Actions dans le mouvement sportif

By 20 February 2013

B) Actions dans le mouvement sportif

1- Les fédérations

Nous avons vu que les fédérations, de par leur proximité avec un public de sportifs, sont à même de répondre aux trois grands enjeux du développement durable : économique, socioculturel et environnemental (cf. définition du développement durable).

Nous avons vu aussi que, dans les faits, les cinq principes du développement durable étaient très difficiles à mettre en place, pour de nombreuses raisons. Néanmoins, certaines fédérations, qui prennent conscience de leur impact néfaste sur leur milieu, commencent à prendre les choses en main, en imaginant des solutions durables pour leur sport. C’est le cas de quatre fédérations qui sont en constant rapport avec l’eau, qu’elles doivent apprendre à rationner et à gérer, sans quoi elles n’auraient pas de raison d’être.

a) La Fédération Française de Voile

Avec 1073 clubs affiliés et 468 écoles de voile, 1,13 millions de personnes accueillies (licenciés, stagiaires ou scolaires), l’impact potentiel d’un programme développement durable mis en place par la FFV semble très important. La prise en compte des enjeux environnementaux est très récente au sein de la fédération, qui est consciente que sur quelques points, elle montre le mauvais exemple. Plusieurs raisons à cela, comme l’explique Richard Carlon, du département développement de la FFV25: « nous sommes dans une logique consumériste, les gens viennent dans nos écoles pour consommer du loisir, et dans une culture un peu élitiste, la pratique de la voile ayant longtemps été réservée à des populations d’un certain niveau socioculturel ». Les gens qui pratiquent la voile ont l’impression que leur impact sur le milieu est extrêmement faible, il faut donc opérer un changement radical dans les mentalités.

La fédération se préoccupe de son environnement car l’eau est son « terrain de jeu » et qu’il faut le sauvegarder, que les écoles sont implantées dans des sites fragiles (estuaires, estran, dunes) et que les pratiquants demandent de plus en plus un loisir nautique tourné vers la nature et souhaitent recevoir plus d’informations sur cette problématique.

25 R. CARLON : Colloque Sport, Environnement et DD, l’exemple de la voile, 2006.

La FFV a signé une convention d’objectifs avec le MJS et s’appuie sur de nombreux partenaires (Fédération des Industries Nautiques, Véolia propreté, Les Produits Laitiers) pour mener à bien son projet de développement durable.

Sur le terrain, un accord Afnor est signé par les écoles de voiles volontaires. Avec cet accord, simple mais efficace, elles s’engagent à mettre en place un tri sélectif, éliminer les épaves, entretenir les abords de la structure, respecter les chartes territoriales, faire des actions collectives de nettoyage, etc.

Pour introduire ces nouveaux contenus, il a fallu former les moniteurs aux problématiques environnementales, ce qui n’a pas été facile financièrement. Des outils de formation ont été créés, ainsi que des fiches issues d’une charte pédagogique reprenant des connaissances sur l’observation et la préservation de la faune et de la flore.

Parallèlement, la FFV a proposé aux gestionnaires des centres nautiques des outils d’éco- gestion, notamment un outil d’audit leur permettant de mesurer l’empreinte écologique de la structure. Un guide pratique a également été édité.

Les futurs chantiers de la fédération s’attaqueront aux problèmes des matériaux de conception des bateaux et à l’énergie des moteurs.

b) La Fédération Française de Golf

Le golf souffre d’une réputation de sport le moins « écologique ». Ceci est dû aux quantités astronomiques d’eau dont ont besoin les aires de jeux des 500 golfs de France, les « greens », pour rester dans un état parfait toute l’année.

Depuis 2006, afin de lutter contre cette image néfaste de gaspilleurs et de pollueurs, la FFG a lancé la Charte sur l’eau, qui a pour objectif de réguler la consommation d’eau dans les golfs afin d’installer un climat de confiance avec les autorités et le public. Mais l’objectif premier, est surtout d’aménager un compromis afin de sauvegarder les greens (qui ne représentent que 2% du total d’un golf en superficie) en cas de sécheresse. Un régime spécial a été instauré avec les pouvoirs publics : pendant l’année, les golfs qui signent la charte réduisent leur consommation d’eau de 30% et cherchent des alternatives à l’eau potable pour arroser, et dans le cas d’une sécheresse, le même golf bénéficie d’un droit d’arrosage pour ses greens, afin que cette partie très fragile d’un golf soit préservée.

Prenons comme exemple la région Poitou-Charentes, qui subit fréquemment des périodes de sécheresse : sur 21 golfs, 2 puisent de l’eau potable, 5 sont en forages, 5 exploitent de l’eau recyclée et 9 utilisent des retenues ou des cours d’eau.

Les golfs français adhèrent à cette charte de fait s’ils tiennent à jour un cahier d’enregistrement et s’ils se justifient auprès de la police de l’eau. Ceux qui ne sont pas adhérents à la charte suivent le régime de droit commun, à savoir coupure d’eau obligatoire en cas de sécheresse.

c) Autres initiatives fédérales

* La Fédération Française de Natation met en place depuis l’été 1998 le programme « nagez grandeur nature », partant du constat que 36 millions de personnes sont déjà concernées par la natation. Elle est soucieuse d’offrir à tous une pratique plus large. Cette opération permet de découvrir les plaisirs de l’eau et la richesse de l’environnement aquatique dans toutes ses dimensions. Le côté social est aussi abordé ici, puisque c’est un projet gratuit et ouvert à tout public.

* On voit grandir le nombre de commissions développement durable, handisport ou dédiées à l’insertion sociale, dans les fédérations et les clubs : exemple, les comités Handivoile dans de nombreux clubs, ou les commissions « Handisurf », « Surf Insertion » et « Ecosurf », de la Fédération Française de Surf.

2- Les associations

Encore peu d’associations allient sport et développement durable dans leurs objectifs de base, comme le font la Surfrider Foundation, créée en 1984 aux Etats-Unis par un groupe de surfeurs, et qui agit pour la protection et la valorisation de l’océan, des vagues, et du littoral ; ou encore SVPlanète, dont nous parlerons plus en détail dans le second chapitre.

La question de la seconde vie du matériel semble par ailleurs intéressante à aborder car plus originale. Le sport, en effet, concentre 3% du commerce mondial, c’est-à-dire 550 milliards d’euros, dont la part la plus importante est le matériel. L’ensemble des continents fabrique toutes sortes d’articles : chaussures, ballons, vêtements. Ce marché connaît une croissance ininterrompue. La question des déchets de matériel sportif se pose, comme le met en avant Claude Legrand26, mais malheureusement, les initiatives pour la valorisation de ces déchets sont très rares. Trois pistes sont possibles :

La destruction : c’est la solution dominante mais la moins intéressante.

* La réutilisation, ensuite, présente plusieurs facettes : d’abord, le marché de l’occasion, courant en France. Au niveau international, une association, Atelier Sans Frontières rachète et rénove ce matériel pour des actions de solidarité. Puis, il y a le don qui attire beaucoup d’initiatives individuelles. L’association SVPlanète organise chaque année une grande collecte de matériel en bon état pour l’emporter en Amérique du Sud. Et enfin, on peut changer l’usage de l’objet technique : l’ONG Global Sports Alliance collecte des balles de tennis et les transforme en patins de tables et chaises dans les établissements scolaires.

 Le recyclage, enfin, est la piste la plus prometteuse. C’est la FFV qui s’est surtout penchée sur cette problématique, compte tenu des tonnes de bateaux et autres planches qui ne servaient plus au fond de ses hangars. Avec la Fédération des Industries Nautiques, la FFV s’est occupée de collecter ce matériel, de déconstruire ce qu’il fallait et de recycler ce qu’il était possible de recycler. On touche d’ailleurs ici à un problème majeur : face à la volonté de certains organismes de fabriquer des matières à faible impact sur l’environnement, les filières pour recycler ces matériaux, qui sont pourtant recyclables, n’existent pas. C’est tout un réseau qui va, dans les prochaines années il faut l’espérer, se mettre en place progressivement.

26 C.LEGRAND, La question du matériel sportif, in Colloque Sport, Environnement et DD, 2006.

3- Les marques

Aujourd’hui, toutes les grandes entreprises affirment faire du développement durable. C’est une tendance en partie due à la loi des nouvelles régulations économiques27 de 2001, qui oblige les entreprises cotées sur le marché à publier un rapport développement durable, avec les détails de leur impact sur l’environnement et les domaines de l’éthique et du social. Mais ces entreprises n’étaient pas les premières à mettre en place ce développement durable. Les PMI/PME le faisaient depuis déjà longtemps pour certaines, comme par exemple une entreprise de fabrication de vêtements de sport, pionnière en la matière : Patagonia. Depuis trente ans, cette entreprise s’engage dans le développement durable, elle est devenue une référence en la matière. Yvon Chouinard, Grimpeur américain, décide en 1957 de fabriquer son propre matériel. S’en suivra plusieurs marques, et pour finir, la création de Patagonia.

Voici quelques unes des actions de l’entreprise : 1% de son chiffre d’affaires pour des subventions environnementales, bénévolat de compétences (salariés de Patagonia dans des associations) recyclage de vêtements, utilisation d’éco-fibres, etc. Le slogan d’un de ses catalogues, en 2005, résume bien l’identité qu’ils veulent transmettre : « N’achetez pas cette chemise… sauf si vous en avez besoin ! »

Actions dans le mouvement sportif

Dans le même genre, le groupe LAFUMA, inventeur de l’armature du sac à dos et qui détient aussi les marques Millet et Oxbow entre autres, envisage le développement durable comme un élément indispensable dans sa stratégie d’entreprise, depuis une quinzaine d’années : matières recyclées, produits éco-conçus, mais aussi développement durable dans les ressources humaines, la logistique, les transports et le développement produit : la majorité de leurs produits ont vu leur impact sur l’environnement être réduit. Pour eux, « l’éco-conception, c’est offrir plus, avec moins »28.

28 www.lafuma.fr

On peut enfin noter que, récemment, Timberland a créé un indice vert. Depuis ce printemps, sur leurs boîtes de chaussures figure un chiffre qui indique l’empreinte écologique, prenant en compte les émissions de gaz à effet de serre suite à la fabrication, la présence de matières nocives et la consommation des ressources.

Lire le mémoire complet ==> (L’évènementiel sportif et le développement durable)
Master 2 Management des évènements et loisirs sportifs, Option Management de projets sportifs
Université PARIS X – NANTERRE – UFR Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives