L’influence des parents dans le domaine des soins de santé dentaire

By 16 February 2013

III.2.2 Le traitement dentaire d’un enfant qui a survécu à un cancer

Le fait d’être dans une ambiance médicale pour une longue durée ne veut pas toujours dire que l’enfant et sa famille soient habitués à tous les types de traitement et de procédure. L’état physique et psychologique dans lequel le dentiste trouve ces enfants et les parents détermine un comportement plus au moins coopératif qui va définir les conditions de leur adaptation à l’ambiance du cabinet dentaire, ainsi que les attitudes qui, dans ce milieu de soins, pourront refléter la (re)structuration socio- familiale des patients et de leur famille.

Des auteurs soulignent que les soins appliqués aux enfants ayant déjà été soignés pour un cancer doivent obéir à certaines règles afin d’établir une ambiance relationnelle agréable dès le départ. Ainsi, l’environnement de la salle de soins doit être convenable : éviter les bruits incessants, les gestes brusques, les altérations de ton, entre autres. L’intégration de la famille dans le traitement dentaire est d’une extrême importance; la participation des parents et/ou des proches s’avère essentielle tant dans la collaboration pour la prévention de la santé que dans le soutien émotionnel de l’enfant. De plus, l’utilisation de techniques comportementales chez ces enfants doit être en mesure de garantir leur bien être. Finalement, l’enfant doit comprendre ce qui se passe et nous rappelons la nécessaire adaptation du langage ajusté à l’âge de l’enfant (SEGER, 2002).

A partir de la situation particulière de soins dentaires à laquelle s’ajoute la caractéristique de ces patients- avoir eu un cancer- nous pensons qu’un élément principal ressort dans les inquiétudes exprimées par tous les individus impliqués dans la relation thérapeutique (parents, dentiste, enfant) : la douleur (SEGER, 2002). C’est, en effet, un aspect très associé à ces deux situations spécifiques. Néanmoins, nous ne trouvons pas encore dans les études récentes ni même dans les guides cliniques de soins dentaires chez l’enfant cancéreux (AMERICAN ACADEMY OF PEDIATRIC DENTISTRY, 2006) des considérations sur la douleur. Les aspects psychologiques et aussi la peur de l’enfant dans une situation dentaire semble être « oubliés » par les auteurs qui affirment au départ parler de la qualité de vie de l’enfant cancéreux.

III.2.2.1 L’influence des parents

Dans le domaine de la santé, les motivations et les discours des parents et des enfants ne sont pas les mêmes. Ni leurs peurs… Les effets sur l’enfant des phénomènes d’anxiété des parents peuvent être vraiment néfastes au niveau des consultations odontologiques; il faut donc connaître ces angoisses et apprendre à les surmonter, mais surtout il faut connaître les raisons qui les ont fait naître.

Dans le contexte du cancer, le phénomène anxiogène peut, chez les parents, prendre une plus grande intensité et cette anxiété parentale, lors des soins dentaires, peut être le déplacement d’une autre peur : la peur de l’anomalie, autre atteinte à l’intégrité de l’enfant. Le parent « dévoile » sa peur, déchargeant son angoisse sur l’enfant et concrétisant ainsi le mécanisme du déplacement; « ce n’est pas la dent qui représente un problème, elle est mise à la place de » (CHOUKROUN, 1997, p.57).

Nous sommes déjà passés par l’étude des facteurs qui peuvent contribuer à l’état d’anxiété d’un enfant lors d’une consultation dentaire (Cf. Chapitre I). Il faut, dans ce chapitre, approfondir un peu le facteur que constitue l’influence des parents et tout particulièrement leurs croyances. En effet, le comportement des parents est considéré comme d’une importance majeure dans le conditionnement de l’enfant – principalement jusqu’à l’âge de 12 ans, puisque les parents sont encore bien présents lors des consultations- c’est pourquoi il est mentionné dans les études sur les origines de la peur et de l’anxiété dentaire des enfants.

Reportons-nous à l’exemple (ten BERGE, VEERKAMP, HOOGSTRATEN et PRINS, 2001) où les parents enquêtés disent que la cause principale de la peur de leur enfant est liée à des expériences dentaires invasives ou douloureuses (36 pour cent), aux séjours hospitaliers, aux expériences médicales antérieures (19 pour cent), au caractère de l’enfant (16 pour cent) et au comportement du praticien (13 pour cent). La peur ayant toujours existé dont les parents ne savent pas expliquer l’origine directe, est une cause citée par 7,5 pour cent des parents et les facteurs d’origine sociale, à l’exemple de leur propre anxiété, ont été mentionnés par un faible pourcentage de cinq pour cent. Ces données sont traitées pour la totalité du groupe des parents.

La majorité des parents d’enfants présentant un haut niveau d’anxiété a attribué l’origine de cette peur à des facteurs extérieurs qu’ils ne peuvent pas contrôler, tandis que les parents des enfants porteurs d’un niveau plus faible d’anxiété (surtout les parents des plus jeunes) ont considéré que leur propre attitude était importante dans ce processus. De plus, les croyances qui entourent les mesures préventives sont aussi prises en considération par les parents des enfants porteurs d’un niveau de peur plus faible, ce qui montre qu’ils sont plus responsables et plus conscients de leur propre influence sur les attitudes préventives de leurs enfants au plan de la santé dentaire (ten BERGE et alii., 2001).

Il faut souligner le manque de sûreté des parents d’enfants porteurs d’un haut niveau d’anxiété. Il semble que les parents, dès qu’ils se sentent incapables d’influencer ou d’aider leurs enfants à surmonter ou à prévenir la peur, en viennent à attribuer ce manque aux facteurs extérieurs… Cela s’explique par le fait que les données trouvées indiquent que ces parents ont eu beaucoup plus de problèmes que les autres parents lors des consultations de leurs enfants.

Les parents accusent l’attitude du dentiste et les expériences antérieures, tandis que le praticien peut se référer au comportement des parents comme aux autres types d’expérience de ces enfants… Quand on observe que les facteurs qui sont causes de cette peur sont toujours attribués à l’extérieur, on en vient à penser que les parents des enfants porteurs d’anxiété n’admettent pas leur propre responsabilité. Ils croient à l’absence de peur et attribuent cette anxiété au comportement du praticien : il peut être incapable de soigner ce type d’enfants (les parents mentionnent la combinaison de l’attitude négative du dentiste et de traitements douloureux…), pourtant admettre l’angoisse est incontournable (ten BERGE et alii., 2001) (Cf. Tableaux 11 et 12).

On observe alors ce type de contraste : les parents souvent ramènent les causes aux traitements dentaires antérieurs alors que les dentistes attribuent le comportement angoissé au milieu familial.

Raisons pour lesquelles les enfants n’ont pas peur :

Parents d’enfants porteurs d’un faible niveau de peur dentaire
Attitude du praticien 34 % Orientation des parents 30%
Absence d’expériences douloureuses 14% Caractère de l’enfant 14%
Autres* 7%

* Ces facteurs ont été cités seulement une fois et varient de : “l’âge très jeune de l’enfant lors de son premier contact avec le dentiste” à :“je ne connais pas la raison”.

Tableau 11 : F acteurs en rapport avec l’attitude positive des enfants chez les enfants n’ayant pas de peur (te n B ERGE et alii., 2001)

Les parents des enfants plus jeunes (4-5 ans) citent souvent leur propre rôle dans ce processus, tandis que les autres (parents d’enfants de 8-9 ans) préfèrent transférer cette importance et la reporter sur l’attitude du praticien lors des consultations (ten BERGE et alii., 2001).

Raisons pour lesquelles les enfants n’ont pas peur :
Parents d’enfants porteurs d’un haut niveau de peur dentaire
Attitude du praticien 67% Orientation des parents 19% Caractère de l’enfant 3%
Absence d’expériences douloureuses 3% Autres** 6%

** Les parents ne connaissent pas la raison

Tableau 12 : Facteurs e n rapport avec la peur des enfants (te n B E RGE e t a l ii . , 2 00 1 )

Il faut souligner que les parents des enfants qui craignent la consultation ont rapporté que ces enfants avaient peur, non seulement lors de la consultation, mais aussi dans les situations les plus variées. Ceci nous porte à croire que ce groupe d’enfants pourrait être encore partagé en sous-sections mais que l’on relèverait d’abord dans les causes de la peur les facteurs d’ordre psychologique.

Dans le cas du patient cancéreux, les attitudes parentales peuvent être exacerbées. La maladie chronique grave, dès qu’elle est comprise en tant que telle, avec les inquiétudes, difficultés et peurs qui s’ensuivent peut amener une déstructuration globale de la famille. C’est pourquoi, « l’ensemble des liens thérapeutiques et parentaux » (AUBERT-GODARD, 2001, p.20)94 est nécessaire à la santé d’un enfant et ne peut pas être brisé dès lors qu’on cherche l’équilibre et le bien-être de tous.

94 Un autre point dont l’importance est considérable dans la situation d’une famille ayant un membre cancéreux est qu’il serait bon de « (…) trouver comment éviter que la maladie ou l’état malade, ne soient l’occasion d’une déliaison collective, d’une désublimation des soins, et d’une détérioration secondaire individuelle de la capacité de penser, c’est-à-dire contenir, transformer, lier les événements et les émotions qu’ils suscitent » (AUBERT-GODARD, 2001, p.20).

Enfin, il est important de reconnaître que les soins dentaires ne sont pas influencés uniquement par les expériences médicales précédentes, à l’exemple du cancer. Les attitudes des parents et leurs choix assument une grande importance dans la relation des enfants avec cette situation de soins spécifique. En outre, les parents peuvent hiérarchiser les rendez-vous médicaux des enfants et les soins dentaires peuvent être négligés au profit d’autres soins tenus pour plus fondamentaux pour la survie des enfants (COLLARD et HUNTER, 2001).

Lire le mémoire complet ==> (Les facteurs psychologiques impliqués lors des soins dentaires aux enfants brésiliens )
Thèse de doctorat en psychopathologie et psychologie clinique – Ecole Doctorale Cognition, Langage, Interaction
Université PARIS 8- VINCENNES-SAINT-DENIS

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