La santé et le rapport praticien-patient – Les visites dentaire

By 19 February 2013

VI.2.2.4 Le quatrième moment : la santé et le rapport praticien-patient

La fin de l’entretien pour les groupes 1 et 3 a donné lieu à des questions posées sur le système de santé, la relation du patient avec les médecins et avec la santé buccale.

o Le système de santé et les professionnels de la santé

Les parents venant notamment du milieu le moins favorisé profitent plus du système de santé publique à Brasilia et dans ses alentours (27 parents au total sur les trois groupes). Dans le groupe 1, la plupart des mères (11) déclarent consulter un médecin ou un dentiste dans le dispensaire le plus proche de la maison. Dans le groupe 2, caractérisé par la particularité du traitement oncologique, la totalité des mères (16) se rendent dans les hôpitaux publics avec beaucoup plus de fréquence, même s’ils sont éloignés de la maison et même si un enfant a une mutuelle payée par son arrière grand-mère. Dans le groupe 3, nous remarquons que 14 parents ont un type de mutuelle privée leur permettant un choix plus grand de médecins et d’hôpitaux dans le réseau du DF125. Les deux autres parents de ce groupe qui n’ont pas de mutuelle, sont prêts à payer une assurance privée, tant que leur condition économique leur permet de le faire. L’avis des parents sur le système de santé dont ils bénéficient à Brasilia et aux alentours correspond aux réponses ci-dessus : dans le groupe 1, dix parents trouvent le système pénible en raison d’un triple manque: pas d’hôpital; un nombre insuffisant de dispensaires, un grave manque de médecins et/ou de dentistes dans la région. Les autres parents trouvent que le système est moyen (cinq), voire bon (un seul). Dans le groupe 2, 11 mères racontent la difficulté de partir à la recherche d’un bon médecin ou d’un bon dentiste dans les dispensaires. Sinon, il faut aller loin et/ou dans le centre de Brasilia. Les cinq autres mères trouvent le système moyen.

125 District Fédéral

« Ce n’est pas si mauvais dans les dispensaires à coté… Je connais les médecins (elle dit leurs noms à tous) et ils sont bons, mais découvrir ce que B. avait, ils l’ont pas fait…hein? Ils ont pas eu la base pour découvrir la maladie, mais ils m’ont envoyée chercher d’autres moyens et j’y suis allée »

Mme. Antonia, mère de B., 6 ans, groupe 2

Le groupe 3 se déclare satisfait des bénéfices de la mutuelle qui permet de payer cher dans le privé : le système est bon pour 15 parents. Un seul parent évoque encore une certaine difficulté à trouver un bon pédiatre pour son fils :

« Même avec la mutuelle, le traitement dispensé par le médecin peut varier…le professionnel devient attentif envers votre problème, il te donne une carte, parce que je pose très bien les questions, hein… maintenant il y en a qui sont super interactifs, ils répondent à tout, ils veulent que ce soit bien clair pour ce qui est des procédures et tout… mais il y en a d’autres que non, vous voyez que , qu’il semble qu’ils sont là pour résoudre la question tout de suite et qu’ils ne veulent pas grand chose, ne te donnent pas beaucoup d’attention, alors, ce genre de professionnels, on s’en éloigne un peu, parce qu’il y en a beaucoup, non? »

M. Gustavo, père de J., 7 ans, groupe 3

o Le rapport avec le praticien et les représentations de la maladie

Le rapport avec les professionnels de la santé est bon en général : 38 parents évoquent un bon rapport avec leur médecin et/ou dentiste. Le groupe 1 est le seul où nous avons rencontré des parents qui n’ont pas toujours une bonne interaction (6) et deux parents n’osent même pas parler pendant une consultation. Les parents des groupes moins favorisés ont tendance à avoir une relation de soumission, tandis que, dans le groupe plus favorisé, nous notons une contestation plus présente, même si le résultat des réponses « oui » et « non » est différent (Cf. Tableau 35).

On observe d’autant plus de gratitude et de sentiment de sécurité par rapport à sa propre santé et à celle de sa famille, qu’on peut compter sur la présence d’un médecin dans un lieu éloigné des centres de soins : cela réconforte, apaise les peines.

« C’est dur de trouver une consultation… il a le temps d’aller à l’école et je l’emmène l’après- midi… c’est parce que sa sœur, elle est suivie, depuis ses 8 mois. Elle a un souffle. Le médecin m’a dit

… c’est comme ça que je suis arrivée à l’hôpital de Taguatinga (autre ville satellite), j’y suis allée avec le suivi, j’ai cherché la femme du docteur Fernando, j’y suis allée deux fois et je l’ai pas trouvée… alors la troisième fois j’ai réussi à lui parler, elle a tout marqué et chaque année j’y vais…. il faut faire des efforts, mais ça y est… j’aime bien le traitement, leur attention… »

Mme Ivone, mère de F., 6 ans, groupe 1

La question posée sur la cause des caries ou des maladies buccales mérite d’être citée vu l’intérêt que présente la compréhension de l’étiologie fréquemment décrite par quelques parents. Les parents en général ont une idée assez raisonnable de cette étiologie pour la raison que 39 sur les 48 parents accusent le sucre et le manque de brossage (isolés ou associés; cf. Tableau 36).

Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3
Médecin 11 mères déclarent

aller au dispensaire le plus proche

5 mères déclarent aller au dispensaire et ailleurs, loin du

village

Les 16 enfants ont suivi leur 14 parents déclarent que traitement oncologique dans un l’enfant a une couverture de hôpital public santé, une mutuelle.

2 parents payent les

8 mères adressent leurs consultations dans le privé remerciements aux médecins car ils viennent de quitter leur

oncologues mutuelle

Système de santé Pénible, il faut aller ailleurs :

10

Bien : 1 (à condition que je me lève à 4 heures du matin,

j’arrive à voir un médecin)

Moyen : 5

Pénible, il faut aller à Brasilia : 11 Bien : 15

Moyen : 1

Moyen : 5 mères

Relations avec le médecin ou dentiste 14 disent poser des questions,

même si 6 admettent un rapport parfois difficile avec le

médecin

2 disent que cela n’en vaut pas la peine, car le médecin est occupé ou bien il ne témoigne pas d’intérêt

Les 16 parents disent poser des Les 16 parents disent poser questions. Ce sont des mères très des questions et aiment leur intéressées par le sujet de la santé rapport avec le médecin.

des enfants

Nourriture 5 mangent bien (repas équilibrés), et adorent les sucreries

5 enfants ne mangent pas bien et adorent les sucreries (les parents ici sont angoissés)

les enfants mangent bien et n’aiment pas vraiment les sucreries

2 enfants ne mangent pas bien et n’aiment pas vraiment les sucreries

6 enfants mangent bien (repas 5 enfants mangent bien (repas équilibrés), et adorent les sucreries équilibrés), et adorent les

sucreries

4 enfants ne mangent pas bien et 5 enfants ne mangent pas adorent les sucreries (les parents ici bien et adorent les sucreries

sont angoissés) (les parents ici sont

angoissés)

3 enfants mangent bien et n’aiment 3 enfants mangent bien et pas vraiment les sucreries n’aiment pas vraiment les

sucreries

3 enfants mangent bien, mais ils ont 3 ont beaucoup d’allergies et beaucoup de restrictions une alimentation plus réglée alimentaires

Tableau 35 : Résultats du quatrième moment de l’entretien : questions sur le système de santé, le rapport patient-professionnel et la santé buccale.

Il existe une association vérifiée entre la peur d’aller chez le dentiste, l’étiologie de certaines maladies et les justifications données à la non-compliance avec la situation de soins dentaires.

Dans le milieu le moins favorisé, nous entendons une description clinique de “dents mangées”, “dents faibles”, “dents percées”, et des étiologies “classiques” décrites par la mère ou le responsable de l’enfant qui sont fondées sur leur expérience de vie ou même, et c’est le plus fréquent, sur leur environnement.

A partir de ces énoncés, il est facile de relever quelques exemples où les parents arrivent à justifier la façon de conserver ou non la santé de la famille en prenant en considération des facteurs médicamenteux, génétiques et sociaux et peu souvent le fait de ne pas avoir eu suffisamment d’explications sur ce sujet :

. Etiologie « médicamenteuse » : « Il a pris beaucoup d’antibiotiques quand il était petit… »

. Etiologie « génétique » : « Je ne sais pas du tout de qui cet enfant a hérité ces dents !? Moi et mon mari, nous n’avons pas de dents si terribles ! » Ou bien : « Ah, docteur, sa bouche est comme celle de son père, il faudra le voir pour le croire : les dents sont pourries. »

. Etiologie « sociale et culturelle » : « Depuis son enfance, lui, ses frères et cousins ont l’habitude de manger des sucreries, des gâteaux… Dès qu’on avait de l’argent à la maison, soit moi, soit leur grand-mère, on leur achetait ce genre de choses. »

Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3
Raison du mal de

dents, caries

Sucre : 10

Dents fragiles : 1

Manque de brossage : 2

Génétique : 1

Médicament forts+douceur : 1

Je ne sais pas : 1

5 parents croient que c’est le sucre 11 parents croient que c’est le sucre

2 parents croient que c’est la

5 parents croient que c’est dû à la combinaison entre le sucre et le combinaison entre le sucre et le manque de brossage

manque de brossage 1 parent : le manque de calcium et la génétique

4 Manque de brossage 1 parent : la prise d’antibiotiques quand l’enfant était petit

1 combinaison sucre + vieillissement 1 parent : les caries

(les dents s’abîment avec le temps)

Santé buccale des parents Bonne : 6

Moyenne :5

Mauvaise : 5

5 : bonne 8 : bonne

10 : moyenne 7 : moyenne

1 : mauvaise 1 : pas terrible

Tableau 36 : Résultats du quatrième moment de l’entretien : questions sur la santé buccale.

Parmi les « excuses » des patients, nous voudrions citer quelques-unes qui sont tenues pour mythiques, comme les justifications données pour l’édentulisme (la bouche édentée), la carie et la négligence en matière de visites dentaires en l’absence de symptomatologie gênante. Ces considérations sont très courantes lors des conversations avec les parents :

. Edentulisme

L’acceptation du caractère édenté peut prendre la place de la recherche d’une solution plus simple et plus efficace telle que la prévention du problème à l’origine. Le type d’affirmation ou de questionnement posé dans ce type de remarque : « …Etre édenté est une conséquence naturelle du vieillissement, alors, pourquoi s’inquiéter à ce propos ? … », n’est plus justifiable de nos jours, car la prévention est un sujet bien étudié.

A l’origine de la perte des dents nous trouverons les maladies, les traumatismes et la composition génétique et pas seulement le contexte du vieillissement. D’autre part, la carie et les problèmes parodontaux peuvent être une cause fréquente de la perte des dents, alors que pourtant, ils sont faciles à prévenir.

. Carie :

Parallèlement à l’acceptation de « l’édentulisme », nous ne pouvons plus admettre l’affirmation que « la carie est une maladie des jeunes », étant donné qu’il existe un type de carie, situé aux racines des dents, bien plus observé chez les personnes âgées. De plus, l’application de fluor, d’une efficacité reconnue chez les plus jeunes, diminue sensiblement la carie.

. Absence de symptomatologie douloureuse :

Il existe, dans la bouche, un grand nombre de lésions sans symptômes cliniques. Certes, ces lésions peuvent être transitoires mais le risque qu’elles soient associées au cancer ou à une autre maladie plus grave ne doit pas être négligé126. De fait, n’ayant pas mal, le sujet se sent rassuré et on entend dire que « l’absence de douleurs signifie qu’on n’a pas de problèmes dans la bouche, ainsi il n’est pas nécessaire d’aller chez le stomatologiste… », discours tenu parfois à un moment tardif, coupant les possibilités de guérison.

Ces exemples montrent bien que les gens font aussi leur diagnostic. Lesquels ne peuvent pas être négligés par la médecine officielle. Leurs représentations sur la santé et la maladie aident à comprendre que les « savoirs » sont résistants et mettent en action la connaissance de la santé et de la maladie propre à chacun.

Lire le mémoire complet ==> (Les facteurs psychologiques impliqués lors des soins dentaires aux enfants brésiliens )
Thèse de doctorat en psychopathologie et psychologie clinique – Ecole Doctorale Cognition, Langage, Interaction
Université PARIS 8- VINCENNES-SAINT-DENIS