L’efficacité de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté

By 6 January 2013

2.1.2 L’efficacité de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté

Comme on pourrait se résumer à travers cette phrase de J-M Servet, « la microfinance n’est pas en soi la bonne finance que l’on pourrait opposer à une finance globalement malfaisante. Elle est pour des populations en marge et exclues des systèmes financiers, une technique d’interventions par la finance qui, selon les circonstances et les modalités d’action, a des effets pour certains positifs, pour d’autres négatifs »78. Pour illustrer l’efficacité de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté l’exemple le plus révélateur serait celui du Bangladesh à la fois en raison de l’importance du nombre d’organisations de microfinance que compte ce pays pionnier du microcrédit et de ses performances :

En terme quantitatif, il y aurait environ 1.20079 institutions de microfinance (IMF) au Bangladesh mais le secteur est dominée par quatre grandes institutions : la BRAC (Bangladesh Rural Advancement Committee), la Grameen Bank, l’ASA (Association for Social Advancement) et Proshika (A Centre for human development). Ces quatre IMF font quatre vingt dix pour cent (90%) de l’ensemble des clients de microcrédits, soit autour de 11,4 millions de personnes au 30 juin 2004. Le tableau ci-après présente les performances de ces quatre principales IMF au 30 juin 2004.

Tableau 2: Données sur les performances des quatre principales IMF du Bangladesh

Micro-credit portfolios of the ‘big four’ MFIs in Bangladesh (as of  june 2004)
Organisation Number ofMembers Number ofBorrowers Savings CumulativeDisbursement OutstandingLoan Amount
Million Million US$
Grameen Bank 3.6 3.5 194.1 3,372.5 295.0
BRAC 4.5 3.8 114.4 2,014.2 219.9
ASA 2.7 2.5 47.3 1,607.3 232.1
Proshika 2.8 1.5 24.3 464.4 61.3
Total 13.7 11.4 380.0 7,458.4 808.3

Note: Exchange rate in June 2004: US$1 = Tk60.36
Source : H. Zaman, 2004, The Scaling-Up of Microfinance in Bangladesh:Determinants, Impact, and Lessons. World Bank Policy Research Working Paper 3398, septembre.

De loin la plus importante, la Grameen Bank compte près de 2.422 succursales et intervient dans 78.101 villages à travers le pays80. Elle comptait au 31 décembre 2005, près de 5.579.399 membres dont 96% de femmes. Depuis sa création, elle a déboursé 6,25 milliards de dollars de prêts, avec un taux de remboursement moyen de 98,6 %81. La Grameen Bank octroi des prêts pour des activités très diversifiées qui vont de l’aide au logement aux bourses d’étude en passant par des microprojets dans les télécommunications, les nouvelles technologies, les textiles et les vêtements ou les pêcheries. Sans oublier un programme pour les membres vivant dans la précarité comme les mendiants ou un système d’assurance-vie et de pensions de retraite pour ceux qui n’ont presque rien.

En dehors de ces quatre grandes institutions, la plus grande des ONG financerait environ sept cent mille personnes, une dizaine d’ONG ont plus de 100.000 emprunteurs. Le résultat est que la majorité des institutions de microfinance IMF sont de petites tailles avec moins de cinq mille emprunteurs en moyenne. Les taux d’intérêt sur les prêts pratiqués varient entre 8% et 30% avec des taux de remboursement autour de 95%.

Les institutions de microfinance au Bangladesh offrent une grande variété de services financiers et non financiers. On pourrait regrouper en six catégories, présentées dans le tableau ci-après, les services offerts par l’ensemble du secteur.

Tableau 3 : Typologie des services offerts par les institutions de microfinance IMF au Bangladesh

Types Nature des services offerts
Epargne obligatoire, volontaire, flexible dépôt à vue, dépôts fixes, dépôt à terme.
Crédit prêts à terme, prêts d’entrepreneurs, prêts habitat, prêts santé et sanitaires, prêtssaisonniers, prêts de désastre, prêts spéciaux Prêts à la consommation.
Assurance assurance santé, assurance crédit, assurance vie, assurance propriété, assurancerécolte.
Formation/Conseil planification et gestion, développement d’esprit d’entreprise, comptabilité debase et gestion de l’argent comptant, produit de diversification, innovation, recherche.
Marketing centre de production, activités promotionnelles, support infrastructure.
Construction del’institution formation de groupe, conduite développement, relation/réseau, partage del’information.

Source : Harun Rashid – Care INCOME & Frank Matsaert – DFID Bangladesh, 2004.

Les catégories sociales touchées peuvent s’analyser en observant à travers une distribution des bénéficiaires par catégories suivant plusieurs critères (sexe, résidence, degré de pauvreté, activités, etc.). Le tableau suivant nous indique les principales tendances au Bangladesh.

Tableau 4 : Catégories de clientèle touchées par les IMF

Catégories En %
Moyennes entreprises / Petites entreprises 97 / 3
Rural / Urbain 92 / 8
Femmes / Hommes 90 / 10
Emprunteurs /Non-emprunteurs 80 / 20
Pauvres modérés / Pauvres extrêmes 75 / 25

Source : Harun Rashid – Care INCOME & Frank Matsaert – DFID Bangladesh, 2004

Les IMF au Bangladesh orientent plus leurs financements vers les moyennes entreprises (97%) porteurs de projets plus viables. Comme le relève R. S. Khandker, cette tendance montre que même si les programmes de microfinance identifient leurs bénéficiaires sur la base du critère sans terre et faible niveau d’éducation, ils ne négligent pas la capacité entrepreneuriale de ces derniers.

Selon le genre, les femmes constituent les bénéficiaires les plus importants (90%) des institutions de microfinance IMF au Bangladesh. Ce choix se justifie par le fait que les études montrent que l’impact du microcrédit est plus important pour les emprunteurs femmes que pour les emprunteurs hommes. Elles interviennent en outre, plus en milieu rural qu’en milieu urbain et leurs services bénéficieraient indirectement à 20% de non-emprunteurs. Mais comme on peut le constater elles arrivent très peu à rendre des services aux populations les plus pauvres (25%). La plupart des études des programmes de microfinance au Bangladesh indiquent que les pauvres, et particulièrement les femmes pauvres, on été efficacement visées et que les programmes ont réussi. Cependant comme l’indiquent les performances de ces IMF, le quart seulement des pauvres les plus pauvres est touché.

Cet exemple illustre aussi quelques principales conclusions auxquelles aboutissent dans des contextes différents les études d’impact des organisations de microfinance sur la pauvreté. Dans le même sens, comme le montre E. Kamalan (2007)82 dans le contexte béninois et une étude de la F. Akindes et N. Yago (2005)83 dans le contexte burkinabé, la tendance des organisations de microfinance à prêter à des clients relativement plus aisés se confirme. Ceci voudrait-il dire que les organisations de microfinance sont entrain de renoncer à la lutte contre la pauvreté? Cette tendance à tout l’air de se confirmer dans l’orientation commerciale des organisations de microfinance qui a accompagné l’expansion de la microfinance au cours des dix dernières années. Elle se traduit de nos jours par la vente en bourse des actions de certaines organisations de microfinance. L’exemple vient de se produire au Mexique avec la Banco Compartamos qui a mis en vente en avril 2007, au Mexico Stock Exchange, 30% des actions84, pourtant cette institution prête à ses clients (environ 600.000) à des taux effectifs supérieurs à 60% l’an85.

80 http://www.grameen-info.org/bank/Statement1US$.htm (2 of 3), consulté le 16.06.2007.
82 E. Kamalan, 2007, La responsabilité dévoyée des IMFs, évidences au Bénin, LEFI-Université Lumière Lyon-2.
83 F.Akindes et N. Yago, 2005, Impact des services offerts par les systèmes financiers décentralisés au Burkina Faso, Rapport principal, BCEAO – ASCDI.
84 ACCION InSight, 2007, The Banco Compartamos Initial Public Offering, N°23, june, p.1. Consultable aussi sur http://www.microcreditsummit.org/enews/2007-07_Accion%20Compartamos%20Article.pdf.
85 J-M Servet, 2008, « Inclusion financière et responsabilité sociale : Production de plus values financières et de valeurs sociales en microfinance », Projet Revue Tiers-Monde, juin.81 Id.

Lire le mémoire complet ==> (La responsabilité sociale des organisations de microfinance) :
Quels critères pour une meilleure contribution de la microfinance à l’inclusion financière ? L’exemple du Burkina Faso.
Mémoire de Master en études du développement
Université de Genève – Institut de Hautes Etudes Internationales et du Développement