Les difficultés des femmes en tant qu’entrepreneuses

By 16 January 2013

I.3 Les difficultés des femmes en tant qu’entrepreneuses

La question des freins au niveau personnel est donc posée. A ce sujet, les contributions sont tout aussi nombreuses. De manière spécifique, il y a deux points qui reviennent fréquemment dans les travaux sur les femmes entrepreneuses: les difficultés qu’elles rencontrent dans l’exercice de leur rôle d’entrepreneuse ; les problèmes de gestion auxquels elles doivent faire face. Dans le premier cas les principales difficultés répertoriées par les auteurs suivants (Adler , 1994; Moore, 1997; Hisrich et al., 1997; OCDE, 2000) sont: des problèmes culturels vis-à-vis du rôle d’entrepreneuse; des difficultés pour trouver support dans leur emploi du temps; des difficultés d’obtention de financement pour leur entreprise; des difficultés de concilier travail et famille et l’absence de modèles féminins d’entrepreneur. Ainsi, nous présenterons les convictions traditionnelles, le rapport au temps singulier, la conciliation entre le travail et la famille, les attentes familiales et les conditions des prêts.

I.3.1 Les convictions traditionnelles

Les femmes propriétaires d’entreprises ne considèrent pas l’environnement comme un élément distinct, mais plutôt, elles se voient intégrées dans l’environnement (Aldrich. 1989). Elles considèrent leur entreprise comme un réseau coopératif de relations plutôt qu’une entité économique distincte (Kent, Sexton et Vesper, 1982). A cet effet, un environnement constructif comprenant une attitude positive envers les femmes propriétaires d’entreprises, de la part des dirigeants économiques et politiques, a été jugée cruciale pour le développement d’une communauté entrepreneuriale féminine (Burr et Strickland, 1992). Cependant, dans le cadre institutionnel global, les institutions sociales et les pratiques culturelles – lois, normes, traditions et codes de conduite – sont souvent à l’origine, dans les pays en développement, d’une discrimination durable à l’encontre de la femme.

Les femmes dans les économies en transition a souffert de la perception traditionnelle du rôle des femmes dans la société, et ces attitudes persistent (Hovet, 2004) 66. Une étude de l’OCDE (2000) montre que les femmes entrepreneuses font face à barrières culturelles. Dans le début des années 1900, «travail» se différencie de «travaux ménagers», les femmes sont exclues de l’entreprise productive et limitée au “soutien” des rôles. Jusqu’à très récemment, le rôle majeur des femmes a été observé dans la plupart des économies occidentales à la fois par les hommes et les femmes, à celle de l’épouse et la mère. Et encore aujourd’hui, parmi les étudiants et les professionnels, lorsqu’ils ont le choix forcé de faire progresser leur propre carrière ou suivre leur mari, les femmes généralement soumettent leur propre carrière à celle de leur conjoint, plutôt que l’inverse (Fernandez, 1981).

Les facteurs généraux de l’environnement qui contribuent à une augmentation de l’offre de femmes entrepreneuses sont subtiles et une partie d’un changement général des attitudes de la société à des rôles masculins et féminins, à la fois à la maison et au travail. Dans leur étude sur le rôle entrepreneurial des femmes dans les pays en développement, Gerritson et al67., identifient de nombreuses barrières à l’entrée des femmes dans l’industrie et l’entrepreneuriat. Ils concluent que ces barrières constituent un cercle sans fin: position secondaire des femmes ; niveau faible d’éducation; absence de la femme dans le secteur formel ; présence des filles pour les travaux domestiques.

I.3.2 Le rapport au temps singulier

Le rapport au temps singulier des femmes apparaît selon deux marques distinctives, la polychronicité et l’altruisme.

Selon une étude élaborée par l’INSEE et par le programme EQUAL, les statistiques rapportent qu’en France, les femmes consacrent deux fois plus de temps aux activités domestiques que les hommes68. Cet élément les rendrait plus polychroniques que les hommes comme l’observait déjà Hall (1990) et Palmer et Schoorman (1999)69. Mais la polychronicité n’est pas le seul signe du rapport au temps singulier de l’entrepreneuse. A cet effet, il est reconnue que l’entrepreneuse manifeste un altruisme plus élévée que son homologue masculin. Levy-Tadjine et al. (2005) ont montré que « l’altruisme et sa conséquence, l’irruption d’acteurs plus nombreux dans le processus entrepreneurial, étaient générateurs de dissonances temporelles marquées entre l’entrepreneuse, son entourage et les parties prenantes de l’aventure entrepreneuriales ».

I.3.3 La conciliation entre le travail et la famille

Toutes les recherches et les observations (Lee-Gosselin Grisé, 1988) ont un consensus: l’occupation parentale (avoir un parent entrepreneur) et les attentes familiales constituent des facteurs familiaux qui influencent le fait d’entreprendre. Une étude de l’OCDE (2000) montre que les femmes entrepreneuses ont de la difficulté à concilier travail et famille. Une recherche d’Özgen et Ufu (2001) a été réalisée auprès de 220 entrepreneurs des femmes mariées à Ankara pour déterminer l’interaction entre la vie des affaires et la famille. Dans cette étude, une méthode d’échantillonnage aléatoire a été utilisées et les femmes entrepreneuses ont été prises à la sphère de la recherche et ont été interrogés. L’effet d’être un entrepreneur sur les facteurs multiples (familiale, sociale, économique et individuel) et l’état de conflit entre le rôle entrepreneur et d’autres rôles dans la famille ont été examinés. Les résultats des recherches ont montré que les femmes trouvent que les entrepreneurs une incidence négative sur leur rôle dans la vie familiale, tout en affectant positivement leurs rôles dans la vie sociale, économique et individuel et que le rôle de l’entrepreneur, dans la plupart du temps, entre en conflit avec les rôles de femme au foyer et mère. Il a été constaté que les facteurs les plus importants provoquant un stress dû à la vie des affaires et la famille ont été les attentes excessives des membres de la famille et de la fatigue physique. Cependant, plusieurs auteurs (Carter, Anderson et Shaw, 2003) soulignent que la recherche de conciliation entre vie familiale et vie professionnelle apparaît comme une variable qui favorise la décision de création.

I.3.4 Les conditions des prêts

Suite à une étude auprès de 4000 PME américaines en 1993, Coleman70 déduit que les conditions des prêts sont plus favorables aux hommes qu’aux femmes. L’aspect financier de la création d’entreprise et la gestion sont sans doute les plus grands obstacles pour les femmes. Obtenir du financement de démarrage et de crédit (Schwartz, 1976; Pellegrino et Reece, 1982; Hisrich et Brush, 1984; Neider, 1987; Olm, Carsrud, et Eddy, 1988), la gestion des flux de trésorerie dans les opérations de début (Hisrich et Brush, 1984; Scott 1986), et la planification financière (Hisrich et Brush, 1984) ont été notés dans plusieurs études. En outre, il est proposé que les femmes ont de la difficulté de pénétration des réseaux financiers informels (Olm, Carsrud, et Alvey, 1988) en raison de leur manque d’expérience et des compétences (Aldrich, 1989; Hurley 1991).

Une des contraintes face aux femmes est la discrimination sur le plan financier car le secteur bancaire reste méfiant et peu convaincu par la réussite et la crédibilité des femmes d’affaires.

En effet, la Banque Mondiale pour la région du Moyen Orient et l’Afrique du Nord71 déclare que dans les pays arabes, les femmes n’ont pas un accès équitable aux opportunités économiques et ceci malgré le déni de discrimination de la part des banques commerciales qui médiatisent une équité totale dans l’octroi des crédits( Cette déclaration est citée dans l’étude de la Banque Mondiale « Les femmes entrepreneuses au Moyen Orient et en Afrique du Nord défient les attentes ») En fait, d’après une étude faite en 200672 par l’International Finance Corporation (IFC) et par le Center of Arab Women for Training and Research (CAWTAR), seulement 10% des entrepreneuses au Liban ont recours à des crédits bancaires alors que 28,4% d’entre elles privilégient l’aide provenant de leur famille. Ce rejet des crédits de la part des femmes peut être expliqué également par les taux d’intérêts élevés ce qui crée une prise de risque supplémentaire que toutes les personnes ne sont pas prêtes à envisager.

L’étude du profil type et des difficultés de la femme entrepreneuse nous a permis de comprendre la faiblesse de l’intention entrepreneuriale des femmes. La socialisation des filles ne permet pas le développement des aptitudes nécessaires pour démarer une entreprise, comme la confiance en elles, l’autonomie, le goût du risque et de l’innovation. La socialisation entrepreneuriale est considérée comme un angle d’analyse pour appréhender les différences de genre dans le champ de l’entrepreneuriat (Paillot et al., 2010). Il existe donc certaines contraintes socioculturelles et psychologiques à l’entrepreneuriat féminin, mais la plupart de ces contraintes ne sont pas insurmontables. Ces contraintes doivent être prises en considération dans le processus d’acquisition des compétences entrepreneuriales.

Si l’entrepreneuriat féminin présente des caractéristiques spécifiques, il ne peut être correctement appréhendé par des explications monistes. En utilisant les normes sociales, les coutumes, les régulations politiques, nous nous rendons compte que l’entrepreneuriat féminin diffère d’un pays à l’autre comme l’a confirmé Toulouse (1990). La deuxième partie évaluera la diversité de l’entrepreneuriat féminin selon les différents contextes.

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises