Modèles d’intention entrepreneuriale dans le contexte universitaire

By 16 January 2013

Validation du modèle d’analyse de l’intention entrepreneuriale – Partie 2.

Chapitre 4 – Conception d’un modèle de l’intention entrepreneuriale et hypothèses

Introduction :

Le chapitre quatre propose un modèle de l’intention de créer une entreprise adapté à notre contexte d’étude. Les modèles d’intention, présentés dans le chapitre 1, s’accorde sur une hypothèse fondamentale : l’intention peut être expliquée à partir de deux variables indépendantes : la désirabilité perçue de l’acte de Shapero et la norme sociale perçue d’Ajzen et la faisabilité perçue. Dés études se sont aussi intéressés au poids explicatifs de variables additionnels. L’ajout de tells variables a même été suggéré par Ajzen (1991). Dans ce chapitre, nous présentons dans un premier temps, les limites des modèles explicatifs de l’intention dans le contexte universitaire pour discuter de la nécessité de retenir un cadre conceptuel modifié. Ce cadre associe les variables explicatives de l’intention issus des modèles retenus, auxquelles nous ajoutons, ensuite, d’autres variables qui nous semblent intéressantes à mobiliser dans le contexte de la création d’entreprise en milieu universitaire. À travers la création des différents centres d’entrepreneuriat, le développement de l’entrepreneuriat forme une préoccupation de plusieurs universités. En synthèse, l’enseignement de l’entrepreneuriat semble donc influencer les intentions et les comportements entrepreneuriaux (Kolvereid et Moen, 1997 ; Tkachev et Kolvereid, 1999 ; Peterman et Kennedy, 2003 ; Fayolle, 2005). Notre volonté est, donc, de concevoir et de tester un modèle fondé sur l’intention entrepreneuriale des étudiantes dans un contexte de l’enseignement de l’entrepreneuriat. Prédictif de l’acte de création d’entreprise, ce modèle décrit et explique, dans une optique multidimensionnelle, cette phase-amont du processus entrepreneurial. Nous situerons le cadre théorique à l’intérieur du contexte de recherche qui a été privilégié, soit celui d’étudiantes universitaires. Plus précisément, notre modèle vise d’abord à vérifier auprès des étudiantes si leurs perceptions de la désirabilité et de la faisabilité de se partir en affaires influencent leur intention de devenir entrepreneur. Notre modèle repose sur des hypothèses de recherche. Celles-ci sont des présomptions de comportement ou de relations entre des objets étudiés (Charriere et Durieux, 1999). Dans un second temps, nous formalisons notre réflexion en présentant un corps d’hypothèses traduisant le rôle de ces variables dans notre recherche.

Figure 39. Plan de cheminement du chapitre 4

I- Un cadre conceptuel modifié
I.1 Les modèles d’intention dans le contexte universitaire
I.2 Pourquoi combiné des deux modèles théoriques de l’intention ?
II-Les variables du modèle et le corps d’hypothèse
II.1 Le cadre conceptuel retenu
II.2 Conceptualisation des variables du modèle

I- Un cadre conceptuel modifié

A l’issue de notre revue de la littérature, nous suggérons de considérer l’enseignement de l’entrepreneuriat qui transcende l’intention entrepreneuriale des étudiantes. Le but de cette section est de proposer un cadre conceptuel modifié qui prend en considération ce lien. En d’autres termes, il s’agit d’adopter une démarche qui permet de clarifier : Quel est l’effet de l’enseignement de l’entrepreneuriat sur l’intention de partir en affaire (désirabilité perçue et faisabilité perçue) chez les étudiantes?

Ce faisant, nous présenterons, dans un premier temps, les modèles d’intention dans le contexte universitaire. Dans un second temps, nous évoquerons l’importance de la complémentarité des modèles de Shapero (1984) et d’Ajzen (1991) susceptibles de décrire et prédire la formation de l’intention entrepreneuriale dans un contexte de l’enseignement de l’entrepreneuriat.

I.1 Les modèles d’intention dans le contexte universitaire

Nous évoquerons divers types de modèles déjà proposés par la recherche pour essayer de décrire et d’expliquer le phénomène dans son ensemble. Ces études concernent spécifiquement une population étudiante (Kolvereid, 1996 ; Autio et al., 1997; Filion, 2003 ; Emin (2001), Tounès, 2003 ; Audet 2004 ; Weber et al. 2009 ; Boissin et al (2009).

Kolvereid (1996) identifie des éléments qui influencent l’intention entrepreneuriale et tente de comprendre cette influence sur l’intention et sa concrétisation dans un acte entrepreneurial. Aini, l’auteur montre que l’intention d’entreprendre dépend de l’attitude, à la norme sociale et au contrôle comportemental perçu. L’effet de la perception de contrôle et de la norme sociale est plus fort sur la formation de l’intention que celui de l’attitude. Cependant, aucune variable démographique n’a d’impact statistique significatif sur l’intention, mais corrélée à l’attitude, à la norme sociale et au contrôle perçu. Ainsi, ce résultat rejoint celui d’Ajzen et Fishbein (1980). En coopération avec Tkachev, l’étude a été reconduite en 1999, sur un échantillon de 567 étudiants russes. L’étude reflète des résultats similaires. Le poids de la faisabilité perçue est plus fort que l’attitude sur l’intention, cependant, la norme sociale n’a pas d’effet significatif. Ce résultat est contraire à celui de Kolvereid (1996), qui désigne un impact significatif de la pression sociale sur l’intention.

Davidsson (1995) combine certaines parties appropriées des modèles précédents, tout en affinant ses analyses vers un ajustement spécifique sur l’étude de l’intention entrepreneuriale. En effet, plutôt que d’introduire de nouvelles variables, le modèle a été conçu de manière à intégrer les apports des approches déjà existantes. Ce choix se justifie par une volonté de tester l’importance relative des variables retenues, ainsi que leurs effets (direct-indirect) sur l’intention entrepreneuriale. En même temps, de part l’adoption de l’hypothèse intégrant les influences structurelles, culturelles et économiques liées au taux de création des entreprises ; le changement amené par cette représentation comparé aux modèles précédents, joue un rôle central dans la conviction comme cause déterminante primaire des intentions (figure 13). En même temps, pour l’auteur, le concept de la « conviction » peut être assimilé à la notion d’efficacité personnelle perçue (Boyd et Vozikis, 1994 ; Bandura, 1977 ; Krueger, 1994). Toutefois, la mise en œuvre de ce concept implique la prise en compte non seulement des individus qui manifestent une ferme volonté de gérer leurs propres entreprises, mais également de ceux pour qui une telle décision est un choix instrumental (en termes d’amélioration ou de conservation d’un standard économique préféré). La conviction est un concept central dans le modèle de l’adoption de l’innovation de Rogers (1983). En ce sens, c’est un processus qui il ne devrait pas être psychologiquement entièrement différent du processus menant à la décision de fonder sa propre entreprise (Davidsson, 1995, p.4). Ces résultas convergent avec ceux d’Autio et al., (1997) qui ont testé, à la fin de 1996 et au début de 1997, le modèle ci-dessous auprès de 1956 étudiants (Finlandais, Suédois, Américains et Asiatiques) en sciences techniques. La comparaison internationale est motivée par le souci de vérifier la solidité de la théorie du comportement planifié dans la prédiction de l’acte entrepreneurial.

A cet effet, ils ont introduit dans le modèle de Davidsson (1995) des variables exprimant l’image de l’entrepreneuriat et la récompense que les étudiants attendent en optant pour une carrière entrepreneuriale. Il ressort de leur analyse que la conviction entrepreneuriale et les préférences de carrière (“conviction and career preferences”) des étudiants sont les facteurs les plus importants dans la formation de l’intention entrepreneuriale. Ces préférences et cette conviction se référent aux concepts de perceptions de faisabilité de Shapero et de Sokol (1982) et de perceptions du contrôle comportemental de Ajzen (1991).

Elles sont influencées par :

* L’image de l’entrepreneuriat comme possibilité de carrière et les conséquences que les étudiants en attendent. Cette image renvoie aux attitudes associées au comportement d’Ajzen (1991) et aux perceptions de désirabilité de Shapero et Sokol (1982). L’image est influencée par le niveau d’éducation, les expériences de travail dans les petites entreprises et l’entourage immédiat ;
*Les attitudes générales (besoin de réussite, autonomie, changement, gain d’argent) sont influencées par le niveau d’éducation, les expériences de travail dans les petites entreprises et l’entourage immédiat ;
*L’environnement universitaire en ce qu’il est perçu comme support permettant aux aspirations entrepreneuriales de s’exprimer.

Figure 40. Le modèle d’Autio et al. (1997).
Le modèle d’Autio et al. (1997).

Filion et al. (2003) ont réalisé une recherche afin de mieux connaître les perceptions des 487 étudiants de l’Université de Montréal et de ses écoles affiliées vis-à-vis de l’entrepreneuriat comme projet de carrière. Les résultats obtenus montrent que plus de 50% des étudiants ont l’intention de créer éventuellement une entreprise. Selon les auteurs, « la perception qui y est associée apparaît être celle qui permet plus d’indépendance, qui donne la possibilité de gérer sa vie de travail selon ses croyances, ses besoins et ses valeurs propres. La raison la plus souvent évoquée pour expliquer cette intention est qu’ils croient pouvoir mieux se réaliser en choisissant l’avenue entrepreneuriale ». Par ailleurs, malgré cette intention, plus de 70% ignorent la présence des centres d’entrepreneuriat dans leurs institutions universitaires ainsi que les services offerts.

Audet (2004) présente une étude longitudinale des intentions entrepreneuriales chez les étudiants universitaires inscrits à un programme d’administration des affaires. Les données ont été recueillies à deux reprises: d’abord au cours du dernier semestre à l’école, puis 18 mois plus tard, lorsque les étudiants avaient obtenu leur diplôme et ont commencé à travailler sur une base à temps plein. Les résultats confirment que les perceptions de désirabilité et de la faisabilité de lancement d’une entreprise expliquent de façon significative la formation d’une intention de se lancer en affaires sur un horizon à long terme. Cependant, le modèle ne tient pas aussi bien quand le délai est plus court. En effet, les deux perceptions ne parviennent pas à expliquer à un degré significatif l’intention de se lancer en affaires. Lorsque la satisfaction au travail est ajoutée au modèle, à la fois cette variable et la perception de la faisabilité deviennent significatives, la perception de la désirabilité en restant importante non significative. Nos résultats tendent aussi à indiquer que les intentions d’entreprise et les perceptions varient au fil du temps. Comme la stabilité de l’intention est une condition pour un modèle d’intention, le lien entre les intentions entrepreneuriales et la création d’entreprise réelle peut s’avérer difficile à établir.

Modèles d’intention entrepreneuriale dans le contexte universitaireWeber et al. (2009) soulignent que la formation à l’entrepreneuriat occupe un rang élevé dans les agendas politiques en Europe et aux États-Unis, mais peu de recherche est disponible afin d’évaluer ses impacts. Dans ce contexte, il est de première importance de comprendre si l’enseignement de l’entrepreneuriat augmente l’intention entrepreneuriale ou si elle aide les étudiants à déterminer dans quelle mesure elles sont adaptées à l’entrepreneuriat. Ainsi, les auteurs développent un modèle théorique de l’apprentissage bayésien dans lequel l’enseignement de l’entrepreneuriat génère des signaux qui permettent aux élèves d’évaluer leur propre aptitude aux tâches entrepreneuriales. L’enquête a été réalisée auprès de 189 étudiants qui ne sont pas sélectionnés pour leur intérêt à l’entrepreneuriat. Basé sur un modèle théorique simple trois hypothèses ont été tirées qui relie les intentions ex post à la force et cohérence des signaux reçus par les étudiants avant et pendant le cours d’entrepreneuriat. Les données ont été recueillies dans un cours obligatoire d’entrepreneuriat d’une grande université allemande. L’analyse descriptive montre que les étudiants mettent à jour leurs croyances, et que les étudiants indécis sont particulièrement susceptibles de modifier leurs intentions entrepreneuriales. Les deux tests d’hypothèses montrent que de fortes croyances ex ante et des signaux cohérents aboutissent à des intentions ex post plus fortes, et que les changements dans les intentions durant le cours ont tendance à être plus faible si les signaux ex ante sont forts et si les signaux reçus par les étudiants sont conformes.

Selon l’étude de Tounes (2003), l’enseignement de l’entrepreneuriat est, parmi d’autres facteurs contextuels, une des variables explicatives et prédictives de l’intention entrepreneuriale. Dans son modèle, l’intention entrepreneuriale est appréhendée à partir d’un modèle hypothético-déductif au sein duquel trois groupes de variables sont retenus. Le premier groupe contient les attitudes associées au comportement spécifiées par l’existence d’une idée ou d’un projet d’affaire et la recherche d’informations. Le deuxième groupe se compose des normes sociales exprimées par le besoin d’accomplissement, la recherche de l’autonomie, la propension à la prise de risque et l’existence de modèles d’entrepreneur. Le dernier groupe, enfin, renferme les perceptions du contrôle comportemental contenues par les expériences professionnelles et associatives, l’enseignement de l’entrepreneuriat et la disponibilité des ressources (financières, informations et conseils). Les résultats de la recherche souligne que les formations et programmes en entrepreneuriat, combinés avec des variables contextuelles et personnelles pertinentes, renforcent les perceptions des aptitudes entrepreneuriales qui à leur tour, influencent positivement l’intention entrepreneuriale. De plus, l’existence d’une idée ou d’un projet et la recherche d’informations en vue de les formaliser et éventuellement de les concrétiser sont les facteurs qui contribuent le plus à l’explication et à la prédiction de l’intention entrepreneuriale. Ils expriment un réel engagement des étudiants dans le processus entrepreneurial amont.

Figure 41. Un modèle explicatif et prédictif de l’intention entrepreneuriale validée uprès d’étudiants suivant des programmes ou des formations en entrepreneuriat (Tounes, 2003).
Un modèle explicatif et prédictif de l'intention entrepreneuriale validée uprès d’étudiants suivant des programmes ou des formations en entrepreneuriat

Emin (2003) analyse l’influence de l’environnement universitaire sur la création d’entreprise par des chercheurs publics. L’auteur trouve que les principaux facteurs incitant les chercheurs publics à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale reviennent à la désirabilité et faisabilité perçues. Dans le contexte particulier de la recherche académique, le degré de désirabilité de l’acte contribue davantage à la prédiction de l’intention de créer des chercheurs en sciences dures que les perceptions de la faisabilité.

Figure 42. Le modèle de l’intention de créer une entreprise des chercheurs publics (2003)
Le modèle de l’intention de créer une entreprise des chercheurs publics

Boissin et al. (2009) ont réalisé une recherche afin de s’interroger sur les croyances des étudiants vis-à-vis de l’entrepreneuriat et d’obtenir des pistes sur le type de contenu des formations dans le contexte de mise en œuvre des maisons de l’entrepreneuriat. Au plan théorique, cette recherche est basée sur la théorie du comportement planifié. Testé sur 655 étudiants grenoblois, leur modèle suppose que l’intention de créer une entreprise dépend de trois éléments : l’attrait perçu de la création d’entreprise ; le degré d’incitation à entreprendre perçu dans l’environnement social ; la confiance qu’a l’individu en sa capacité de mener à bien le processus entrepreneurial. Les résultats confirment l’effet significatif de la variable attrait dans l’explication de l’intention de créer son entreprise. Dans cette veine, les auteurs notent que « les enseignements doivent certes fournir des compétences, mais ils doivent également être en mesure de faire de la création d’entreprise, de l’entrepreneuriat un choix de carrière attractif, désirable, pour l’étudiant et indiquent que « les types d’attentes professionnelles et les tâches critiques pour réussir une création d’entreprise ont la plus grande influence sur le sentiment qu’a l’étudiant d’être capable de créer à l’issue de ses études ».

Dans le tableau ci-dessous, nous présentons un récapitulatif des modèles mobilisés dans cette section.

Tableau 17. Un récapitulatif des modèles mobilisés

Modèles Questions de recherche Variables explicatives Variablesexpliquées
Kolvereid (1996) Quels sont les éléments qui influencent l’intention entrepreneuriale L’attitude, à la norme socialeet au contrôle comportemental perçu. L’intentionentrepreneuriale
Autio et al. Comment se forme l’intention entrepreneuriale : Quels sont les effets (directs ou indirects) des variables influençant le développement de l’intention entrepreneuriale? L’image de l’entrepreneuriatLes attitudes généralesL’environnement universitaire L’intentionentrepreneuriale
Filion et al (2003) Quelles sont les perceptions des étudiants vis-à-vis l’entrepreneuriat comme projet de carrière de Les perceptions des étudiants L’intentionentrepreneuriale
Audet (2004) Quelle est l’influence de la désirabilité et de la faisabilité de lancement d’une entreprise sur la formation d’une intention entrepreneuriale ? La désirabilité et la faisabilité de lancement d’une entreprise L’intention entrepreneuriale
Weber et al (2009) Quelle est l’influence de l’enseignement de l’entrepreneuriat sur l’intention entrepreneuriale des élèves ? Les croyances et signaux L’intentionentrepreneuriale
Tounes (2003) Quelle est l’influence de programmes ou de formations en entrepreneuriat, au même titre que des variables situationnelles et personnelles, sur l’intention entrepreneuriale des étudiants. Les attitudes associées au comportement ; les normes sociales ; les perceptions du contrôle comportemental L’intentionentrepreneuriale
Emin (2003) Quelles est l’influence de l’environnement universitaire sur la création d’entreprise par des chercheurs publics ? La désirabilité et la faisabilité L’intention entrepreneuriale
Boissin et al (2009) Quelles sont les croyances et attitudes des étudiants vis-à-vis de l’entrepreneuriat ? L’attrait perçu de la créationd’entreprise ; le degré d’incitation à entreprendre perçu dans l’environnement social ; la confiance qu’a l’individu en sa capacité de mener à bien le processusentrepreneurial L’intention entrepreneuriale

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises