Apprentissage et motivation dans la relation dentiste-patient

By 13 February 2013

I.1.2 La perception dans la relation praticien dentiste-patient

La relation thérapeutique entre le chirurgien-dentiste et le patient est spécifique sous bien des aspects et les comportements des patients seront orientés par les professionnels de santé de sorte qu’ils puissent répondre le plus adéquatement possible aux soins requis.

La question de la perception qu’a le dentiste de l’anxiété dentaire et celle de sa gestion commencent à être étudiées plus sérieusement vu que les dentistes sont impliqués dans des traitements traumatisants et/ou douloureux et que la qualité technique des soins dentaires est étroitement dépendante de l’ambiance psychosociale de la relation patient-praticien (MOORE et BRODSGAARD, 2001).

Les actes spécifiques qui interviennent dans la relation thérapeutique définissent très vite un lien thérapeutique entre le praticien et le patient : le geste prend vite un sens d’échange entre les deux partenaires. D’autre part, tout geste de l’un appelle par interaction une réponse dans le comportement de l’autre (GALINIE, 1981). Par conséquent, trouver la façon la plus efficace de cerner la motivation chez une personne, « c’est se donner le moyen d’influencer son comportement ». Et, à la base de cette motivation se trouvent la perception et l’interprétation que chacun fait des sensations ou des stimuli qu’il reçoit de l’extérieur (BOURASSA, 1998, p.49).

I.1.2.1 Prédispositions, apprentissage et motivation dans la relation dentiste-patient

Un ensemble de divers phénomènes (sensoriels, psychophysiques, physiologiques et psychologiques) compose la perception que nous avons de notre environnement, mais l’explication des mécanismes qui se cachent derrière les sensations olfactives, gustatives, auditives ou tactiles peut dépasser les intérêts de la psychologie médico-dentaire. Maurice Bourassa (1998, p.49) nous rappelle qu’il faudra cependant « porter une attention particulière à la perception visuelle, l’aspect esthétique étant l’une des grandes préoccupations des patients. »

Il existe des facteurs qui déterminent le développement d’une perception adéquate de la réalité et des expériences vécues : l’observation, l’attention, la discrimination et la recognition : ces quatre facteurs jouent un rôle fondamental dans l’appréhension des aspects de perception, dans l’élimination des informations inutiles et dans le processus par lequel nous associons les stimuli aux expériences vécues antérieurement. Or, dans la relation entre le praticien dentiste et le patient, nous aurons d’autres facteurs susceptibles d’influencer la perception parmi lesquels figurent les prédispositions, l’apprentissage et la motivation.

a) Les prédispositions

Cette disposition « à réagir (en avance) en présence de stimuli particuliers ou face à certains aspects d’une situation » montre que « plus l’information contenue dans un stimulus donné sera significative pour une personne, plus celle-ci sera « prédisposée » à le percevoir et plus elle sera sensible à son mode de présentation. » (BOURASSA, 1998, p.50).

La pratique dentaire montre que, lorsqu’un jeune patient se rend chez le dentiste en ayant une prédisposition à percevoir cette situation comme potentiellement menaçante, il enregistrera plus facilement toute information susceptible de confirmer son appréhension, c’est-à-dire les stimuli négatifs : il remarquera les plaintes qu’il pourrait entendre; il ne verra que les appareils et les instruments qui semblent menaçants. La perception du patient lui confirmera que les soins dentaires sont potentiellement douloureux; d’où l’importance pour le dentiste de déceler les prédispositions négatives de ses patients afin de pouvoir briser ce cercle vicieux. Plus un individu est « prédisposé » à un type d’expérience perceptive, plus sa perception manquera de nuances et de subtilité, et plus grand sera le risque que son idée préconçue se confirme à ses yeux. Pour toutes ces raisons, le praticien devra attirer l’attention du patient sur les stimuli positifs et essaiera de minimiser le côté négatif que peut avoir la visite dentaire (BOURASSA, 1998).

b) L’apprentissage

Un apprentissage antérieur peut affecter le comportement et les perceptions actuelles d’une personne. 6Prenons encore un exemple pratique pour bien comprendre qu’« un patient qui a déjà mal réagi à des soins dentaires risque d’avoir une perception biaisée de ce type de soins et que cette « mauvaise association» repose habituellement sur l’expérience de la douleur, associée à l’impact affectif et émotif considérable que celle-ci peut avoir ». Il est ainsi facile de repérer que les expériences antérieures (apprentissage) déterminent les prédispositions d’une personne à percevoir les éléments d’une situation en fonction de ses craintes. Il est, par conséquent, certain que la personne qui ne voit que les aspects douloureux de la dentisterie affermit donc elle-même ses préjugés à cet égard.

Cela renforce la théorie selon laquelle la perception sélective qui s’opère « en fonction de ce que nous désirons voir ou entendre contribue fortement à entretenir nos préjugés, favorables ou défavorables ». Ces problèmes de perception surviennent fréquemment dans les états de stress intense, ce qui peut se produire à l’occasion d’un traitement dentaire particulièrement délicat. Ces préjugés seront plus facilement contrés si, dès le départ, le dentiste a fait un travail positif sur la relation praticien-patient et si les premières visites et son environnement contribuent à l’établissement positif de ces rapports.

6 L’apprentissage ici est décrit à partir des constatations de Bourassa (1998, p.51 et 52) : « Ce phénomène repose sur les lois et les principes du conditionnement classique que Pavlov a mis au jour.

Le conditionnement sera d’autant plus efficace et tenace que le stimulus aura été antérieurement associé à une expérience de nature émotive. »

c) La motivation

Dans la mesure où elle est l’un des facteurs les plus déterminants du comportement, la motivation implique des notions d’énergie et de régulation comportementale. Les perceptions sont très fortement reliées par nos motivations et cette donnée n’est pas seulement responsable du déclenchement d’un comportement spécifique mais en contrôle aussi la continuité et l’intensité, et ce, jusqu’à satisfaction du besoin initialement recherché (REEVE, 1992). Ainsi parle-t-on des « besoins » primaires et secondaires, les premiers ayant un effet stimulant plus fort que la satisfaction des besoins dits secondaires, vu que ceux-ci requièrent une satisfaction plus subtile, rendue possible par des associations de comportements plus complexes.

En dentisterie, par exemple, les motifs sous-jacents qui amènent le recours à l’orthodontie notamment, sont souvent de nature esthétique plutôt que fonctionnelle; ce qui signifie que le besoin qu’elle satisfait est de type secondaire. D’autre part, si le patient a consulté le dentiste pour une forte douleur à la mâchoire, le traitement prodigué par le praticien aura servi à faire cesser le mal, donc à satisfaire le besoin primaire d’éviter la douleur. En dentisterie toujours, pour modifier un comportement inadéquat, il importera donc d’agir sur les besoins à satisfaire. Si bien qu’en augmentant ou en modifiant l’intérêt de la gratification recherchée, on pourra accroître l’intensité et la durée des comportements que l’on veut faire adopter.

Il vaut mieux alors connaître la nature des besoins et des motivations susceptibles de « nuire à la tâche du praticien et établir les moyens de les enrayer ou d’en diminuer la portée ». En ce sens, l’échelle à cinq degrés de la « hiérarchie des besoins » d’Abraham Maslow7 peut nous éclairer. Selon lui, nos besoins sont classés par ordre d’importance en :
1. besoins physiologiques
2. besoins de sécurité
3. besoins d’appartenance et d’amour
4. besoins d’estime
5. besoins de réalisation de soi

7 La classification des besoins fondamentaux de l’humaniste Maslow nous renvoie à l’importance de facteurs qui sont à la base de nos comportements. Bourassa (1998) considère qu’elle présente un intérêt spécifique pour la psychologie médico-dentaire, vu l’importance du sujet à prendre en compte pour le praticien dentiste.

L’application de cette théorie à la médecine dentaire prend une certain pertinence quand il s’agit surtout de modifier des conduites inadéquates et d’inculquer des habitudes d’hygiène complémentaires au traitement. Il faudra notamment agir sur les motivations qui correspondent au niveau des besoins réels, tout en sachant qu’une intervention à un niveau de besoins déjà satisfait ne donnera pas les résultats escomptés. De même, viser un besoin de niveau trop élevé est également inefficace. Il importe donc d’arriver à déceler les vrais besoins du patient (Cf. Illustration 1).

besoins physiologiques et les besoins de sécurité

Il explique encore que, dans notre société, les besoins physiologiques et les besoins de sécurité ne sont pas des motivations fortes, puisqu’ils sont généralement satisfaits correctement. Le dentiste devra donc éviter d’intervenir à ces niveaux, bien que la sécurité soit, à l’occasion, une cible réelle, notamment lorsqu’il est question de coût. Il peut ainsi se révéler pertinent de faire valoir au patient les avantages d’un traitement particulier qui lui permettrait de réaliser une économie immédiate ou ultérieure. La douleur peut également s’avérer être une cible efficace et le dentiste insistera alors sur le fait qu’une attitude préventive (visites régulières, brossage efficace, etc.) permettra d’éviter la douleur éventuelle due à la carie ou à un traitement majeur.

Par ailleurs, les besoins de réalisation de soi sont généralement trop élevés pour la majorité des individus, ce qui les classe dans les motivations souvent inadéquates. En fait, dans la plupart des cas, ce sont les besoins d’appartenance et d’amour et les besoins d’estime de soi qui se révèlent être les niveaux les plus sensibles et qui constituent des leviers efficaces (BOURASSA, 1998, p. 61).

Lire le mémoire complet ==> (Les facteurs psychologiques impliqués lors des soins dentaires aux enfants brésiliens )
Thèse de doctorat en psychopathologie et psychologie clinique – Ecole Doctorale Cognition, Langage, Interaction
Université PARIS 8- VINCENNES-SAINT-DENIS