Le monde du travail de la femme libanaise

By 16 January 2013

II.2 L’entrepreneuriat féminin au Liban

La culture libanaise encourage les initiatives et la prise de risque. La multiplicité d’entreprises qui émergent sans cesse et ce malgré les guerres, les conflits politiques et l’instabilité que connaît le pays de façon récurrente confirme notre constat. Ceci implique que cette culture est bien entrepreneuriale vu que les prises de risques sont nécessaires dans ce domaine. Les libanais sont des invincibles à ce niveau, leur acceptation du risque est une qualité dont est dotée la majorité d’entre eux, eux qui sont contraints à vivre avec le risque, ils n’éprouvent donc pas de peur face à l’instabilité, à l’échec car autrement ils n’auraient ni évolué, ni innové ni investi. Par conséquent, le nombre d’entrepreneurs au Liban est important, le rôle du modèle renforce la perception sociale du statut entrepreneur et suscite l’intérêt des jeunes femmes à entreprendre. De la sorte, il est fort probable qu’elles puissent retrouver dans leur famille un créateur d’entreprise capable de les aider, de les encourager et aussi leur représenter un modèle à suivre. Bien que le modèle libanais joue un rôle favorable à l’entrepreneuriat féminin, des obstacles résident quant au développement du rôle de la femme libanaise. Pour avoir une vue globale du statut de l’entrepreneuse libanaise, nous présentons le monde de travail de la femme libanaise, puis nous passons à l’analyse de l’entrepreneuriat féminin.

II.2.1 Le monde du travail de la femme libanaise

La sociologie des professions a largement établi, et depuis longtemps, la force des inégalités entre hommes et femmes dans le monde du travail, qui s’observent dans toutes les sociétés occidentales industrialisés (Champy, 2009). L’auteur distingue deux types d’inégalité : inégalité «ségrégation horizontale»75 et «ségrégation verticale»76. A cet effet, nous analyserons la situation de la femme libanaise au travail.

II.2.1.1 Bilan sur la participation économique des femmes travailleuses au Liban

Selon le Programme des nations Unis pour le Développement (1997), Rapport sur le développement humain soutenable au Liban, les statistiques ci-dessous ont été tirées :

« La participation économique de la femme à la main-d’oeuvre au Liban est seulement de 27.8% en 1997, et sa participation au revenu national ne dépasse pas 21.8% c’est-à-dire est inférieure à sa part de la main-d’œuvre. Selon les statistiques de 1997, le pourcentage du taux d’activité économique des femmes par rapport au nombre total de femmes (tout âge) est de 14.9%, il était à 9.5% depuis 30 ans. Malgré l’augmentation de la participation des femmes à l’activité économique, leur statut sur le marché de l’emploi n’a pas trop évolué. Les seules améliorations consistent dans l’augmentation de la part des femmes qui travaillent comme employées permanentes de 51% en 1970 à 72.5% en 1997, et la diminution de la part du “ travail domestique ” de 19.4 à 4.6%. Il est estimé que sur le total de la main-d’oeuvre féminine, 1.92 % seulement rentrent dans la catégorie de directeurs. Aux niveaux administratifs peu élevés, les femmes sont placées traditionnellement dans les positions non- stratégiques, dans le personnel et les fonctions administratives. Elles ne sont pas incluses dans les domaines professionnels et de management qui pourraient les élever dans la hiérarchie aux postes de prise de décision. A titre d’illustration, le secteur de l’éducation comprend une majorité de femmes, représentant 68% du nombre total de professeurs, enseignants et autres spécialistes. En éducation professionnelle, le pourcentage de femmes est tombé à 29.93%.

Les femmes ayant une activité économique rémunérée sont concentrées dans le groupe d’âge 25-29 ans à 34.4%. Les taux d’activité se réduisent à partir de cet âge. Cette tendance ne s’applique pas au taux d’activité économique des hommes où le taux d’activité pour le même groupe d’âge atteint les 91.3% et continue d’augmenter.

Il est important de remarquer que 52.6% des femmes qui travaillent sont célibataires. Le taux le plus élevé de participation de la femme à la vie professionnelle se rencontre chez les femmes célibataires et le plus faible chez les mères de famille ayant des enfants en bas âge. La structure de la participation est la suivante : emploi dans les années qui suivent immédiatement la sortie de l’école ou de l’université jusqu’au mariage ou jusqu’à la naissance du premier enfant et recherche d’une reprise du travail lorsque les enfants atteignent l’âge scolaire ou terminent leurs études.

Les femmes travaillent surtout dans le secteur des services, employant approximativement 64.7% du total de la main d’œuvre féminine, puis dans les secteurs de commerce et d’industrie avec 15.9% et 12.3% respectivement, et enfin à 5% de la main d’oeuvre féminine présente en agriculture. L’activité économique des femmes diffère aussi suivant les régions et varie entre 25.7% à Beyrouth, et 8 % au Nord du Liban ».

II.2.1.2 L’inégalité d’accès et de participation économique au niveau du genre.

Les analyses des besoins des pays en développement faisaient état de carences économiques et d’infrastructures. Quand elles sont mentionnées, les inégalités socioéconomiques, y compris celles liées au genre, sont identifiées comme symptômes du non-développement et non comme entraves au développement. Les inégalités de genre retardent la croissance et influent sur la répartition des ressources et sur la productivité, par contre l’équité entre les genres est une condition pour assurer un développement durable. Au liban, il existe des principales mesures garantissant l’égalité des droits des femmes et des hommes, cependant des obstacles persistent. Ils touchent le contenu des lois et leur application.

Effectivement, au Liban, les lois du travail garantissent l’égalité des rémunérations pour les hommes et pour les femmes s’il y a similitude des tâches effectuées et de la valeur créée, néanmoins le Code du travail n’exige ni ne mentionne l’égalité quant aux promotions et aux accès à des postes supérieurs. Ces lacunes font des femmes dans maintes situations et surtout dans le secteur privé, des salariées qui n’accèdent pas à des grades influents et les rendent frustrées et soumises. Comme le souligne Kanazawa (2005)77, l’écart dans les rémunérations qui est classiquement présenté comme un indicateur de la discrimination sociale dont seraient victimes les femmes par rapport aux hommes, s’explique surtout par les motivations psycho- individuelles des femmes qui, dans ses termes « ont beaucoup mieux à faire que gagner plus d’argent ». Dans la catégorie des politiques et pratiques d’emploi, qui mesure les discriminations entre hommes et femmes quant aux opportunités d’embauche, le Liban a obtenu un score de 34,4 et a été classé 100e mondial et 24e parmi les pays asiatiques (EIU, 2010)78. Selon le rapport, le faible score obtenu par le Liban au niveau de ce sous-indice est dû au fait que les femmes n’ont pas accès à certains secteurs tels que la sidérurgie, la production d’alcool, les travaux miniers.

De plus, il faut noter que les conventions non ratifiées par le Liban sont liées d’une part au statut personnel et au problème de nationalité, questions auxquelles le Liban a montré ses réserves lors de la Convention sur l’Elimination des formes de Discrimination contre les Femmes. D’autre part, elles dénoncent l’injustice imposée aux femmes par les lois de travail, la sécurité sociale, le code pénal, ainsi que les actes de violence perpétrés contre elles.

Par ailleurs, le Liban est arrivé au 106e rang pour ce qui a trait au statut légal et social de la femme (EIU, 2010).

Concernant le système de sécurité sociale, la protection et la sécurité sociales ne se sont pas encore développées depuis leur création à une époque où le nombre des femmes travailleuses était très faible. Ce problème est sérieux puisqu’il existe une grande proportion des travailleuses dans des secteurs informels (l’artisanat et l’agriculture) non couverte par la sécurité sociale.

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises