Learning versus teaching : quelle dualité ?

By 8 January 2013

2. Learning versus teaching : quelle dualité ?

Les enjeux du e-learning s’inscrivent dans différentes perspectives. Au niveau de l’apprentissage, l’accent est porté sur l’amélioration du processus d’apprentissage et l’accès à la connaissance (Meissonier & Houze, 2004), l’augmentation de la flexibilité d’accès à l’apprentissage (Bronfman, 2003) grâce à des parcours adaptés aux besoins de chacun. Les concepts d’autonomie et de personnalisation, marquent le changement dans les modèles traditionnels d’enseignement. Au niveau de l’organisation, la rationalisation des coûts de fonctionnement de l’organisation (Minnion & al , 2002) semble être une préoccupation majeure.

Les études montrent par exemple qu’une fois les cours développés, le e-learning a le potentiel d’être moins coûteux que les formations en classe (Adkins, 2002, Segrave & Hotl, 2003). Cette rationalisation passe par une meilleure connaissance des outils, une bonne intégration du e-learning au sein de l’organisation et une meilleure adéquation de l’offre aux attentes et besoins des apprenants.

2.1. La dualité

Les enjeux de l’apprentissage en e-learning se fondent sur une conception qui établit une nette différence entre l’apprentissage par « teaching » et l’apprentissage par « learning ». L’utilisation des TIC et Internet dans l’enseignement a considérablement marqué la dynamique d’apprentissage. Comme le souligne (Tardif, 1998) grâce à ces technologies, l’apprentissage peut se faire de « manière spontanée, indépendante et coopérative dans un contexte dénué de coercition » p. 32. Dans ce contexte, les enseignants sont dotés d’une nouvelle compréhension de la dynamique d’apprentissage (Abbott, 1997).

L’apprentissage par « learning » place l’apprenant au cœur du dispositif et le formateur n’est plus seul à détenir le rôle de principal acteur (Lewandowski, 2003). Le paradigme du « learning» a pour objectif premier le développement des compétences. Ces compétences sont constituées de connaissances qui sont mobilisées pour développer le savoir-faire. L’apprenant est amené à construire son cadre de raisonnement lorsqu’il se trouve dans une situation complexe. La création des liens entre divers savoirs; diverses informations et diverses connaissances favorise l’apprentissage. Les travaux dans le domaine de l’usage des technologies ont un apport indéniable dans cette approche dans la mesure où ils ont permis de valoriser la viabilité de la connaissance pour sa réutilisation et son transfert. Les courants cognitivistes et constructivistes (Piaget, 1967) exploités, prônent la construction des connaissances sur la base de connaissances antérieures qui sont organisées et intégrées à l’intérieur de schémas cognitifs en évolution continue.

Ces aspects s’opposent au paradigme de « teaching» où l’acquisition de connaissances se fait de façon séquentielle dans une logique où le niveau de complexité évolue graduellement. L’accent est mis sur l’information, l’accumulation des connaissances et non leur construction. Le développement des automatismes se fondent sur la mémorisation. La connaissance se crée à la suite d’une accumulation d’informations transformées par la maîtrise et la pratique.

Le tableau ci-après reprend les points clés des fondements entre les deux paradigmes

Tableau 10 Fondements des paradigmes « learning » et « teaching » Adapté de Tardif (1998)

Paradigme learning Paradigme teaching
Orientation enenseignement CompétencesCréation de relations ConnaissancesMémorisation
Conception del’apprentissage Transformation d’informations enconnaissances transférablesIntégrations des connaissances dans des schémas cognitifs Accumulation d’informationsAssociation des connaissances

2.2. Les conséquences d’une dualité affirmée au plan conceptuel

Les spécificités du e-learning se déclinent à travers, les conséquences ou manifestations du changement de paradigme d’enseignement, mais également à travers ses enjeux.

Les conséquences associées au paradigme du « learning » se manifestent principalement au niveau de l’activité, des modes d’évaluation, des preuves d’apprentissage et des rôles des apprenants et enseignants (Tardif, 1998). En e-learning, les activités sont orientées sur les préoccupations des apprenants, dans le cadre de projets ou des parcours. Dans les pratiques évaluatives, la preuve d’apprentissage repose sur les qualités de la compréhension, des compétences développées, des connaissances construites. Les apprenants sont des constructeurs de connaissances de part leur engagement dans la résolution de problèmes, les recherches et la réalisation de projets. Les enseignants ont pour rôle de soutenir les apprenants en fonction de leur évolution dans la résolution de leurs problèmes. Ces enseignants peuvent également apprendre dans des situations où ils ne maîtrisent pas les connaissances mobilisées par les apprenants. L’engagement et la coopération contribuent facilement à la création de la dynamique d’apprentissage.

Dans un paradigme de « teaching », l’activité en classe s’inscrit dans le cadre de relation beaucoup plus didactique dont le but est de couvrir l’ensemble du programme. Les pratiques évaluatives sont relatives à la quantité d’informations retenues. L’enseignant a un rôle d’expert dans une relation verticale. Les apprenants agissent de façon individuelle et sont parfois considérés comme des récepteurs passifs.

La frontière entre ces deux paradigmes n’est pas étanche et dans la pratique, on peut retrouver aussi bien en e-learning qu’en enseignement classique les manifestations des deux paradigmes. La vocation du e-learning d’utiliser les nouvelles technologies dans une démarche constructive de la connaissance est loin d’être réalisée.

Le tableau ci-après résume les conséquences ou manifestations du paradigme « learning » par rapport au paradigme « teaching ».

Tableau 11 conséquences des paradigmes de learning et de teaching
Source : adapté de Tardif (1998)

Paradigme d’apprentissage Paradigme d’enseignement
Modes d’activité,modesd’évaluation et preuves de réussite Préoccupations de l’élèveRéalisation de projetsRelations interactivesQualité de la compréhension Transfert des apprentissages Evaluation sur les compétences Centration sur l’enseignantExercicesRelations didactiquesQuantité d’informations mémorisée

Evaluation sur les connaissances

Rôles et attitudesdes apprenants et enseignants Rôle d’encadreur de l’enseignantRôle de construction et de collaboration de l’apprenant Relations d’entraideRelations d’interdépendance Rôle d’expert de l’enseignantRôle de récepteur de l’apprenantIndividualismeRelations de compétition

Les enjeux du e-learning au niveau de l’apprentissage sont construits principalement autour des manifestations du « learning ». Son développement est également associé à d’autres avantages qu’il procure tel que la flexibilité, la personnalisation et l’individualisation du parcours. Les différences avec le système classique d’apprentissage portent sur l’organisation du temps de travail, l’organisation du parcours pédagogique, l’organisation du contenu, et l’organisation du groupe.

Learning versus teachingDans le système traditionnel, les modalités de formation sont fixées d’avance et s’imposent à tous en dehors du temps de travail, tandis que en e-learning, l’apprenant organise lui- même sa formation en fonction de ses disponibilités. La progression dans un système traditionnel est linéaire et prédéfinie, alors que le e-learning offre la possibilité d’adapter le parcours à chaque apprenant en fonction des situations. La centralisation des programmes est le principe du système éducatif traditionnel. Il est le même pour tous. Le e-learning tient compte des besoins individuels et le contenu change en fonction des apports des utilisateurs, les expériences et les nouvelles pratiques. Actuellement, avec le système d’harmonisation défini par Bologne, les pratiques en enseignement classique tendent à offrir aux étudiants une certaine modularité dans leurs parcours. La modularité est reconnue comme un principe important qui n’est plus uniquement l’apanage de l’enseignement en ligne.

En e-learning, certains considèrent que le groupe de pairs est simplement remplacé par un groupe virtuel qui échange au travers des forums. Les activités se font à partir de projets transdisciplinaires et dans des relations interactives. Le côté humain est renforcé par la création de communautés d’apprenants pour l’ensemble des personnes qui constitue le système d’enseignement. Les TIC offrent la possibilité de créer des communautés d’apprenants et des communautés de pratiques. L’exemple de la communauté de pratique Linux montre qu’à travers les TIC, il peut se développer une communauté bien structurée dont le but est de réaliser un objectif commun aux membres de la communauté. Cette situation idéale n’est pas toujours atteinte dans la pratique. Certaines conditions telles que la préparation rigoureuse, l’animation par un tuteur expérimenté, la complémentarité avec d’autres moyens comme les chats, les projets en commun à distance doivent être réunies pour que les forums fonctionnent. Le problème d’efficacité est fondamental pour la réussite des projets e-learning.

La principale faiblesse du e-learning est liée à la distance et à la solitude. Avec la distance, le contact physique est absent, ou se fait par la médiation d’une caméra ou d’une image dont la qualité n’est pas comparable au face-à-face. Entre le moment où l’apprenant pose une question et le moment où le formateur lui répond, l’état d’esprit de l’apprenant n’est plus le même. Le formateur n’a pas le moyen de connaître les paramètres qui pourraient lui faire percevoir les résistances de l’apprenant, son intervention n’est donc pas adaptée. Isolé, face à une masse d’informations, l’apprenant a tendance à saisir ce qui est cohérent avec ce qu’il sait déjà. Le danger est de ne pas voir les choses comme elles sont, mais comme il se les présente. Comme le montre les travaux en psychologie cognitive, l’apprenant cherche à renforcer ses croyances à travers le filtrage cognitif. Comme le souligne Bellier (2001), «Moins nous sommes experts, plus nous cherchons à retrouver l’information que nous connaissons déjà… Moins nous sommes compétents, plus nous limitons nos apprentissages ». P.26

Le e-learning a l’avantage de mettre une grande masse d’informations à la disposition de l’apprenant. Si le formateur ordonne la recherche et amène l’apprenant à regarder d’autres informations que celles qu’il a sélectionnées, l’apprentissage bénéficie de l’atout essentiel de mettre l’apprenant en situation de recherche active et de traitement personnel de l’information.

Le tableau ci-après résume les avantages et inconvénients du e-learning tel que défini par l’AFNOR dans la norme BP Z76-001.

Tableau 12 Avantages et Inconvénients des dispositifs e-learning du point de vue de l’apprenant

AVANTAGES INCONVENIENTS
La réduction voir l’absence de déplacement(gain de temps, réduction des coûts de transport). La solitude éventuelle et l’absence destimulationLe risque du transfert du coût sur l’apprenant
Le rythme d’apprentissage personnalisé quifacilite la gestion et la répartition du temps(libre, formation, travail) La difficulté pour certains publics à travaillerseuls et d’avoir la capacité à organiser son temps
L’individualisation et l’autonomie dansl’apprentissagePas de regard ou de jugement unique du formateur, mais la gestion partagée de l’évaluation La difficulté d’apprentissage autonomeLes difficultés à maîtriser une méthode de travail autonome inconnue
La possibilité d’apprendre en faisant deserreurs La difficulté à construire sa propre démarched’apprentissage

Lire le mémoire complet ==> (La mesure de la qualité perçue d’un dispositif de e-learning)
Thèse pour l’obtention du Doctorat Nouveau Régime ès Sciences de Gestion
Université NANCY 2 – Institut D’administration Des Entreprises