Définitions de la culture, Origines et débats autour de la culture

By 24 February 2013

Culture et développement durable : un préalable à la réflexion – Chapitre I :

Ce premier chapitre vise avant tout à considérer deux notions qui bien qu’évoluant ensemble depuis maintenant quelques années, méritent d’être étudiées l’une au regard de l’autre. En effet, aborder la question des liens entre culture et développement durable nécessite avant toute démarche une définition précise et une fixation du contexte dans lesquelles celles-ci évoluent. Il conviendra dans ce premier chapitre à la fois de définir clairement l’aspect culturel et à travers lui l’ensemble de ses dimensions. Au fil des âges et des évolutions philosophiques et plus généralement scientifiques, le terme de culture n’a cessé de se modifier pour devenir un « tiroir » dans lequel sont rangées nombre de notions aussi diverses que la connaissance, l’apprentissage, les objets d’art, les modes de vie et de socialisation… Il conviendra donc dans un premier temps de dresser une définition exhaustive de la culture au regard de l’axe de réflexion arrêté pour ce travail de recherche. Un rapide historique de la notion de culture permettra également la nécessaire compréhension de sa nature actuelle. Une fois la notion de culture définie, une interprétation en sera proposée, interprétation qui conditionnera le terme dans la suite de l’exercice. De la même manière, le terme de développement durable se verra redéfinit dans ses fondamentaux en axant notamment sa relecture en le considérant en tant qu’objet culturel à part entière. Une nouvelle fois, une certaine interprétation de la notion de développement durable en tant qu’objet sociétal sera proposée. Corrélativement aux piliers fondateurs du développement durable, l’accent sera mis sur la dimension globale du développement durable recoupant l’omniprésence de la notion de culture telle que définie précédemment. Cette lecture particulière permettra enfin de pouvoir mettre en lumière à la fois l’émergence des liens entre culture et développement durable et de constater l’efficience de ces liens. Lier culture et développement durable reste encore aujourd’hui relativement neuf et une mise en perspective de cette relation entre deux notions complexes est importante à mener. Le travail de recherche qui est introduit par ce premier chapitre est un exemple concret de mise en perspective des liens entre culture et développement durable. Ainsi, étudier comment et en quoi cette interrelation propose des externalités intéressante est un préalable à une réflexion plus précise. D’un angle de vue justement plus précis, prendre conscience et connaissance de certaines des externalités générales de cette relation mise au jour permettra également de pouvoir se projeter dans une optique très empirique de réflexion dont les liens entre culture et développement durable restent un corollaire d’approche incontournable.

Ce premier chapitre a vocation à présenter et à définir les deux notions au regard l’une de l’autre et en fonction d’écrits d’autorité sur la question. Ces définitions argumentées serviront de cadre directeur à la poursuite des recherches qui dépasseront finalement ce premier cadre global pour proposer une déclinaison empirique et théorique des potentialités rendues ainsi possibles.

1.1 Définitions de la culture

1.1.1 Origines et débats autour de la culture

La culture est un objet excessivement complexe à interpréter et à considérer tant ses définitions et ses lectures peuvent être diverses. Cette première sous partie aura vocation à présenter les différentes lectures simples de la culture, au regard des interprétations qui en sont communément faites mais sans l’étudier au prisme de sciences précises tel que ce sera l’objet dans la seconde sous partie consacrée à la lecture sociologique et anthropologique de la culture. Il convient ici de présenter à la fois une définition commune de la culture qui reste cependant en adéquation avec l’approche interactionniste du chapitre dans son lien au développement durable. Afin de comprendre au mieux une notion qu’elle quelle soit, une étude de son évolution scientifique est importante à mener dans la mesure ou celle-ci permet indéniablement une assimilation concrète du sujet. La culture au regard des temps anciens et de l’évolution de la connaissance humaine sera donc ici rapidement abordée et critiquée dans une optique permanente d’aspect durable et en corrélation avec le sujet de réflexion. Ce travail historique permettra la mise en contexte du fait culturel dans toute sa diversité et dans son écriture actuelle, fruit de siècles d’évolution.

Avant de dresser le portrait des origines de la notion de culture dans son aspect le plus global, il convient d’en dresser le portrait robot à travers l’analyse qui est faite d’elle à différents niveaux. Le mot culture est si omniprésent dans le vocabulaire commun, scientifique et politique que sa lecture en devient parfois difficile. De plus, en parallèle des diverses interprétations qui peuvent en être faites, la sémantique de la culture est également mise à rude épreuve. Dans La culture, Jean Fleury parle « d’une inflation » (Fleury, 8) du terme au risque que celui-ci perde son sens premier. Le mot culture est aujourd’hui associé à de nombreux domaines aussi divers que l’entreprise, la politique, la vie en collectivité (cohésion sociale), les arts, l’éducation et son sens premier lui aussi déjà divers n’en est que plus dissipé. Il convient donc de dresser un portrait du mot culture et de sa signification première au regard de siècle d’existence. Selon l’ethnologue Claude Lévi-Strauss par ailleurs membre actif du rapport mondial pour la culture et le développement et se basant sur la définition de Tylor, la culture « est un ensemble de règles qui organisent l’échange et séparent durablement les sociétés humaines de l’état naturel ». Cette première définition nous apprend nombre de faits importants concernant la nature de la culture. La culture se présente donc comme un ensemble de règles et de codes qui laissent à penser à un corpus informel de traditions, de normes et de valeurs propres à chaque société humaine organisée. L’aspect socio-anthropologique de la question est alors à souligner et sera développée ultérieurement. De plus, la culture inscrit une dynamique durable dans le rapport de l’homme à la nature. Le fait culturel est donc créateur de conséquences durables sur l’homme et de facto sur son organisation et sur sa vie en collectivité. Il apparait donc qu’intrinsèquement, la culture comporte un fort aspect durable dans le conditionnement de l’activité humaine. Il convient également de préciser que la culture est principalement caractérisée par un ensemble de symboles qui lui sont propres et qui conditionne son appropriation. Notons que le symbole est un élément fondateur de la psychologie humaine et que la quasi-totalité des informations dont dispose la cognition humaine est d’ordre symbolique et qu’en l’interprétation de ces symboles, dépend la compréhension et l’interprétation des éléments informatifs. Identiquement, la culture se lie également dans son interprétation biologique à travers la lecture comportementale corporelle notamment mis en évidence par Marcel Mauss. Les manières d’interagir avec son environnement, de se positionner lors de situations sociales particulières font partie intégrantes du fait culturel. La culture présente également un aspect plus matériel à travers l’art et la patrimonialisation d’édifices ou d’œuvres qui laissent leurs traces dans l’histoire mais continuent de construire le présent à travers les représentations sociales qui en sont faites. L’approche du fait culturel est ainsi totalement interdisciplinaire regroupant tout à la fois l’anthropologie et la sociologie, l’histoire, la biologie ou la science artistique… Il convient de fait d’exercer un choix parmi cet ensemble riche d’éléments et la culture sera donc principalement étudiée en fonction des sciences anthropologique et sociologique conformément à l’engagement présenté en introduction du mémoire et recherche et qui donne la primeur à la construction sociale durable du fait culturel. Afin de résumer le fait culturel et d’essayer d’en dresser un tableau le plus exhaustif possible, il est proposé de revenir plus en détails sur les éléments fondateurs de la culture et des cultures de manière plus générale.

Toute culture est caractérisée selon Jean Fleury par cinq éléments distinctifs (Fleury, 11). Le premier d’entres eux est de considérer le fait culturel comme un phénomène collectif . Dans cette première interprétation du fait culturel, celui-ci est sous entendu comme un élément constitutif et structurant de n’importe quel groupe humain constitué. Il convient de noter que cette caractérisation à été notamment abordée par différents auteurs et que ces écrits constitueront une base de l’analyse sociologique de la culture. Ce phénomène collectif s’observe et s’organise notamment dans les différents éléments organisant la vie en collectivité (interactions, moments d’échanges ritualisés…). Ce premier élément trouve ses potentialités dans l’échange qui s’exerce entre les différents individus construisant le groupe organisé. Ainsi, le langage tient une place prépondérante dans ce facteur distinctif. En effet, le groupe ne peut s’organiser si et uniquement si les individus peuvent communiquer de manière verbale et gestuelle entre eux. Cette précision est importante à deux niveaux dans la mesure ou elle met non seulement l’accent sur l’importance de la communication au sein du fait culturel mais place l’individu et la manière dont il organise sa vie sociale au centre du fait culturel. Ainsi, cette dimension collective n’est pas éloignée de la première définition envisageable de la culture qui serait l’organisation du « vivre ensemble » et concernant laquelle les enjeux en terme de durabilité y sont intrinsèques. Enfin, ce phénomène de nature collective permet également l’adéquation entre la dimension subjective de la culture qui peuvent être les envies du groupe, la manière dont il se représente tel ou tel élément culturel et la dimension plus objective qui pourrait être représentée notamment par les éléments plus matériels mais également par le contexte ou la nécessaire gestion des aspirations différentes du groupe. Ce premier élément distinctif de la culture est peut être le plus important de tous dans la mesure ou il met en lumière ce qui de manière générale est le premier élément interprétatif de la culture : la manière dont les groupes organisés se constituent et vivent ensemble. Tout aussi important notamment concernant la codification complexe de cette dimension du vivre ensemble, la seconde manière de caractériser la culture est de la définir comme vectrice d’un symbolisme très développé. La linguistique et la psychologie nous apprennent que le langage verbal et corporel est un ensemble complexe de codes et de significations qui sont interprétés et compris par chaque individu en fonction de nombreux éléments propre à chacun. Il en va de même pour la culture qui en tant que modèle d’organisation sociale (démontré par sa dimension collective), comprend en son sein un ensemble de significations qui sont autant de symboles qui codent l’activité culturelle. Ce symbolisme s’organise dans un rapport permanent entre des signifiants (allégorie, représentation artistique, symbole représentatif…) et des signifiés (idéaux, modèle d’organisation, éléments historiques…) qui rappellent à tout à chacun la permanence du groupe dans une continuité cohérente (historique, idéologique, étatique) et affirmant par la même occasion sa présence effective au sein d’un ensemble durable. Une des spécificité de l’homme serait ainsi de pouvoir organiser sa propre communication culturelle constituée non plus de signes comme en sont capables les animaux mais de symboles sujets à interprétation et à réflexion. Cette approche différentielle est également soulignée par la philosophie des Lumières qui fait de la culture et de son interprétation un élément distinctif de l’espèce humaine. Le phénomène symbolique culturel humain serait donc un moyen pour l’homme d’assurer sa particularité tout en s’inscrivant dans un ensemble pérenne avec un avant et un après, cet état de fait étant le fruit d’une activité symbolique permanente. La troisième manière de qualifier la culture relève du principe éducatif. En effet, la description des symboles ainsi que l’interprétation et la pérennisation de la dimension culturelle collective sera rendue possible par la transition des savoirs et des connaissances dans un contexte éducatif. Encore une fois, la durabilité du groupe par sa culture sera effective à condition d’inclure un apprentissage et une sensibilisation à cette forme de culture collective. Selon René Hubert dans le Traité de pédagogie générale, l’éducation est « l’ensemble des habitudes intellectuelles ou manuelles qui s’acquièrent et l’ensemble des qualités morales qui se développent » (Hubert, préface V). La dimension culturelle de cette définition est très forte, ce qui souligne également l’importance de l’éducation et de la connaissance en général lorsque le sujet de la culture est abordé. De plus, la manière dont cette éducation sera transmise et les enjeux pédagogiques qui en découlent sont autant de possibilité de marquage de cette éducation vers un principe de durabilité qui de part la nature transmissive (s’incluant donc dans le temps) répond aux impératifs de cette ambition. La culture se transmet donc à travers une éducation et une sensibilisation aux faits culturels constitutifs du groupe. Jean Fleury avance ensuite l’idée que la culture constitue « un dedans par rapport à un dehors ». Cette interprétation reste à développer dans la mesure ou les réflexions peuvent être nombreuses sur la question. En effet, le « dedans » pourrait être considéré comme le groupe constitué et présentant sa culture intrinsèque. Le « dehors » serait alors l’ensemble de ces groupes constitués. Mais l’ensemble de ces groupes ne constitue t’il pas un groupe en soi ? Les relations entre ce dedans et ce dehors méritent donc d’être analysées rapidement au regard de la philosophie qui apporte quelques informations sur la question. Merleau-Ponty relisant Deleuze considère que le « dehors » constitue « un élément plus lointain que tout extérieur », notant l’aspect universel de la notion qui peut être relié à l’aspect universel de la culture, qui se double d’un « dedans plus profond que tout intérieur» qui pourraient être les caractéristiques fondatrices de la culture dans la définition qui en est faite par Jean Fleury.

Cette relation permettrait « le rapport dérivé de l’intérieur vers l’extérieur » qui peut sous entendre par le prisme d’étude choisi, le lien entre différentes formes de culture et plus généralement du fonctionnement culturel dans un aspect macrologique. Plus simplement, la culture universelle serait constituée d’un ensemble de cultures propres dont la construction prendrait racine au sein même de cet ensemble de cultures différentes mais finalement complémentaires dans leur cheminement. Le « dehors » serait alors créé par le « dedans ». Enfin, la culture peut aussi être définie par l’existence d’une cohérence interne. Comme de nombreux éléments, le phénomène culturel connait de nombreuses évolutions. Son organisation n’est en effet pas rigide et assujettie à des changements corrélatifs aux évolutions de la société et des mentalités dont la notion de développement durable pourrait d’ailleurs être une illustration à part entière. La cohérence interne aux groupes culturels constitués est assurée par la nature dudit groupe. En effet, il est plus adéquat de parler de système de fonctionnement que de mode de fonctionnement qui implique de facto une certaine rigidité. La cohérence interne est ainsi assurée par le fait que le système culturel est en proie à des échanges et à des interprétations diverses et diffuses et ne peut par conséquent, pas se braquer sur un mode de fonctionnement rigide et non évolutif. Notons par ailleurs que cette capacité à s’adapter et à évoluer est facteur de pérennisation, la théorie démontrée par Charles Darwin pourrait également s’appliquer à ce type de milieu ! Ces cinq éléments constitutifs de la culture permettent ainsi de clarifier la vision et l’interprétation faite de cette notion qui est constituée d’un tout très complexe.

Définir la culture n’est donc pas chose aisée et cette première approche méthodologique et sémantique permet une certaine clarification de la notion notamment au regard des cinq éléments constitutifs selon Fleury. Il convient également de noter que la réinterprétation de ces éléments au regard du développement durable pourra être menée dans une sous partie suivante afin de comprendre les enjeux induits par l’interaction entre ces deux notions. Il aurait pu être intéressant de dresser un portrait des origines anthropologiques de la culture notamment à travers l’interprétation des savoirs à la fois préhistoriques et protohistoriques. Le temps et la forme de recherche ne se prêtant pas dans l’absolu à ce type d’approfondissement, il convenait néanmoins de noter que certaines interprétations actuelles pourraient trouver leur source au sein de ces temps reculés qui ont vu la naissance des diverses formes d’art (art pariétal et rupestre), d’artisanat (mobilier préhistorique) et d’organisation sociale en tant que fait culturel (rôle des individus, spiritualité, échanges « commerciaux »…). La notion de culture ne saurait se satisfaire de la discussion réalisée jusque ici. En effet, une analyse de sa nature au prisme des sciences sociologique et anthropologique est importante à mener dans la mesure où ces sciences interprètent la culture au regard de l’homme, angle d’étude qui correspond à la définition qui est donnée de la culture dans cette première sous partie.

Lire le mémoire complet ==> (Politiques Culturelles Et Durabilité : Introduction au management de projet culturel et durable)
Master 2 Professionnel, Développement des Territoires, Aménagement, Environnement
Université d’ARTOIS – UFR EGASS