Le pouvoir de l’image photographie – la photographie

By 15 January 2013

1.1.3. Le pouvoir de l’image

La photographie fait partie intégrante de la vie quotidienne. Par sa diffusion au sein de nos sociétés, on peut même dire que sa présence excessive nous amène à ne plus la voir tellement elle habite notre environnement. Dans Photographie et société, Gisèle Freund défini comme particularité à la photographie d’être reçue également dans toutes les couches sociales. « C’est en cela que réside sa grande importance (…) elle est devenue pour la société un instrument de premier ordre » 3 Sa faculté à produire une image du réel qui apparaît quasiment conforme à la référence avec la force persuasive du fameux « c’est ça, c’est tel ! » 4 de Roland Barthes, faculté inhérente à sa technique de reproduction du visible, par le moyen de captation le plus fidèle de la vie sociale qui ne se reproduit pas, lui confère une force de persuasion façonnant les idées et influant sur les comportements humains d’une société. Car comme tout acte de représentation constituant un essai de maîtrise du réel, la photographie se voit confier un rôle déterminant, celui d’un discours chargé de déterminations mettant en jeu les rapports sociaux. Les photographies prennent donc la valeur de pièces à conviction du vécu.

Sans conteste, les images imprimées les plus prégnantes pour le spectateur contemporain qui jouissent d’une influence pratiquement sans limites dans une société moderne, sont de nature photographique ou du moins d’apparences réalistes. Pour Susan Sontag, « de telles images ont en effet le pouvoir de se substituer à la réalité, du fait que, pour commencer, une photographie n’est pas seulement une image (comme l’est un tableau), une interprétation du réel ; c’en est aussi une trace, une sorte de stencil immédiat. » 5

3 FREUND, Gisèle, Photographie et société, Éditions du Seuil, 1974, p. 6
4 BARTHES Roland, La chambre claire : Note sur la photographie, Éditions du Seuil, 1980, p. 16
5 SONTAG Susan, Sur la photographie, Éditions Christian Bourgeois, 1973, p. 21

La photographie comme le média télévisuel s’ouvre au monde contemporain dans sa filiation à la médiatisation. Cependant, là où l’image fixe et la photographie s’affirment face à son homologue animée c’est dans leur rapport au temps. En effet, une photographie pointe un seul et unique instant, fragment du temps saisi afin de présenter un point de vue. L’image animée, elle, ne peut affirmer ce même état des choses. Ainsi, la logique de paralysie que la photographie fait prévaloir dans son instantanéité, en privilégiant précisément l’image en une seule vue, plutôt que la séquence, permet de délimiter une forte charge émotionnelle.

Regis Debray attribue à l’image un pouvoir. Un pouvoir qu’il dit à prendre au sens physique de « avoir des effets » ou « modifier une conduite ». Dans Vie et mort de l’image, ce dernier écrit : « Comme il y a des mots qui blessent, tuent, enthousiasment, soulagent, etc., il y a des images qui donnent la nausée, la chair de poule, qui font frémir, saliver, pleurer, bander, gerber, décider, acheter, élire, etc. » 6 Ainsi, la photographie peut se représenter comme un domaine de compétence autonome dotée d’enjeux sociaux et politiques spécifiques. Son statut a désormais changé, car l’image photographique n’est plus un objet autonome, mais l’application d’une fonction au service d’une intention, celle de la communication. Elle est passée du stade d’objet technique à celui d’objet idéologique, devenant alors une réalité à manipuler plus qu’un choix à opérer.

6 DEBRAY Régis, Vie et mort de l’image, Éditions Gallimard, 1992, p. 150

Lire le mémoire complet ==> (Photographie affichée, média d’implication dans les campagnes de communication sociétale)
Mémoire de fin d’études et de recherche appliquée
École Nationale Supérieure Louis Lumière