L’impact du sport sur l’environnement

By 20 February 2013

C) L’impact du sport sur l’ « environnement »

Au fur et à mesure que le sport a pris de l’ampleur, tant au niveau du volume des pratiques que des masses financières générées, un élément nouveau est venu complexifier la gestion des activités : la prise en compte de l’environnement.

Depuis la prise de conscience récente du caractère limité des ressources de la planète, la question se pose de savoir si un développement économique qui respecte les contraintes écologiques est envisageable, c’est le développement durable. C’est dans ce contexte que les relations entre sport et environnement sont rediscutées, puisque la logique économique a envahi le sport. Nous nous attarderons ici souvent sur le côté environnemental du développement durable, car c’est celui qui subit le plus directement et le plus ostensiblement les interactions avec les activités sportives.

Quand on parle d’ « environnement », la référence est de nos jours fréquente et multiforme, et l’écologie fait figure de nouvel évangile. Le concept n’est pas toujours très clair dans l’esprit de ceux qui utilisent ce mot. On peut éclaircir la notion d’environnement de deux façons : en termes de langage, et par les sciences qui l’utilisent.

Au niveau sémantique, le mot est différent selon les contextes. Cela peut être le milieu, le voisinage (idée de proximité), l’espace (territoires), la conjoncture (ou ambiance), le cadre de vie et enfin la nature, c’est-à-dire tout ce qui s’oppose au culturel et donc à l’humain.

Au niveau scientifique, plusieurs sciences l’utilisent : l’écologie (étude des interactions entre l’être humain et son environnement dans un biotope, un écosystème), la géographie (étude de la terre, environnement de l’homme), la psychologie de l’environnement (représentations culturelles dans le rapport humain à l’environnement) et la sociologie des environnements urbains et ruraux.

Nous remarquons ainsi que ce que l’on appelle l’environnement n’est pas uniquement ce qui se rapporte au milieu naturel, mais englobe aussi ce qui se rapporte à la vie de l’homme, dans un contexte particulier.

Nous verrons d’abord quelles sont les atteintes aux milieux naturel et humain que l’on peut imputer aux sports, pour ensuite présenter les différentes façons de calculer l’impact écologique d’un sport.

1- Les atteintes au milieu naturel

Ce qui vient immédiatement à l’esprit quand on rapproche les termes sport et environnement ce sont les atteintes au milieu naturel imputées aux sports. On devra alors préciser ce qui est atteint et selon qui ce milieu naturel est perçu comme naturel (touriste, savant, propriétaire, écologiste…).

Pour faire un point non exhaustif, il est vrai que certains sports peuvent être envahissants dans des sites naturels : c’est le cas pour le ski, l’alpinisme, la voile ou la planche à voile. On pourra aussi dénoncer aisément la pollution (atmosphérique et auditive) occasionnée par les sports motorisés (quads, jet ski, motocross), les déchets laissés par certains sportifs lors des manifestations mais aussi lorsqu’ils pratiquent seuls, les berges de rivières piétinées, les pitons et fils d’aciers plantés dans les rochers, etc. Certaines atteintes sont particulièrement graves et touchent à l’intégrité des écosystèmes, mettant en danger certaines espèces animales et végétales. D’autres sports occasionnent une grosse consommation d’énergies naturelles, entraînée par l’entretien et le fonctionnement d’équipements et d’engins sportifs. Concernant le golf, on observe un boisement non préservé et la perturbation des nappes phréatiques. Pour le ski, ce sont les équipements et la pratique journalière qui ont le plus d’effets sur l’environnement. On assiste à la réduction des espaces vitaux des animaux, à la suppression de l’ambiance forestière, au déclenchement d’avalanches, à des chutes de pierre, et à l’altération du paysage montagnard en été. On note cependant depuis quelques années un développement plus soucieux de la montagne, suite à la prise de conscience de la raréfaction de la neige.

Voyons quelques exemples selon les milieux abordés. Dans le milieu aquatique, les points d’embarquement sont souvent mal intégrés, les poissons dérangés, des rejets de gasoil et déchets domestiques détruisent la végétation des côtes et les fonds marins. En milieu rural, une forte fréquentation entraîne des dégradations importantes des zones sensibles, le tassement du sol, la disparition des végétation, et l’érosion. En milieu forestier, les tapis d’herbe sous les arbres disparaissent du fait de randonnées. En milieu montagnard, les habitants de la falaise (oiseaux) sont dérangés par les pratiquants de l’escalade ou du vol libre.

L’environnement naturel n’est pas un cadre neutre où l’on peut faire n’importe quoi. Il nécessite une bonne connaissance du milieu, et une éthique de la responsabilité et du respect. Beaucoup trop de personnes arrivent dans un milieu naturel comme dans un pays conquis. L’ignorance de ce milieu, de ses lois et de ses contraintes (météorologiques ou autres), provoque beaucoup d’accidents.

Dans l’ensemble, on remarque dans les vingt dernières années une très forte tendance des sports à s’ouvrir sur les espaces extérieurs. C’est le cas, en premier lieu, de tous les sports de nature dont on a déjà parlé, mais il ne faut pas oublier aussi les espaces publics, au milieu des villes, qui accueillent des activités sportives sans installation particulière : jogging, vélo, roller, skate, escalade urbaine, street/urban golf, etc.

2- Les atteintes au milieu humain

Salir, défigurer, détruire la nature, c’est aussi gêner des personnes. Le voisinage humain, permanent ou pour une période courte, peut en effet subir des nuisances directes : gêne d’un golf à proximité d’habitations, cyclistes qui occupent toute la route, skieurs ou surfeurs dans un train, motos pétaradantes, trafic surchargé lors de grosses manifestations sportives et bruit à chaque spectacle pour certains sports (foot, rugby) et à proximité de stades, construction d’un stade en désaccord avec l’architecture de la ville et apportant de l’ombre, rallyes ou raids sur des territoires dont les populations n’ont rien demandé.

Les masses humaines peuvent parfois devenir dangereuses, comme par exemple lors d’un afflux de public au bord des routes pour une manifestation cycliste. Dans d’autres sports on crée des environnements hostiles avec barrières, grillages, policiers, surveillance électronique, afin de lutter contre l’insécurité et l’agressivité.

La relation d’un sport à l’environnement se traduit par la forme donnée à un espace de pratique : terrain, piste, stade, salle, piscine. Ces espaces évoluent selon les changements sociaux et culturels. Par exemple, selon Michel Bouet29, les lieux de football ont été transformés en raison de la commercialisation du spectacle sportif. Pour lui, l’aboutissement de ces lieux de pratiques est le stade où le public est assis et surveillé, et les joueurs engrillagés. Autre exemple, beaucoup de sports outdoor (pratiqués normalement en extérieur) peuvent aujourd’hui être pratiqués indoor, et on note une multiplication des structures artificielles : foot en salle, murs d’escalade, piscines à vagues, plongée, ski.

29 M. BOUET, Les cahiers de l’université sportive d’été N°8, Sport et Environnement, Editions de la maison des sciences de l’homme de l’Aquitaine, 1995.

Au final, on peut regrouper les sports en trois catégories, en fonction de leur impact sur l’environnement : bruit, lumière, pollution de l’air, de l’eau et des sols, production de déchets, impact sur la faune et la flore, conflits d’usage, sécurité, conflits socioculturels, et effets socio-économiques.

* Pratique en milieu non naturel (stades, tennis, piscines)
L’impact et les nuisances se situent au niveau des structures : destruction de la nature et équipements annexes (routes, parkings) demandeurs d’espaces et créateurs de pollution.

* Pratique en milieu naturel avec impact fort (ski, golf)
L’impact est dû aux équipements, mais aussi aux pratiquants dans une part moindre.

* Pratique en milieu naturel avec impact faible (nautisme, VTT, vol libre)
Pour ces sports, les atteintes sont plutôt le fait des pratiquants sur les milieux aquatique, rural, forestier ou montagnard. Le problème essentiel est celui de la surfréquentation.

3- La difficile mesure de l’impact

L’évaluation des impacts du sport sur l’environnement, la société ou l’économie nécessite des méthodes rigoureuses. Il s’agit toujours d’impact sur un milieu donné, donc il faut aussi caractériser cet espace. Le but est d’évaluer l’incidence d’un futur projet.

Pour évaluer quelque chose, il faut d’abord se poser la question de sa valeur, dans l’absolu et par rapport à un autre, sa valeur d’usage (utilité subjective accordée à un bien) étant différente de sa valeur d’échange (mesure objective de l’échange d’un bien sur le marché). C’est la question de la valeur d’un bien que se posent JF Bourg et JJ Gouguet30. Elle est très difficile à connaître et dans la majorité des études, c’est la valeur économique et marchande qui prévaut. Différentes techniques d’évaluation économique existent, mais nous ne nous y attarderons pas, d’autant qu’elles sont expliquées en détails par JF. Bourg et JJ. Gouguet dans leur ouvrage : marchés de substitution (coûts de transports jusqu’au lieu, dépenses de protection du lieu et prix de l’immobilier), méthode directe (demander aux personnes concernées), méthode indirecte (évaluation monétaire d’effets physiques).

30 JF BOURG et JJ GOUGUET, Analyse économique du sport, PUF, 1998.

L’étude d’impact constitue une innovation importante dans le domaine de la préservation de l’environnement. Une directive du Conseil des Communautés Européennes énonce que « les effets d’un projet sur l’environnement doivent être évalués pour tenir compte des préoccupations visant à protéger la santé humaine, à contribuer par un meilleur environnement à la qualité de la vie, à veiller au maintien des diversités des espèces et à conserver la capacité de reproduction de l’écosystème en tant que ressource fondamentale de la vie »31. En théorie donc, on a un outil qui permet d’éclairer les décideurs sur les impacts d’équipements et travaux soumis à une étude. Mais l’efficacité n’est pas clairement définie et il faudrait revoir cet instrument.

En effet, l’élaboration d’études rencontre de grandes difficultés : l’ampleur du champ d’étude est floue (limites spatiales et temporelles pertinentes, effets primaires ou secondaires) et les études réalisées sont insuffisantes et limitées. Par exemple, les retombées économiques directes sont surévaluées par rapport aux coûts sociaux globaux, des généralités sur la création d’emplois sont dites sans démonstration, et un manque de rigueur apparaît dans le choix et l’analyse des variantes restant souvent arbitraires. Bourg et Gouguet proposent des adaptations dans ces études : une recherche multicritères (actions, appréciations, mesures, variantes) et davantage de démocratie participative du public. Il faudrait ensuite pouvoir informer le public de ces recherches, par exemple par une publication facile d’accès de ces

Etudes d’Impact sur l’environnement32 (EIE).

Nombre de structures associatives ou publiques proposent des documents pour aider les promoteurs de projets ou les gestionnaires dans des gestes de développement durable dans le sport. C’est principalement le cas avec les Agenda 21. On peut noter aussi que le CIO a mis en place un certain nombre de règles à respecter pour faire, du sport, une activité s’inscrivant le plus possible dans le développement durable. Il a édité un manuel33, comportant les différents domaines d’action suivants : Sites et paysage, Installations sportives, Équipements sportifs, Transports, Énergie, Logement et restauration, Gestion des eaux et assainissement, Gestion des déchets…

Pour conclure, il ne faut pas se focaliser sur les points de friction qui existent entre l’environnement et le sport, afin de garder à l’esprit qu’il existe de nombreuses interactions harmonieuses. Il ne faut pas non plus oublier que les sports ne sont pas les plus destructeurs du milieu naturel et humain et que les sportifs peuvent être des cibles faciles pour certains défenseurs de la nature qui n’ont pas réussi à faire « payer » les pollueurs.

Nous avons donc vu que les évènements sportifs pouvaient avoir des effets négatifs visibles sur l’environnement. Néanmoins, il est possible de réduire cet impact et d’agir en faveur du développement durable, comme en ont pris conscience certains organisateurs d’évènements qui ont décidé de faire évoluer leur organisation, nous le verrons dans le chapitre 3.

Mais auparavant, dans un second chapitre, penchons-nous sur le processus de recherche et la méthodologie mis en place pour détailler, comprendre et analyser quatre évènements alliant sport et développement durable.

31 Directive du Conseil du 27 juin 1985, 85/337/CEE, Journal Officiel des Communautés Européennes.
32 Directive Européenne de juin 1985 sur les EIE, concernant les incidences de certains projets publics ou privés sur l’environnement, avant que ces projets ne soient autorisés.
33 Manuel sur le sport et l’environnement, CIO, Lausanne, Mars 2005.

Lire le mémoire complet ==> (L’évènementiel sportif et le développement durable)
Master 2 Management des évènements et loisirs sportifs, Option Management de projets sportifs
Université PARIS X – NANTERRE – UFR Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives