Les croyances et l’accès au système de santé dentaire au Brésil

By 14 February 2013

II.1.3 Le rôle des croyances et des guérisseurs

Le Brésil est un vaste pays. Un pays habité au départ par les Indiens et qui a été colonisé au XVIème siècle par les Portugais; c’est un pays qui a accueilli aussi un grand nombre d’Espagnols, de Français, d’Allemands, de Japonais, d’Italiens, de Libanais et d’Africains. La diversité culturelle de ce pays nous montre que peuvent y exister des divergences sur les aspects les plus variés: le mélange des races, les croyances, les religions, les couleurs ne pouvaient pas nous donner un peuple unique (FREYRE, 1992).

On pourrait dire aussi que les dimensions territoriales ont leur influence sur cette diversité, sachant que le Brésil a une superficie de 8.514.876,599 km2 (IBGE, 2002) (Cf. Figure 5).

Il faudrait, dans ce contexte, expliquer avant tout l’importance de la religion et des croyances dans un pays comme le Brésil. En particulier, il est nécessaire de prendre en compte la religiosité dans certaines régions, et le professionnel de santé doit savoir travailler avec cette diversité. Ghiorzi (2002, p.109-110) la résume bien en la prenant dans son rapport avec l’individu lui-même quand elle affirme qu’il « réussit à établir la conjonction entre le social et le psychique en articulant son expérience, sa parole, ses désirs, ses conflits, ses émotions avec les aspects collectifs et universels. Par cette attitude, il a laissé la porte ouverte au monde des images, des symboles et des mythes. C’est là la principale richesse du peuple brésilien: la conjonction de l’imaginaire et de la réalité, le vécu d’une vie (…) et la possibilité de la création». 39Evidemment, cette implication religieuse peut avoir des aspects différents selon le patient, adepte « d’une même religion dans l’intensité et dans le respect de ses dogmes. (…) Il reste à connaître ses demandes spirituelles pour éviter tout trouble ou mécontentement», nous rappelle Lévy (2001, p.11).

Carte politique du Brésil
Figure 5 : Carte politique du Brésil 40

II.1.3.1 Le rôle des croyances

Les croyances peuvent avoir une influence dans un schéma de prise en charge des individus dans un cadre d’éducation et de prévention en matière de santé (Cf. Chapitre I); il faut donc prendre cet aspect en considération et pas seulement de façon négative, car, selon Rocha (1985), le mythe est une barrière, mais aussi une ouverture. Tous ces aspects ne viennent que rappeler l’importance de leur connaissance qui permettra de développer les démarches d’intégration, d’interaction et de travail avec les gens du pays. La réponse à la difficulté rencontrée par les praticiens dans ce domaine se trouve peut-être dans l’ignorance et le doute que la société peut entretenir.

39 L’auteur explique que l’individu crée son lien avec les autres en s’inscrivant dans une culture et dans une histoire collective qui relie les événements, émotions et histoires, mais il faut : « (…) parvenir à un équilibre entre, d’une part, sa liberté individuelle, cimentée par les images symboliques organisées par un système de forces antagonistes mais qui ne s’excluent pas, et, d’autre part, les contraintes de la vie collective, également imprégnée d’un système d’images antagonistes; l’individu a besoin de parler, d’être écouté et de s’approprier sa parole et son récit historique et mythique. Il a besoin d’émotions dans leur réalité. Les symboles sont là pour relativiser la raison. » (GHIORZI, 2002, p.126).

40 Cartes en ligne (GuiaNet, 2005)

Les croyances et valeurs du peuple brésilien sont des aspects qui prédominent dans la représentation de la santé, et l’histoire du pays montre que des éléments naturels et surnaturels y étaient présents (GHIORZI, 2002). L’influence de la religion catholique vient de l’époque des missionnaires jésuites, arrivés pendant la période de la colonisation, au XVIème siècle; elle joue particulièrement dans le passage du surnaturel au naturel de la santé (IBGE, 2000; GHIORZI, 2002)41

L’imposition d’une médecine officielle qui ne prend pas en considération la connaissance populaire, réitère la violence exercée par les jésuites sur les Indiens du Brésil et les gens peuvent ainsi préférer « chercher des méthodes de guérison qui offrent la possibilité de soigner le corps et l’esprit ». Les gens cherchent des voies de dialogue, de compréhension et ce retour à l’expérience vécue intervient quand l’individu est à la recherche de ces autres méthodes de soin du corps malade (GHIORZI, 2002, p.103-104, 107).

II.1.3.2. Le rôle des guérisseurs

Partout au Brésil, les gens ont à leur disposition une variété de thérapies éclectiques avant de chercher un médecin ou un dentiste (CANO et BOTAZZO, 1986; NATIONS et NUTO, 2002). La minimisation de l’intensité de la douleur est une priorité des souffrants : il faut considérer que cette intensité est culturellement construite et repose sur une expérience subjective (HELMAN, 1990; ZBOROWSKI, 1952).

Un aperçu historique de l’histoire de la médecine au Brésil renvoie à quelques faits importants qui aident à comprendre le rôle des guérisseurs dans le pays. Dès la colonisation, les chamans (d’abord indiens, puis africains) et « ceux qui soignaient par les herbes » ont été niés : premièrement par les jésuites, « détenteurs » de la connaissance et ensuite, au moment de l’arrivée des facultés de médecine au Brésil Les chamans étaient des guérisseurs; ils possédaient un « savoir-faire » et la population les reconnaissait et les respectait : « le corps avait besoin d’être guéri (…) l’absence de médecins dans les régions éloignées des villes a facilité la continuité de leur reconnaissance sociale » (GHIORZI, 2002, p.105).

41 Au Brésil, 73,7% de la population se déclare catholique.

Il faut également préciser qu’on peut définir au Brésil deux types de guérisseurs : « les docteurs de la forêt » et « les guérisseurs de la ville ou pharmaciens » (QUEIROZ, 1979, cité par Ghiorzi, 2002, p.105-6).

Les premiers, « recherchés par les gens des villages où les médecins ne sont pas présents, soignent les gens par des méthodes naturelles (herbes et médicaments homéopathiques), à quoi s’ajoute leur « expérience et leur compétence pour diagnostiquer et traiter ». En réalité, ils ont une action rationnelle, sans rapport avec le surnaturel et auprès des gens qui les connaissent, ils jouissent d’un certain prestige (dû à leurs « capacités interprétatives ») et ont une existence peut-être mythique qui se maintient. Les autres, installés dans les villes, ont « plus de ressources et de possibilités permettant de traiter plus de maladies (…) »; ils prescrivent des médicaments allopathiques et homéopathiques, même si leur pratique est proche de celle de l’autre catégorie. Bien que plus spécialisés, les « pharmaciens » ne sont pas reconnus par la médecine officielle, mais, loin des grands centres, leur présence est encore nécessaire (GHIORZI, 2002, p.106).

Ainsi, nous observons qu’il n’y a rien de nouveau dans l’incessante recherche de traitements, de remèdes, de pronostics, bref, dans « la recherche de solutions aux maladies que la médecine n’arrive pas à guérir »- sans compter le fait que bien des gens n’ont pas accès à la médecine officielle.

Effectivement, ce sont les circonstances sociales qui peuvent conduire aux guérisseurs : les régions les plus distantes ou n’ayant pas un système de santé très efficace ont recours aux guérisseurs qui représentent une alternative en matière de soins de santé. N’oublions pas que cette recherche a également un lien avec le sentiment de religiosité : l’attachement à ce qui n’est pas concret, ni complètement compréhensible, comme peut l’être la maladie à laquelle l’individu doit faire face. Aussi, les gens partent-ils à la recherche d’une aide religieuse, trouvée « dans des cultes religieux plus divers »; voici, en l’occurrence, un autre rôle des guérisseurs : ils ont le « don » de guérir et ce « pouvoir » de « communiquer avec le monde spirituel et surnaturel et d’en recevoir les éléments nécessaires à la guérison des malades » est confirmé auprès de la population qui y a recours et cela la touche profondément (GHIORZI, 2002, p.112).

Eliade (1999b, p.96-97), à propos de l’expérience des mystiques « primitifs »42 note que « partout dans l’histoire religieuse de l’humanité, l’activité sensorielle a été mise en valeur comme moyen de participer au sacré et d’atteindre le divin (…) la « sensibilité » est toujours et continuellement intégrée dans un comportement et, par conséquent, participe aussi bien à la psychologie collective qu’à l’idéologie sous-jacente dans toute société, quel qu’en soit le stade d’évolution ».

42 « Si nous avons choisi de parler uniquement des « mystiques » des sociétés primitives, c’est que leurs expériences nous laissent plus facilement entrevoir les processus qui aboutissent à la transformation des activités sensorielles en contact avec le sacré » (ELIADE, 1999b, p.96-97).

La recherche d’une approche holistique du patient nous renvoie également au sens spirituel : habituellement, sur ce point, le malade établit une liaison très forte, remplie de croyance et de foi. Ainsi, la reconnaissance des besoins spirituels du patient devient un fait pertinent dans le contexte des soins, puisqu’il peut affirmer et montrer l’intérêt du praticien pour la relation dont il fera dès lors partie.

En médecine, le dentiste est vu comme un professionnel qui soigne la douleur en provoquant des douleurs… Face aux douleurs et aux maladies, l’homme se sent souvent désemparé et, en vérité, il croit que le mal peut être une punition et prie pour obtenir la guérison. Cette souffrance ou le malheur qui existe de toute façon, sans que les gens l’aient « apparemment mérité » fait que la « justice du monde » doit être rétablie. Or, Deconchy (1998, p.349) nous apprend que « les gens, donc, auraient ce qu’ils méritent et n’auraient que ce qu’ils méritent ».

Aidant à surmonter les échecs de la vie et les souffrances, la religiosité peut remplir la vie des personnes et avoir comme fonction le rétablissement de cette « justice ». Le succès des prières soutient la foi et cette foi anime les malades, confortés par la possibilité de trouver, avec l’aide divine, un remède à un mal souvent continu. Les intermédiaires entre Dieu et l’homme peuvent aussi être les saints, les guérisseurs et les médecins.43

Paradoxalement, il faut rappeler qu’une des fonctions du chirurgien-dentiste est d’éviter la douleur. La plupart du temps, la douleur ressentie au niveau des dents est vraiment insoutenable et, avant de les arracher, pour fuir cette souffrance, les gens cherchent plusieurs formes de thérapies afin de l’éliminer. Au Brésil, il est des régions où la religion est un facteur très important dans la vie des gens et on y trouve assez couramment des demandes d’aide adressées aux « rezadeiras »44 : on donne la parole au monde des dieux ce qui peut indiquer la perpétuation des mythes et des croyances.

Ces prières apaisent les malaises. La foi des personnes qui croient aux « rezadeiras » est vraiment forte car on évoque des « forces divines » -l’enfant Jésus, la Vierge Marie, Sainte Apolline- afin de soulager la douleur et, quand la douleur est passée, aucun doute: la foi a sauvé.

Ces guérisseurs sont en général, au Brésil, du genre féminin et le « pouvoir de guérison » est un don : les parents peuvent l’apprendre à leurs fils ou filles, mais si la personne n’a pas de sensibilité, elle n’arrivera jamais à soigner.45

La magie des guérisseurs est reconnue par la communauté; le don est admiré par la population croyante, car sans avoir étudié, le guérisseur peut jouer le rôle du médecin et il peut aussi avoir une forte influence comme conseiller et psychologue : il communique la guérison, il permet la transmission au patient de la santé trouvée dans les cieux. La foi permet ce passage et la croyance se fait ainsi vivante. Il est intéressant d’étudier selon quel processus les mythes et les croyances ont un impact sur les gens, car ils sont toujours là, en situation d’échange ou inchangeables : « ils se situent dans l’histoire de la communauté et sont constamment renouvelés par l’introduction d’éléments nouveaux ou de situations ou de personnages empruntés aux événements profanes de la vie quotidienne » (GHIORZI, 2002, p.375).

L’observation du « quebrante » ou « mauvais-œil »46 est au départ faite par les mères ou les responsables directes des enfants, ceux qui sont les plus proches. L’attitude des enfants signale leur problème, ce qui veut dire qu’il existe un changement de comportement ou un symptôme somatique qui apparaît sans explication. La première tentative de résolution des problèmes sera faite à la maison, par la médecine familiale : on prépare des thés, on change l’alimentation et on essaie même des médicaments allopathiques moins chers.

Lorsqu’on ne constate pas de guérison, on se trouve devant un dilemme, ou plutôt une relation d’opposition entre les recours : soit le patient s’adresse à la médecine officielle et n’obtenant pas satisfaction, il cherche Dieu par l’entremise des guérisseurs ou bien il les a déjà rencontrés et ceux-ci ne lui ont pas apporté de solution; la médecine officielle devient alors sa dernière alternative. De fait, il faut remarquer qu’il peut exister une combinaison des recours aux soins qui va garder un caractère de complétude au niveau des facteurs qui indiquent le chemin de la guérison (Cf. Figure 6).

43 Les saints, fonctionnant comme liaison entre le divin et le terrain, occupent le terrain de la foi dans la vie des gens. Citons Sainte Apolline, patronne des dentistes, une dame chrétienne, persécutée en 248 car elle osait défendre Jésus Christ. Sa très lourde peine lui a fait mériter ce titre: on lui a arraché les dents avec des pierres pointues et ensuite elle s’est jetée dans les flammes. La raison de l’extraction des dents de Sainte Apolline est expliquée par le fait qu’arracher des dents saines était un moyen de punir les révoltés et nous retrouvons ainsi d’autres symboliques liées aux dents : la violence et la torture. (Regards sur l’histoire de l’art dentaire : de l’époque romaine à nos jours. – Le Moyen Age- Les Saints Guérisseurs- Sainte Apolline. Texte en ligne sur le site de l’Académie Dentaire en France http://www.academiedentaire.org/commhfv12.htm, page consultée le 21.03.2004.)(ACADÉMIE DENTAIRE a, 2004).

44 Les « Rezadeiras et Rezadores» ou « Benzedeiras et Benzedeiros » sont des personnes qui font des prières (‘rezas’, en portugais) spécifiques ou ont le pouvoir de bénir (‘benzer’, en portugais) quelqu’un; des « guérisseurs », des « chamans » , des prieurs ou des bénisseurs. Généralement, ils n’ont pas de formation universitaire et leur « pratique médicale » se forme quotidiennement.

Ces prières sont faites à partir de chapelets, de bibles, mais le plus souvent d’un rameau de plante. Des thés, des plantes, des légumes et d’autres sources de soins sont utilisées dans le processus de guérison. Parmi les plantes, la plus efficace est la « rue ». Plante originaire du sud-est de l’Europe et du nord de l’Afrique. La rue est considérée toxique à forte dose. Ses feuilles « évitent et écartent les mauvaises énergies » et montrent, lors de la prière, à celui qui prie, si la personne est infestée ou non par une mauvaise entité : dès que « l’énergie du mal » est dans l’air, les feuilles se flétrissent systématiquement.

La rue sert alors de talisman et est citée dans la mythologie grecque; voici un extrait de Bullfinch (2003, p.365) : « le basilic est le roi des serpents, il ne rampe pas, il avance fermement et dressé. Il tue les arbustes, non seulement par le contact, mais en respirant sur eux. Son unique ennemie est un mammifère de la famille Mustela. Quand celui-ci est mordu par ses ennemis, il se retire pendant quelques temps et ingère de la rue, puisque c’est la seule plante que le basilic n’arrive pas à faire flétrir et sa vigueur lui revient en double. »

45 Il faut différencier les guérisseurs (les prieuses et les bénisseurs) des chamans sur ce sujet. Leur « vocation » peut être spontanée, mais selon Eliade (1999b), la transmission de la profession chamanique peut encore être héréditaire , par décision personnelle ou même, plus rarement, par la volonté du clan.

46 « Mettre un ‘quebrante’ » est une expression qui signifie « affaiblir ». Quelqu’un observe l’enfant et lui transmet de mauvaises « énergies » qui peuvent correspondre à ses sentiments : envie, haine, dépression (ces mauvaises « pensées » concernent spécialement les enfants car ils n’ont pas encore de « défenses internes », ils ne savent pas encore se défendre).

Diagramme indicatif de la combinaison des recours en terme de soins et de guérison
Figure 6 : Diagramme indicatif de la combinaison des recours en terme de soins et de guérison

Selon Eliade (1999b, p.95), les guérisseurs « se singularisent par un comportement insolite, par la possession de pouvoirs occultes, par des rapports personnels et secrets avec les êtres divins ou démoniaques, par un genre de vie, un habillement, des insignes et des idiomes qui ne sont qu’à eux ».

Les guérisseurs sont capables d’avoir une expérience sensorielle que les autres ne vivent pas. La vie religieuse collective se concentre autour d’une « expérience sensible » et elle entraîne, sous une forme ou une autre, une « valorisation religieuse de la sensibilité ». Quand Eliade (1999b, p.96-97) dit que « d’ailleurs, tout acte responsable, est, chez les « primitifs », chargé d’une valeur et d’une signification magico-religieuses » nous rappelons que l’acte religieux enveloppe ce rapport magique, mythique et que les individus croyants sont chargés ou sont à la recherche d’une sorte d’expérience sensorielle.

A propos de cette expérience de quête d’un équilibre du corps et de l’âme (« équilibre de la santé physique et psychique ») Ghiorzi (2002, p.149-150) souligne que « (…) dans ce processus, le corps assume un rôle très important en tant que corps-vécu, sensible, face à ses capacités de : voir plus loin que l’apparence à travers l’intuition, guérir et repérer la santé à travers une guérison sensorielle (…) ». De plus, cette expérience est individuelle, mais également collective. Son aspect unique et universel est relié par l’imaginaire et le collectif assure « la convergence entre le social et le psychique ».

Le fait de rechercher un guérisseur peut être considéré ainsi comme une expérience mystique qui est généralement le privilège d’une classe d’individus. Les chamans, les hommes-médecine, les magiciens, les guérisseurs et les inspirés de toute sorte se distinguent du reste de la communauté par l’intensité de leur expérience religieuse : ils vivent le sacré d’une manière plus profonde et plus personnelle que les autres. Les rapports des guérisseurs avec Dieu et les Saints sont plus forts et plus directs et les gens les cherchent sans crainte : ils peuvent poursuivre l’âme égarée du malade, la capturer et la réintégrer dans son corps, ils surpassent la condition humaine, car ils communiquent ou bien ils font communiquer les patients avec des êtres divins (ELIADE, 1999b).47

Précisons, avec des exemples, l’influence des guérisseurs dans certains coins du monde : à l’est de l’Afrique, précisément dans la région de Tanga, en Tanzanie, on a étudié le rôle des guérisseurs dans le traitement des douleurs dentaires. Dans dix villages sélectionnés dans la région, les auteurs ont réuni un grand nombre de guérisseurs traditionnels : 73 dont 66 du genre masculin et 7 du genre féminin (NGILISHO, MOSHA et POULSEN, 1994) (Cf. Tableau 4).

Ces villages possèdent des centres dentaires modernes, même s’il ne s’agit que d’un petit réseau par rapport à la quantité des centres et des professionnels; cependant, ce système ne semble pas encore avoir influencé les habitants quant à leur usage du système traditionnel des guérisseurs locaux.

Distribution des 73 guérisseurs traditionnels selon leurs années de pratique

Durée (années) Fréquence (%)
1-10 22 30.1
11-20 14 19.2
21-30 6 8.2
31-40 22 30.1
41+ 7 9.6
Ne sait pas 2 2.7
Total 73 99.9

Tableau 4 : Dist ributi on de s gué riss e ur s e n T anz anie ( NGIL ISH O et alii, 1994)

47 « (…) le chaman est le grand spécialiste des questions spirituelles, c’est-à-dire celui qui connaît mieux que quiconque les multiples drames, risques et dangers de l’âme. Le complexe chamaniste représente pour les sociétés « primitives » ce que, dans les religions plus élaborées, on s’accorde à désigner par mystique et expérience mystique » (ELIADE, 1999b, p. 81).

La majorité travaille dans ce métier depuis plus de dix ans et cette pratique leur a été transmise par quelqu’un de la famille : le père ou le grand-père (58 pour cent et 18 pour cent, respectivement) tandis que d’autres guérisseurs ont transmis leur pratique à 12 pour cent du total étudié.

Un autre point discuté dans cette étude (NGILISHO et alii., 1994) nous montre que 44 guérisseurs soignent les « maux de dents » et l’étiologie principale qu’ils ont citée a été les « vers » (25 guérisseurs). La notion d’hygiène orale et les conséquences d’un mauvais état de santé bucco- dentaire ont été mentionnées par 10 guérisseurs parlant des « résidus alimentaires qui restent dans les dents » conjointement aux habitudes alimentaires sucrées.

Pour ce qui est des méthodes de guérison contre les « maux de dents », ils utilisent surtout les herbes (plus de 75 types différents) et quand leurs méthodes sont inefficaces, les guérisseurs, généralement, orientent leurs patients vers des extractions (qui peuvent être faites par eux-mêmes dans 8 pour cent des cas- 4 guérisseurs l’ont admis. Dans ce cas, un médicament fort est mis dans la dent dans le but de la désintégrer.). Ils peuvent aussi envoyer les patients à d’autres guérisseurs ou bien essayer d’obtenir la guérison avec des médicaments traditionnels plus forts. Le succès est cité par 98% des villageois (sur un total de 119 habitants qui ont suivi un traitement dentaire avec un guérisseur) puisque la douleur disparaît après le traitement. C’est la recherche du soulagement.

Un manque de connaissance étiologique et préventive en santé bucco-dentaire a été identifié chez les guérisseurs; en effet, leur traitement se résume au soulagement de la douleur et non à la poursuite d’un traitement dentaire (NGILISHO et alii., 1994). C’est pourquoi, le développement de structures de santé s’avère nécessaire pour que les habitants aient la possibilité de se faire soigner aussi en pratiquant la combinaison et en faisant de la médecine officielle un autre moyen de traitement. Ce fait est souligné et soutenu dans l’étude, étant donné que les guérisseurs eux-mêmes envoient leurs patients aux centres de soins dentaires.

Ces symboles jouent un rôle important dans la vie des individus, « disciplinés par des normes, ordres et uniformités » Le dynamisme vital est créé par le sens donné aux événements journaliers et ainsi, les choix faits, les mots choisis sont exécutés « à partir de notre intérieur, de notre monde imaginaire », car c’est à partir de là « que nous pouvons changer notre vie, notre façon de penser et d’agir » (GHIORZI, 2002, p.124).

Les histoires racontées et repassées au fil du temps maintiennent l’imaginaire, fondant les contes et croyances et tout cela fonctionne peut-être comme « moyen de sauvegarde de la santé ». Pour revenir à la religiosité, le sentiment de « foi » soulage l’individu lors des épreuves causées par les maladies et la mort. « Dans la santé et la maladie, le traitement, la guérison et la mort, le sentiment de religiosité se manifeste fortement dans la vie brésilienne : la religiosité fait du bien, apporte la santé, soulage la souffrance et le stress, soutient et augmente la sensation de bien-être. C’est par la croyance en quelque chose que l’individu donne un sens à sa vie (…) et chacun a son réseau de croyances et d’images, de symbols personnels » à propos des événements de l’existence et de la mort, y inclus la santé (GHIORZI, 2002, p.111, 123, 150).

Lire le mémoire complet ==> (Les facteurs psychologiques impliqués lors des soins dentaires aux enfants brésiliens )
Thèse de doctorat en psychopathologie et psychologie clinique – Ecole Doctorale Cognition, Langage, Interaction
Université PARIS 8- VINCENNES-SAINT-DENIS