Les attitudes des parents à l’égard de la situation de soins dentaires

By 18 February 2013

VI.2.2 Les attitudes des parents à l’égard de la situation de soins dentaires

Les résultats obtenus dans les entretiens avec les parents ont fait ressortir une quantité énorme de données, distribuées ici de façon à suivre à peu-prés les dimensions de la grille d’entretien (Cf. Annexe I).

A partir des réponses obtenues dans les entretiens de recherches, nous avons pu constituer les données qualitatives principales. Ceci étant, il faut dire que ces résultats montrent une grande diversité d’attitudes et d’opinions. Le résultat sera distribué de façon à ce que nous suivions la séquence des différents moments de l’entretien : le premier moment est celui des questions concernant l’identification du patient et de ses parents, et la description du comportement de l’enfant (ce moment, plutôt descriptif de la situation des patients, a été décrit dans le premier thème de ce chapitre); le deuxième moment, est celui de l’interaction avec le dentiste et de l’anxiété de l’enfant; le troisième moment fait le rapport entre les croyances des patients et leurs représentations au sujet de la santé et de la maladie; le quatrième moment, en référence au groupe 2, est celui où l’on se préoccupe des implications du traitement oncologique dans la vie du patient et de sa famille et de son rapport avec les conditions du traitement dentaire engagé.

Il faut aussi noter que les données descriptives concernant surtout le premier et le quatrième moment de l’entretien sont montrées dans la section VI.1 de ce chapitre : Les Données Descriptives.

Nous pouvons observer, par rapport aux mêmes questions posées à tous les groupes, une différenciation dans le contenu des réponses d’un groupe à l’autre. Ce qui nous amène à considérer qu’il y a eu une sensibilisation plus importante de la part des groupes 1 et 2. Cette observation repose probablement sur les relations interpersonnelles établies par les individus d’un niveau socio- économique moins favorisé : les groupes 1 et 2 ont une interaction plus marquante avec l’enquêteur, ils économisent rarement les mots pour expliquer leurs attitudes et sentiments.

Les enquêtés du groupe 2 apparaissent comme ceux pour qui la nécessité de parler se montre plus importante : leur histoire de vie et leur passé médical jouent ici leur rôle et le temps dans ce groupe ne figure pas comme un obstacle, bien au contraire car, accoutumés aux heures passées dans les couloirs des hôpitaux publics et habitués à gérer une situation de souffrance constante, ils considèrent le temps passé pour l’entretien comme un témoignage.

Les parents du groupe 3 montrent de leur côté un besoin de se libérer de la situation, une hâte constante qui donne des entretiens sont de courte durée et moins détaillés.

VI.2.2.1 Le premier moment de l’entretien : le comportement de l’enfant vu par les parents

La description du comportement de l’enfant à la maison et à l’école par les parents révèle un équilibre entre les groupe 1 et 2 (6 sages à la maison et 9 à l’école dans le groupe 1; 6 sages à la maison et 10 à l’école dans le groupe 2) et dans le groupe 3 nous trouvons 11 enfants sages à la maison et 14 à l’école.

Les parents des trois groupes disent avoir un bon rapport avec leur enfant et le résultat de la question posée sur le comportement de l’enfant vis à vis du parent est le suivant : 10 enfants câlins/sages dans le groupe 1, 10 enfants câlins dans le groupe 2 et 14 enfants câlins/sages dans le groupe 3. Ce bon comportement avec le parent diffère du résultat obtenu pour le comportement à la maison, en raison surtout des querelles entre frères et sœurs.

Selon les parents, nous vérifions une plus ou moins grande proximité entre le comportement de l’enfant à la maison et de son comportement chez le dentiste (sujet abordé dans le deuxième moment de l’entretien). Nous verrons que les groupes 1 et 3 ont des résultats plus proches: le groupe 1 avec 2 enfants qui se montrent calmes aussi bien chez le dentiste qu’à la maison; 2 enfants calmes chez le dentiste et « terribles » à la maison et 3 enfants terribles dans les deux cas. Dans le groupe 3,

13 enfants sont, selon les parents, calmes chez le dentiste et nous avons vu qu’à la maison 11 sont aussi déclarés calmes. Par contre, dans le groupe 2, il existe une différence plus nette dans ce rapport maison/dentiste puisque 12 enfants sont considérés comme « calmes » lors des soins dentaires par les parents (Cf. Tableau 29).

