Le sport au service du développement durable ?

By 20 February 2013

B) Le mouvement sportif et le développement durable

1- La prise de conscience du mouvement sportif : historique

Au départ, il y a une vingtaine d’années, dans le milieu du sport, les trois piliers du développement durable étaient séparés. On parlait de sport et protection de l’environnement, de sport et cohésion sociale et de sport et développement économique.

a) Sport et environnement

La thématique apparaît en 1993 lorsque le ministère de la Jeunesse et des Sports crée une commission « sport et environnement ». Elle permet le dialogue entre institutions, associations et politiques.

Une université d’été, des articles dans certains magasines spécialisés, apportent des références scientifiques dans le domaine.

A la fin des années 1990, les conflits d’intérêts entre environnement et sport ne cessent de croître car les sports de nature émergent et la sensibilité écologique devient plus importante. On parle ensuite de tourisme sportif et respect de l’environnement, thématiques chères aux territoires.

b) Sport et cohésion sociale

On parle principalement de l’intégration par le sport des jeunes en difficulté, dans les zones urbaines sensibles. Beaucoup de réflexions universitaires sur le thème du sport socialisateur voient le jour (Duret, Augustini11, Fodimbi12).

c) Sport et développement économique local

Les territoires et leurs élus veulent connaître les retombées économiques directes et indirectes du sport sur l’espace local. On se rend compte du poids économique du sport dans certaines régions de France, où l’on va saisir l’opportunité de développer le tourisme sportif. 13

d) Une approche plus globale

En 1997 seulement, on parle de développement durable alliant les trois dimensions. Les articles fleurissent dans Les Cahiers Espace de l’année, exposant les réflexions de chercheurs tels que D. Cheminade14, JP. Augustin ou JP. Mounet. En 2000, plusieurs manifestations de tourisme sportif respectant le développement durable des territoires sont mises en œuvre. Les Cahiers Espace montrent toujours la voie avec O. Bessy15, ainsi que les actes de la 8ème université sportive organisée par l’Ufolep et l’Usep intitulée Territoires et développement local. Depuis 2000, des colloques ont été organisé sur les thèmes : Sport de pleine nature et tourisme ; L’observation des sports de nature ; Les sports de nature dans le massif des Vosges : enjeux et perspectives ; Tourisme sportif et territoires : les activités de pleine nature en régions littorales.

Tout ceci montre bien que la filière est émergente, et qu’on prend conscience de ces nouveaux enjeux.

2- le rôle des différents acteurs du sport

A tous les niveaux, du local à l’international, on note que les acteurs de la vie sportive intègrent tous de plus en plus la notion de développement durable dans leur organisation. Le mouvement olympique est clairement conscient de sa responsabilité morale envers la protection de l’environnement dans sa stratégie de développement. Voyons maintenant comment se positionnent les acteurs principaux du mouvement sportif comme le CIO, les fédérations internationales et le CNOSF, par rapport au développement durable.

a) Les instances internationales

– Le CIO

Au Comité International Olympique, la prise de conscience des problèmes écologiques s’est faite de plus en plus forte depuis plus de 25 ans.

Le CIO s’investit dès le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992, lors de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement, qui énonce des principes pour le 21ème siècle regroupés dans le programme « Action 21 ».

A la suite de ce Sommet, est créée une commission « Sport et environnement » au sein du CIO, qui va créer dans les années suivantes les principaux outils documentaires qui vont mener à des conférences mondiales sur la thématique « sport et environnement ».

Pour le CIO, « le mouvement olympique se veut un mouvement universel. […] Le sport et l’environnement sont des facteurs de bien-être du genre humain. […] Les membres du mouvement sportif aspirent à vivre en paix dans un monde non pollué où faune et flore, rivières et lacs, bois et forêts sont protégés pour le bien-être de l’humanité toute entière. »16

Au nom de ces valeurs, Juan Antonio Samaranch annonce la détermination du CIO à faire de l’environnement la troisième dimension de l’organisation des JO, avec celles du sport et de la culture, et se lance dans une vraie politique de développement durable. Il trouve sa légitimité dans ces valeurs humanistes et solidaires qu’il exprime, mais aussi dans le fait d’être une organisation internationale non gouvernementale mettant en place le plus gros évènement planétaire que sont les JO.

En 1996, la charte olympique consacre une partie importante à la préservation de l’environnement.

16 Extrait d’un document distribué lors du Sommet du CIO en 1995.

Nous parlions d’outils documentaires mis en place par la commission « Sport et environnement », en voici trois exemples :

* En 1999, le CIO produit un Agenda 21 du mouvement olympique, reposant sur les 27 principes énoncés au Sommet de la Terre. De plus, le CIO préconise cette mise en œuvre du développement durable à tous les acteurs du sport. Gérard Barreau17 parle d’un ouvrage de doctrine. Le mot d’ordre y est : « Penser mondialement pour agir localement ». C’est un slogan souvent repris pour exprimer cette nouvelle forme de gouvernance dont nous avons parlé. Cet Agenda 21 est directement inspiré de celui établi par le Plan des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Tous les acteurs du mouvement sportif feront leur propre « Agenda 21 » à l’instar du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), ou du comité d’organisation de la coupe du monde de football 2006, avec un programme appelé « green goal ».

* Un guide des bonnes pratiques, appelé « Manuel sur le sport et l’environnement » est aussi édité. Il donne des objectifs et des conseils pour l’organisation de plus grosses manifestations sportives.

* D’autre part, depuis maintenant une dizaine d’années, la prise en compte du développement durable dans le choix des villes candidates à l’accueil des Jeux Olympiques est devenu prépondérante. Un « Manuel des villes candidates » a donc été créé.

– Les fédérations internationales

Les fédérations internationales reconnaissent toutes que les premiers JO qui ont vraiment intégré une dimension de protection de l’environnement dans leur organisation sont ceux de Lillehammer, en 1994. Mais pour elles, la volonté de respecter le milieu se manifeste principalement dans le cadre des compétitions internationales et nationales. Elles doivent profiter de leur position pour insuffler ces valeurs à leurs fédérations nationales affiliées. Les actions concrètes à mettre en place sont par exemple : le choix du lieu des infrastructures et le regroupement pour des questions d’économie d’énergie, l’adaptation de la taille des équipements à leur utilisation, la réglementation des compétitions en milieu naturel, etc. Vu le nombre de licenciés, l’impact peut vraiment entraîner un mouvement pour l’environnement venant du mouvement sportif. Les fédérations internationales les premières à entrer dans ce mouvement ont été celles d’aviron, de golf et de ski.

17 G. BARREAU, La gestion du risque environnemental dans l’organisation des grands évènements sportifs, in colloque Sport, Environnement et DD, 2006.

b) Le mouvement sportif français

– MJS, CNAPS et CNOSF

Le Ministère de la Jeunesse et des Sports et le Conseil National des Activités Physiques et Sportives (MJS et CNAPS) agissent ensemble pour une mise en place concrète du développement durable.

Par ailleurs, comme nous l’avons déjà dit, le CNOSF produit en 2003 le fascicule « Agenda 21 du sport français en faveur du développement durable ». Cette initiative est relayée à différents niveaux du territoire, dans les régions et les départements (CROS et CDOS).

Les services des sports, dans les régions, sont de plus en plus nombreux à s’investir aussi dans la mise en place de cette mouvance développement durable.

– Les fédérations sportives

Ce n’est que depuis peu de temps que les fédérations se tournent vers le développement durable. Ces dernières années, le sport a joué plus que jamais un rôle de cohésion sociale et de développement des territoires, mais les nombreuses dérives liées à l’avènement du sport business (corruption, dopage) ennuient beaucoup d’acteurs du secteur qui souhaiteraient revenir à une éthique plus saine.

Dans « l’Agenda 21 du sport français en faveur du développement durable » du CNOSF, la contribution des fédérations nationales prend une forme plus élaborée. Ce document s’articule autour de quatre grandes finalités : le développement durable, une nouvelle approche des politiques sportives ; la solidarité sportive au service du développement durable ; une gestion et une organisation du sport respectueuses de l’environnement ; une économie sportive au service du développement durable. Chaque chapitre est décliné en objectifs, (21 au total comme XXIème siècle), qui constituent des orientations d’actions.

Le sport fédéral, lui, peut répondre à trois grands enjeux du développement durable :

La question économique, en mettant en place des modes de consommation plus écologiques, en créant des emplois stables et en faisant vivre économiquement les territoires.

La question socioculturelle, car le sport répond aux problèmes de la santé, de l’intégration, de la solidarité, de la citoyenneté grâce à ses valeurs de fair-play, d’hygiène, etc.

La question environnementale, puisque presque toutes les structures sportives, en milieu naturel ou non, sont rattachées à une fédération. Ces fédérations ont un rôle très important à jouer en ce qui concerne la protection et la valorisation des espaces naturels et des territoires.

Le mouvement sportif a donc un rôle social et des effets économiques reconnus qui lui permettent d’être un acteur indispensable du développement durable, même si la mise en œuvre risque d’être ralentie par le mode d’organisation même de ce mouvement sportif.

3- La difficile mise en pratique

Si on veut réellement non plus « parler de » mais « faire » du développement durable, il faut d’abord réaliser un changement radical dans ces pratiques et ces habitudes. Chaque action mise en place est à reconsidérer du point de vue développement durable c’est-à-dire à travers le prisme des trois dimensions : économique, sociale et environnementale. Il faut appliquer les cinq principes du développement durable, que nous avons précédemment évoqués dans la sous-partie sur le modèle socio libéral du développement durable.

Mais dans les faits, voici ce qui se passe :
* La transversalité est difficile à mettre en place car le système sportif (fédérations, comités, clubs) est une organisation hiérarchisée et fermée.
* La coordination local / global est peu respectée, il subsiste toujours des décalages entre les besoins locaux et ce qui est fait tout en haut de la pyramide au niveau des normes et des lois.
* L’anticipation (articulation entre le court et le long terme) n’est pas beaucoup utilisée dans un système fédéral qui repose sur ses acquis et son passé. Alain Loret définit d’ailleurs le sport fédéral comme « davantage réactif que proactif »18.
* La solidarité spatiale est une utopie car les territoires qui reçoivent le plus d’infrastructures sportives sont majoritairement ceux qui sont déjà bien avancés économiquement.
* Enfin, étant donné que les décisions sont prises par les instances internationales et nationales sans consultation de la base, on ne peut pas dire que la démocratie participative soit un principe d’actualité. Dans le domaine associatif néanmoins, c’est le principal mode de fonctionnement.

18 A. LORET, Sport et management, de l’éthique à la pratique, 1993.

Nous pouvons donc remarquer un vrai décalage entre ce qui est annoncé et ce qui est fait, en matière de développement durable.

** Bessy19 met en avant le fait que ce décalage s’accroît dès que l’on passe dans la sphère du sport professionnel médiatisé, du « sport spectacle », car les logiques économiques y sont beaucoup plus fortes que partout ailleurs dans le sport. François Bourg20 écrit qu’il n’y a jamais eu autant d’argent dans le sport, mais jamais autant de dysfonctionnements non plus.

** Bessy, qui a souvent travaillé sur ce thème, explique dans un article21, que les Jeux Olympiques, sous des discours de célébration et une mise en scène médiatique, symbolisent les dérives du sport, alors qu’ils sont à l’origine des premiers liens entre sport et développement durable. Il parle alors de l’hégémonie des pays développés, en matière d’organisation contraire au principe de solidarité, il évoque l’utilisation de tous les moyens possibles, même les plus interdits, pour gagner une compétition, alors que le développement durable parle de durabilité et de fraternité. Il met en lumière aussi le non-respect total de l’environnement des Jeux d’Athènes, parle enfin des sponsors et des médias qui ont la main mise sur les règles et d’une philosophie mercantile qui s’oppose à la justice sociale en termes de redistribution des bénéfices.

Il est d’ailleurs à noter que le choix de Pékin pour les prochains JO pose des questions d’éthique, quand on sait la loi du silence imposée par la Chine aux dirigeants du monde concernant ses violations des droits de l’homme. Le sport fédéral n’est pas encore tombé dans une spirale infernale et inéluctable, mais si on veut que le concept et surtout les actes concrets du développement durable gagnent du terrain, seule une réelle démarche initiée en profondeur sera la solution.

Pour conclure, et comme le dit Olivier Bessy, le développement durable est un nouveau défi pour le sport qui, à terme, pourrait changer sa face et entrer dans un nouvel âge, plus soucieux de l’avenir de la planète et de ses habitants.

En évoquant tous les efforts de ces acteurs du mouvement sportif envers le développement durable, nous avons montré que le sport s’articule de mieux en mieux avec le développement durable, surtout quand il touche aux loisirs et aux sports de nature, dont nous allons parler dans une deuxième sous-partie. Nous donnerons également des exemples concrets du respect du développement durable dans certains associations ou fédérations.

19 O. BESSY, Le développement durable, un nouveau défi pour le sport ? in colloque Sport, Environnement et DD, 2006.
20 F. BOURG, Economie du sport et éthique, in Problèmes économiques, 1992.
21 O. BESSY, La durabilité, nouveau mythe des jeux olympiques, in Espaces, tourisme et loisirs N° 220, 2004.

Lire le mémoire complet ==> (L’évènementiel sportif et le développement durable)
Master 2 Management des évènements et loisirs sportifs, Option Management de projets sportifs
Université PARIS X – NANTERRE – UFR Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives