Le champ électromagnétique et les risques sanitaires

By 21 February 2013

Qu’est-ce qu’un champ électromagnétique ?

La circulation de l’électricité donne naissance à un champ électrique et à un champ magnétique lesquels, en s’associant, forment un champ électromagnétique qui est constitué d’ondes électromagnétiques23. L’onde électromagnétique se caractérise par sa fréquence24 et sa longueur d’onde. L’énergie est d’autant plus élevée que la fréquence est grande.

Les champs électromagnétiques sont classés dans le spectre électromagnétique selon leur fréquence et leur longueur d’onde25. Le spectre s’étend des Extrêmement basses fréquences, générées par exemple par les lignes électriques, jusqu’aux Enormément hautes fréquences que sont les rayons cosmiques. Les champs électromagnétiques ayant la fréquence la plus élevée (comme les rayons X ou les rayons gamma émis par les matières radioactives) sont appelés « rayonnements ionisants », ce qui signifie qu’ils ont la propriété de pouvoir rompre les liaisons qui relient les molécules entre elles dans les cellules. En revanche, les autres champs électromagnétiques, en l’occurrence ceux auxquels nous nous intéressons, n’ont pas cette propriété, ils sont dits « non ionisants ».

Le spectre électromagnétique
Figure 1 : Le spectre électromagnétique26

23 Le champ électrique se mesure en Volt par mètre (V/m) tandis que le champ magnétique s’exprime en Ampères par mètre (A/m).
24 La fréquence est exprimée en Hertz (Hz).
25 Cf. en Annexe 1 le tableau du spectre électromagnétique avec des exemples concernant les différentes sources d’émission.
26 Source: Perez Martine, « Antennes-relais, portables: le rapport qui rassure », in Le Figaro, 15 octobre 2009.

Les champs électromagnétiques peuvent être d’origine naturelle (par exemple les ondes émises par les organes du corps humain ou par le mouvement des planètes) ou issues de la technologie humaine. Aussi, avec l’accroissement des activités technologiques durant le 20e siècle, l’exposition aux sources des champs électromagnétiques fabriquées par l’homme a-t-elle considérablement augmenté. Aujourd’hui, presque tout le monde est exposé à un bain d’ondes électromagnétiques, provenant de sources diverses: radiodiffusion, télédiffusion, alarmes, télécommandes, téléphonie mobile, téléphonie sans fil domestique (norme DECT27), Wifi, Wimax, bluetooth, ampoules fluocompactes, radars, écrans d’ordinateurs, etc. Les champs électromagnétiques peuvent se propager dans le vide ou dans la matière, mais ils ne présentent pas les mêmes mécanismes d’interaction en fonction de leur fréquence.

Pour les autorités, les risques sanitaires sont improbables

A l’intérieur des rayonnements dits « non ionisants », il convient de distinguer les radiofréquences (téléphonie mobile, Wifi28, Wimax29, etc.) des extrêmement basses fréquences (lignes électriques) parce que les champs électromagnétiques n’interagissent pas de la même manière avec le corps humain. Concernant les radiofréquences, les effets biologiques observés à court terme sont des effets thermiques, c’est-à-dire une augmentation de la température des tissus. Cette propriété est d’ailleurs utilisée pour des applications domestiques comme le four à micro-ondes. L’exposition à ces champs ne provoque pas, selon le ministère de la Santé, d’effets indésirables pour la santé, les niveaux d’exposition étant bien inférieurs à ceux nécessaires pour provoquer un réchauffement significatif. Pour les effets non-thermiques, le ministère considère qu’ils sont plus difficiles à cerner, notamment concernant leurs effets à long terme, comme un risque de développement de cancer. Il estime toutefois qu’en l’état actuel des connaissances scientifiques, aucune preuve scientifique ne permet de démontrer l’existence d’un risque pour la santé, qu’il s’agisse des antennes-relais ou des téléphones mobiles. Pour ce qui est des risques liés aux extrêmement basses fréquences, le site Internet du ministère ne donne aucune information. Sur le site Internet de la Direction générale de la prévention des risques (DGPR), il est indiqué que des études épidémiologiques constatent une augmentation significative du nombre de leucémies infantiles pour des niveaux d’exposition inférieurs aux valeurs limites sur le long terme. Mais la Direction ne conclut rien, elle note que ces résultats n’ont pas pu être vérifiés par des études expérimentales30. L’OMS indique quant à elle que les données les plus cohérentes dans les études épidémiologiques concernent la leucémie infantile31, ce qui a conduit le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui fait partie de l’OMS, à changer en juin 2001 la classification des champs électromagnétiques d’extrêmement basses fréquences, lesquels sont passés de la catégorie « des substances ou rayonnements inclassables » à la catégorie « peut être cancérogènes32 ».

27 La norme DECT (Digital Enhanced Cordless Telephone) est une norme de téléphonie sans-fil numérique qui fonctionne sur la bande de fréquences 1 880 à 1 900 MHz (micro-ondes).
28 Le Wifi (Wireless Fidelity) est un réseau informatique dont les liaisons sans fil utilisent les ondes électromagnétiques (micro-ondes).
29 Le Wimax (Worldwide Interoperability for Microwave Access) utilise la même technologie que le Wifi, mais avec des débits supérieurs.

Effets sur la santé Radiofréquences(Téléphone portable, Wifi, etc.) Extrêment basses fréquences(Lignes électriques)
Court termeLong terme Effets thermiquesAucune preuve de risque de cancer Augmentation du nb de leucémies

Tableau 1
Récapitulatif des effets sanitaires des champs électromagnétiques décrits par les autorités

Pour ce qui concerne l’hypersensibilité aux champs électromagnétiques, l’AFSSET33 indique que les expérimentations ne permettent pas de conclure à une relation entre les symptômes dont se plaignent les électrosensibles et les champs électromagnétiques. En outre, l’agence souligne que les experts admettent en revanche la possibilité d’effets psychosomatiques, pouvant être très gênant, et provenant de la peur de voir sa santé altérée par la présence par exemple d’une antenne-relais34.

30 Information disponible sur le site Internet de la Direction générale de la prévention des risques, http://www.developpement-durable.gouv.fr/Les-champs-electromagnetiques-Le.htm, [consulté le 9/03/2011].
31 OMS, Instauration d’un dialogue sur les risques dus aux champs électromagnétiques, Bibliothèque de l’OMS, Genève, 2004, p. 5.
32 Vallée Philippe, Etude de l’effet de champs électromagnétiques basse fréquence sur les propriétés physico-chimiques de l’eau, Thèse de Doctorat de l’Université Pierre et Marie Curie, 2004, p. 10.
33 L’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (AFSSET), anciennement AFSSE, a fusionné en 2010 avec l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) pour devenir l’Agence nationale chargée de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES).
34 Information disponible sur le site Internet de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail, http://www.afsset.fr/index.php?pageid=1236&parentid=265&ongletlstid=1614#content, [consulté le 10/03/2011].

Pour contrôler la nocivité des champs électromagnétiques sur la santé, des valeurs limites35 d’exposition ont été fixées en 1998 par la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP). Elles sont basées sur des effets d’exposition à court terme, les données scientifiques disponibles sur les effets à long terme étant considérées comme insuffisantes36. Ces seuils d’exposition ont été repris par le Conseil de l’Union Européenne37 et par la France38. Toutefois, les Etats membres de l’Union sont libres d’appliquer des limites plus strictes. Ainsi, certains pays comme la Belgique, la Grèce, l’Italie, la Lituanie, la Pologne, etc. ont-ils adopté des limites plus strictes sur la base du principe de précaution39. Nous verrons plus loin que les seuils français font l’objet de contestations.

Les questions engagées autour de l’hypersensibilité électromagnétique sont en grande partie indissociables de celles suscitées par les risques sanitaires des champs électromagnétiques. Certes, il pourrait y avoir une reconnaissance et une prise en charge par les pouvoirs publics de la pathologie dont souffrent les électrosensibles, sans que ne soit établit un lien avec les champs électromagnétiques. Cependant, la demande d’abaissement des seuils d’exposition, la préservation/création de « zones blanches », ou la conduite de recherches scientifiques constituent un ensemble d’éléments revendiqués par l’ensemble des associations ou des collectifs. Par conséquent, nous sommes en présence d’acteurs de la société civile dont les préoccupations ne se limitent pas forcément à l’hypersensibilité électromagnétique, mais dont les actions sont en synergie les unes avec les autres. Les actions mises en œuvre tendent ainsi vers une finalité commune, celle de convaincre de la nocivité des champs électromagnétiques. Mais les autorités françaises mettent en avant l’absence de preuve quant aux risques pour la santé. Faut-il alors considérer qu’il n’existe pas de risques ? Ou attendre que les risques soient prouvés pour prendre en compte leurs éventuelles conséquences ?

35 Les valeurs limites d’exposition du public pour les antennes-relais vont de 41 V/m à 61 V/m en fonction des fréquences et sont de 61 V/m pour le Wifi et le Wimax.
36 OMS, Instauration d’un dialogue sur les risques dus aux champs électromagnétiques, op. cit., p. 51.
37 Recommandation du Conseil de l’Union Européenne 1999/519/CE du 12 juillet 1999 relative à l’exposition du public aux champs électromagnétiques.
38 Décret n° 2002-775 du 3 mai 2002 relatif aux valeurs limites d’exposition du public aux champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux de télécommunication ou par les installations radioélectriques.
39 Ministère de la Santé, « Table ronde “Radiofréquences, santé et environnement” », Dossier de presse, 23 avril 2009, p. 19. Par exemple, les seuils du Luxembourg sont de 3 V/m, de la Suisse 4 V/m, de la Pologne 6 V/m.

Dans leur communication au sujet des risques liés aux champs électromagnétiques, les autorités publiques font constamment référence à l’information disponible basée sur les résultats scientifiques. La preuve semble donc reposer sur des éléments scientifiques, l’absence de preuve équivalant à une absence de risque. Par conséquent, la mise en débat public de la question des risques se heurte à une vision positive de la science. Aussi, le dossier des champs électromagnétiques est-il au cœur de nombreux enjeux que nous mettrons en évidence tout au long de notre analyse. Nous tenterons ainsi de montrer comment la gestion des risques liés aux champs électromagnétiques et la possible qualification de l’hypersensibilité électromagnétique comme problème de santé publique résultent de la construction d’un rapport de force engagé au sein de l’espace public entre les différents acteurs concernés par la question.

Dans une première partie, nous approfondirons la notion de risque et chercherons à savoir comment cette notion est utilisée et dans quels buts. Nous mettrons ainsi en évidence les transformations intervenues ces dernières années en matière de gestion des risques (chapitre 1). Nous identifierons ensuite les différents acteurs concernés par les risques sanitaires liés à l’exposition aux champs électromagnétiques, afin d’examiner comment ils mobilisent cette notion de risque dans leur communication (chapitre 2) et afin d’en identifier les enjeux (chapitre 3). Dans une deuxième partie, nous proposerons des éléments d’analyse concernant la constitution des problèmes publics. Tout d’abord, en abordant la notion d’espace public, de manière à mettre en lumière les processus à l’œuvre dans la mise en visibilité et la mise en débat de la question concernant la dangerosité des champs électromagnétiques (chapitre 4). Ensuite, en nous intéressant à la notion de construction des problèmes publics, afin d’analyser comment un problème présent au sein de la société peut se transformer en enjeu de débat public suscitant une intervention des autorités publiques (chapitre 5). Enfin, par une étude portant sur la communication des acteurs, dans le but d’analyser la place de la communication dans les mécanismes de constitution d’un problème public (chapitre 6).

Lire le mémoire complet ==> (L’activité de communication autour de l’hypersensibilité électromagnétique)
Mémoire de master 2 recherche en Sciences de l’information et de la communication
Université Stendhal Grenoble 3 – Institut de la Communication et des Médias