Enjeux et perspectives de la démarche événementielle Béthune 2011

By 27 February 2013

2.3.2 Enjeux et perspectives de la démarche

Au regard des définitions respectives données de la politique culturelle et des éléments constitutifs de l’événement culturel, de leur articulation possible en tant qu’éléments complémentaires mais pas forcement antagonistes, il semble que Béthune 2011 soit en effet une articulation savante d’une politique culturelle constituée d’un ensemble d’événements culturels pensés dans la durabilité et en fonction d’objectifs qui peuvent répondre aux objectifs globaux d’une politique culturelle. Une fois cette articulation clarifiée, il convient de pouvoir brièvement présenter la démarche accompagnant ce projet de politique culturelle tant en terme organisationnel, évaluatif en omettant cependant le coté managérial dans la mesure où celui-ci fera l’objet d’une sous partie transitoire.

Une place importante sera octroyée à la notion d’évaluation qui finalement représente l’essence des enjeux de la démarche culturelle en raison du schéma d’analyse proposé qui interroge globalement l’ensemble des enjeux et des objectifs du projet capitale régionale de la culture. En ce sens, l’évaluation du projet reste le meilleur moyen de pouvoir non seulement juger de l’efficacité et de l’efficience du projet lui-même (c’est en somme le rôle de l’évaluation) mais aussi, et de manière plus détournée, de pouvoir prendre en considération les objectifs initiaux qui guident les démarches d’évaluation tout au long du processus. Les objectifs initiaux sont le matériau brut de base pour une évaluation et en la comparaison entre objectifs initiaux et résultats obtenus réside le succès à la fois de l’entreprise considérée mais aussi du processus d’évaluation. Cette sous partie sera donc presque qu’exclusivement basée sur le principe évaluation, présentant de concert le mode d’évaluation mis en place sur le projet Béthune 2011 mais aussi le principe d’évaluation en lui-même. Avant tout, il convient de noter les ambitions du Conseil Régional, partagées, comme nous l’avons vu, par la communauté d’agglomérations partenaire, en terme d’objectifs de politique culturelle relatifs au projet capitale régionale. Le premier élément, certainement le plus important aux yeux des porteurs de projets reste la question de la démocratisation de la culture. En effet, depuis que la politique culturelle est considérée dans l’espace publique, par ailleurs considéré dans le champ républicain, même si comme nous l’avons vu, les grand monarques de notre histoire ont considéré l’art et la culture comme des éléments fondamentaux et ont posé les bases de ce qui est aujourd’hui la politique culturelle, il convient malgré tout de préciser que la dimension démocratique et d’accessibilité à l’art n’apparaissent qu’avec les premières créations de musées nationaux (dont celui du Louvre) consécutivement à la Révolution. Malgré tout, l’objectif de démocratisation lisible dans les ambitions régionales répond à l’enjeux majeur de la politique culturelle déjà observable chez Malraux ou Lang pour lesquels, même si les méthodes diffèrent, l’objectif reste identique.

En plus de cet objectif qui pourrait être considéré comme prioritaire, les parties prenantes du projet défendent également l’idée d’une valorisation du territoire qui prendrait son origine dans une nouvelle vision de celui-ci, influée par la mobilité et l’art. La notion de dynamique est ici à souligner, le projet capitale régionale de la culture créant de l’animation et un rayonnement local important pouvant modifier de manière conséquente l’image du territoire, c’est en somme un objectif décliné de façon mercatique de la politique culturelle ici présentée. Enfin, la dimension artistique est également soulignée à travers la volonté de se faire rencontrer artistes locaux et internationaux, propositions artistiques différentes mais localement complémentaires mais aussi de soutenir effectivement la création locale. Lors d’un entretien à visée sociologique, un chef d’harmonie locale témoignait de l’impact de Béthune 2011 à la fois sur la dynamique créée au sein de son organisation, à travers un projet représentant un an de travail et visant à se faire rencontrer une dizaine d’harmonies sous la houlette d’un chef d’orchestre d’envergure internationale. En plus de permettre à ce chef d’harmonie de projeter son groupe dans un travail d’un an, les budgets alloués à la réalisation de ce projet, la rencontre entre harmonies locales et un chef d’orchestre reconnu et la pérennisation de ce rendez-vous à travers des partenariats entre harmonies au- delà du projet Béthune 2011 représentent les potentialités induites par une politique culturelle efficace. Cet ensemble de priorités culturelles organisant la politique de la capitale régionale de la culture sont d’autant plus lisibles dans le processus d’évaluation qui en est fait parallèlement au déroulement des événements.

Le label de capitale régionale de la culture à été décerné à Béthune pour l’année 2011. Pour cet événement culturel d’envergure sur un territoire communément reconnu comme étant en difficulté, les orientations et objectifs généraux sont précis et réunissent l’ensemble des protagonistes institutionnels que sont la Région Nord-Pas de Calais, la communauté d’agglomérations Artois Comm’ et la ville de Béthune. La question de la démocratisation culturelle à travers notamment une politique de totale gratuité est un des objectifs principaux avec celui de contribuer au développement économique de la région béthunoise, d’améliorer l’image minière et d’inscrire le développement culturel au cœur d’un projet continu et durable relativement à la philosophie générale du Conseil Régional. En ce sens, ces objectifs se devront d’être observés et avec eux, une analyse fine de l’organisation institutionnelle de l’événement dans une vision prospective devant offrir des recommandations concrètes notamment en direction de la candidature du Bassin Minier UNESCO ou du projet Louvre- Lens et bien entendu aux prochaines éditions du projet capitale régionale de la culture. Le modèle présenté ci-après synthétise la démarche d’évaluation proposée par le bureau d’étude AxeCulture spécialisé dans l’évaluation de l’événementiel culturel :

Extrait du support de présentation de la démarche en comité de pilotage
Extrait du support de présentation de la démarche en comité de pilotage, 26 mai 2011, AxeCulture

Le processus d’évaluation se base sur 5 étapes phares qui chacune, tout en répondant aux principes énoncés par le cahier des charges, servent également de base à un croisement d’information plus complexe visant notamment à la dernière partie de l’évaluation consacrée aux recommandations. Les deux premières étapes consistent en une analyse sociopolitique de l’impulsion donnée à Béthune 2011 ainsi qu’une étude consacrée à la dynamique institutionnelle crée par le projet et à l’appropriation que celui-ci à connu notamment auprès des publics et des responsables d’institutions culturelles ou locales. Afin de réaliser cette double phase d’enquête, les outils quantitatifs (collecte de données notamment) et qualitatifs (rencontre avec les personnes clés de Béthune 2011) permettront de réaliser plusieurs objectifs.

Il conviendra tout d’abord d’identifier les moyens mis en place par les porteurs de projet et de critiquer la mise en œuvre du projet tant en termes organisationnels que temporels ou communicationnels. Par la suite, la dynamique culturelle de l’agglomération de Béthune sera modélisée ce qui permettra par la suite de pouvoir considérer le rôle et les effets de Béthune 2011 dans sa dynamique et sur son rayonnement. La troisième phase de l’évaluation consistera en l’enquête sociologique des lieux culturels de Béthune 2011 avec l’ambition notamment de critiquer l’attrait que représente le projet capitale régionale de la culture, de pouvoir dresser un profil sociologique type qui permettra de juger de l’efficacité du principe de démocratisation culturelle mais aussi de mettre en lumière les facteurs de succès ou d’échec dans la réalisation des manifestations. Cette phase est principalement abondée par des enquêtes dites quantitatives (questionnaires auprès du public) et qualitatives (enquêtes ethnologique). La quatrième phase de l’enquête consiste en l’étude d’impact économique et mercatique de Béthune 2011 sur le commerce et le tissu économique local. Cette démarche est avant tout qualitative dans la mesure où elle sera conditionnée aux entretiens et à la valorisation des résultats bruts des enquêtes sociologiques. Enfin, la dernière phase se propose de réaliser une synthèse générale de l’ensemble des études, enquêtes et conclusions des différentes phases de l’étude afin de pouvoir dresser un panorama des succès et échecs de la démarche entreprise à des fins de conseils pour les projets à venir.

Les objectifs globaux du projet capitale régionale et les cinq phases d’évaluation permettent de comprendre les enjeux mais également l’essence de la démarche proposée dans le cadre de la nomination de Béthune en tant que capitale régionale. Les aspects de démocratisation culturelle, de dynamique locale et institutionnelle, de soutien à l’activité artistique locale et éventuellement à l’activité économique et au rayonnement territorial motivent la démarche présentée et permettent d’en comprendre le sens. Il n’a pas semblé utile de revenir ici sur le principe d’évaluation qui sera décliné en fonction d’autres paradigmes dans la suite de la réflexion mais la mobilisation méthodologique qui en a était faite témoigne de l’importance de ce principe dans la gestion, dans le management des politiques culturelles. D’ailleurs, il convient maintenant de pouvoir étudier l’organisation effective de Béthune 2011 et de poser les bases de ce qui pourrait être considéré comme son management.

Lire le mémoire complet ==> (Politiques Culturelles Et Durabilité : Introduction au management de projet culturel et durable)
Master 2 Professionnel, Développement des Territoires, Aménagement, Environnement
Université d’ARTOIS – UFR EGASS