Théorie de la formation de l’événement entrepreneurial

By 14 January 2013

II.3.2 Théorie de la formation de l’événement entrepreneurial (Shapero et Sokol, 1982)

Shapero et Sokol (1982) ont été les pionniers de l’approche des intentions dans le champ de l’entrepreneuriat, leur modèle a été repris et vérifié par Krueger (1993).

Le modèle conceptuel de Shapero et Sokol

Shapero et Sokol (1978) discutent les dimensions sociales de l’entrepreneuriat et pose un paradigme qui décrit la formation de l’évènement entrepreneurial. Le paradigme se focalise sur la question suivante : comment les membres du groupes, l’environnement social et culturel affecte le choix de devenir entrepreneur et suggère que la formation de l’évènement entrepreneurial est le résultat de l’interaction entre les facteurs situationnels et culturels.

Shapero et Sokol (1982) posent le postulat que pour qu’une personne initie un changement sérieux dans sa vie, un événement doit venir déclencher une telle décision.

Son choix dépendra de trois éléments soit:
1) sa perception de la désirabilité du comportement envisagé (qui se trouve à combiner les deux premières variables du modèle précédent);
2) sa propensité à agir (qui réfère à sa propensité à agir selon ses intentions);
3) sa perception de la faisabilité du comportement, qui rejoint sur un plan conceptuel la troisième variable du modèle précédent.

La notion de déplacement

A la différence d’Ajzen, ils précisent que pour qu’un individu initie un changement d’orientation professionnelle vers la création, il faut qu’un événement vienne précipiter une telle décision : la situation conduit à un déplacement. Une majorité des créations d’entreprises résultent d’un évènement perturbant la trajectoire de vie de l’entrepreneur potentiel.

Cet évènement positif ou négatif a comme conséquence la précipitation de la décision d’entreprendre. Cette situation que Shapero appelle « déplacement »sert de catalyseur au déclenchement de l’action d’entreprendre.

La dépendance entre faisabilité et désirabilité

L’individu peut juger l’acte désirable mais non faisable et la faisabilité influence notre notion sur ce qu’est désirable. La perception de la désirabilité et la perception de la faisabilité sont en interaction. Pour des causes de simplicité et de compréhension, Shapero et sokol(1978) traitent les deux facteurs séparément.

Figure 26. Formation de l’évènement entrepreneurial (Shapero et Sokol, 1978)
Formation de l’évènement entrepreneurial

Le modèle repris par Krueger

Ce modèle a depuis sa conception été commenté, repris et vérifié par Krueger, qui est sans contredit un de des plus fervents adeptes dans le champ de l’entrepreneuriat (Krueger, 1993; Krueger et Carsrud, 1993; Krueger et Brazeal, 1994)

Figure 27. Le modèle conceptuel de Shapero et Sokol (1982) tel que repris par Krueger et al. (2000)
Le modèle conceptuel de Shapero et Sokol

L’événement entrepreneurial est conçu comme un phénomène complexe mais reposant sur une trajectoire linéaire. La relation entre action et intention est indirecte dans le sens où elle est influencée par les variables explicatives ou les « déplacements ». Cependant, Krueger s’aperçoit que la variable « déplacement » n’ajoute rien à la compréhension du modèle. L’idée commune est suivante : pour que des individus développer une intention de créer leur entreprise et de passer plus tard à l’acte, il faut qu’ils aient des attitudes favorables envers l’acte d’entreprendre. Plus précisément, la formation d’une intention entrepreneuriale dépend de la désirabilité et de la faisabilité perçues.

En termes simples, les intentions entrepreneuriales sont expliquées (et prévues) par deux antécédents principaux: la désirabilité perçue de l’action et la faisabilité perçue de cette action (Krueger et Brazeal, 1994; Krueger, Reilly et Carsrud, 2000). De même, l’intention est influencée par l’attitude, les normes sociales et le contrôle perçu. Sur la base des différents modèles présentés jusqu’ici et en tenant compte des remarques auxquelles nous les avons soumis, nous proposons dans cette ultime section le type de démarche que nous entendons suivre pour notre recherche. Il s’agit en l’occurrence d’une version modifiée des deux modèles élaborées ci-dessus. La démarche adoptée correspond à une analyse de l’intention dans un contexte de la sensibilisation et formation de l’entrepreneuriat.

L'entrepreneuriatConclusion :

Tout au long de ce premier chapitre, nous nous sommes positionnées dans le champ de l’entrepreneuriat. Selon les logiques de Bruyat (1993) : l’opération entrepreneuriale doit conduire à la création de valeur nouvelle et correspond à un changement pour l’individu. Les outils proposés par Bruyat présente des limites qu’il nous est nécessaire de contourner en considérant l’entrepreneuriat comme un phénomène entrepreneurial au sens de Verstraete (1999). Nous considérons la création d’entreprise comme un processus de création de valeur nouvelle selon la dialogique intention/entreprise nouvelle pour souligner que l’intention entrepreneuriale vise la création d’une entreprise. Le sujet devient l’intention entrepreneuriale de l’entrepreneur et la création d’entreprise constitue l’objet du processus entrepreneurial. Nous nous situons en amont du processus qui, selon nous, devient repérable dès qu’il commence dans l’esprit de l’entrepreneur avec l’intention.

Autour de la pluralité des approches, l’essentiel de notre contribution est de souligner l’importance de l’existence de l’approche intention, la force de sa consistance et les opportunités qu’elle ouvre à la communauté à travers sa singularité. Nous avons noté que l’approche des intentions fait appel aux trois approches citées ci-dessus car :

* l’intention est dérivée de la psychologie qui fait référence à l’approche descriptive ;
** l’intention et ses antécédents sont influencés par plusieurs facteurs dont le contexte et l’environnement qui fait référence à l’approche contextuelle ;
* l’intention est en amont du processus qui fait référence à l’approche interactionniste.

L’intention de création occupe une place centrale dans le processus d’émergence entrepreneuriale (Emin, 2003). Elle se réfère à différentes logiques légitimant la concrétisation de la décision et son aboutissement en acte de création d’entreprise. La logique intentionnelle et la logique d’action peuvent se révéler de nature différente. Pour cela, l’étude des intentions présentera l’intérêt d’être un vrai prédicateur des prédispositions et du potentiel entrepreneurial d’une population.

La revue des théories, sur le comportement intentionnel de création d’entreprise, a permis de comprendre le fonctionnement et l’agencement des variables expliquant l’intention entrepreneuriale. Toutefois, même si l’apport théorique des différentes études est indéniable, force est de constater que la plupart des modèles aspirent à une uniformisation de la construction de l’intention entrepreneuriale.

Ainsi, nous privilégions les modèles qui considèrent le caractère multidimensionnel et dynamique de l’intention entrepreneuriale. En effet, cette dernière revient à un système d’imbrication de variables individuelles et environnementales. Pour devenir réalité, l’intention dépend de l’environnement, dans lequel elle évolue. « L’intention reflète un moment historique en amont du processus entrepreneurial. Elle l’influence et se voit influencée par lui. Elle est, certes, une volonté individuelle qui s’inscrit dans un processus cognitif, mais aussi elle est fonction des contextes socioculturel et économique » (Tounés, 2003, p.58).

En explorant les fondements des variables mobilisées, pour expliquer l’intention d’entreprendre, des études sur la population étudiante (Kolvereid, 1996 ; Kennedy, Drennan, Renfrow et Watson,2003 ; Krueger, Reilly et Carsrud (2000) ; Boissin, Chollet et Emin, 2005 ; Krueger et al. 2000 ; Audet, 2001) notent un changement des effets de l’attitude, de la norme sociale perçue et du contrôle perçu d’une filière à un autre. Dans cette perspective, nous nous interrogeons sur les apports de l’enseignement de l’entrepreneuriat et sur le rôle de cet enseignement sur la formation de l’intention. La question qui nous occupe se formulerait ainsi : quel rôle l’université peut-elle jouer pour favoriser l’émergence de l’esprit d’entreprise, en d’autres termes l’intention entreprneuriale?

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises