L’accompagnement des mères adolescentes après l’accouchement

By 23 February 2013

3.2.5.L’accompagnement vers un meilleur avenir pour la mère et l’enfant.

Notre 5ème hypothèse est que tout est mis en œuvre pour que les adolescentes ne se retrouvent pas en situation d’isolement et puissent bénéficier du meilleur avenir possible pour elle et leur enfant.

* Le suivi pluridisciplinaire.

La mise en œuvre de moyens pour aider les adolescentes après la sortie de la maternité résulte du travail pluridisciplinaire des différents professionnels que l’on trouve en maternité comme les assistantes sociales (AS) et les psychologues. Nous avons vu dans notre étude que les assistantes sociales étaient sollicitées dans 73,4% des cas et les psychologues dans 59%. Ce chiffre montre un besoin très important des femmes au niveau social. Cet entretien doit être proposé à toutes les jeunes femmes afin de leur expliquer leurs droits pendant la grossesse et après la naissance de l’enfant même si certaines sont majeures à l’accouchement.

– Une solution d’hébergement à la sortie de la maternité

Le suivi par l’assistante sociale est en lien avec l’hébergement à la sortie de la maternité. Nous observons dans notre étude que 44% des adolescentes retournent chez leurs parents à la sortie de la maternité ce qui est légèrement plus élevé que pendant la grossesse. Les rapports avec les parents peuvent donc s’améliorer à la naissance de l’enfant et permettre à la jeune mère d’être prise en charge par eux avec son enfant. 12% vont aller vivre dans la belle-famille ce qui est moins élevé que pendant la grossesse (22%). Près de la moitié des adolescentes qui vivent dans la belle famille pendant la grossesse n’y retournent pas après l’accouchement.

Si leurs propres parents ne peuvent pas les accueillir, la démarche de recherche de logement est faite avec l’aide de l’AS. Après la grossesse 12,7% des jeunes mères vont vivre exclusivement avec leur compagnon contre 11,5% avant la grossesse. Les centres maternels représentent 4,3% des hébergements pendant la grossesse et 6,0% à la sortie de la maternité ce qui est faible sachant que d’après les informations notées par l’AS dans les dossiers 7,5% des jeunes mères restent hospitalisées plus longtemps en maternité car elles sont en attente d’une solution d’hébergement difficile à trouver; la solution finale pouvant être l’ASE ou le SAMU social. Le rapport de 1998 préconise une augmentation du quota de place dans les maisons maternelles pour les adolescentes sachant qu’à ce moment-là les maisons maternelles étaient en nombre insuffisant, il n’en existait qu’une par département [5]. Aujourd’hui il est difficile d’estimer l’augmentation du nombre de structures car les seuls rapports sur le sujet ne nous informent pas sur le nombre de maisons maternelles en France. D’après notre étude seulement 6% des adolescentes bénéficient de cet hébergement alors que certaines sont en attente de logement. Est-ce par refus de la patiente ou par manque de places et de structures ?

– Un accompagnement à l’allaitement

L’allaitement maternel a augmenté entre 1998 et 2010 passant de 34,3% à 65,7%. Ce phénomène montre un meilleur accompagnement de ces femmes à l’allaitement maternel ce qui participe à la mise en place du lien mère enfant et soulage la mère de la charge financière que représente l’achat du lait pour une certaine période.

– La prescription automatique de contraception avant la sortie de la maternité.

L’information et la prescription de contraception sont réalisées par le professionnel médical afin de contribuer à retarder les futures grossesses. Il a été montré que 35% des femmes qui accouchent auront une deuxième grossesse au cours des deux années suivant la première [58]. La contraception est un élément important à prendre en compte pour l’avenir de la jeune femme car une nouvelle grossesse aggraverait les difficultés sociales auxquelles fait déjà face la jeune mère. Nous avons décidé d’étudier ce critère qui n’était pas présent dans le rapport de 1998.

– Le choix difficile d’une contraception efficace en postpartum

Seul 4% des adolescentes ont choisi l’implant contraceptif avant la sortie de la maternité et 11,2% ont le désir de le faire poser plus tard. Moins de 1% des femmes sortent de la maternité avec un dispositif intra-utérin (DIU) ce qui correspond à la fréquence retrouvée dans la population générale. 65% des adolescentes sont sorties de la maternité avec une pilule micro-progestative ce qui correspond au pourcentage des jeunes mères qui allaitent.

Pour la majorité d’entre elles cette pilule était Microval® car elle est remboursée. Malheureusement cette pilule est très contraignante à prendre puisqu’elle possède un délai d’oubli de 3het nous avons constaté que celles qui utilisaient la pilule avant la grossesse n’étaient pas très observantes puisqu’elles ont accouché. La prescription de cette méthode contraceptive en si grande proportion ne semble pas adaptée à la population d’adolescentes ayant menées une grossesse à terme.

Nous ne pouvons pas mettre en rapport la prise de contraception et la précocité d’une deuxième grossesse car nous ne possédons pas cette dernière information. Nous pouvons simplement émettre l’hypothèse qu’elles seront plus nombreuses à avoir une grossesse que celles qui ont une contraception plus facile d’utilisation et plus sûre comme l’implant ou le DIU. D’après une étude [59] effectuée aux Etats-Unis auprès de jeunes mères ayant eu des grossesses répétées, la prévention efficace de la répétition d’une grossesse rapprochée serait de prendre en compte la nature de l’activité sexuelle de l’adolescente qui est souvent spontanée et imprévue et de prescrire une contraception en fonction du profil et des projets de la jeune mère.

Un réel entretien de contraception doit donc être effectué avant la sortie de la maternité, ce qui demande du temps. De plus au Brésil, une étude [60] a montréla diminution significative de la répétition de la grossesse lorsque l’adolescente avait reçu un suivi prénatal multidisciplinaire ainsi qu’un suivi postnatal médico-socio-psychologique du lien mère-enfant. Les jeunes femmes ayant bénéficié du suivi spécifique ont repris plus souvent leur scolarité que les femmes n’ayant pas bénéficié de suivi spécifique.

Notre 5ème hypothèse est confirmée puisque la majorité des femmes sont prises en charges par l’assistance sociale, soutenues par le professionnel de santé pour l’allaitement et la relation-mère enfant et reparte avec au moins une prescription de contraception.

Lire le mémoire complet ==> La maternité à l’adolescence : une prise en charge spécifique ?
Mémoire pour obtenir le Diplôme d’Etat de Sage-Femme – Ecole De Sages-Femmes De Baudelocque
Université Paris Descartes – Faculté de Médecine de Paris