Facteurs de risques psychosociaux touchant le patient cancéreux

By 16 February 2013

III.1.3 Les facteurs de risques psychosociaux et la compréhension de ces facteurs dans leur rapport avec le comportement du patient

Prendre en considération d’autres aspects que ceux qui font partie de la maladie telle qu’elle est, dans ses aspects physiques et physiologiques, aurait été considéré, il y a peu, comme une perte de temps. Cette interrelation de facteurs multidisciplinaires, considérée autrefois comme dépourvue de sens ou bien d’une importance mineure ne prenait donc pas en compte les aspects psychosociaux et culturels de l’individu au moment de la prise en charge des maladies chroniques graves : le plus important était de mettre en scène les résultats des examens confrontés avec la thérapeutique médicamenteuse, les réactions biologiques et la symptomatologie clinique du patient.

Actuellement, il vaut mieux évaluer le bien-être de l’individu en s’attachant à des remarques faites sur l’aspect psychologique et renvoyant évidemment aux aspects psychopathologiques, mais aussi aux aspects sociaux, culturels, ou économiques.

On peut considérer que l’introduction sérieuse de l’étude de la dimension psychosociale dans le contexte du cancer est assez récente. Selon Holland et Frei (2003), ce n’est qu’à partir de 2000 qu’apparaît le développement des normes de soins psychosociaux et des critères de la pratique clinique. Maintenir la santé est un des objectifs des professionnels engagés dans un vrai travail de soin et de prévention de la maladie. Cette finalité devrait avoir une orientation plus démocratique89, mais c’est précisément le contraire que l’on voit dans le monde occidental où le système de soins n’arrive pas à avoir une distribution égalitaire, mais n’entrons pas ici dans cette discussion.

89 « On peut dire que l’activité de soin est le lieu de rencontre de toutes les sciences et de tous les arts (…) La médecine est impliquée dans toutes les facettes du bien-être de l’être humain : celui du riche comme du pauvre, avec leurs problèmes particuliers. » (ABDELMALEK et GÉRARD, 1995, p. 71) Quand les auteurs font ce type de considération, ils nous conduisent à réfléchir également à la complexité de tout ce qui se trouve derrière la relation de soins, une relation de vie, ou, du moins, de recherche de vie. Et nous nous arrêtons donc sur l’idée que, vu que la médecine se place « dans toutes les facettes du bien-être de l’être humain », nous ne pouvons pas nier le fait- utopique ou non- qu’il serait juste de voir davantage les soins comme une action démocratique.

III.1.3.1 Facteurs de risques psychosociaux touchant le patient et sa famille

Nous allons premièrement donner un aperçu des aspects psychosociaux de l’ensemble patient-famille, ce qui permettra que le comportement des personnes impliquées dans le processus de la maladie soit mieux compris.

Afin de pouvoir prendre en compte ces aspects psychosociaux, il faut tout d’abord se référer au concept d’humanisation du soin dans la pratique. Ce qui demande de reconnaître l’influence de ces facteurs sur l’état de santé de la population et cela veut dire apprendre à considérer et puis à assembler les expériences humaines « de la maladie tant au niveau de la collectivité qu’au niveau individuel » (ABDELMALEK et GÉRARD, 1995, p. 72,73).

A partir du moment où l’on réfléchit sur les facteurs de risques psychosociaux impliqués dans la maladie cancer, il ne faut évidemment pas oublier les considérations biologiques. Ainsi, nous ne pourrons plus considérer les conséquences physiologiques d’une « immunosuppression faisant suite à un facteur de stress psychosocial comme favorisant le développement d’une affection cancéreuse » (RAZAVI et DELVAUX, 2002).90 Et le type de cancer doit aussi être pris en considération dans la discussion sur l’influence possible des facteurs psychosociaux sur la progression des affections cancéreuses, vu que l’agressivité de certaines des affections cancéreuses varie en effet d’un type de cancer à l’autre.

Dans un pays en voie de développement, ce qui est le cas du Brésil, les facteurs de risque psychosociaux ne peuvent pas être négligés vu les inégalités sociales présentes qui favorisent surtout, dans le cas du cancer, un état de manque de confiance et d’insécurité qui caractérise les rapports avec les systèmes de santé. Il devient alors important de bien connaître les facteurs sociodémographiques, les informations médiatrices et le niveau d’éducation d’une population vu leur influence sur les bénéfices comme sur les barrières anticipées qui sont présentes dans un processus de modification du comportement (RAZAVI et DELVAUX, 2002).

Afin d’évaluer l’influence des facteurs psychosociaux dans le contexte du cancer, il est intéressant de comprendre quelle perception a l’individu du risque de contracter cette maladie. Prenons le concept de risque donné par Douglas et Vidavsky (1983) où le risque « est une attribution qu’un sujet donne à l’évaluation qu’il se fait de la réalité ». Nous rentrons là dans le sujet des aspects psychosociaux et du risque car les expériences passées, l’environnement, ainsi que les caractéristiques psychologiques de l’individu ont une influence sur cette « attribution d’un risque » (RAZAVI et alii, 2002b, p.52).

90 Sur l’implication des facteurs psychosociaux dans l’origine du cancer, rappelons également la recherche de considérations de niveau psychosomatique afin de pouvoir justifier les hypothèses pour lesquelles les facteurs psychosociaux peuvent avoir une influence au niveau physique de l’affection :

« (…) Faire l’hypothèse que des facteurs psychosociaux peuvent déterminer le devenir psychologique du patient paraît évident, mais supposer qu’ils peuvent influencer le devenir physique reste encore actuellement controversé car cela impliquerait une compréhension précise des mécanismes physiologiques, psychologiques et sociaux à la base du développement d’une affection physique donnée. (…) Les hypothèses sont donc souvent très différentes, s’étayant sur des théories qui le sont également. Il existe cependant un intérêt à cela car, dans une telle aire de recherche pluridisciplinaire, une compréhension des véritables enjeux propres à chaque discipline est une nécessité. Ainsi, en ce qui concerne le versant psychosocial, les théories qui sont à la base d’une approche psychosomatique du cancer sont nombreuses.(…) » (RAZAVI et alii, 2002b, p.37).

En fait, la survie du patient est influencée fréquemment par la perception d’un risque si elle est associée à un changement de comportement (RAZAVI et DELVAUX, 2002). C’est pourquoi, l’épidémiologie du cancer peut déterminer chez l’individu sa propre perception du risque à travers, par exemple, des données de morbidité et de mortalité. En outre, parmi ces données épidémiologiques, figurent des recommandations, appréhendées ou non par le patient, sur les changements comportementaux qui permettent de réduire ces risques (SCHOENBACH, WAGNER et BEERY, 1987).

En réalité, quand les individus appartiennent à une même catégorie sociale (âge, sexe, situation sociale, etc.) il est plus facile d’échanger des informations sur un risque et d’initier des activités liées à la prévention qui peuvent en outre « contribuer à la correction des perceptions inexactes et permettre ainsi d’évaluer un risque à sa juste valeur » (RAZAVI et alii, 2002b, p.52). Ce qui laisse présager un changement favorable dans le comportement au vu des facteurs de risques.

Lire le mémoire complet ==> (Les facteurs psychologiques impliqués lors des soins dentaires aux enfants brésiliens )
Thèse de doctorat en psychopathologie et psychologie clinique – Ecole Doctorale Cognition, Langage, Interaction
Université PARIS 8- VINCENNES-SAINT-DENIS