Les visites dentaires et la peur de l’enfant et les soins alternatifs

By 18 February 2013

VI.2.2.2 Le deuxième moment de l’entretien : les visites dentaires et la peur de l’enfant

Dans la deuxième partie de l’entretien, les questions étaient centrées sur la visite dentaire. Nous savons que la quantité d’enfants participant à la recherche n’est peut-être pas suffisante et que, pour cette raison, il nous est difficile de justifier l’origine de la peur et de l’anxiété dentaire de façon significative dans les trois groupes. Quoi qu’il en soit, il n’est pas possible de faire des considérations sur le comportement observé et décrit chez les enfants sans avoir pris connaissance de l’avis des parents sur ce point.

o Les visites dentaires

Ainsi, il est avéré que les enfants du groupe 1 sont ceux qui sont le moins habitués à l’ambiance des soins dentaires vu que 9 enfants n’avaient pas encore rencontré un dentiste. La justification économique étant la raison principale de ce manque, 4 parents donnent une difficulté d’accessibilité comme cause principale; 3 expliquent que l’enfant n’en avait pas besoin et 2 avouent n’avoir pas d’argent pour ces soins (Cf. Tableau 30).

« Enquêteur: Et pourquoi vous ne les aviez jamais emmenées chez le dentiste avant?

Mère: Parce qu’il fallait que ce soit privé et j’ai jamais eu l’argent pour les soins dentaires, près d’ici, la majorité des dentistes, j’écoute les gens dire que ce n’est pas très propre, stérilisé, alors quand on passe à une clinique et qu’on compare, c’est assez faible, et l’autre n’a pas les conditions…

Enq: Et les dispensaires?

Mère: certains les ont, mais pour y arriver…. il faut y passer la nuit, parce qu’un jour on y va, il y a pas de place, l’autre jour y pas le matériel suffisant, il y l’anesthésie mais y a pas le reste du matériel, alors on revient en arrière, on n’y arrive jamais. »

Mme Rosinei, mère de Luisa, 7 ans, groupe 1

Dans le groupe 2, tous les enfants fréquentent un dentiste et la plupart (10) ont commencé au cours du traitement oncologique. De même, tous les enfants du groupe 3 ont déjà visité un dentiste, mais ici, nous notons un caractère plutôt préventif, vu qu’il n’y a pas nécessairement de lien avec le traitement d’une maladie chronique (Cf. Tableau 30). On a demandé le motif de la visite lors de la première consultation des enfants et le motif pour lequel l’enfant était chez le dentiste au moment de la recherche. Au total, 19 enfants étaient pour la première fois chez le dentiste pour des raisons préventives et les autres motifs de cette première consultation font partie d’autres facteurs tels que la douleur, les traumatismes, les caries (Cf. Tableau 30). Nous citons le groupe 2 où 10 enfants ont eu leurs premières visites suite à leur traitement oncologique.Les visites régulières (19 enfants) sont la raison principale de la visite dentaire, dans le cadre de la recherche, surtout chez les enfants des groupes 2 et 3, avec 10 et 9 enfants, respectivement. Ensuite, nous avons 11 parents venus avec leurs enfants afin de « faire un examen clinique » : 5 dans le groupe 1 et 6 dans le groupe 2.

Or, dans le groupe 1, les parents de 5 enfants ont amené leurs fils pour une extraction de dents; 5 afin de voir ce dont l’enfant avait besoin (à partir de l’examen clinique); 3 parents disent que l’enfant a des dents gâtées et 3 ne savent pas vraiment ce qu’ils font chez le dentiste. Il est intéressant de voir que le résultat du groupe 2 ne s’éloigne pas beaucoup de ce que nous venons de montrer et la raison la plus évidente est toujours en rapport avec les facteurs socio-économiques : la plupart (10) des parents avouent que la première consultation a eu lieu lors du traitement oncologique et, même après le traitement, mais restent ceux (six parents) qui n’y accordent pas d’importance ou ne voient pas de relation entre la bouche et le corps. Parmi les 6 parents qui se sont présentés au dentiste pour répondre à la demande de la recherche, 3 (trois) parents parlent de la difficulté de l’accès aux soins (« loin et cher »), 2 (deux) déclarent que « l’enfant n’en a pas besoin » et 1 (un) admet que l’enfant avait des caries et qu’il fallait y aller.Le groupe 3 se différencie par une attitude plus préventive (11 parents ont amené leurs enfants chez le dentiste pour la première fois dans un but préventif, et avant l’âge de 4 ans). D’ailleurs, dans le cadre de la recherche, le motif de la visite a été essentiellement préventif : visite périodique chez 9 enfants.

« Elle vient depuis son plus jeune âge, parce qu’elle avait un problème aux dents de devant, à cause des nombreux biberons, alors les dents devenaient noires, alors on l’a amenée très tôt… alors au début, c’était la bagarre, il m’est arrivé de me mettre dans ce fauteuil et de la tenir pour qu’elle soit soignée… et après, en lui parlant, je venais, elle restait, la première fois on est venus ma femme et moi, après je suis venu seul avec elle et elle s’est tenue d’une façon complètement différente, hein, alors peut-être que c’était la mère et après… elle a été sage, ce n’était plus nécessaire d’entrer avec elle, elle restait là-dedans assise… »

M. Gustavo, père de J., 7 ans, groupe 3

o La peur de l’enfant selon les parents

La peur du dentiste ou de la situation de soins a fait l’objet de questions et le résultat montre que les enfants sont peureux dans leur majorité, vu que plus de la moitié (27 enfants) des parents parlent de ce sentiment ressenti par leurs enfants (Cf. Tableau 30).

Au total, entre les groupes, nous avons un équilibre pour ce résultat : le groupe 1 montre 10 enfants ayant peur (6 n’ayant jamais été chez le dentiste et 4 parmi ceux qui y sont déjà allés); 9 enfants ont peur dans le groupe 2 et dans le groupe 3, la moitié des enfants (8) a peur du dentiste.

La raison principale de la peur chez ces enfants dits « peureux » est la douleur (G1 : 4, G2 : 4 (avec chez tous une association aux piqûres), G3 : 5 (1 associe la douleur aux instruments utilisés lors des extractions et 1 associe la douleur à la peur de l’inconnu).Nous pouvons établir

Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3
Déjà allé chez ledentiste. Non : 9Oui : 7

Première fois à l’âge de :

Seulement un enfant de moins de 5 ans est allé chez le dentiste.

Les 6 autres qui y sont déjà allés ne l’ont fait qu’à partir de 6 ans

16 16Première fois à l’âge de : Première fois : avant 4 ans (11)

en rapport avec le traitement oncologique :

Motif Motif 1ère visite :Dents « trouées »: 2

Prévention : 2

Douleur : 3

Motif de la présente visite : Arracher une dent : 5

Examen clinique : 5

Je ne sais pas : 3

Dents « trouées » : 3

Raison de ne pas y aller : Très compliqué d’y aller : 4

L’enfant n’en avait pas besoin : 2

L’enfant disait que ça faisait mal et puis ça passait : 1

Il fallait payer : 2

Motif 1ère visite : Motif 1ère visite :Le traitement oncologique (10) Prévention : 11

Les 6 autres ont été suivis (prévention) Traumatismes : 2 dès les premiers mois de vie au Caries : 1 dispensaire près de la maison ou dans Douleur : 2 l’université la plus proche (1)

Motif de la présente visite : Motif de la présente visite : 9 visites de routine

10 sont des visites de routine, surtout 4 pour des raisons liées à des après le traitement dents qui ne sont pas en bonne

6 examen clinique place

3 douleur

ComportementDentiste Calme : 4Peureux : 3 12 déclarent que l’enfant a toujours été 13 déclarent que l’enfant a calme depuis la première fois. Soit parce toujours été calme depuis la qu’ils étaient trop jeunes (consultation première fois.dans les premiers mois de vie : 3 3 déclarent qu’il était difficile patients), soit parce qu’ils sont calmes. 1 déclare que même s’il était

calme la première fois, il a peur,

4 déclarent que l’enfant était terrible lors car il a changé de dentiste

de sa première consultation. Seul un 1 déclare que même s’il a été parent rapporte que l’enfant s’est calmé calme, il a peur

après avoir changé de dentiste

Peur chez ledentiste Oui : 10 (5f,5g)Non :6

Parmi ceux qui y sont déjà allés : 4 ont peur

Parmi ceux qui n’y sont jamais allés : 6 ont peur

Oui : 9 (5f, 4g) Oui : 8 (6 f,2g) Non : 7 Non : 8
Motif peur Douleur : 4Piqûres : 3

Inconnu : 2

Douleur et piqûres : 1

Peur de la douleur et peur des piqûres Douleur : 5 (un évoque la (surtout à cause des ponctions faites douleur liée aux instruments pendant le traitement oncologique) (4) d’extraction des dents, un Peur de l’ambiance hospitalière (2), évoque la douleur liée à la peur Peur des expériences dentaires de l’inconnu)antérieures (1), Aiguilles : 2

Peur de la couleur blanche, de la quantité Bruit de la roulette : 1 de gens (1)

Peur du dentiste/ relation mauvaise avec le dentiste et souvenir de lésions muqueuses buccales pendant la maladie (1)

Mal aux dents Oui : 9Non : 7 Oui : 5Non : 11 Oui :8Non :8

Tableau 30: Résultats du deuxième temps de l’entretien : questions sur la situation de soins dentaire s

ici un rapport avec une autre question : la quantité d’enfants ayant déjà eu mal aux dents, question importante vu que l’enfant pourra mettre en relation ce mauvais souvenir et le fait d’être chez le dentiste. Ainsi, la douleur ressentie auparavant pourra faire naître un sentiment négatif envers la personne qui le touchera là où il a mal, même si son but est d’enlever la douleur. En résumé, sur le total de 22 enfants ayant déjà eu mal aux dents, le groupe 1 comporte 9 enfants; le groupe 2, 5 enfants et le groupe 3, 8 enfants.

« Et comment elle a réagi à sa première visite (chez le dentiste)? Mère: Elle a beaucoup pleuré!

Enq: Et là, qu’est-ce que vous pensez qui lui a fait peur?

Mère: Ça a été difficile et je pense que la dentiste n’a pas beaucoup de patience… et elle avait déjà peur des personnes en blanc, parce qu’elle faisait beaucoup de prises de sang, elle se mettait en colère… »

Mme Enizelina, mère de L, 7 ans, groupe 2

« (…) la première fois elle a eu, euh, peur, mais après, alors là, la meilleure chose pour elle, si on lui dit qu’elle va à chez un autre médecin elle est casse-pied, mais dire qu’elle va au dentiste… petite, elle trouve que c’est bien… aujourd’hui, c’est elle qui m’a réveillée, maman, c’est l’heure qu’on aille au dentiste! Parce que, aujourd’hui, qui s’est réveillée, c’est N., à 5 heures du matin… »

Mme Magda, mère de N., 9 ans, groupe 3

VI.2.2.3. Le troisième moment : les soins alternatifs

Cette partie de l’entretien montre surtout une intense créativité de la part des parents dans la façon de prendre en mains les soins de santé de leurs enfants. Les questions concernant les soins faits à la maison et les guérisseurs, en passant par la religion, dominent ce moment de la conversation avec les parents.

o Les soins à la maison

Le troisième moment commence avec la question portant sur les alternatives de soulagement de la douleur auxquelles on a recours chez soi, avant d’aller chercher un médecin et dans les trois pes, les parents, dans leur majorité, cherchent d’autres alternatives : 42 parents dont G1 : 16, G2 : 13 et G3 : 10 (Cf. Tableau 31).

Parmi ces choix de traitement, l’automédication occupe la première place et les plus utilisés sont les médicaments anti-inflammatoires (surtout la Dipirone, médicament peu cher) combinés avec des tisanes et des brossages. Il est intéressant ici de citer les « techniques d’urgence » adoptées, telles que le comprimé râpé directement sur la dent et la « cachaça »122 combinée aux médicaments. Dans le même sens, on retrouve le brossage des dents lors des douleurs et le « pansement » fabriqué avec le dentifrice mis dans le « trou » de la dent.

Présentation de “cachaça” comme médicament
Illustration 10: Présentation de “cachaça” comme médicament

Les patients du groupe 1 et 2 sont ceux qui s’adressent le plus aux choix alternatifs. Toutefois, même dans le groupe 3, huit parents avouent donner des médicaments à la maison afin de diminuer la douleur ou d’apaiser un malaise chez l’enfant. Seuls deux parents de ce groupe affirment qu’ils donnent de la tisane (combinée avec un médicament- un parent, ou la tisane seule- un parent).

« Des fois je mets… je donne de la dipirone, j’en mets, je mets de l’eau de vie aussi, c’est bon pour la douleur… (Enquêteur: C’est quoi? De l’eau de vie??? -Elle part la chercher dans sa chambre)

Cachaça??!!!! Vous en mettez dans la dent ?)) Oui, j’en mets sur un coton et c’est bon, ça passe!

122 La « cachaça » est une boisson alcoolisée très répandue au Brésil et dans certains coins isolés elle peut servir de médicament. Il faut savoir que ce produit est vendu dans les pharmacies du pays (Cf. Illustration 10).

Enquêteur : Vous le mettez et vous le laissez et vous l’enlevez au bout de combien de temps? Mère: Au moins une demi-heure avec le coton dans le trou de la dent et après je l’enlève…

(Enq: et ça passe?) Ça passe! (Toute fière) Mais il faut que ce soit de l’eau de vie Alemanha. Ce n’est pas n’importe quelle l’eau de vie.

Enquêteur : Et vous l’achetez où ?

Mère: Á la pharmacie… et quand la nourriture nous fait mal, c’est bon d’en boire un peu… beaucoup non, qu’un peu… c’est bon! (rires) » Mme. Cristina, mère de A., 9 ans, groupe 1

« Enquêteur : Faites-vous quelque chose à la maison afin de diminuer la douleur des enfants ? Mère : oui !!! Parce qu’aussi, une chose: si tout le monde court à l’hôpital, le médecin se dégoûte de nous.

Enq:- Ça en plus?

Mère- Oui… Pour les dents? On passe de la pâte… Celle pour se brosser les dents. Ça passe, il faut qu’en mettre, c’est tout…

Enq.:- Ça soulage?

Mère- Humum (positivement). Même que C. (l’autre fille) avait mal aux dents, on allait à la salle de bains, elle se brossait les dents et après on met… (V. dit- mon père la passe!!) Même mon mari)… C’est le médicament qu’on a.

Je fais de la tisane, Ici, il y a de la citronnelle, il y a les feuilles de mangue qui sont bonnes pour la grippe. Que la feuille de mangue. Bien lavée, je la fais et je donne la tisane. Les enfants guérissent rapidement, avec ça. Qui a dit ça, c’est Monsieur Joseph. Un jour, j’avais V. malade: “ qu’est-ce qu’on fait pour la grippe?” Et il m’a appris le coup de la feuille de mangue. Les enfants sont très sages! C’est très bon. Quand ceux-là sont malades, c’est que ça. La citronnelle, c’est bon pour le mal au ventre, la peau d’orange, pour l’intestin… il faut saler, avec du sel. » Mme Socorro, mère de V., 7 ans, groupe 1

La logique d’une pensée généralement habitée par les traditions offre une diversité de choix de traitement palliatifs : la variété des plantes qui se trouvent à portée et les choix « médicamenteux » apportent une grande richesse d’exemples. Dans le même sens se retrouvent les brossages de dents lors des douleurs et le « pansement » fait avec le dentifrice dans le « trou » de la dent; Le parfum, à son tour, en raison de la base d’alcool généralement présente dans la formule, est utilisé pour « nettoyer » le processus inflammatoire existant dans la dent.

« Enquêteur : Du parfum?

Mère : Oui…là-bas, dans la province, quand ils ont les dents très abîmées, hein? Alors on met du parfum, parce que c’est de l’alcool, sur un coton et on le met dedans. (…) Et ça passe. Que ça, hein, Et le comprimé râpé… Ma mère râpait une dipirone… alors on râpe un peu et on le met sur le coton. On met un peu d’huile, et on donne le reste à boire. »

Mme Ivone, mère de F., 6 ans, groupe 1

Cette mère nous a également décrit un rituel (« sympathie »123)- pratiqué pour soigner une allergie chronique chez l’enfant- dont elle n’a pas voulu beaucoup parler afin de ne pas « casser l’effet » car, étant donné que ce procédé a bien fonctionné, elle préfère garder le secret:

« Le problème de la famille c’est l’asthme. Tout le monde en a. Il en a eu. Bronchite asthmatique, fatigué, hein? Mais j’ai fait un médicament et il s’est guéri. (…) Un médicament (en riant)… (elle murmure qu’il ne doit pas savoir…) c’est une « sympathie », il ne doit pas savoir… S’il l’apprend, ça revient… Ecoutez, je passais trois jours avec lui à l’hôpital… tout bébé… avec le temps, ça va mieux. Maintenant il attrape la grippe, il n’est plus fatigué… il n’a jamais été étourdi (elle explique, fière de son rituel) ».

Mme Ivone, mère de F., 6 ans, groupe 1

« Je fais du miel d’aloès, hein? Il soigne tout, hein? ‘Il y a pas’ de contre-indication (J., ne bouge pas, s’il te plaît! C’est parce que quand ça casse y a pas d’argent pour arranger, hein?)! Le miel de la mauve, hein? ‘Je sais pas’ si vous en avez déjà entendu parler…

Enq.:- Oui, mais ‘je savais’ pas qu’on faisait de la tisane…

Mère- On fait la tisane et ça guérit l’infection. Je fais le miel de l’aloès, le miel de la mauve et le miel de betterave. Je le fais depuis son traitement. Je l’ai fait tout de suite. Quand ‘j’avais pas’ de l’un je passais à l’autre, quand il faisait son traitement. Parce que c’est comme ça: à prendre des médicaments comme ça, ça allait ruiner son organisme et ses os, hein? Parce que les médicaments qu’il prenait étaient très forts… Alors j’en donnais toujours.

Enq.:- Et vous avez appris ça avec qui?

Mère- Le miel d’aloès, qui me l’a appris à le faire c’est à la télé, mais je le fais sans l’alcool… et le miel de la mauve, qui me l’a appris, c’est ma mère. Le miel de la betterave aussi… Parce qu’il y avait des jours de chimiothérapie qu’il ne mangeait pas! »

Mme Florencia, mère de J.F., 9 ans, groupe 2

123 Sympathie c’est le mot courant au Brésil qui signifie rituel pratiqué afin de vaincre un malaise, une maladie (HOLANDA FERREIRA, 1977) ou tout simplement un rituel exécuté afin d’obtenir quelque chose que l’on désire beaucoup.

Les parents des trois groupes ne cherchent pas à prier afin de soulager une douleur : dans les trois groupes, il n’y a que deux personnes appartenant au groupe 1 qui avouent prier afin de soulager les maux de dents.

Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3
Diminuer la douleurà la maison avant d’aller chez le médecin, si nécessaire Oui : 16.Médicament : 5 (dipirone directement sur la dent)

.Médicament

+médecin/dentiste : 2

.Médicament + Brossage + tisane : 2

.Médicament+ tisane : 2

.Tisane : 2

.Tisane + dentifrice sur la dent : 1

.Parfum +médicament sur la dent + sympathie:

1

.Cachaça + médicament : 1

Oui : 13 Oui : 10.Médicament + .Dont 8 ne donnent que tisane : 4 des médicaments

.Médicament + (dipirone ou du tisane+ miel avec paracétamol);

propolis, ail, citron : 4 .Médicaments + tisane :

.Médicament : 2 1

.Médicament .Tisane : 1 déclare que

+brossage des dents : la grand-mère aime bien

2 faire de la tisane

.Médicament Non : 4 -Ceux-ci directement sur la préfèrent amener chez dent + brossage des le dentiste ou à l’hôpital dents :1

.Non : 3 -Hôpital ou dispensaire

Prier pour les maux de dents 2 mères avouent que la prière soulage la douleur et une connaît quelqu’un qui prie pour les maux de dents pour que les dents soient cassées et que la personne soit ainsi soulagée Personne Personne

Tableau 31 : Résultats du deuxième temps de l’entretien : questions sur les choix alternatifs de soins de santé

o La religion

Quand nous commençons à poser des questions sur la foi des gens, nous demandons tout de suite si le parent suit une religion et le total nous donne 42 parents appartenant à une religion. Dans les trois groupes la majorité est catholique (G1 : 10, G2 : 10 et G3 : 11, Cf. Tableau 32), seuls cinq parents n’ont pas de religion et un seul ne sait pas.

« Grâce à Dieu, je suis catholique. Son père est spirite ! Son père m’a contaminée, parce que le catholique résiste, hein ?’ ‘J’ai jamais vu’ le spiritisme mettre quelqu’un en avant ! »

Mme Florencia, mère de J.F, 9 ans, groupe 2

Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3
Religion Catholique : 10 (dont 3 admettent participer aux événements kardécistes, une participe aux cultes évangélistes, car le mari boit trop, 3 disent qu’à l’origine elles sont catholiques, mais ne participent pas comme il faudraitEvangélique : 2

Kardéciste : 1

Pas de religion : 3

Catholiques : 10 Catholiques : 11Evangélistes : 2 Evangélistes : 4

Kardécistes (spirites) : 2 1 déclare ne pas avoir de (contrariété de la grand-mère) religion, même s’il amène Pas de religion : 1 l’enfant chez les Elle ne sait pas : 1 (mais guérisseurs

l’enfant crie qu’il est évangéliste et la mère dit qu’elle est plutôt catholique)

Tableau 32: Résultat du troisième moment de l’entretien : questions sur les choix alternatifs de soins de santé-Religion

Chacun a une raison personnelle de choisir ou non une religion et il est intéressant de constater que, dans une même famille, peuvent coexister des religions différentes, pour des raisons opposées. Nous n’avons pas seulement vérifié un attachement à des religions spécifiques, mais surtout un attachement aux croyances en général, liées fréquemment à des situations et expériences de vie particulières. Ces extraits de l’entretien d’une mère du groupe 1 confirment ce que nous venons de dire :

«J’allais à la catholique, pas vrai ? Mais comme tout le monde va à l’église Baptiste (évangéliste), alors on y va! C. aussi, maintenant il y va ! Son père buvait trop, vous savez ? Buvait beaucoup ! (…) Il buvait au moins un litre par jour. Quand il n’y avait rien à boire, il buvait le médicament de Carlos, le « biotônico Fontoura »124. Il buvait aussi de l’alcool pur quelquefois… J’ai connu une période désespérée, nous avons passé par un temps, vous voulez voir ? Six mois sans faire de courses tellement il buvait et nous devions payer le marché, je ne le supportais plus, la famille a même fait des courses pour nous. Alors, au cours d’une promenade, d’une rencontre de couples, son frère qui est de cette église nous a invités, alors on y est allé et alors il a aimé et s’est arrêté de boire, grâce à Dieu, et là il a été déclaré Baptiste.

124 Le “biotônico Fontoura” est un médicament fortifiant et il est principalement indiqué pour les états d’inappétence et d’anémie, mais dans sa composition entre 9,5% d’éthanol, concentration plus forte que celle d’une cannette de bière, environ 6% d’alcool. Le médicament a été interdit par le Ministère de la Santé brésilien. Informations sur le site du Conseil Fédéral Brésilien de Pharmacie (CFF, 2001).

En même temps, (…) j’ai commencé à venir chez les kardécistes et à partir de ce moment ma vie a commencé à s’améliorer. J’étais une personne qui se taisait, même mes frères ne savent pas ce que j’ai enduré, j’ai tout enduré en silence, alors j’ai commencé à faire une thérapie, avec A. (psychologue de l’institut kardéciste qu’elle fréquente) et j’ai commencé à voir l’autre côté des choses. Je ne devais pas mourir à cause de lui, tu sais ? J’ai commencé à aller mieux. La douleur de l’ulcère était telle que je m’évanouissais. Tout ce que j’ai, je vais là-bas et j’en parle, j’ai commencé à parler. Je ne me tais plus non. Mais je vais retourner chez le médecin, parce que moi aussi je suis en train de faire un traitement pour mon ulcère de 36 cm. Tout cela à cause de mon mari. Il buvait trop, je m’inquiétais trop. Des fois, il sortait de la maison à 8 heures du matin et revenait à 4 heures du matin de l’autre jour. Tout seul, il se battait avec nous, c’était la terreur. Je commençais à me sentir traumatisée (elle pleure), maintenant non, maintenant c’est la paix, grâce à Dieu, l’argent qu’il reçoit, il achète les choses pour la maison… (…) Il a pris sa retraite il y a 8 ans. Il travaille, les deux garçons les plus âgés aussi, mais jusqu’à aujourd’hui on n’arrive pas à payer les factures. Si on achetait une télévision neuve, il la vendait et buvait, tout ce qu’il y avait dans la maison il voulait le vendre pour boire. C’était l’enfer !

C. (son fils), quand il arrivait, il pleurait! Il avait peur… Un jour, quand il est arrivé, je lui ai dit que s’il ne s’arrêtait pas de boire je partais et j’emmenais C. C’est tout, C. c’est sa vie, il a beaucoup pleuré ce jour-là, C. aussi l’a supplié et en ajoutant l’église, ça y est… il s’est petit à petit arrêté. (…) il ne s’en souvient même pas, on dirait que c’est une chose de Dieu même ! »

Mme Ernestina, mère de C., 8 ans, groupe 1

Par ailleurs, les religions plus récentes, comme le spiritisme et les diverses branches de l’église évangélique ont acquis une grande force au Brésil et les parents évangélistes et kardécistes sont très croyants. Voyons l’exemple d’une mère du groupe 2 :

« Mère : il y avait un voisin qui était spirite… il m’emmenait… chez les spirites… ‘je crois pas’ aux croyants (évangélistes), ni aux catholiques, mais en Alain Kardec oui, j’y crois… ma mère est évangéliste. Hein, maman? (la grand-mère prend la tête de quelqu’un à qui ça ne plaît pas du tout…)

Grand-mère : Elle va là, elle va ici, ‘elle sait pas’ où aller… (elle parle très ennuyée du fait que sa fille, a son avis, n’arrive pas vraiment à avoir une religion)»

Mme. Eliene, mère de A., 8 ans, groupe 2

o Les guérisseurs à portée

Dans ce contexte de religion et de soins alternatifs à la maison, nous avons interrogé sur les visites aux guérisseurs. Il faut savoir que dans les groupes 1 et 2 une majorité de parents a déjà rendu visite à un guérisseur (G1 : 13; G2, 10). Le groupe 3 ne s’éloigne pas beaucoup de ce total avec 8 parents qui donnent une réponse positive au sujet des visites chez un guérisseur (Cf. Tableau 33).

o Le choix et la foi

Au total, 31 parents ont déjà emmené leurs enfants chez un guérisseur. Dans le groupe 1, 13 mères l’ont fait pour obtenir la guérison du mauvais-œil par des prières ou un remède, car elles ont peur que cela puisse tuer les enfants (Cf. Extraits des entretiens).

« La mère explique : Ventre retourné ou tombé, c’est quand on a la dysenterie, une des terribles… Il arrive comme ça ! ‘On peut pas’ donner à manger, ni de l’eau. Pablo, (le frère de L.) est presque mort à la maison. Deux prieuses sont allées prier… Elle a prié pour lui… Ah, et il y a aussi le soleil, hein? Elles prient quand le soleil est mourant, quand il part. Alors elle a dit qu’elle allait prier pour lui, mais qu’il allait dormir. S’il se réveillait, c’est parce qu’il allait survivre, sinon, il ne se réveillerait plus. C’était le soir, ils ne prient pas, hein? Que si c’est en cas de grande nécessité. Cela lui a sauvé la vie !»

Mme. Edlileuza, mère de L., 6 ans, groupe 1

« Il était toujours chez la prieuse, regardez, je me rappelle qu’il était dodu, parce qu’il tétait au sein, bien dodu. Et tout le monde venait, lui prenait la joue, tout bébé dodu est magnifique, maintenant ‘je sais pas’ ce que c’est, si c’est une autre personne qui a le mauvais œil… je sais que j’étais toujours chez la prieuse. Je l’ai emmené tout de suite. J’y crois sans doute ! J’ai même déjà emmené mon chien! (rires) »

Mme Bernadete, mère de D., 7ans, groupe 1

« Solange (sœur de F.) avait huit mois… là-bas au Piauí (Nordeste)… les gens de l’intérieur des terres quand ils voient un bébé comme ça, ils sont hein? (Comme s’ils étaient jaloux) elle a eu un mauvais œil très fort, elle ouvrait plus les yeux… vous voyez? Elle était molle, molle, molle… j’ai dit, voilà, elle va mourir… alors ils ont dit qu’il fallait que je l’emmène pour prier. Alors, je l’ai emmenée, trois fois. Et le mauvais œil était dans sa chair, parce qu’elle était grosse… depuis c’est plus revenu… (rires…) Elle n’a plus grossi, parce qu’ils ont mis le mauvais œil dans sa chair. Une femme là-bas de P Sud (un quartier) a dit qu’il faut parler avec la personne, hein? Lui dire qu’elle a lancé le mauvais œil, hein?

Enq.:- Dire, mais dire comment?

Mère- Arriver et lui dire: oh, vous avez lancé un mauvais œil sur le petit, parler comme ça, hein?

Enq.:- Et la personne ne se met pas en colère?

Mère- Non… c’était une personne de la maison, elle ne vivait qu’avec Solange… et Solange a maigri… alors un jour, nous, en plaisantant, j’ai dit, ah, une telle, tu es comme ça et tu mets le mauvais œil sur Solange! Elle: ‘ Ave Maria, ‘ma commère’, qu’est-ce que c’est ça?’ Oui, parce que quand tu sors de la maison, la petite devient molle… (rires). Elle a dit: ‘je le mets?’ j’ai dit, ça peut être que ça, parce que tu es celle qui vient le plus ici et tu la prends… elle: ‘ah, mon Dieu et maintenant?’ voilà! Et elle n’a pas été en colère… et après les prières c’est passé… »

Mme. Ivone, mère de F., 6 ans, groupe 1

« Une fois, jouant avec elle (sa fille), sautant avec elle, alors une femme a dit comme ça: l‘attention sinon vous allez la tuer’… alors moi ‘non, une mère ne tue pas ses enfants…’ alors je suis restée… le jour après, cette enfant est devenue molle, molle et elle vomissait, elle mangeait rien, elle voulait rien… alors je l’ai emmenée voir une femme là-bas au secteur O (quartier), on habitait dans la même rue, hein, je l’ai emmenée et elle s’est guérie. Si ‘je l’avais pas’ emmenée elle serait morte. Elle avait le mauvais œil dans les tripes!!! Et le pire mauvais œil c’est celui-là, dans les tripes, parce qu’il est difficile à enlever! La gloire et l’honneur de Dieu l’ont guérie, pas vrai?

Enq: Mais que pensez-vous que c’était?

Mère: C’est elle!! Elle a lancé un mauvais œil et quand elle a parlé elle était gentille, elle jouait, gaie et tout! V. n’avait même pas un an… environ 8 mois… toute petite, parce qu’elle était fille unique, je la gâtais… mais si ce n’avait pas été elle, elle aurait tué ma fille… le diable l’aurait tuée. C’est des choses de Dieu, non! »

Mme. Raimunda, mère de V., 8 ans, groupe 1

Le groupe 2 comporte 10 mères qui ont été eu recours à l’aide d’un guérisseur ou d’un bénisseur : 6 mères afin de guérir le cancer de l’enfant; 3 pour un mauvais-œil et 1 pour le « ventre- tombé ». Ici les mères spécifient bien l’aide recherchée : 7 mères ont visité des bénisseurs ou des prieurs (même avant la maladie) et 3 mères sont allées chez un guérisseur (guérisseur spirite, guérisseur avec médicaments). Il est intéressant de citer ici les cas où les mères croyantes, n’ayant pas le temps de voir un guérisseur avant le diagnostic (enfants qui ont eu le cancer très jeunes) de la maladie, s’attachent très fortement aux prières et à la religion.

« Enquêteur : Etes-vous allée chez un prieur ?

Mère : Non, mais je l’ai faite baptiser avant de faire l’opération! Elle a été baptisée là-bas à la chapelle de l’hôpital! (rires) J’ai demandé au prêtre si c’était possible et après, après trois mois de chimiothérapie je l’ai baptisée à l’église pour pouvoir prendre le baptistère… j’ai dit que je voulais personne au baptême, que les parrains. Je l’ai baptisée parce que s’il arrivait quelque chose à ma fille, ‘je voulais pas’ qu’elle meure païenne. Je l’ai déjà dit à ma fille, regarde fifille, tu es très protégée, je t’ai baptisée deux fois… »

Mme. Enizelina, mère de L., 7 ans, groupe 2

Pour le groupe 3, la moitié des parents (8) ont déjà conduit leurs enfants chez un bénisseur, principalement pour enlever le mauvais-œil. De plus, quatre parents avouent que les bénisseuses se trouvent dans leur propre famille (ce sont des grand-mères, des tantes…).

« Pour les faire bénir, oui, on les a déjà emmenés. Parce qu’il y a une parente qui fait cela de temps en temps…

Enquêteur: et vous y croyez ou pas?

Père: j’y crois, pour le moins, dans le comportement on voit une amélioration, je ne sais pas si c’est psychologique ou pas, mais ça calme… j’y crois! On l’emmenait parce que c’était une phase difficile, des chutes, des blessures, tout ça, et alors là entre la croyance et la pensée que… on leur a fait quelque chose, un mauvais-œil, et on finit par les emmener… comme la dernière fois, on les a même pas emmenés, comme la personne est une parente, hein, leur tante, elle était là et voilà, pour bénir, ils étaient agités, elle les a bénis pour les calmer…»

M. Gustavo, père de J., 7 ans, groupe 3

Les cas de refus des guérisseurs semblent plutôt liés à la religion (groupes 1 et 2) et à l’incrédulité des parents qui témoignent d’un manque de croyance dans ce type de soins (groupe 3) (Cf. Tableau 33). Pour la question spécifique portant sur la croyance des parents aux bénisseurs et/ou guérisseurs, nous avons 28 parents croyants (G1 : 12; G2 : 11 et G3 : 5).

« Le docteur attire l’attention parce que, beaucoup, comme ça, se sont consacrés tellement à la foi qu’ils ont négligé le traitement, ils n’ont pas emmené les enfants… il y a des gens, je trouve que c’est du fanatisme, hein, parce que la propre Parole de Dieu dit que Dieu a donné cette capacité aux hommes, hein, pour pouvoir faire les choses, hein, alors Dieu entre à partir du moment où l’être humain n’y arrive pas, mais il a laissé la Médecine justement pour ça. Alors, où la médecine n’est plus capable, qu’elle dit la chose impossible, alors Dieu entre et agit. (…Il faut essayer de joindre l’utile à l’agréable, hein? Si Dieu a laissé la Médecine, vous avez recours à l’homme, qu’il a laissé à Dieu, hein? Dieu en premier, mais en unissant les deux… »

Mme. Eleuza, évangéliste, mère de D., 8 ans, groupe 2

« J’y suis allée une fois (chez le bénisseur). Je l’ai plus crue, mais elle était en traitement (oncologique) et je pensais que le truc c’était le traitement. Quand les gens disaient, ah, elle est comme ça parce qu’elle un mauvais d’œil… hein? Ces histoires du temps de mon arrière-grand- mère… et moi, Mon Dieu… il faut prier…mais sans mon consentement non… ils savaient ce que ma fille avait … ça coûtait rien… et en dehors de ça que le suivi et Dieu. J’avais BEAUCOUP confiance en les médecins, hein? Je crois que ma foi a été récompensée. Je dis une chose: j’ai vu beaucoup de mères qui n’y croyaient plus là-bas… je crois que c’est ce qui tue n’importe quelle mère… il faut croire ! »

Mme. Antonia, mère de B., 6 ans, groupe 2

« D’ailleurs, quand il a eu son problème, il y avait un homme qui priait et faisait des bouteilles… (Enq: Qu’est-ce qu’il faisait?) Un médicament de grand-mère qu’il fabrique et qui est bon, oui? Il s’appelle « garrafada » (cela vient de ‘garrafa’, bouteille en portugais). Donc, à l’époque où il était malade, je l’ai emmené et il a dit qu’il avait des vers, d’accord? C’est un guérisseur. Mais, il faut avoir la foi, non? Oui, je l’ai emmené, il a dit que c’était des vers, il s’est trompé, mais… au moins j’y suis allée, non? Pour voir… je crois. »

Mme. Maria, mère de D., 9 ans, groupe 2

Le rituel

Au niveau du rituel opéré par ces guérisseurs et bénisseurs, les prières sont citées dans tous les groupes. Les rituels les plus communs sont les sessions de prières (G1 : 7, G2 : 5, G3 : 2) et, en second lieu, les sessions de prières faites avec des plantes sont aussi très recherchées dans le groupe 1; 4 parents les ont décrites. Les parents du groupe 3 préfèrent rechercher les bénédictions (4 parents sur les 8 sont allés chez le guérisseur/bénisseur).

Etant donné que le mauvais-œil et/ou le « quebrante » menacent la vie du bébé, comme les mères l’ont raconté, il leur fallait éloigner le danger par le biais des prières ou d’un remède spécifique trouvé surtout avec l’aide des guérisseurs ou bénisseurs de la région. Dans le groupe 1, la présence d’une mère bénisseuse a illustré ce topique :

« Il y a des gens qui prient, mais pour prier je prie. Quand mes enfants ont le mauvais œil je prie. Je crois au mauvais-œil et ‘je prie pas’ avec des plantes… Je prends un chapelet.

Enq.:- Alors, c’est toi qui pries, Aparecida? (L’enquêteur observe que la mère est plus animée, malgré son air fatigué…)

Mère- Oui… c’est la mère de mon ex-mari qui m’a appris. Elle m’a appris comment prier avec (elle parle posément, avec une voix fatiguée). Il avait le mauvais œil et ici y en a pas. Et j’ai dit: non, mais ‘je vais pas’ apprendre et elle a dit: écris sur une feuille de papier. J’ai écrit… j’ai lu, lu, lu, jusqu’à apprendre ça… C’est une prière… prier avec le chapelet c’est la même chose que prier avec les plantes (car elles fanent)! On sent !

Enq.:- Et tu l’as apprise par cœur et tu la fais. Et comment tu vois que ton fils il a le mauvais œil?

Mère- Quand il pleure, parce qu’il est calme aussi, ‘il est pas’ énervé, non… il pleure… il commence à être comme ça… il a pas mal au ventre… et d’un coup il a mal. Il est vert.

Au moment où vous priez, vous passez à l’Ave Maria, au Santa Maria vous voyez comment c’est. Ça enlève le mauvais œil. Vous sentez. Là où c’est le plus fort c’est dans la bouche…on le sent. On le retire de l’enfant et on le garde (le mauvais œil).

Enq.:- Alors, après ça passe?

Mère- Ça passe… vous le gardez en vous, parce que sinon il va sur les autres. Vous devenez toute molle, c’est pour ça que je suis comme ça, à cause de ça et je prends des médicaments (elle parle en riant) contrôlés. C’est pour ça que je suis comme ça (elle semble fatiguée, triste…) »

Mme. Aparecida, mère de M., 9 ans, groupe 1

Il faut citer le discours que tient la grand-mère d’un enfant sur son rituel à elle. Vu qu’elle ne pouvait pas comprendre les croyances (kardécistes) de sa fille, elle préférait suivre le rituel de la

« petite-médaille » dans son église. Les gens font passer entre eux cette médaille et restent avec pendant un certain temps en faisant des prières… Le plus intéressant c’est que lorsqu’on est évangélistes, normalement on n’aime pas admirer ou adorer les images des saints. Mais la grand-mère explique que la foi dans le cas de la maladie, c’est le plus important et que c’est ce qui l’a sauvée.

Questionnés sur d’autres moyens de « protection » analogues à ceux obtenus chez les bénisseurs, 29 parents citent encore les prières (G1 :9, G2 : 16, G3 : 4); cf. Tableau 33).

Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3
Êtes-vous déjàallés chez le Oui : 13Non : 3 Oui : 10 Oui : 8Non : 6 Non : 8
guérisseur ? Parmi les 3 qui n’y sont pas allés : Pas de religion : 1Religion : spirite 2 3 mères sont allées chez un guérisseur 8 sont allés chez un bénisseur. (Valentim et les carafes), les autres, chez 4 rapportent que les bénisseuses des prieuses ou chez les bénisseurs. font partie de la famille, dans 3cas c’est la grand-mère ou une

Parmi les 6 qui ne sont pas allées chez le parente guérisseur : religion (1 spirite, 2 évangéliste), préférait le groupe de

prières : 1; préférence pour le baptême de l’enfant, 1 seulement dédaigne ces solutions

Motif Mauvais-œil : 132 mères parlent de la croyance au mauvais-œil et de la visite au guérisseur, mais la gravité de certains problèmes chez l’enfant (vers, douleur poitrine), détermine la visite chez le médecin Mauvais-œil : 3 Mauvais-œil : 5Ventre tombé : 1 Religion (catholique): 2

Cancer : 6 Afin de calmer l’enfant : 1

Personne est allée pour des douleurs

Croyez-vous ? Oui : 12Non : 3

Peut-être : 1

Non : religion

Oui : 11 Oui : 5Pas vraiment : 1 Peut-être : 2

Non : 4 Non : 9

Non : religion

(2 évangélistes, 2 kardécistes)

Le rituel Sessions de prières : 7Prières+plantes : 4

Bénir : 1

Prière+Cordon : 1

Sessions de prières (que des prières ou Des prières : 8 :utilisation de plantes également) : 5 Des bénissements : 4

Image de saint : 1 Les prières du rosaire : 1

Groupes de prières : 4 Des prières avec usage de

Bouteilles de « médicaments » : 1 feuilles : 1

Des séquences de prières : (en

Remarquons qu’il y a une personne de trois fois) 2 plus ici, mais c’est la grand-mère

évangéliste, qui ne croit pas, et n’est jamais allée avec sa fille, mais a fait ce rituel

Tableau 33 : Résultat du troisième moment de l’entretien : questions sur les choix alternatifs de soins de santé-Guérisseurs

A partir d’un certain âge (entre 3 et 5 ans, cela dépend beaucoup), les parents du groupe 1 n’emmènent plus les enfants chez les guérisseurs; ceux du groupe 2 (cinq parents) admettent le faire dans le cadre de l’église (bénissements) et dans le groupe 3, deux parents également profitent des prières pour bénir leurs enfants après un certain âge. Les parents, eux mêmes, n’ont pas l’habitude de se faire soigner par les guérisseurs, ce qui fait un total de 3 parents qui y ont recours, soit un parent par groupe (Cf. Tableau 34).

Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3
Comment vousprotégez- vous ? Ruban rouge : 2Prières chez soi : 5

Prières chez les spirites : 4

Chez les évangélistes : 1

La vie : 1

Toutes les mères prient ou Des prières : 4 vont à l’église ou leur Médecin : 12 mères y vont.
Médecins : 2Rien : 1
Et vous, vous yallez ? Non : 15Oui : 1 (elle aime bien le guérisseur près de chez elle)

Explications : plutôt pour les enfants,

2 ont peur, préfèrent prendre des médicaments spirites ou non, ne croient pas

Un seulement admet voir Sur les 8 parents qui ont déjà un guérisseur de temps en emmené leurs enfants, un temps seulement admet voir unguérisseur de temps en temps
Avez-vous payé ? Personne n’a payé : il ne faut pas Un a payé pour les Sur les 8 parents qui y sont déjà bouteilles allés, aucun n’a payé pour les L’autre a donné des prièresbiscuits en échange mais elle admet qu’il ne faut rien donner

Tableau 34 : Résultat du troisième moment de l’entretien : questions sur les choix alternatifs de soins de santé-Guérisseurs

Lire le mémoire complet ==> (Les facteurs psychologiques impliqués lors des soins dentaires aux enfants brésiliens )
Thèse de doctorat en psychopathologie et psychologie clinique – Ecole Doctorale Cognition, Langage, Interaction
Université PARIS 8- VINCENNES-SAINT-DENIS