Norme Sociale envers l’entrepreneuriat: Facteurs Socioculturels

By 17 January 2013

II.2.2.2 Norme Sociale : Facteurs Socioculturels

L’intention pour réaliser un comportement dépend en partie de l’influence du regard des personnes proches à l’égard de ce comportement. La norme sociale se réfère aux croyances de l’individu concernant l’opinion de ces personnes de référence par rapport au fait qu’il réalise ce comportement en question. C’est la perception de la pression sociale quant à la réalisation ou non du comportement. Elle se construit en conséquence de l’appréciation faite par l’individu concernant les normes de ses proches et/ou sa motivation à se conformer à ces normes (Krueger et al., 2000). La norme subjective génère des croyances normatives de l’individu. L’influence sociale est fonction des “croyances nor matives”. Ces dernières sont relatives à la perception des autres sur ce que nous devrions faire. Kolvereid (1996) a trouvé un effet significatif direct des normes sociales sur l’intention. Toutefois, dans l’étude de Fayolle et Gailly (2004), la relation entre l’intention et les normes sociales ne sont pas significatives. Selon Shapero et sokol, plus un système social accorde de la valeur à l’innovation, à la prise de risque, à l’autonomie, plus fortes seront les perceptions de désirabilité, et plus l’on verra des entreprises se créer. Ainsi, nous remarquons que :

H 2.2: plus la norme sociale envers l’entrepreneuriat est positive, plus la désirabilité perçue est forte, plus l’intention entrepreneuriale sera forte.

Quelles formes prennent concrètement ces  normes dans le cadre de notre problématique ?

II.2.2.2.1 La singularité perçue

L’événement entrepreneurial ne peut s’improviser et dépend largement du contexte dans lequel opère l’entrepreneur. Autrement dit, la création d’entreprise est à la fois une expression de l’histoire personnelle du créateur, de ses aptitudes et de ses variables socioculturelles (Codjo, 2002). Ainsi depuis Weber (1934), nombreux sont les chercheurs qui se sont intéressés à l’impact de la culture sur l’événement entrepreneurial. Cette situation est la raison pour laquelle, il convient absolument de prendre en compte les caractéristiques spécifiques des femmes libanaises si l’on souhaite étudier d’avantage les raisons de leurs pratiques entrepreneuriales.

Nous nous intéressons à l’identité sociale des femmes entrepreneures. Notre objectif principal est d’examiner les représentations identitaires que les femmes entrepreneures ont d’elles- mêmes et du groupe social auquel elles appartiennent. Quelles sont les valeurs, les croyances et les symboles qui sont au coeur de leur identité sociale?

Les représentations que les femmes entrepreneures véhiculent à propos de l’entrepreneuriat féminin; celles qu’elles véhiculent des autres femmes qui ne sont pas entrepreneures et celles qu’elles ont d’elles-mêmes.

Être intégrée à une famille signifie à la fois s’approprier leur façon de voir le monde et participer à la construction des représentations qui guident l’action du groupe. L’étude de l’identité sociale et de ses transformations comporte deux approches : 1) le recours à la mémoire du groupe ou 2) le recours à la multiplicité des identités personnelles. Nous avons choisi la seconde option. Elle permet d’avoir accès aux représentations subjectives des personnes, et, en conséquence, de repérer des éléments identitaires communs aux membres d’un groupe, en l’occurrence ici, des femmes diplômées. Ainsi, nous notons que :

H2.2a : la singularité perçue influence les normes sociales des étudiantes envers l’entrepreneuriat

II.2.2.2.2 Le modèle d’entrepreneur

Concernant la question de la détermination de la relation individu société, l’individu s’inscrit dans un réseau de communication avec de groupes sociaux porteurs d’un langage, d’un imaginaire social et d’un idéal symbolique. Le tout se combinant avec des règles permettant de faire apparaître et d’étaler des pratiques sociales. Le rôle du modèle est parmi les variables retenues pour expliquer la norme sociale de l’entrepreneur. Les modèles d’entrepreneurs représentent les pôles qui agissent le plus sur l’attrait de créer une entreprise. Certaines études (Volery et al., 1997 ; Tounès, 2003) montrent que ces modèles influencent la création d’entreprise. Nous ajoutons que ces modèles influence la désirabilité entrepreneuriale à travers la norme sociale perçue. Ainsi, nous soulignons que :

H2.2b : le modèle d’entrepreneur influence les normes sociales des étudiantes envers l’entrepreneuriat

II.2.2.2.3 L’influence de l’entourage

Les croyances normatives sont influencées par la famille (large et strict) et le milieu professionnel. Selon la perspective institutionnelle, la famille est une institution qui contribue à façonner les attitudes et comportements de ses membres. Pour Berger et Luckmann (1967), chaque individu développe sa propre conception de la réalité au cours du temps et en particulier pendant son enfance. Il intègre alors des schémas cognitifs qui vont ultérieurement influencer sa perception et sa façon d’être. Ce processus de socialisation primaire expérimenté pendant les premières années émane des institutions qui contribuent à éduquer l’enfant, comme la famille, l’école ou la religion. L’entourage a un poids dominant dans ce processus de construction sociale, compte tenu du temps passé avec les parents, frères et sœurs (Berger et Luckman, 1967). De fait l’entourage est susceptible d’influencer fortement les représentations de la réalité que se forgent ses membres, lorsqu’ils sont enfants ou encore lorsqu’ils ont atteint l’âge adulte. Dans la même veine, la théorie du capital social s’intéresse aux ressources relationnelles que des acteurs individuels peuvent mobiliser à travers leurs réseaux de relations sociales. L’influence de l’entourage est certes influencée à divers degrés par nos valeurs, besoins, attentes et performances. Pour la théorie du comportement planifié, la mesure de la norme sociale est fonction des motivations à se conformer aux recommandations des référents importants. Ainsi, nous proposons que :

H2.2c : l’influence de l’entourage influence les normes sociales des étudiantes envers l’entrepreneuriat

Figure 50. Les antécédents de la norme sociale.
Les antécédents de la norme sociale

II.2.2.3 Le contrôle perçu

Le contrôle perçu est une variable qui a été reliée à la théorie de l’action raisonnée. En effet, pour Ajzen (1991), l’intention ne peut trouver un terrain d’expression, que si elle est sous le contrôle de la volonté de l’individu. Le contrôle perçu fait référence aux connaissances et aux degrés de contrôle qu’a un individu de ses propres aptitudes, de ses expériences et de ses obstacles antérieurs, ainsi qu’aux ressources et aux opportunités nécessaires, en vue de concrétiser le comportement désiré. L’auteur accorde à cette variable un rôle important, en ce sens qu’elle apporte plus de précision quant à la prédiction du comportement. Il lui prévoit donc un rôle en phase intermédiaire, c’est-à-dire entre l’intention et l’accomplissement de l’action. Le contrôle perçu fait référence à la perception de l’individu quant à la facilité ou difficulté à réaliser un comportement spécifique. Nous distinguons les trois variables explicatives du contrôle perçu :

II.2.2.3.1 L’accessibilité perçue aux ressources

croyances et entrepreneuriatSi les attitudes et les aptitudes entrepreneuriales sont indispensables pour la faisabilité d’idées d’affaire ou de projets d’entreprise, elles resteront sans effet si les étudiants peuvent percevoir des obstacles insurmontables qui les compliquent et les rendent risqués, et donc non désirables.

La faisabilité exige des perceptions que les obstacles soient surmontables et que les ressources soient disponibles (Krueger, Brazeal, 1994, p. 100). En effet, selon Crozier et Freiberg (1977), une ressource potentielle ne devient mobilisable que si elle est perçue. Les perceptions qu’ont les étudiants des facilités ou des difficultés d’accès aux informations, conseils et moyens financiers pour affiner et éventuellement concrétiser leurs idées ou leurs projets sont des composantes des perceptions du contrôle comportemental qui peuvent agir sur l’intention entrepreneuriale. Ces ressources rendent possible de poser l’hypothèse ci-dessous :

H3.a : l’accessibilité perçue aux ressources influence le contrôle perçu des étudiantes envers l’entrepreneuriat

II.2.2.3.2 Les conditions environnementales

L’étude d’Abdesselam et al. (1999, p.5) montre que l’environnement entrepreneurial du créateur-repreneur conditionne partiellement le passage à l’acte d’entreprendre. Entreprendre, ou le vouloir, n’est pas seulement fonction de caractéristiques individuelles prises isolément dans un environnement (Krueger, Brazeal, 1994, p. 92). Les facteurs environnementaux et situationnels agissent de manière contingente pour favoriser ou inhiber le processus entrepreneurial amont dans ses différentes phases (Tounes, 2003). Bird (1992, p. 11) écrit que la création d’entreprise est un résultat direct des intentions des individus qui sont bien sûr influencées par les variables environnementales. L’intention est, certes, avant tout une volonté personnelle, mais elle dépend des variables contextuelles (Vesalainen et Pihkala, 1999). La revue de la littérature note que la faisabilité perçue de l’acte de création d’entreprise est souvent associée au contexte environnemental. Ainsi, nous formulons que :

H 3b: les conditions environnementales influencent le contrôle perçu des étudiantes envers l’entrepreneuriat

II.2.2.3.3 Les compétences perçues

Considéré comme un objet de recherche touchant à l’étude des phénomènes économiques et sociaux, l’entrepreneuriat est basé sur des connaissances requises, des compétences utiles et des comportements typés (Fayolle, 2004). Pour de Bruin et al. (2007), l’intention entrepreneuriale des femmes est plus faible que les hommes car celles-ci pensent ne pas posséder les compétences et connaissances suffisantes en matières de création d’entreprises.

Les croyances de contrôle sont fonction de compétences perçue et ressources personnelles. Pour les tenants de la pensée comportementale, il s’agit d’identifier les habilités et les compétences qu’un individu doit posséder s’il veut lancer sa propre affaire. Ainsi, nous formulons que :

H 3c : les compétences perçues influencent le contrôle perçu des étudiantes envers l’entrepreneuriat

Figure 51. Les antécédents du contrôle perçu.
Les antécédents du contrôle perçu.

Figure 52. Synthèse des variables évoquées
Synthèse des variables évoquées

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises