Les contraintes rencontrées par les entrepreneuses libanaises

By 16 January 2013

III.2.2.6 Les contraintes et obstacles rencontrés par les entrepreneuses libanaises

Les barrières à la création sont plus importantes pour les femmes. Celles-ci rencontreraient, en outre, des obstacles spécifiques, différents de ceux rencontrés par les hommes (Delmar et Davidsson, 2000). Au Liban, les obstacles rencontrés par les entrepreneuses libanaises recensés concernent l’aspect financier, les mécanismes nationaux et l’aspect institutionnel.

La microfinance

La Société financière internationale (SFI), instrument privé de la Banque mondiale, rapporte que 88,5 % de la demande du marché de la microfinance est insatisfaite. En fait, le potentiel du marché de la microfinance au Liban à 286,1 millions de dollars, alors que seulement 11,5 % de la demande de ce marché est satisfaite par les sources de financement existantes. Les résultats recueillis par l’enquête de la SFI86 reflètent que la plupart des institutions et des programmes de microfinance d’ONG au Liban et les programmes de microfinance des banques commerciales manquent de fonds suffisants pour couvrir toutes les régions du pays et sont insuffisantes en termes de nombre de prêts, de branches, et de variété de produits et de services. Sur le plan financier, le principal obstacle à l’entrepreneuriat féminin revient à l’absence de facilités de financement. Les initiatives et les programmes libanais visant à aider les femmes dans leur recherche d’un financement à leur projet sont fortement insuffisants vu qu’ils se limitent en général à des budgets très limités capables d’aider des projets artisanaux, mais pas plus, car ces prêts vont d’habitude de 2000$ à 5000$, des sommes minimes pour financer une création d’entreprise au vrai sens du terme.

Selon le rapport sur le développement humain soutenable au Liban (1997), « Le Liban compte actuellement 18 programmes de micro-finance qui concernent environ 11000 emprunteurs actifs et moins de 1 000 épargnants. Actuellement, les capitaux débloqués pour les crédits s’élèvent à environ 10,7 millions USD. Fin 1997, les programmes de micro-finance desservaient approximativement 9000 clients actifs avec un portefeuille de 7,4 millions USD. Entre temps, deux programmes ont cessé leurs activités et deux nouveaux sont apparus sur le marché. Les fonds des crédits varient selon les programmes de 35 000 USD à 2,2 millions USD. Le crédit moyen par client était de 800 USD en 1997, et 1 000 USD en 2000 ».

En général, ces programmes, enregistrés comme des organisations non gouvernementales ou des associations à but non lucratif, nécessitent la capacité institutionnelle et les mécanismes adéquats pour octroyer des crédits.

Les mécanismes nationaux au Liban

Concernant les mécanismes destinés à encourager la promotion féminine, nous observons qu’aucun service public n’est chargé exclusivement des femmes, à l’exception les activités de l’Association des Femmes d’Affaires Libanaises. Karami87 (2010) évoque l’absence d’aides gouvernementales concrètes pour les femmes d’affaires. Aucune cellule, aucun point focal d’IFD (intégration de la femme dans le développement), n’a été prévu à cet effet au sein des ministères techniques. Ce qui est surprenant car un programme intitulé « intégration de l’approche genre au niveau des politiques », lancé en 1998 entre la commission libanaise pour la femme et l’UNIFEM, a formé des GFP (Gender focal points) au sein de chaque ministère. L’Association des Femmes d’Affaires Libanaises (LBWA) a été fondée en 1997 sous la présidence de Leila Karami dans l’esprit « de permettre aux ressources humaines féminines de se développer sur un pied d’égalité dans tous les secteurs d’activité économique, industrielle, commerciale, touristique, publicitaire, et de créer une communauté regroupant des femmes d’affaires de tous les domaines à travers tout le Liban ».

L’environnement institutionnel

L’administration publique et les formalités nécessaires pour l’enregistrement d’une nouvelle entreprise est une source de difficultés indéniable pour les libanaises. De surcroît, l’administration publique et les formalités nécessaires pour l’enregistrement d’une nouvelle entreprise est une source de difficultés indéniable pour les libanaises. La corruption, la nécessité de payer des pots-de-vin dans beaucoup de situations, la lenteur des formalités et leur complexité sont tous des obstacles lourds à supporter pour une jeune entrepreneuse et ceci pour tout ce qu’il requiert de forte personnalité, de patience, de capacités de négociation et aussi d’aptitude à s’imposer. Ces critères ne s’inscrivent pas toujours dans la personnalité féminine ce qui, encore une fois, rend le parcours entrepreneurial de la femme au Liban compliqué et difficile.

Conclusion :

Comme l’ont suggéré Zouiten et Levy-Tadjine (2005), l’entrepreneuriat féminin est considéré comme singulier par le fait que les femmes entreprennent souvent par dépit ou par nécessité économique (Brush, Hisrich, 1991). S’interroger sur la singularité d’un public pose d’emblée la question de son identification et de son repérage statistique (Levy-Tadjine, 2004). Si les modèles recensés fondent la singularité de l’entrepreneuriat féminin et justifient son étude, elles ne rendent pas compte de la culture et de la diversité du contexte. A cet effet, après avoir vu que l’entrepreneuriat féminin possède des traits distinctifs, nous avons analysé l’aspect occidental et musulman de l’entrepreneuriat féminin. Bien que le fait d’être une femme peut être un avantage88 (Hernandez, 1997), la discrimination reste un fait qui semble être étroitement lié à l’activité économique de la femme entrepreneuse en général, quelles que soient le pays.

En effet, les expériences ont affirmé que les communautés et les sociétés qui négligent le potentiel économique et créateur des femmes réduisent nettement leur chance pour ce qui est de la lutte contre la pauvreté et le processus de leur développement humain et durable. Le développement qui place les personnes au centre de ses préoccupations, doit donc intégrer pleinement la dimension féminine. «Les hommes et les femmes doivent être au centre du développement » (PNUD, 1990).

Le rôle de la femme libanaise dans l’économie nationale a nettement augmenté ces dernières années. Les acteurs politiques et économiques ont compris l’importance des femmes entrepreneuses dans le développement économique. En effet, les jeunes sont de plus en plus bien formées, ont des diplômes de valeur et accumulent des expériences professionnelles non négligeables. Malgré ces qualités, elles n’arrivent pas à briser les barrières invisibles qui entravent leur promotion et leur possibilité d’accéder à des postes hauts hiérarchiquement à cause de la mentalité encore fortement masculine, du doute sur la réussite des femmes orientales au travail et à cause d’un manque de réglementations pouvant mettre fin à l’inégalité dans les opportunités selon le genre. Ces attitudes peuvent être qualifiées de discriminatoires et ne sont pas rares au Liban car les femmes accèdent très rarement à des postes-clés, celles qui y arrivent se trouvent généralement dans des entreprises familiales et s’avèrent être des membres de la famille, c’est ce qu’affirme d’ailleurs la présidente de la LLWB

88 La femme entrepreneuse peut de ce fait bénéficier de la part de ses partenaires internes et externes (banquiers, clients, fournisseurs, employés) d’un accueil et d’une considération privilégié par rapport à son homologue masculin.

Au regard de ces résultats et des constatations terrain de l’étude de IFC et CAWTAR, les auteurs de cette étude ont suggéré les recommandations : la nécessité de mettre en place des politiques et des stratégies en vue de consolider les entreprises dirigées par des femmes ; faciliter l’accès aux sources de financement à cette catégorie et l’assistance de ces femmes d’affaires dans le développement de leurs activités et la pénétration de nouveaux marchés.

A la lumière de ce qui précède, il serait erroné de supposer qu’un enseignement de l’entrepreneuriat homogène pourrait améliorer à la fois l’intention entrepreneuriale des hommes et des femmes. L’effet positif de l’enseignement sur l’intention des femmes pourrait être plus significatif chez les femmes que chez les hommes. Ceci pourrait s’expliquer par le fait que l’impact des facteurs négatifs de l’entrepreneuriat féminin sera diminué par l’accroissement de la préférence à l’acte entrepreneuriale. Une augmentation de la désirabilité et de la faisabilité entrepreneuriale chez les femmes pourrait réduire les effets négatifs des facteurs qui freinent l’entrepreneuriat féminin.

Ce faisant, la recension des écrits a permis l’identification non seulement des mobiles de l’entrepreneuriat féminin mais aussi des facteurs contingents susceptibles d’influencer l’entrepreneuriat des femmes. Elle servira de guide général pour concevoir le modèle formulant les variables susceptibles d’influencer l’intention entrepreneuriale des femmes. La prochaine section vise à décrire notre modèle conceptuel permettant une meilleure compréhension de l’intention entrepreneuriale des femmes diplômées libanaises. Nous entendons par modèle, une représentation simplifiée d’un système, dont la visée est de proposer des outils d’explication de la situation concrète (Charriere et Durieux, 1999) du contexte féminin.

Tout au long de cette première partie, nous nous sommes positionnés dans le champ de la recherche. Conformément aux positionnements théoriques précédemment exposés, la deuxième partie présentera le cadre théorique et le modèle de l’intention entrepreneuriale valideé en synthèse des différentes hypothèses de recherche.

Figure 38. Vue d’ensemble du cheminement de la partie 1 et la partie 2

Partie 1. Le positionnement de la recherche dans le champ de l’entrepreneuriat
Chapitre 1. Le positionnement de l’intention en entrepreneuriat
I. Fondements théoriques de l’entrepreneuriat
II. L’intention entrepreneuriale au sein du champ de l’entrepreneuriat
Chapitre 2. De l’université à l’entreprise : les apports de l’enseignement de l’entrepreneuriat
I. Les enjeux de l’enseignement de l’entrepreneuriat
II. L’enseignement de l’entrepreneuriat au Liban ou le modèle libanais d’enseignement supérieur
Chapitre 3. Le champ de l’étude : l’entrepreneuriat féminin
I. La spécificité de l’entrepreneuriat féminin
II. La diversité de l’entrepreneuriat féminin
Partie 2. Validation du modèle d’analyse de l’intention entrepreneuriale Chapitre 4. La conception d’un modèle de l’intention entrepreneuriale et Chapitre 5. Les acteurs de la formation en entrepreneuriat
Chapitre 6. Le modèle d’analyse validée de l’intention entrepreneuriale dans un contexte de l’enseignement de l’entrepreneuriat

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises