Les compétences du lecteur des documentaires philosophiques

By 20 February 2013

2. Les compétences du lecteur

a) La question de l’âge

Comprendre le documentaire philosophique du point de vue du lecteur amène à s’interroger sur la qualité de la réception. La philosophie se tient-elle hors de la portée de l’enfant ? Le documentaire en soi ne requiert-il pas des compétences spécifiques de lecture si l’on considère avec Claude Gapaillard que « lire un texte documentaire s’apprend et donc s’enseigne » ?

Les compétences de l’enfant dans sa capacité à philosopher prêtent à débat : l’enfant peut-il être philosophe ? Peut-on aborder tous les sujets avec un enfant de sept ans ? Dans une même collection, l’âge du destinataire varie d’un titre à un autre.

Dans les collections « Brins de philo » « Chouette ! penser », certains sujets semblent abordables à partir de onze ans et d’autres à partir de treize ans. Le thème de la guerre peut être évoqué à partir de onze ans chez Audibert et Gallimard, celui de la vérité sera en revanche abordé à partir de treize ans dans Doit-on toujours dire la vérité ? L’âge conseillé varie donc en fonction du sujet traité et de la complexité de son traitement. De même, dans la collection « Explique-moi… », les livres « s’adressent aux enfants de cycle 3 de primaire, de collège et de lycée selon les sujets évoqués » ce qui sous-tend l’idée que l’âge de l’enfant détermine son champ d’investigations philosophiques.

id=’_Toc178224927′>b) L’apport de la psychologie

Des éclairages donnés par la psychologie, il semble intéressant de retenir les enseignements de Piaget, de Vygotski et de Bruner.

Le développement psychologique et cognitif de l’enfant évolue selon Piaget par palier. L’enfant, entre sept et onze ans, passe d’une morale hétéronome (l’enfant juge en fonction de ce que les adultes lui disent et en fonction des conséquences) à une morale autonome (l’enfant est capable de juger par lui-même). Il acquiert une « intelligence opératoire concrète », développe une pensée logique et objective et s’ouvre à la classification. Ce n’est qu’après douze ans qu’il accède à une intelligence opératoire formelle et au raisonnement hypothético-déductif. Si l’on s’en tient aux théories de Piaget, l’enfant de l’école primaire est incapable de produire un tel raisonnement et ne peut réfléchir sur un matériel abstrait. Dans ces conditions, il paraît alors impossible que l’enfant développe une pensée philosophique.

Il en est autrement si l’on considère avec Vygotski, que l’intelligence est liée à la vie sociale et qu’elle ne tient pas forcément à l’idée de maturité :

On demandait auparavant : l’enfant est-il mûr pour apprendre à lire, à compter, etc. ? Le problème des fonctions venues à maturité reste valable. Nous devons toujours déterminer le seuil inférieur d’apprentissage. Mais cela n’épuise pas la question : nous devons savoir déterminer aussi le seuil supérieur d’apprentissage. C’est seulement dans l’intervalle de ces deux seuils que l’apprentissage peut être fructueux. (…) La pédagogie doit s’orienter non sur l’hier mais sur le demain du développement enfantin.

L’enfant a, selon Bruner, des « intuitions philosophiques » et des « théories de l’esprit », « conditions de possibilité et support pour une pensée réflexive pouv[ant] être explicitées et travaillées par la verbalisation ». L’enfant est égocentrique et c’est en cela qu’il éprouve des difficultés à communiquer ses intuitions philosophiques. Paradoxalement, ce même égocentrisme évoqué auparavant par Piaget, peut permettre à l’enfant, dans sa « naïveté première » de philosopher :

L’enfant vit son expérience comme étant forcément celle de tous, son point de vue comme l’unique point de vue possible, sa singularité comme universalité.

La question des compétences de l’enfant serait donc à reconsidérer à partir de l’idée que l’on se fait de la philosophie. Considérée comme science, elle implique la production de concepts à partir de connaissances philosophiques et exclut par conséquent l’enfant de son activité. Si, en revanche, elle vise à « rendre compte d’une expérience à la fois singulière et universalisante », l’enfant est non seulement habilité à participer à l’acte philosophique mais, plus encore, il devient par sa naïveté et son innocence, un modèle.

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(Les documentaires philosophiques à destination des 7-11 ans ou comment philosopher à hauteur d’enfant)
Mémoire de Master 1 de littérature de jeunesse
Université Du MANS – Master 1 de littérature de jeunesse