Ce qui veut dire que dans le groupe 1, les parents considèrent que leurs enfants ont un comportement plutôt négatif aussi bien à la maison qu’au cabinet dentaire; dans le groupe 2, les enfants sont considérés comme plus sages au cabinet qu’à la maison et dans le groupe 3, les parents attestent que leurs enfants sont aussi calmes à la maison que lors des soins dentaires.

Dans le groupe 2, il faut remarquer l’association faite par les mères entre le comportement de l’enfant et le cancer. Assez souvent, le mauvais comportement est justifié comme étant une conséquence de la maladie et on voit que ces enfants sont plus protégés vu la souffrance connue dans leur passé.

« Ce sont trois garçons, hein !! Ils aiment ça… ils se battent, se battent… y a des jours on a envie de disparaître!!! Je dis: oui, vous m’aimez pas, si vous m’aimiez, vous seriez sages… (Enquêteur: Et ils s’en fichent…) oui… ils s’en fichent (rires) quand ils me voient en train de faire la tête, ils viennent et ils m’embrassent, mais que quand je suis très énervée… (…) Une fois son frère lui a tiré les cheveux et ‘on peut pas’, parce qu’ils sont fragiles, hein? Il a beaucoup de cheveux, mais c’est pas la même chose que c’était… il avait beaucoup de cheveux vraiment, aujourd’hui, ‘c’est pas’ la même force, c’est des cheveux plus fins… si on tire trop ils tombent à certains endroits… Alors il a donné un coup de pied à B. et B., parce qu’il ne se laisse pas faire, hein? Alors B. lui a donné un coup de pied aussi…Seulement que ça a pris un mauvais endroit de l’autre qui lui a fait très mal, bien dans les parties de Brendo, (frère)(rires) Brendo a dit, bien comme ça, (elle baisse la voix…): tu vas mourir du cancer!! Alors là, je suis devenue aveugle sur le coup… j’ai pris ma ceinture, et je lui en ai donné… à Brendo. Je lui en ai donné comme j’en avais jamais donné avant… Oui. Parce qu’il avait accompagné son frère, il le savait, hein? De la grossesse… mon Dieu »

Mme Silvia, mère de B., 6 ans, groupe 2

« Il y a des jours où elle se bat avec l’autre et je dis: tu ne priais pas pour avoir une sœur ?, Après quatre ans, j’ai été enceinte, parce que j’ai de nouveau eu peur qu’il naisse avec des problèmes, alors ça a été rigolo, parce que L. s’est améliorée 100% après que l’autre soit née… parce que L. ne voulait que les bras, L. ne marchait pas… elle marchait, mais elle ‘voulait pas’ marcher correctement… et elle était très capricieuse. Comme ça, tout le monde parlait parce qu’elle avait des problèmes… la famille… »

Mme Enizelina, mère de L., 7 ans, groupe 2

A un moment donné de l’entretien, la mère de l’enfant C., 8 ans, patient du Groupe 1, veut souligner que son enfant attire l’attention et tente de lui faire oublier ses fautes par le biais de prières et attitudes du même ordre:

« Lui, il prie pour ne pas être frappé, quand j’arrive près de lui il se met à genoux.(…) Une fois il était à genoux et moi là à la porte en train de l’attendre pour le frapper et alors il est sorti et je ne l’ai pas frappé, alors il a dit : ‘tu savais , maman, que Dieu existe vraiment, j’ai tellement demandé à Dieu et il ne t’a pas laissé me battre’. Cela me touche… »

Dans le groupe 2, sur les quatre parents qui ont décrit le comportement de l’enfant comme « terrible », tous étaient en mesure de faire un rapport entre les soins dentaires, le comportement à la maison et le traitement oncologique : « (…) ah, il est terrible ! Il est à parler, à dire que je mens… sans vouloir faire les choses… il n’arrête pas une seconde, c’est ça… », une autre mère est plus claire au sujet de la période de l’hôpital : « … sa première fois chez le dentiste a été horrible. Il était très nerveux, le dentiste a eu du travail : il se battait avec les pieds. Quand le dentiste m’a demandé de sortir de la salle, il s’est amélioré. De plus, il a été déjà hospitalisé pour avoir les sessions de chimiothérapie, alors je pense que c’était ça… » (Mme Florencia, mère de J.F., 9 ans).

Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3
Comportement

maison

Sages : 6

Terribles : 10 (dont 5 g, 5f)

Avec la mère :

Sages : 6 Sages : 11

Terribles : 10 (dont 8 garçons) Terribles : 5 (dont 3 garçons)

Avec la mère : Avec la mère :

10 câlins (dont 6 ont un 11 câlins

4 Têtus, mais

affectueux

8 câlins/sages

2 malins, mais obéissants

2 sages

comportement terrible à la maison) 3 sages

1 sec 1 têtu

1 rude 1 câlin et terrible

1 capricieuse

3 terribles aussi avec leurs mères

Etablir une relation avec la maladie

Comportement école Sages : 9

Paresseux : 4

Trop timide : 1

Bavardes : 2

Sages : 10 14 parents déclarent qu’ils sont sages, même Les 6 autres considèrent qu’ils si 4 parents avouent que leurs filles sont sont terribles, y compris leur bavardes à l’école

bavardage

Relation avec les séquelles et les Terribles : 2 enfants à l’école

Tableau 29: Résultats du premier temps de l’entretien : questions sur le comportement

Le changement de lieu ou bien de dentiste (pour cette recherche, le dentiste n’est pas le même que celui qui a soigné les enfants lors du traitement oncologique) pourrait avoir une influence sur le comportement des enfants de ce groupe. Nous n’avons pas pris cela comme une variable, vu le caractère spécifique du groupe 2, mais il faut donner une illustration de cet aspect.

Une mère donne, à propos de son fils, l’exemple d’un possible changement de comportement : « Alors là il était calme et je ne sais pas pourquoi… à l’hôpital où il est habitué, il est terrible ! A l’hôpital, surtout au début, il se cachait pour ne pas avoir de piqûres, il se cachait sous la table, la chaise, pour que personne s’approche… c’était une bataille, mais je comprends, il a tellement souffert ! ». Ce patient est très fermé et timide : « (…) il a été aussi content de vous, que du Dr B. … et je lui ai dit, regarde, M., habitue-toi, tu vas retourner chez le Dr B. (son dentiste depuis le traitement oncologique), maintenant, le 28, tu vas supporter la consultation parce que tu n’as pas pleuré avec le Dr x et le Dr y (dentistes travaillant pour la recherche)… il a dit ‘mais, c’est autre chose avec elles…’ (rires). » Et ainsi, M., 8 ans, malgré un comportement très réceptif au départ, au fur et à mesure que le traitement dentaire avançait et lors des procédures plus invasives (exodonties, endodontie), a montré une anxiété exacerbée et déjà mentionnée par la mère

Une situation motivante et un vrai défi sont apportés par Mme Francineide et M., 8 ans. Elle nous raconte combien l’enfant était sage et n’avait aucune dent en mauvais état. Aujourd’hui, M. est un enfant très difficile à soigner, soit à cause de conditions physiques et fonctionnelles (bouche étroite, séquelles de la radiothérapie, mauvais positionnement des dents), soit en raison d’un comportement de refus et de crainte : « (…) il a beaucoup changé son comportement par rapport au dentiste après le traitement; tout le blessait et s’il voit du sang, il se désespère ! Dans sa bouche il a eu de la varicelle, de l’herpès… il ne pouvait pas être avec les autres enfants… » Cela nous montre bien évidemment que toute cette souffrance peut expliquer son interaction difficile avec le dentiste et le facteur d’anxiété lié à la zone orale qui est dû à d’autres facteurs (expérience du cancer, visites précédentes chez le dentiste). Et Mme Francineide confirme cette difficulté dans la relation avec le dentiste : « …surtout parce que le dentiste était présent dans un moment très difficile pour nous tous : la radiothérapie. La dentiste a arrangé ses dents pour aller à la radiothérapie, où il faut des dents en bon état pour qu’il n’y ait pas d’infections secondaires ». Or, à cause d’une mauvaise application de la radiothérapie, M. a eu une grave brûlure au niveau du visage –du côté gauche, du cou et de l’oreille gauche, ce qui a restreint l’ouverture de la bouche. Cette restriction physique, qui cause des difficultés de soins, est prise par la mère comme la raison essentielle de son incapacité à respecter les procédures préventives de santé buccale à la maison. Elle ne doute pas que la dentiste ne puisse la comprendre à ce sujet.

Lire le mémoire complet ==> (Les facteurs psychologiques impliqués lors des soins dentaires aux enfants brésiliens )
Thèse de doctorat en psychopathologie et psychologie clinique – Ecole Doctorale Cognition, Langage, Interaction
Université PARIS 8- VINCENNES-SAINT-DENIS