Cependant, pour appuyer l’évolution de ces artistes sur la pyramide de notoriété, pour soutenir un mouvement artistique pérenne, le soutien du passage de l’amateurisme au professionnalisme semble primordial. Observons comment Mars, par le biais du dispositif écluse, apporte sa pierre à l’édifice.

Lire le mémoire complet ==> Le métier d’accompagnateur dans la carrière musicale amplifiée
Master 2 Anthropologie spécialité Métiers des arts et de la Culture
Université Lumière Lyon 2