Les limites des théories de l’intention entrepreneuriale

By 17 January 2013

I.2.2 Les limites des théories de l’intention

Notre recherche se fonde sur l’idée que l’intention est le “meilleur prédicteur du comportement planifié” (Ajzen et Fishbein (1975, 1980) et Ajzen (1982, 1987, 1991). Dans cette perspective, Shapero (1984) et Ajzen (1991) ont fourni des modèles conceptuels susceptibles de décrire et prédire la formation de l’intention entrepreneuriale. La théorie du comportement planifié d’Ajzen a suscité un premier débat en s’appuyant sur les travaux de Giddens. L’action peut précéder l’intention ou pour le moins l’intention n’implique pas nécessairement l’action. Dès lors, le modèle de Krueger ne serait que partiel.

Un second débat met en avant que le lien entre l’intention entrepreneuriale et l’acte entrepreneuriale n’est pas établi. Les modèles resteraient partiels et ne permettraient pas de rendre compte du processus entrepreneurial dans sa globalité. Toutefois, les recherches sur l’intention entrepreneuriale ont été réalisées dans des contextes précis. En particulier, les travaux sur des chercheurs publics ou des étudiants sont précisément des populations où l’acte entrepreneuriale est rare surtout dans le domaine de la création d’entreprise.

Pour dépasser cette limite, des études sur la seule intention peuvent se justifier face à la population étudiée qui est, dans notre cas, des étudiantes. L’objet n’est pas de rendre compte d’un processus entrepreneurial complet. Nous nous intéresserons à la relation entre intention/action.

L’individu n’a pas forcément conscience du but qu’il poursuit et peut éprouver des difficultés pour exprimer son « intention réelle ». Si la confrontation au réel est nécessaire à la mobilisation des capacités réflexives (Saporta et Verstrate, 2000), les étudiants manque la confrontation au réel et l’expérience du secteur d’activité où il souhaite entreprendre. Les étudiants ne sont pas toujours conscients de leurs buts et aspirations. L’importance relative de la désirabilité et de la faisabilité changent selon les contextes, les populations et les situations (Kolveried, 1996; Krueger, Reilly et Carsrud, 2000). Dans note cas, pour comprendre et stimuler l’intention entrepreneuriale sans doute il sera pertinent, de mesurer sa désirabilité et sa faisabilité envers l’acte d’entreprendre.

Les modèles d’Ajzen et de Shapero, décrits dans le chapitre 2, demeurent certes incomplets. Nous sommes portés à croire que la validation d’un lien de causalité entre les intentions et le passage à l’action pourrait se révéler problématique et ce à cause du degré de contrôle qu’un individu possède sur l’acte de création d’entreprise ; tel que le souligne Ajzen (1991), pour que la perception de contrôle puisse effectivement servir à prédire le comportement, il doit y avoir une bonne adéquation entre cette perception et la réalité. À titre illustratif, si un individu s’estime tout à fait capable de partir une entreprise et croit qu’il est en son contrôle de le faire alors qu’en réalité, il lui manque les connaissances, habiletés ou ressources nécessaires pour y arriver, ses intentions risquent fort de ne jamais se concrétiser.

Ainsi, nous supposerons qu’il y a congruence (stabilité) et qu’il a adéquation entre cette perception et la réalité.

Concernant la théorie du comportement, plusieurs auteurs ont posé la question d’influence des normes sociales dans le modèle d’Ajzen. Plusieurs tests de la théorie du comportement planifié montrent que la norme sociale n’a pas d’effet significative pour expliquer la formation de l’intention de créer une entreprise (Boissin et Emin 2007, Conner et Armitage, 1998, Artlotto, Boissin et Maurin, Boissin et al., 2005). Or, une théorie est un système composé d’un « noyau dur » et d’une « ceinture protectrice » (Lakatos, 1974). Le noyau dur comprend des hypothèses de base qui sous-tendent la théorie et ne doivent pas être, par postulat ni rejetées, ni modifiées. De ce fait, la théorie du comportement planifié est modifiable par décision méthodologique et empirique.

Pour dépasser cette limite, nous avons essayé de mieux comprendre l’intention entrepreneuriale des étudiantes en nous fondant sur le modèle de Shapero et Sokol (1982) repris par Krueger (1993) qui propose une reformulation des apports des deux auteurs. Nous réintégrerons plus concrètement le concept de l’intention entrepreneuriale dans le contexte universitaire.

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises