Les sports de nature comme futur du développement durable ?

By 20 February 2013

La concrétisation du développement durable dans le sport : initiatives variées – Section II :

Comment peut-on concrètement lier sport et développement durable ? Pour la mise en pratique des concepts du développement durable, chaque sport est spécifique, et doit ainsi trouver sa propre voie et sa méthode pour respecter les principes d’équité sociale, de développement économique et de respect de l’environnement.

Nous verrons les initiatives de certaines associations, clubs mais aussi fédérations qui s’engagent à changer leur organisation et leurs pratiques.

Mais pour commencer, parmi les différentes « familles » de sports, les sports de nature semblent être de véritables ambassadeurs du développement durable, et nous allons voir pourquoi.

A) Les sports de nature

1- Une catégorie aux limites floues

On les appelle sports, loisirs, activités, de nature, de pleine nature, ou de plein air… Il n’existe pas de définition officielle, mais l’identification se fait par rapport aux espaces, sites et itinéraires (ESI) de pratiques au sens de l’article 311-1 du code du sport.

Les sports de nature, c’est l’ensemble des activités physiques ou sportives qui se déroulent en milieu naturel, aménagé ou non, aérien, terrestre ou sous terrestre, et aquatique, même si la tendance contemporaine est à l’invention de nouvelles activités sportives de nature et que la porosité de la frontière séparant pratique sportive institutionnalisée et pratique de loisirs sportifs est forte.

Les sports de nature connaissent aujourd’hui un très fort engouement. Dans l’enquête commandée par le MJS et l’Insep sur les pratiques sportives en France22, un Français sur trois entre 15 et 75 ans pratique une activité sportive de nature. Les élites sociales ne sont plus les seules concernées, la preuve en est la multiplication des produits et des prestataires, des aménagements et des évènements23. Pour Bessy et Hillairet, ce n’est pas le résultat d’un effet de mode, mais c’est une tendance lourde, installée dans la durée, et ceci grâce à plusieurs facteurs : le développement de la valeur du loisir dans notre société, la montée de la sensibilité écologique, l’urbanisation des territoires et la décentralisation.

22 MIGNON ET TRUCHOT, Les pratiques sportives en France, Paris, 2002.

2- Un encadrement progressif

Dans la vision du Ministère, les sports sont des vecteurs d’éducation et de développement durable. Il souhaite privilégier un certain mode de concertation dû aux multiples pratiques qu’il regroupe, et favoriser la maîtrise de ces sports. L’objectif est de promouvoir un développement respectueux des sports de nature en harmonie avec le droit de propriété et la préservation de la nature, tout ceci basé sur une concertation au plan local, une coopération au plan national et la sensibilisation auprès des pratiquants et des responsables.

Ces finalités engagent les acteurs dans une perspective de développement durable consistant à favoriser l’accès des citoyens aux sports de nature dans les meilleurs conditions de sécurité, améliorer la qualité de l’activité par le développement d’un encadrement qualifié, accompagner et coordonner le travail des fédérations sportives de nature, par milieux naturels (eau, air, terre). Nous en avons un exemple avec les Contrats Projet Etat Région (CPIER), qui visent à développer et promouvoir les sports de nature dans une région.

En termes de moyens, le Ministère a constitué une mission des sports de nature et du développement durable au sein de la Direction des sports et a créé un pôle de ressources nationales des sports de nature (www.sportsdenature.gouv.fr) qui joue un rôle d’animation et de coordination.

Les CDESI (Commissions Des Espaces, Sites et Itinéraires pour les sports de nature), chapeautées par le CNESI (Comité National) se développent : trois sont déjà créées, une vingtaine sont en cours de validation, la moitié des conseils généraux de France ayant entamé des démarches. Le CNESI est rattaché au CNAPS, qui dépend du MJS.

En 1998, le CNOSF crée un Conseil National des sports de nature pour promouvoir les pratiques sportives et loisirs en milieux naturels, dans la perspective du développement durable.

23 O. BESSY ET D. HILLAIRET, Les espaces sportifs innovants, Pus, Paris, 2002.

3- Les sports de nature comme futur du développement durable ?

Qu’ils soient sports, activités, loisirs sportifs, ou quelle que soit leur dénomination, les sports que nous qualifions de sports de nature reposent donc sur deux idées essentielles :
* Pouvoir accéder aux espaces qui servent de support à la discipline sportive.
* Sauvegarder ces espaces afin de pérenniser l’activité.

Ces sports de nature se trouvent au carrefour du sport, du tourisme, de la culture et de l’environnement. En effet, ils sont à la fois des outils touristiques, mais aussi une opportunité de sensibilisation sur la nature, car ils créent des effets structurants :
* Effets économiques : le tourisme local est bouleversé, une nouvelle économie est créée car des zones désertées sont réhabilitées pour ces activités (kayak, VTT), avec des retombées directes pour les prestataires et indirectes pour le territoire et les autres offres touristiques.
* Effets socioculturels : ils fédèrent et rassemblent les acteurs de la vie locale et la population, ils intègrent, professionnalisent, sont constructeurs de solidarité et d’identité territoriale.
* Effets environnementaux : ils protégent et valorisent les milieux.

Il demeure clair que la perspective environnementaliste ne se sépare pas des soucis de développement durable et donc de la lutte contre les inégalités. Il faut ici faire remarquer, comme le fait Gérard Monédiaire24, que « certaines manifestations sportives de nature (ou devenues commerciales avant tout), auront beaucoup de difficultés à trouver grâce aux yeux de ceux qui ont à cœur davantage la recherche de l’harmonie de l’homme avec la nature et le respect des hommes dotés d’une égale dignité entre eux, plutôt que la domination de la nature par une utilisation à titre de simple décor liée à une injure à l’égard des pauvres ». Il évoque ici le Paris-Dakar, et affirme que le fait de mettre en place un code de bonne conduite, ou de distribuer des pompes à eau ne cache en rien « l’arrogance conquérante et spectaculaire » et le « mépris indifférent ». Pour lui, ces valeurs sont étrangères à celles de sport et d’environnement, et pourtant, on parle de « sport de nature », il s’agit donc d’être prudent.

24 G. MONEDIAIRE, Sports de nature et protection de l’environnement, in colloque Sport de pleine nature et protection de l’environnement, Université de Limoges, 2000.

Lire le mémoire complet ==> (L’évènementiel sportif et le développement durable)
Master 2 Management des évènements et loisirs sportifs, Option Management de projets sportifs
Université PARIS X – NANTERRE – UFR Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives