L’adolescence : transformations sexuelles, cognitives et sociales

By 22 February 2013

1.3.L’entrée dans l’adolescence

1.3.1.Les transformations physiques et sexuelles de la puberté.

La puberté est un phénomène biologique marquant le début des transformations physiques et sexuelles, passage de l’enfance à l’adolescence. L’âge et la durée varient d’un individu à l’autre. Sous l’influence de l’hypothalamus, certaines glandes (hypophyse, testicules, ovaires) sont mûres pour sécréter des hormones. La puberté débute par une forte croissance staturo-pondérale à partir de onze ans chez les jeunes filles et deux ans plus tard chez les garçons. Les filles voient leur bassin s’élargir et chez les garçons se sont les épaules. L’apparition des règles (la ménarche) et les premières éjaculations signent l’éclosion pubertaire. La sécrétion d’hormones sexuelles permet le développement des caractères sexuels primaires (les organes génitaux augmentent de volume) et secondaires (développement de la pilosité, des seins, mue de la voix chez les garçons…) [2]. Il est intéressant de noter que l’âge moyen du début de la puberté a diminué de 4 ans en cent ans passant de 17 à 13 ans.

L’évolution de ces caractères sexuels se termine vers 16 ans chez la fille et 18 ans chez le garçon. Ce sont les facteurs neuro-hormonaux qui provoquent la fin de la croissance (par soudure des cartilages) et qui marquent alors la fin de la puberté [9]. La phase d’achèvement est appelée maturité pubertaire. Les âges de début et de fin varient d’un individu à l’autre. Ces variations interindividuelles sont le résultat d’une combinaison de facteursgénétiquesetenvironnementaux[1].Ceschangementsanatomiqueset biologiques aboutissent à la capacité de reproduction.

1.3.2.Les transformations cognitives

Le développement de l’intelligence fait partie des différentes transformations qui interviennent au cours de l’adolescence. Piaget [10] distingue quatre stades d’intelligence de l’enfance à l’adolescence dont le dernier est l’intelligence formelle (de 12 ans à l’âge adulte).

En effet pendant l’enfance, l’intelligence concrète porte sur des objets et des transformations réelles. Le raisonnement de l’enfant dépend étroitement du contenu auquel il s’applique.

En revanche avec la pensée formelle, l’adolescent devient capable d’effectuer une différenciation de la forme et du contenu. L’intelligence formelle implique la capacité de passer du réel au possible. Elle permet de résoudre des problèmes multidimensionnels. C’est ainsi que l’adolescent va pouvoir réfléchir sur des concepts, en considérant plusieurs facteurs à la fois. Il devient capable d’élaborer des projets, de s’imaginer un futur, et il peut faire des analyses et des déductions. Chaque adolescent est unique dans son fonctionnement cognitif et celui-ci interagit avec le développement de la personnalité.

1.3.3.Les transformations psychologiques et sociales

*Au niveau psychologique

L’adolescence est une période clé du développement psychologique : c’est le moment où se structure les caractéristiques de la personnalité adulte. Il va y avoir un ensemble de remaniements touchant les modes de pensée, la manière dont l’individu se perçoit lui- même et entre en relation avec autrui. L’adolescent va prendre conscience et s’adapter aux transformations corporelles qu’il subit, et qui affirme irréversiblement son identité sexuelle.

Lors de cette période, l’adolescent effectue le deuil de l’image parentale. Il va se détacher de ses premiers liens affectifs, pour en investir de nouveaux. Il ne s’identifie plus à ses parents, ce ne sont plus ses seuls modèles. Les difficultés de ce travail psychique dépendent du développement antérieur et des relations préexistantes avec le milieu familial [5].

L’adaptation aux changements rend l’adolescent fragile et vulnérable. Pour représenter cette crise d’adolescence, la psychanalyste Françoise Dolto [11] a inventé cette image du complexe du homard pour la décrire : « Les homards, quand ils changent de carapace, perdent d’abord l’ancienne et restent sans défense, le temps d’en fabriquer une nouvelle. Pendant ce temps là, ils sont très en danger. Pour les adolescents, c’est un peu la même chose. Et fabriquer une nouvelle carapace coûte tant de larmes et de sueur, que c’est un peu comme si on la « suintait ». Dans les parages d’un homard sans protection, il y a presque toujours un congre qui guette, prêt à le dévorer. L’adolescence, c’est le drame du homard ! Notre congre à nous, c’est ce qui nous menace, à l’intérieur de soi et à l’extérieur, et à quoi bien souvent on ne pense pas. »

*Au niveau social

Le comportement social change également [12]. Il existe une « phase d’insertion » présente chez la fille entre 16 et 18 ans (plus tard chez le garçon). C’est à ce moment que l’adolescent réalise son indépendance, qu’il accepte de ne « plus avoir besoin » de ses parents. « L’identité sociale de l’individu doit être recherchée et sera acquise à travers des efforts individuels intenses » pour reprendre les propos de Marcelli et Braconnier [6]. C’est parfois lors de cette période que la jeune fille peut éprouver un désir de grossesse pour faciliter son insertion sociale alors que son identité n’est pas encore bien acquise.

L’adolescent accède à la sexualité adulte grâce aux métamorphoses liées à l’adolescence. Dans un premier temps, il va ressentir le besoin d’intégrer un groupe d’individus dans lequel il se reconnaît, le plus souvent unisexe. Dans un second temps, l’appartenance à un groupe ne lui suffira plus et il éprouvera le besoin d’avoir un interlocuteur unique et privilégié. Son choix se portera, généralement, sur une personne idéalisée et admirée. Viendra ensuite, une phase où ni le groupe, ni l’ami intime ne suffisent à l’adolescent. Il se sent incompris et entre dans une dépression, normalement, transitoire. C’est souvent lors de cette phase qu’il créé un journal intime. Pour finir, il va commencer à ressentir une certaine curiosité et attirance pour le sexe opposé. C’est à partir de ce moment qu’intervient la mixité au sein du groupe. L’adolescent connaît alors ses premiers déboires amoureux et ses premières désillusions. C’est aussi la période des conduites à risques (conduites addictives, rapports non protégés, grossesses non désirées…) [8, 9].

1.3.4.Une période de transformations à risques

La période de l’adolescence est appelée période de « crise ». En effet l’adolescent est soumis aux changements de son corps et à la fois de son image. Il va chercher à se trouver une place et un rôle nouveau au sein de la société en tant que sujet à part entière. Pour cela, l’adolescent va faire des expériences et souvent franchir la limite des interdits posés initialement par les parents ou même par la loi et être confronté à la violence de la réalité [13]. D’après Bonierbale M. [14] « Les événements se vivent sous le signe de l’urgence et du passage à l’acte. C’est le moment où il y a irruption d’une sexualité dont il va lui falloir trouver le « mode d’emploi ».

La sexualité débutante chez l’adolescent est souvent considérée comme à risque d’infections sexuellement transmissibles (IST) ou de grossesses précoces, les rapports étant plus souvent mal protégés ou non protégés. Une étude épidémiologique réalisée en France en 2007 [15] chez des filles de 15 ans ayant eu des rapports sexuels, montre que 88% des jeunes filles déclarent avoir utilisée un préservatif et/ou la pilule lors du premier rapport. Malheureusement les échecs de la contraception sont fréquents chez les adolescents après le premier rapport. La première raison tient à leur fertilité élevée. Une étude comparative des échecs de contraception chez les adultes et les adolescentes [16] montre deux particularités :

*une absence totale de contraception plus fréquente chez les adolescentes (9,4% contre 3,6% chez les adultes);
*une proportion d’échec du préservatif significativement plus élevée chez les adolescentes (17,8% contre 11,5% chez les adultes).

Le manque d’expérience peut être aussi un motif d’échec de contraception mais l’influence de croyances et d’attitudes caractéristiques de cet âge doivent être prises en compte comme le sentiment de toute-puissance et d’invulnérabilité, l’opposition active au discours de prévention des adultes, la prise de risques délibérée, les pratiques sexuelles maladroites ou mal contrôlées, la mauvaise anticipation des effets désinhibiteurs des substances psycho-actives sur les conduites… [14].

Si une grossesse survient chez l’adolescente, elle a un peu plus de risques de se terminer par une interruption volontaire de grossesse (IVG) que par un accouchement surtout lorsqu’elle survient tôt (61,9% pour les 14-15 ans vs 50,4% pour les 16-17 ans) [17]. C’est finalement une grossesse sur trois qui sera menée à terme chez les adolescentes si l’on tient compte des fausses couches spontanées.

Lire le mémoire complet ==> La maternité à l’adolescence : une prise en charge spécifique ?
Mémoire pour obtenir le Diplôme d’Etat de Sage-Femme – Ecole De Sages-Femmes De Baudelocque
Université Paris Descartes – Faculté de Médecine de Paris