Le profil type d’une femme entrepreneuse

By 15 January 2013

I.2 Le profil type d’une femme entrepreneuse et des entreprises créées par des femmes

Les recherches considèrent plusieurs niveaux d’analyse : les femmes, leurs équipes, leurs entreprises et les collectivités. Au niveau individuel, la recherche fournit des renseignements démographiques identifiant les caractéristiques des femmes entrepreneuses, leurs objectifs personnels, leurs motivations (Hagan, Rivchun et Sexton, 1989; Brush, 1992). Les chercheurs ont également étudié des descriptions opérationnelles de la façon dont les femmes à créer leur entreprise, qui construit une compréhension de leurs attentes pour leurs entreprises. Au niveau de l’unité d’affaires, la recherche se concentre sur la structure organisationnelle, les stratégies de financement et de la croissance, et les opérations. Il y a des questions de recherche supplémentaires sur les choix de l’industrie. Une compréhension fondamentale de ces questions est essentielle dans l’identification des domaines de recherche qui peuvent soutenir et faire progresser la croissance et le développement des entreprises appartenant à des femmes et l’économie (Gatewood et al, 2003).

Dans ce paragraphe, nous présenterons, selon la revue de littérature, le profil type socioculturel et psychologique de la femme entrepreneuse et de son entreprise.

I.2.1 Le profil socioculturel

La situation familiale de la femme

Le statut matrimonial n’est pas sans effet sur la prise de décision d’entreprendre. Dans leur étude, Watkins et Watkins (1984) découvrent que 48% des entrepreneuses sont mariées, 29% sont divorcées et 19% sont célibataires. Le rôle du mariage stabilisateur n’est pas vérifié pour la femme, le mari peut constituer soit un frein, soit un stimulateur pour la création d’entreprise. Cependant, la plupart des hommes entrepreneurs sont mariés et le mariage joue un rôle stabilisateur dans leur travail. La recherche d’Hernandez (1997) indique, qu’il y a presque autant de femmes mariées (52%) que de femmes célibataires divorcées ou veuves (48%). Selon l’approche fondée sur la situation familiale, les femmes prennent les décisions professionnelles en fonction de considérations familiales (Cadieux et al., 2002, p 29). A la lumière de ce qui précède, la dynamique familiale relève de règles, de normes et de comportements implicites.

La formation

Lee et Rogoff 63 ont effectué une étude sur 170 hommes et 61 femmes à la tête de PME aux Etats-Unis et ont vérifié l’existence de différences en matière de formation en gestion entre les deux genres. Le niveau de formation joue un rôle important dans l’éveil des entrepreneurs mais il n’est pas un élément déterminant. Le niveau de formation, son contenu et sa qualité, facilite le comportement entrepreneurial, surtout s’il est en relation avec le domaine d’activité. Nous notons que beaucoup d’entrepreneurs ont réussi avec succès sans dépasser le niveau secondaire. « Hommes et femmes, les entrepreneurs font état d’une insuffisance de formation dans les domaines de la finance, du planning stratégique, du marketing et du management » (Hisrich et Peters, 1989). La plupart des études sur la formation des entrepreneurs semblent indiquer que la femme entrepreneur a un niveau d’instruction plus élevé que la moyenne de la population (Rachdi, 2006). Selon Hisrich et Brush (1987), la plupart des femmes entrepreneuses (68%) ont atteint le niveau secondaire ou plus.

Tableau 13. Le niveau de formation des entrepreneuses (Bowen et Hisrich, 1986)

Auteurs Résultats
Humphreys et McClung (1981) 54,8% des femmes entrepreneuses sont diplômées de l’université.
Charboneau (1981) La femme entrepreneur est diplômée de l’enseignement supérieure
De Carlo et Lyons (1979) Le niveau d’éducation des femmes entrepreneuses est supérieur à celui de la moyenne des femmes.
Hisrich et Brush(1983) 68% des femmes entrepreneuses possèdent au moins un diplôme de premier cycle universitaire
Sexton et Kent (1982) Les femmes entrepreneuses sont mieux formées que les femmes cadres
Mescon etStevins (1982) Les deux tiers ont un diplôme universitaire.

L’expérience

Des différences existent entre les hommes et les femmes entrepreneurs, sur le plan de l’expérience. Plusieurs recherches (Watkins, 1983 ; Hisrich et Brush, 1984) ont montré que les femmes ont souvent d’expérience dans les domaines liés aux services plutôt que dans les domaines industriels, techniques ou entrepreneuriales. Les entrepreneuses ont moins souvent la possibilité que leurs homologues d’acquérir de l’expérience dans des postes de gestion avant de devenir propriétaires d’entreprise (Lacasse, 1990). Une enquête menée par Scott (1986) portant sur 154 femmes entrepreneuses dans l’Etat de Georgie cherche à identifier les raisons pour lesquelles les femmes s’engagent dans le monde des affaires pour leur propre compte, leurs caractéristiques, le succès de leur entreprise, et leur représentativité a l’échelle nationale. Les résultats indiquent que dans prés d’un tiers des cas étudiés, les femmes sont devenues entrepreneurs par esprit de compétition. La plupart d’entre elles avaient fait l’expérience du monde des affaires, mais moins de 50% dans une firme semblable à la leur.

Le réseau de la femme

L’étude de Staber (1993) révèle que les femmes ont un accès très limité aux réseaux comparativement aux hommes. Selon l’auteur, cette situation s’explique par leur éducation et leurs expériences de travail différentes de celles des hommes. Cependant, la propension plus élevée des femmes à se tourner vers d’autres femmes nous amène à se demander sur la caractéristique et la composition des réseaux de la femme. Granoveter (1985) explique la réussite de l’entrepreneur par le fait qu’il est intégré en réseau de relations sociales (ce qui facilite l’engagement). En effet, l’importance de l’affiliation au système relationnel chez les femmes entrepreneuses, l’importance du réseau relationnel chez les femmes entrepreneuses : sa famille, ses amis et la communauté à laquelle elle s’identifie pour établir des connexions au niveau entrepreneurial peut faciliter son parcours (Lerner, Bruch et Hisrich, 1997). Dans ce sens, Shabbi et Gregorio (1996) identifient l’influence du système relationnel interne (influence de la famille, des employés, des fournisseurs et des consommateurs) et du système externe (institutions financières, environnement géographique) dans la décision d’entreprendre une action. Wells (1998) quant à lui, souligne que les femmes entrepreneuses apprennent à travers leurs relations et leurs connexions aux autres. Par contre, l’homogénéité dans le réseau et les liens forts peuvent constituer un désavantage pour les femmes dans le monde des affaires (Granoveter, 1985).

I.2.2 Le profil psychologique

La différence dans les profils psychologiques continue à être un point d’intérêt. Une étude sur les femmes et les hommes entrepreneurs cherche à savoir si des profils psychologiques variés selon les sexes peuvent émergés mais Sexton, Bowman-Upton(1990) ont constaté peu de différences. Cependant, une typologie variée des femmes entrepreneuses est présentée « tant du point de vue des entreprises créées que de la forme des processus et des profils que doivent avoir les créateurs pour réussir» (Bruyat, 2001). Dans ce paragraphe, nous tentons de présenter le profil psychologique de la femme entrepreneuse quant aux motivations, la maîtrise du destin, le système de valeurs, le risque par les femmes, et la perception de la réalité.

Les motivations

Une synthèse des travaux sur l’entrepreneuriat féminin au cours des 25 dernières années a été effectuée (Carrier, Julien et Menvielle, 2006). De ce bilan de recherche, il ressort que sept grands thèmes, parmi lesquels, les motivations, sont régulièrement alimentés par des réflexions portant sur l’entrepreneuriat féminin. En fait, les motivations qui agissent en faveur de la création d’une entreprise sont les mêmes tants chez les femmes entrepreneuses que chez leurs confrères. Mais certains facteurs peuvent jouer un rôle plus important pour les femmes, notamment le facteur économique. A cet effet, les femmes optent pour la voie entrepreneuriale pour devenir leur propre chef, travailler à leur propre compte et dépasser ainsi les difficultés inhérentes au marché traditionnel de l’emploi. Davidsson (1995) confirme l’importance de cette variable et il indique en ce sens que la recherche de l’autonomie est l’un des facteurs les plus fréquemment relevés dans les motivations menant à la création d’entreprise. Plusieurs auteurs dont Hisrich et Brush (1985) et Stokes et al., (1995) maintiennent cette thèse et confirment que le chômage, un revenu familial faible, l’insatisfaction au travail, et le besoin d’une flexibilité encouragent la femme à entreprendre.

Cependant, d’autres auteurs (Adrien, Kirouac et Sliwinski, 1999; Hughes, 2003 ; Robichaud et al., 2006) affirment cependant le contraire en maintenant que la plupart de femmes choisissent une carrière entrepreneuriale et non parce qu’elles y sont obligées. Elles démarrent une entreprise pour satisfaire, en premier lieu, des besoins d’indépendance et d’autonomie, d’accomplissement personnel ou de défi.

Lacasse (1990, p 70) fait une distinction entre les travailleuses autonomes volontaires et les travailleuses autonomes involontaires. Les travailleuses autonomes volontaires auraient choisi librement de mode d’organisation du travail, soit pour tirer profit d’une occasion d’affaires, parce que ce statut correspond à ce qu’ils ont toujours voulu devenir ou soit encore parce que ce statut leurs permettait de combler leur besoin élevé d’autonomie et d’indépendance. Par ailleurs, les involontaires sont devenus travailleuses autonomes. À cause du manque de débouchés sur le marché du travail salarié, la perte d’un emploi ou l’insatisfaction dans un emploi antérieur.

profil type d’une femme entrepreneuseLe désir d’être son propre patron, d’être innovateur, d’améliorer sa qualité de vie, de devenir propriétaire-dirigeant, la passion du produit ou du métier et la recherche de l’enrichissement personnel seraient les principales motivations positives pouvant conduire à devenir travailleuses autonomes, alors que la nécessité de se créer un emploi, le fait de ne pas avoir le choix et l’insatisfaction comme salarié seraient les motivations négatives à devenir travailleuses autonomes.

La flexibilité du temps de travail et l’indépendance accrue semblent être les principaux avantages relevés par les travailleuses autonomes. Alors que l’absence d’avantages sociaux, la fluctuation du revenu et les heures de travail plus longues seraient les principaux désavantages reliés au statut de travailleuses autonomes.

La motivation entrepreneuriale des femmes est surtout liée à la recherche d’un épanouissement personnel et à la reconnaissance par la famille. Donc, le besoin d’accomplissement, le besoin d’indépendance et d’autonomie sont des motivations qui différent entre entrepreneuses femmes et entrepreneurs hommes. Enfin, l’entrepreneuriat pour les femmes est un moyen de différer des pressions sociales et patriarcales fortes (Levy- Tadjine, 2004).

La maîtrise du destin

Une importante caractéristique de l’entrepreneur est son degré de perception vis-à-vis sa capacité ou sa non-capacité à influencer son environnement. Selon Gasse, les entrepreneurs croient fermement en leurs capacités et leurs habiletés à réaliser leurs objectifs, à relever des défis, à contourner les obstacles : « pour l’entrepreneur typique, les évènements de la vie quotidienne sont en grande partie déterminés par l’action des individus eux-mêmes. Nous mesurons cette caractéristique à l’aide d’un instrument développé par Rotter64 : le locus de contrôle. A noter que le profil « contrôle interne » décrit une perception des évènements positifs ou négatifs comme étant la conséquence des propres actions de l’individu, donc sous son contrôle personnel. Le profil « contrôle externe » traduit une perception des évènements positifs ou négatifs comme n’étant pas reliés à ses propres comportements, donc échappant à son contrôle personnel

Une différence selon le genre s’est avérée intéressante. Un écart a été constaté concernant le locus de contrôle interne entre ceux qui ont un succès modéré et ceux ayant des niveaux élevés de succès (Nelson, 1991). Les femmes ont également rapporté plus d’attributions internes /stables cependant les hommes ont déclaré plus d’attributions externes / stable (Gatewood et al, 2003).

Le système de valeurs

Si nous réfèrons à la littérature sur les « dirigeantes d’entreprises », il est, a priori, intéressant de constater comment celles-ci ont un construit social et un système de valeur qui leur est propre (Brush, 1992). Elles ont de la facilité à transposer la qualité de leurs relations familiales dans leurs relations d’affaires (Brush, 1992) ; qu’elles ont des valeurs principalement basées sur l’ouverture et la flexibilité; qu’elles ont de la facilité à intégrer les opinions d’autrui dans leur processus de décision (Chaganti, 1986; Brush, 1992); et finalement qu’elles considèrent souvent les besoins des autres avant les leurs (Olson et Currie, 1992).

Des études (Cadieux et al., 2002 ; Holmquist et Sundin, 1990 et Kaplan ,1988) suggèrent que les femmes entrepreneuses gérant des petites entreprises privilégient souvent les objectifs sociaux, alors que les hommes entrepreneurs ont tendance à accorder une importance aux objectifs économiques (Kent et al., 1982; Stevenson et Gumpert, 1985). Des recherches récentes (Lee, 1997; McGregor et Tweed, 2000; Kirkwood, 2003; Cornet, Constantinidis et Asendéi, 2003) concluent que les objectifs intrinsèques privilégiés par les femmes constitue la principale différence. A cet effet, lorsque les actions et les interactions sont plus émotives, la motivation personnelle, relationnelle, de coopération, et l’entreprise créée reflétera les besoins du fondateur. Par exemple, une entreprise formée pour compléter la situation familiale du fondateur (c’est-à-dire accueillir ou assimilant les attentes et les besoins de son conjoint, les parents et les enfants) est plus susceptible d’être une entreprise à domicile ou d’une entreprise à temps partiel. Même si à temps plein, il peut y avoir une préférence pour les politiques en faveur de la famille, la participation communautaire, et à l’épanouissement des individus besoin personnel.

Le risque perçu

L’aversion au risque est fréquemment soulignée comme facteur inhibant (Kihlstrom et Laffont, 1979 ; Brockhaus, 1980 ; McGrath et al.,1992 ;Cramer et al., 2002 ; Colombier, 2005). Hirsh et Brush (1986) montrent que les femmes ont une aversion au risque plus élevée, qu’elles hésitent à emprunter et qu’elles ont tendance à se lancer en affaires avec leurs épargnes personnelles comme capital de démarrage. A cet effet, hommes et femmes ont des valeurs différentes. Ceci est conclu dans une étude de Sexton et Bowman-Upton (1990) dans laquelle les hommes et les femmes possèdent des caractéristiques entrepreneuriales, comme la persévérance, l’autonomie, la propension à prendre des risques et la volonté de changer. Bien que les différences par rapport aux caractéristiques entrepreneuriales soient plutôt petites, il est rapporté que les hommes accordent plus d’importance sur la persévérance et des risques et une valeur plus faible sur l’autonomie et les changements que les femmes. En outre, les femmes valorisent leurs propres caractéristiques entrepreneuriales moins que les hommes (Van Uxem et Bais, 1996). C’est le cas en particulier en ce qui concerne la prise de risque, les connaissances industrielles et technologiques.

La perception de la réalité

Il est important de regarder les femmes entrepreneuses qui, bien qu’elles partagent de nombreuses caractéristiques avec leurs collègues masculins, sont uniques dans de nombreux aspects (Greene, 2003). Les différences observables dans leurs entreprises tiennent compte des différences sous-jacentes dans leurs motivations et leurs objectifs, la préparation, l’organisation, l’orientation stratégique, et l’accès à la recherche des ressources.

Les recherches en entrepreneuriat notent que les femmes sont moins susceptibles de créer une entreprise que les hommes (Reynolds, Bygrave et Autio, 2004; Minniti et al., 2004) et que leurs entreprises sont souvent de taille plus petites organisationnellement et moins orientées vers la croissance que les entreprises appartenant à des hommes ( Rooney et al., 2003; Minniti et al., 2004) .

Conformément à la plupart des recherches dans l’esprit d’entreprise, le plus grand nombre d’études des femmes entrepreneuses ont mis l’accent sur « l’individu »; les caractéristiques démographiques, les caractéristiques psychologiques, des motivations et des expériences éducatives et professionnelles (Churchill et Hornaday, 1987). Greene a conclu que les femmes n’avaient pas les valeurs entrepreneuriales “classiques” et qu’il est temps d’utiliser un nouvel objectif pour orienter les recherches sur les activités des femmes entrepreneuses et de reconnaître une vue qui prend en compte la nature intégrative des relations importantes pour les femmes entrepreneuses.

La «perspective intégrative » est proposée comme une nouvelle base pour enquêter sur les entreprises appartenant à des femmes. Cette nouvelle perspective suggère que les femmes considèrent leur entreprise comme un système interconnecté de relations au lieu d’une unité économique distincte dans un monde social (Kent, Sexton etVesper, 1982) et elles se voient comme étant intégrées dans l’environnement qui est conçu comme un réseau de relations dans le travail, la famille et la société (Aldrich, 1989). La prémisse principale de cette perspective est que les entrepreneuses conçoivent leurs entreprises comme un réseau de relations. Les relations familiales, sociales, et d’affaires sont connectées.

La «perspective intégrative” a des implications dans les quatre principales composantes de la création d’entreprise : l’individu, l’organisation le processus, et les dimensions environnementales et explique la différence entre les hommes entrepreneurs et les femmes entrepreneuses.

En adoptant une perspective intégrative, la femme est considérée comme « un acteur social». La femme voit son entreprise selon un réseau de relation et non une unité économique séparée. Elle est sensible à l’environnement et à son entourage. Elle ne différencie pas entre sphère professionnelle et sphère personnelle.

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises