Les caractéristiques individuelles et la décision d’entreprendre

By 13 January 2013

I.2.1 Les approches selon le modèle de Gartner

I.2.1.2 Approche individuelle

L’approche par les traits s’est orientée vers un aspect plus psychologique. Il s’agit de comprendre les individus qui décident de se lancer dans la création d’entreprise. Les auteurs se sont donc attardés sur le créateur lui-même et sur ses caractéristiques psychologiques. Dans un premier temps, les chercheurs ont tenté de distinguer les créateurs des non créateurs, puis ont trouvé que les entrepreneurs possédaient des traits de caractère et une personnalité propre qui les distinguaient des autres individus. Nombreux sont les aspects22 qui peuvent être abordés ici, cependant les recherches se sont articulées essentiellement sur trois thèmes : le besoin d’accomplissement du créateur (McClelland, 1961), l’internalité du lieu de contrôle (Hanzmark, 1998) et la prise de risque (Belley, 1990)23.

Selon la revue de littérature de Marchesnay (1997), plusieurs traits peut-être recensé mais à ce jour là aucun chercheur n’a encore trouvé le critère discriminant. Selon Ivan bull et Gary Williard dans un article intitulé « Towards A Theory of Entrepreneurship » concluent : « apparemment il n’y a pas d’entrepreneur typique ».

Tableau 3. Les traits de l’entrepreneur (Marchesnay, 1997)

Traits Critique
L’acceptation, voire le goût de risque Un trait controverse (risque calculé)Absence de recherche mettant en relation l’attitude à l’égard du risque et la performance
Le besoin d’accomplissement Constitue une incitation entrepreneuriale fortePeut être relié au désir d’autonomie, à la confiance en soi et au sens de responsabilité
Le besoin de pouvoir Semble peu important
Attitude positive face aux problèmes(échec) Révélatrice d’esprit d’entreprise
Compétences techniques ou le style decommandement Traits plutôt managériales

La logique sous-tendant cet approche veut que l’on puisse prédire un comportement donné chez un individu (ex : les actes menant à la création d’une entreprise) par l’existence chez lui d’un ensemble de traits de personnalité et autres caractéristiques psychologiques.

Les critiques soulevées à l’égard de cet approche ont été nombreuses initié par la revue American of Small Business en 1988 dans une guerre de mots s’opposaient ainsi le titre “Who is an entrepreneur? Is a question worth asking” (Carland, Hoy et Carland, 1988) à celui de “Who is an entrepreneur? Is the wrong question” (Gartner, 1988). Les principales critiques de l’approche par les traits recensés par notre revue de littérature :

** les études sur les traits de personnalité n’ont pas pu avoir des résultats divergents. plusieurs individus possédant des traits de personnalité similaires à ceux de l’entrepreneur-type n’ont pas choisi la voie entrepreneuriale et ont plutôt opté pour d’autres carrières ;

décision d’entreprendre** explique rétrospectivement le choix de carrière de ceux qui ont décidé de se partir en affaires, mais elle échouerait s’il s’agit de prédire avec précision les choix à venir ;

** « les individus observés étaient généralement des entrepreneurs. suite à cette faille méthodologique, cette approche nous enseignerait peu quant au profil psychologique de l’entrepreneur à l’époque où il considérait la possibilité de créer sa propre entreprise » (Emin, 2003) ;

** englobe les propriétaires –dirigeants dans un catalogue quels que soient la taille et le secteur de l’entreprise, et le profil de carrière de l’entrepreneur24 ;

** ne s’intéresse pas au rôle que peut jouer dans la création d’entreprises l’environnement et l’entourage de l’entrepreneur 25 ;

** il n’existe pas de listes valides des caractéristiques exactes qui mènent à l’acte entrepreneurial. Il n’y a pas eu de preuve du lien de causalité entre caractéristiques individuelles et décision d’entreprendre ;

** finalement, l’approche porte uniquement sur les entrepreneurs qui ont réussi ; nous ne pouvons donc pas savoir si ceux qui ont échoué avaient les mêmes traits de personnalité que ceux qui ont réussi. parallèlement se pose la question de savoir si ces traits sont innés ou la conséquence de la réussite. Il serait aussi important de considérer les caractéristiques démographiques (sexe, âge, niveau et type de formation…) afin d’étudier l’impact du contexte sur la personnalité.

24 Ceci a incité certains auteurs de resituer le modèle d’entrepreneurs dans un contexte plus large (l’appartenance à une communauté, à une ethnie, à une religion) ou en mettant l’accent sur le rang dans la famille ou sur l’environnement familial.
25 Il est donc fait abstraction de plusieurs événements qui sont de nature à agir comme catalyseur de la décision de créer une entreprise, que ces événements soient positifs (ex: identification d’une opportunité d’affaires) ou négatifs. (ex: perte d’un emploi). On peut ainsi penser à l’influence de l’exemple d’un parent en affaires ou celle d’un milieu culturel valorisant la carrière entrepreneuriale ou simplement le fait d’avoir acquis une expérience de travail pertinente (Cooper et Dunkelberg, 1981; Dana, 1993)

Ces limites sont dû au fait qu’il existe bien plus de différences entre les entrepreneurs, qu’entre les entrepreneurs et les non entrepreneurs. Les résultats mitigés, voire parfois contradictoires, obtenus par les adeptes de ce courant de pensée ont pavé la voie pour de nouvelles avenues de recherche.

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises