Les mythes et l’odontologie : la compréhension des croyances

By 14 February 2013

II.4 Les mythes et l’odontologie : la compréhension des croyances

L’implication des croyances dans le quotidien des soins mérite une approche un peu plus approfondie de façon à ce que cette connaissance participe aux démarches qui seront un jour mises en place par le praticien, quelle que soit la population concernée par les soins.

Considérés, autrefois, comme purement irrationnels, actuellement, les mythes et les croyances sont des sujets assez importants qui interviennent dans le questionnement sur le comportement et les pensées des patients.

Leur étude peut également apporter une meilleure compréhension d’aspects inhérents aux représentations de la santé et de la maladie, vu que le cadre symbolique, dans le contexte de la santé- maladie, met également en relief la question des représentations sociales, et il n’est pas possible de disjoindre cet ensemble quand on est à la recherche d’un progrès et qu’on se situe dans une perspective de prévention.

II.4.1 Le rôle des mythes dans le rapport à la santé

Il faut, certes, développer l’étude des croyances, des mythes, des symboles et des images qui se rapportent au corps, à la santé et au monde médical. Cependant, le lien social qui produit des émotions et des sentiments partagés ne pourra pas être mis de côté dans ce processus de renouvellement de la relation entre praticien et malade.

Le mythe est un discours et il comporte une narration. C’est la façon dont les sociétés montrent leurs contradictions, leurs doutes, leurs certitudes et leurs inquiétudes. C’est aussi une façon de parler des relations sociales, de représenter des idées; en réalité, c’est un ensemble de phénomènes difficiles à définir (ROCHA, 1985).

Si le mythe est né d’une combinaison de symboles et de représentations de la vie, il ne peut pas être mis à l’écart dans le contexte de la relation praticien-patient, ni lui, ni les croyances qui lui sont attachées. Car le discours et le récit y sont particulièrement pertinents.

Le mythe, comme narration ou bien comme « source de narrations », peut enchaîner des symboles et, si la narration mythologique enchaîne des symboles, elle est, de par ce même enchaînement, « une séquence d’événements soit imaginaires, soit historiques, soit l’un et l’autre en même temps, c’est-à-dire légendaires. De même que la pensée strictement symbolique déchiffre les symboles (…) la pensée mythologique tisse ensemble le symbolique, l’imaginaire et, éventuellement, le réel » (MORIN, 1996a).

Pour bien comprendre la relation mythe-odontologie il semble nécessaire de rechercher, dans l’histoire de la civilisation, les facteurs qui ont pu contribuer au processus de développement de la médecine. Ainsi, la mythologie grecque, le pouvoir des religions et de l’église, la renaissance et, ne l’oublions pas, l’infatigable curiosité de l’homme ont eu leur part d’influence. Cette analyse conduit à observer que la souffrance, la douleur, le supplice et même le sadisme ont été liés à l’histoire, les croyances et les mythes se rapportant à l’odontologie.

La médecine grecque démontre bien l´importance des mythes dans l’établissement des soins : la passion des médecins grecs pour la découverte et le savoir ont fait que, dès l’Antiquité, ils ont pu établir les piliers de la médecine. D’après Maciel (2000)60, pour les Grecs, la douleur et la maladie étaient le résultat de l’hostilité d’un être à notre égard. Le corps humain entre en relation avec l’environnement par le biais de la santé et de la maladie, ce qui explique la nature des sujets étudiés par le médecin grec: l’eau, le vent, le terrain, les aliments, les saisons… Bref, le monde où vit le corps.

Il existe, dans cette conception, une dualité entre l’homme et le monde que la médecine doit prendre en considération, puisque les Grecs ont comme définition de la maladie le fait qu’elle soit visible. Etant visible, la maladie se manifeste par les symptômes cliniques, sur lesquels le médecin agit à partir de l’observation et de l’expérience (MACIEL, 2000).

Hippocrate a placé l’origine des douleurs dentaires dans les humeurs qui frappent les racines des dents (ACADÉMIE DENTAIREb, 2003)61 Il a également parlé des incidents qui surviennent chez les enfants, au moment de la chute des dents lactéales et de l’éruption des dents définitives. Dans les livres du Corpus (KAMIENIECKI, 1994),62 il est énoncé, par exemple, que la chute des dents de lait est provoquée par l’alimentation solide et qu’elle est directement liée à des causes mécaniques (ACADÉMIE DENTAIREb, 2003).63 D’ailleurs, on peut noter, à propos du serment d’Hippocrate, prononcé il y a plus de 2000 ans, que certains de ses aspects imprègnent toujours notre culture.

60L’auteur explique l’implication des mythes dans la vie quotidienne : « Para os gregos, a dor e a doença são agressões de um outro ser sobre o nosso ser (…) Saúde e doença são formas de relação entre nosso corpo e o meio ambiente e, por isso, o médico grego estuda o mundo onde está e vive o nosso corpo, isto é, as águas, o vento, o terreno, os lugares, os astros, os alimentos, as estações do ano etc. » (MACIEL, 2000, p.97).
61 Regards sur l’histoire de l’art dentaire- de l’époque romaine à nos jours. Texte en ligne sur le site de l’Académie Dentaire en France : http://www.academiedentaire.org/commhfv02.htm. (Page consultée le 27.11.2003) (ACADÉMIE DENTAIRE b, 2003). En outre, dans le Corpus, Hippocrate écrit que « le corps de l’homme contient en soi du sang, du phlegme, de la bile jaune, de la bile noire et c’est à cause de cela qu’il souffre ou bien est en bonne santé. (…) » (KAMINIECKI, 1994, p.9).
62 Corpus Hippocraticum, c’est « l’oeuvre magistrale qui s’est constituée de la fin du Vème siècle au milieu du IVème siècle avant J.C. Composé de 72 traités, le Corpus contient les grands principes de la médecine hippocratique : l’idée de la nature opposée à la conception surnaturelle du mal et l’homme appréhendé comme une unité organisée, incorporée à l’ordre du cosmos, la maladie comme un désordre historico-psychosomatique. » (KAMINIECKI, 1994, p.9).

Dans la société dans laquelle Hippocrate a vécu, l’image du médecin se confondait avec celle d’un demi-dieu et il jouissait du même statut social que les gouvernants ou les prêtres. En outre, le médecin exerçait des activités où se mêlaient des connaissances et des actes mystiques, voire même ésotériques. S’appuyant sur cette conception du demi-dieu, Hippocrate peut établir un type de relation de supériorité avec le patient quand, dans son serment, il déclare : « Je jure par Apollon, médecin, Asklépios, Hygéïa et Panakéïa, prenant à témoin tous les dieux et toutes les déesses, d’accomplir, selon mon pouvoir et mon jugement, ce serment et cet engagement écrit. (…)»64.

Le métier de médecin peut-il être incontestable? A cette époque-là, évidemment, c’était un métier pratiquement non discuté et c’est en jurant par les dieux de la médecine qu’Hippocrate obtiendra le lien indissociable et nécessaire à la guérison des malades.65

Etant donné que l’odontologie a toujours été liée au développement des sciences médicales, son histoire dans l’antiquité ne peut faire l’objet d’une description séparée. La magie et la religion ont été les “produits” des civilisations antiques. Ainsi, les convictions liées à la magie, le folklore, les préjugés et superstitions personnels qui ont été un frein à la médecine, ont aussi été un obstacle au progrès de l’odontologie (ODONTOLOGIA INFANTIL, 2005).66 Les civilisations babyloniennes et égyptiennes, nées dans les vallées du Nil et du Tigre-Euphrate, aux IVème et Vème siècles avant Jésus Christ, croyaient que le mal de dents n’était que le signe d’un chagrin des dieux. On cherchait à le soulager par les enchantements et les prières (ODONTOLOGIA INFANTIL, 2005).

Après 1092, on voit surgir un métier où le professionnel s’occupe, au départ, des barbes et des cheveux des moines. Rapidement ils adjoignent à leurs activités des opérations chirurgicales (enlèvements de calculs dans les reins, extractions dentaires, cataractes…) et deviennent alors les barbiers-chirurgiens. Or, comme une partie de ces barbiers affirmait avoir plus de connaissance que les autres, on a vu le groupe se diviser: d’un côté, le groupe « à la robe longue », les plus « savants », et de l’autre, « ceux à la robe courte », chargés des saignées et des extractions dentaires (KLATCHOIAN, 2002, p.15).

Même après le Moyen-âge, les barbiers continuent à offrir leurs services aux « patients». La majorité d’entre eux n’avait aucune formation : les dents étaient extraites afin d’enlever les « vers »; les humeurs chaudes étaient utilisées pour tuer ces « vers » et n’oublions pas les instruments « chirurgicaux » qui, vu la torture qu’ils infligeaient, pouvaient même tuer les patients (KLATCHOIAN, 2002).

63 Regards sur l’histoire de l’art dentaire- de l’époque romaine à nos jours – Époque Romaine. Texte en ligne.
64 Extrait du Serment d’Hippocrate [En ligne] www.pifo.uvsq.fr/pedagogie/bime/im_deont.htm (UFR PARIS-ILE-DE-FRANCE-OUEST, 2005)
65 Il faut ici préciser la signification du mot patient : adjectif; quelqu’un porteur de patience, qui supporte, calme, pacifique… (LEGRAIN, 1996)
66 Des éléments de l’histoire de l’art dentaire peuvent également être trouvés en ligne sur www.odontologiainfantil.com.br

En réalité, c’est à partir de cette époque que nous observons un sens esthétique plus raffiné. Même si, depuis l’homme des cavernes, les dents, sorties de l’arcade dentaire ont servi d’outils, « puis de talismans protecteurs, de porte-bonheur » c’est à ce moment que la dent est devenue un élément esthétique prépondérant. Sur quoi se greffe l’élément commercial; « au temps de l’arracheur de dents, les gens miséreux vendaient leurs dents à des personnes riches qui les utilisaient comme prothèses » (ESTEVE, 1991, p.98).

A partir de la chute de l’Empire romain et jusqu’au Moyen Age, l’église catholique a exercé une grande influence sur la transmission des mythes, acceptés ou non par la population européenne, et une situation favorable au christianisme, dont on attendait qu’il « apporte l’espérance d’un monde meilleur » s’installe (NGUYEN-BOUCHETOUX, 1984, p.50). 67 En médecine, Hippocrate, Galien, Aristote et Avicenne resteront des références pendant tout le Moyen-âge, époque à laquelle, le vide laissé par l’interdiction des recherches scientifiques a été comblé par les dogmes religieux (KLATCHOIAN, 2002).

Les sciences médicales étaient interdites, surtout quand elles avaient un rapport avec les croyances. Car, pour quelle raison l´homme devait-il rechercher une réponse à un processus inflammatoire si Dieu le voulait ainsi? Ce type de question contenait implicitement la réponse: Dieu le voulait et seule la foi pourrait sauver l’individu.

A la fin du Moyen-âge (entre les XIIIème et XVIème siècles), on a pu observer des avancées en anatomie et en chirurgie, mais rien de plus expressif que ce qu’on avait connu quelques siècles avant dans les écoles grecques et romaines (KLATCHOIAN, 2002).

Finalement, c’est l’époque de la Renaissance qui a changé les valeurs, en particulier l’apprentissage… L’odontologie, avec la reprise des études en anatomie, a participé à cet « éveil » intellectuel. A l’exemple d’autres domaines de la science, on a essayé d’abandonner les rites magiques, les superstitions et toutes les convictions à base non scientifique.

67 « Pour lutter contre les mythes païens qui subsistèrent en Occident pendant de longs siècles après les premières évangélisations, le christianisme fut amené à composer avec un certain nombre d’entre eux. (…) Pour le christianisme, la dent n’est plus qu’un instrument symbolique du supplice réservé aux hommes victimes de leurs passions bien qu’elle traduise aussi la beauté et la séduction dans certains paradis de guerriers valeureux. » (NGUYEN-BOUCHETOUX, 1984, p.50,52)

L’image des arracheurs est présente dans les œuvres d’art et les peintures dépeignent la douleur, la souffrance, le regard empreint de doute, méfiant et curieux des assistants, la difficulté de la procédure; bref, ces images signifiaient et illustraient les émotions ressenties. Dès lors, cette forte symbolique des dents se répandra de façon plus importante (Cf. Illustration 9).

Représentations picturales du travail des chirurgiens/barbiers dentistes au 17ème siècle Représentations picturales du travail des chirurgiens/barbiers dentistes au 17ème siècle
Illustration 9: Représentations picturales du travail des chirurgiens/barbiers dentistes au 17ème siècle 68

L’évolution des techniques médicales n’a pas nécessairement été accompagnée d’une évolution des mythes en rapport avec ces techniques. Même si on vit à l’ère du laser, du blanchiment des dents, des images en 3D, désormais présentes dans les cabinets où n’entend plus le bruit de la fraise et où on réussit à enlever la carie au moyen de procédés conservateurs qui arrivent même à ne pas faire de « trou » dans la dent, on ne réussit pas encore à enlever les pensées mythiques qui flottent autour de la personne du dentiste. A partir de tous ces faits historiques, il est facile de remarquer la répétition des aspects négatifs sur les sciences dentaires et les infatigables essais entrepris pour modifier cet état de chose. Ces pensées sont présentes de manière consciente et/ou subsistent dans l’inconscient collectif des personnes (KLATCHOIAN, 2002).

68 A gauche, carte postale de la peinture intitulée L’arracheur de dents, par Jan Steen, 1651. Peinture en exposition au musée Mauritshuis, La Haye, Hollande.

A droite, peinture ‘Le dentiste’ attribuée à Willem Willemsz Van der Vliet, école hollandaise du 17ème.

« Des dents et des hommes » Exposition de novembre 1992 à janvier 1993 à la Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine. Sur le site de la BIUM http://www.bium.univ-paris5.fr/aspad/ (Dernière consultation le 21.10.2005) (UNIVERSITÉ PARIS 5c, 2006)

De la combinaison des représentations, symboles et croyances dans la vie quotidienne résulte un mythe et ce mythe peut, encore de nos jours, servir de base à des relations communautaires…

Si nous suivons l’étude d’Eliade (1999b) sur la « pensée collective » dans son rapport aux mythes, nous comprenons que ces croyances et symboles sont imbriqués dans la société moderne de telle sorte qu’on les tient pour transmis au cours des temps… 69 Or, dans les sociétés traditionnelles, le mythe, évidemment, sert de facteur civilisationnel, il unit les pensées, uniformise les opinions, sur le comportement humain.

Pouvons-nous réfléchir à un aspect symbolique encore prégnant de nos jours, par exemple les célébrations religieuses, et formuler une question: les personnages religieux seraient-ils mythiques? La réponse la plus probable serait une explication montrant que les religieux, principalement les monothéistes, ne peuvent admettre que l’histoire soit confondue avec le mythe.70

Il ne faut pas non plus confondre le mythe avec les « fables » étant donné que, selon Eliade (1999), il s’agit d’un renversement total des valeurs : l’homme des sociétés traditionnelles découvre dans le mythe, « la seule révélation valable de la réalité ». En outre, il affirme qu’actuellement on n’insiste plus sur le fait que le mythe peut nous raconter des histoires impossibles ou improbables; il faut savoir surtout qu’il « constitue un mode de pensée différent du nôtre, mais [que], en tout cas, on ne doit pas le traiter, a priori, comme aberrant » (ELIADE, 1999, p. 21).

Quand nous observons l’influence du mythe dans la vie de l’homme, il est difficile de le tenir à l’écart des liens sociaux et affectifs, car le mythe est imbriqué dans les relations entre les hommes puisqu’il « arrache l’individu à son temps historique, individuel et au monde environnant et le place dans un instant éternel. » (ELIADE, 1999a). Et c’est particulièrement le pouvoir de communiquer par le langage qui fait aussi de l’homme un être différencié : l’homme parle et organise les symboles qu’il possède dans les langages articulés qui produisent un récit. Et, comme nous l’avons mentionné ci- dessus, le mythe serait, pour sa part, un récit spécial (ROCHA, 1985), un langage particulier, car il est subjectif, symbolique, évocateur et éternel.

69 «En imitant les actes exemplaires d’un dieu ou d’un héros mythique, ou simplement en racontant leurs aventures, l’homme des sociétés archaïques se détache du temps profane et rejoint magiquement le Grand Temps, le temps sacré. (…) On n’a pas manqué d’observer que le monde moderne conserve encore un certain comportement mythique : par exemple, la participation d’une société entière à certains symboles a été interprétée comme une survivance de la « pensée collective » ». (ELIADE, 1999b, p.22,23)
70 « Pour le chrétien, Jésus-Christ n’est pas un personnage mythique, mais, bien au contraire, historique : sa grandeur même trouve son appui dans cette historicité absolue. (…) Néanmoins, l’expérience religieuse du chrétien se fonde sur l’imitation du Christ comme modèle exemplaire, sur la répétition liturgique de la vie, de la mort et de la résurrection du Seigneur, et sur la contemporanéité du chrétien avec l’illud tempus qui s’ouvre à la Nativité de Bethléem et s’achève provisoirement avec l’Ascension. Or, nous savons que l’imitation d’un modèle transhumain, la répétition d’un scénario exemplaire et la rupture du temps profane par une ouverture qui débouche sur le Grand Temps, constituent les notes essentielles du « comportement mythique», c’est-à-dire de l’homme des sociétés archaïques, qui trouve dans le mythe la source même de son existence. » ELIADE, 1999b, p.29-30).

Cependant, il faut penser aux mythes en se situant dans le moment actuel. De nos jours, la pensée symbolique, mythologique et magique s’insinue également dans les relations affectives. Le mythe et les croyances sont toujours actuels car ils sont présents dans les interfaces les plus diverses de la société, même si on ne le perçoit pas directement : les grandes idéologies modernes expliquent et décrivent une réalité entourée d’une aura de divinité; les critiques se transforment en condamnations éthiques; et les condamnés sont sacrifiés comme des victimes, le tout au nom de l’authenticité, de la transparence et de la privation (GHIORZI, 2002, p.377).

Au centre de tout cela se trouve l’homme. Il a la capacité de construire, déconstruire et reconstruire sa vie quotidienne par rapport à autrui : il est le centre des réflexions et il est le symbole de la vie en perpétuelle évolution; il peut s’exprimer et réfléchir sur le monde à partir de son intérieur. Et c’est précisément ce qui caractérise le mythe : la réflexion à partir de l’intérieur. L’homme peut se poser des questions sur son origine, l’avenir de sa famille, son devenir, sa santé, ses soucis plus intimes, entre autres demandes pour lesquelles il est difficile de proposer une seule réponse objective, voire plusieurs réponses et nous constatons que, de ce fait, les solutions répondent au classement suivant (GHIORZI, 2002) :
1. les réponses sont introuvables;
2. les réponses sont liées aux évènements surprenants de la vie;
3. les réponses sont proposées par la science.

Ainsi, le langage des mythes « explore aussi les possibilités et les potentialités symboliques des choses qui sont représentées », dont l’homme lui-même. C’est pourquoi ce langage est « évocateur » (GHIORZI, 2002).71 Le schéma de cette pensée mythique devient particulièrement illustratif quand nous pensons que la représentation de l’objet et sa réalité forment un seul corpus. Cette pensée est polarisée, concentrée dans la réalité subjective et nous retiendrons que le résultat final en est le corpus (GHIORZI, 2002, p.377) (Cf. Figure 7).

71 «(…) le mythe est inséparable du langage. Ils naissent ensemble, mais ensuite il se distinguent, car le mythe est le discours de la compréhension subjective, singulière et concrète de l’individu qui sent le monde à partir de son intérieur propre. Le discours est un récit. Le langage est aussi un discours, mais rationnel, objectif, logique de l’individu qui réfléchit sur le monde extérieur. (…)» (GHIORZI, 2002, p.374).

Schéma de la pensée mythique
Figure 7 : Schéma de la pensée mythique

De manière schématique, Ghiorzi (2002, p.377) explore le sujet de la réalité mythologique et rationnelle, l’objectivité et la subjectivité, le réel et l’imaginaire. Cette dualité, d’autre part, se présente unifiée, c’est le circuit du langage et de la représentation : « La réalité et son image sont unifiées dans le circuit subjectivité-objectivité. Les personnages et les événements créés prennent corps et acquièrent une vie réelle dans l’univers vécu par l’individu. (…) La pensée mythologique est une pensée de conjonction (réel-imaginaire) présente dans les sociétés post-modernes. La pensée rationnelle se centre sur l’objectivité du réel ».

Les mythes ont bâti des civilisations et construit des religions au cours des siècles; certes, il est sûr que beaucoup d’histoires rapportées dans des livres et des documents se sont perdues au cours du temps, cependant, les mythes en conservent une grande partie dans la mémoire des peuples (KLATCHOIAN, 2002). Nous retiendrons ainsi que le mythe était également, pour l’homme, une forme de connaissance. La connaissance de phénomènes pour lesquels il n’avait pas de solution et dont il voulait comprendre la vérité, de même qu’il lui fallait chercher les raisons pour lesquelles il ne pouvait pas les cerner distinctement et n’arrivait guère à les expliquer dans la nature.

L’homme explique beaucoup d’événements, de phénomènes, de circonstances et de conséquences à partir des mythes. Même si, « la raison et le mythe ayant été placés comme des opposants dans l’histoire humaine occidentale », la science en profite pour éclairer des faits que la raison n’arrive pas à justifier (GHIORZI, 2002, p.)

En conclusion, la définition du « mythe » nous amène à réfléchir aux aspects de dualité qu’il comporte: pensée et langage, dits et non-dits, subjectivité et objectivité. Le mythe est un « récit fabuleux, souvent d’origine populaire, qui met en scène des êtres (dieux, demi-dieux, héros, animaux, forces naturelles) symbolisant des énergies, des puissances, des aspects de la condition humaine » et nous observons encore la relation établie par l’interaction du mythe, de l’homme et du langage narratif qui lui est propre quand il est caractérisé justement par « l’origine populaire », « l’imaginaire déformé ou amplifié par la tradition; (…) [par] une image que l’homme élabore ou accepte à propos d’un individu, d’un groupe, d’un fait. » et c’est cette réalité que nous voyons imbriquée et entretenant un rapport important avec les traitements dans le domaine de la santé (LEGRAIN, 1996).

Lire le mémoire complet ==> (Les facteurs psychologiques impliqués lors des soins dentaires aux enfants brésiliens )
Thèse de doctorat en psychopathologie et psychologie clinique – Ecole Doctorale Cognition, Langage, Interaction
Université PARIS 8- VINCENNES-SAINT-DENIS