L’aspect musulman de l’entrepreneuriat féminin

By 16 January 2013

II. La diversité de l’entrepreneuriat féminin

II.1 L’entrepreneuriat féminin à travers le monde

II.1.2. L’aspect musulman

L’entrepreneuriat féminin africain est confronté, dans l’exercice des activités de l’entreprise, à un certain nombre de problèmes généraux et spécifiques. Ces problèmes empêchent les femmes entrepreneuses de se positionner comme entrepreneur. Parmi les principaux obstacles que Tchamanbe Djiné et Tchouassi (2001) ont mentionnés figurent : l’environnement socioculturel défavorable, qui n’encourage pas les femmes à se profiler comme chef d’entreprise, et le handicap qualitatif du fait d’un bagage économique, financier et intellectuel insuffisant. Un rapport sur l’entrepreneuriat féminin en Afrique subsaharien (Caubergs, 1997) souligne que les femmes ont moins de ressources économiques notamment, financières et humaines. Par ailleurs, les femmes ne disposent pas dans la plupart des cas, d’éducation scolaire de base, d’expériences professionnelles et de connaissances importantes pour gérer leurs entreprises ou leurs activités. Des études sur les comportements entrepreneuriaux des femmes (Tchouassi, 2002) et sur leur place dans le système socio-productif (Tchamanbé, 1999), spécifiquement dans le cas du Cameroun, montrent que le manque de formation, comme handicap au développement de l’entrepreneuriat féminin, est aussi le lot des femmes camerounaises. Partant des données issues d’une enquête effectuée auprès de 117 femmes entrepreneuses, Onana (2006) tente de caractériser les motivations des femmes entrepreneuses camerounaises. L’analyse montre que l’altruisme communautaire est la principale motivation des femmes entrepreneuses de l’échantillon. Autrement dit, l’auteur souligne que pour les femmes entrepreneuses du Cameroun, « la création d’entreprise est d’abord une réponse avantageuse à leur désir de contribuer au bien être de la communauté, la famille notamment. En effet, outre le besoin de contribuer au bien être de la famille, les femmes entrepreneuses de l’échantillon pensent qu’à travers la création d’entreprise, elles ont la possibilité d’accéder à l’autonomie ou l’indépendance ».

Au Maroc, une étude a été menée auprès d’un échantillon de 579 femmes chefs d’entreprises par l’AFEM (Association des Femmes chefs d’Entreprise au Maroc), avec l’assistance financière de la commission européenne et l’appui de la CGEM (la Confédération Générale des Entreprises du Maroc). Cette enquête analyse l’image de l’entrepreneuriat féminin au Maroc, afin de dégager les obstacles rencontrés pendant les étapes de la création et de la gestion. bien que les marocaines sont de plus en plus actives dans la vie économique du pays, nous remarquons le taux faible des femmes entrepreneuses au Maroc (seulement 10% des créateurs d’entreprise sont des femmes). A cet effet, cette proportion ne reflète pas la réalité à cause de l’activité entrepreneuriale informelle des femmes marocaines. L’enquête sur le Maroc fait une conclusion que les femmes chefs d’entreprise manquent de compétences techniques et de connaissances en matière de gestion, qui freinent le succès des femmes dans la conduite de leurs affaires. Les contraintes culturelles forment aussi un défi supplémentaire d’où la faiblesse de leur productivité et de leur compétitivité

Dans le contexte mauritanien, Nene kane (2009) a étudié et a identifié les déterminants du choix de l’événement entrepreneurial des femmes. L’étude du choix des facteurs influant sur l’événement entrepreneurial renvoie inévitablement à la question de l’environnement auquel les femmes sont intimement liées. Ainsi l’implication des femmes dans la vie sociale et économique en Mauritanie n’est plus à démontrer. Néanmoins, le secteur privé féminin reste peu développé. Il est pénalisé par de multiples contraintes et souffre encore de nombreux handicaps. La liste est longue et ne saurait être exhaustive, elle comprend notamment : – le taux élevé d’analphabétismes ; – la forte dépendance aux transferts provenant de la famille ; – le difficile accès au crédit; – le regard négatif envers les pratiques entrepreneuriales des femmes ; – les idées stéréotypées sur le rôle et la place de la femme dans la société. C’est dans cet environnement relativement hostile que les femmes entrepreneuses, animées par une volonté de survie s’insèrent parfois avec difficultés dans le tissu économique tant bien que mal. Dans ces conditions, la création d’entreprise répond beaucoup plus à une nécessité économique qu’à un besoin d’accomplissement ou de réalisation. La nécessité économique reste la motivation la plus importante parmi les femmes mauritaniennes, pour se lancer en affaires. Les besoins d’améliorer leur existence, de lutter contre la pauvreté grandissante, de subvenir aux charges familiales constituent les principales raisons de création d’entreprise chez les femmes de la Mauritanie.

L’entrepreneuriat des femmes en Turquie est soutenu par les institutions publiques (KOSGEB, etc.) et les associations de la société civile (KAGIDER, etc.). L’enquête réalisée, sur la demande de KAGIDER, par une entreprise d’étude de marché, auprès de 13,83 millions de citadines qui ont plus de 15 ans, montre que 13% d’entre elles ont déjà pensé créer leur entreprise (1,83 millions). 64% de ces 13% (1,1 million) ont pu effectivement créer leur entreprise. La première raison de la création est le désir de devenir une femme d’affaires à succès. La même étude montre que 47% des femmes entrepreneuses emploient seulement une personne. 40% ont entre deux et cinq employés et 13% emploient plus de cinq personnes (Çakir, 2008)74. Les études comparatives sur les caractéristiques personnelles des femmes entrepreneuses montrent qu’elles ont plus de ressemblances que de différences par rapport à leurs homologues masculins (Brush, 1992, p11). Nous présentons dans le tableau ci-dessous la comparaison entre les femmes et les hommes entrepreneurs en Turquie quant à leurs caractéristiques, à leurs formations, à leurs motivations et aux barrières rencontrées.

Tableau 14. La comparaison entre les femmes et les hommes entrepreneurs en Turquie (Tokatlioglu, 2010)

Caractéristiques psychologiques Caractéristiques démographiques La formation et expériences professionnelles Motivation
-plus prudente par rapport au risque (Ertübey, 1993)- énergique (Hisrich et Özturk, 1999)- domestique (Kutanis et Bayraktaroglu, 2003) Les caractéristiques démographiques des femmes entrepreneuses-première ou deuxième née de la famille- le père est dans les affaires

– entre 26 et 44 ans (démarre son affaire plus tôt que les femmes entrepreneurs en général)

– diplômée de l’université ou du lycée

– mariée, avec un ou deux enfants (Ertübey, 1993 ; Hisrich et Özturk, 1999

-son niveau d’éducation est plus élevé que celui de HET (Ertübey, 1993)- son expérience professionnelle ne dépasse pas le seuil de cinq ans et elle n’est pas liée à son domaine d’activité actuel (Özar, 2003 ; Kutanis et Bayraktaroglu, 2003)- forte en gestion des ressources humaines, en marketing et en innovation

– faible en management financier (Hisrich et Özturk, 1999

Pull :-désir d’indépendance- désir de réussite

– désir du statut, de la richesse et de la force

– intérêt porté au domaine d’activité

– satisfaction personnelle (Hisrich et Özturk, 1999) Push :

-nécessité économique

– frustration du travail salarié

– besoin de sécurité

– continuer l’affaire familiale (Hisrich et Özturk, 1999)

femmes diplômées iraniennesPour comprendre comment les femmes diplômées iraniennes créent leur société, Paturel et Arasti (2006) ont élaboré et testé un modèle auprès de 105 femmes iraniennes .Les résultats montrent que parmi les quatre groupes de facteurs environnementaux dégagés (facteurs socioculturels, économiques, codes et politiques du gouvernement et réseaux entrepreneuriaux), seuls les réseaux entrepreneuriaux favorisent l’entrepreneuriat féminin dans le contexte iranien. Les autres facteurs soit jouent un rôle inhibiteur, soit sont sans effet dans la création d’entreprise par les femmes diplômées iraniennes. L’étude souligne que les femmes diplômées iraniennes sont motivées pour créer une entreprise, cependant l’environnement iranien n’encourage pas l’entrepreneuriat des femmes et se dresse comme un obstacle. L’auteur soutient la thèse suivante: Dans le contexte particulier iranien, les facteurs personnels de la femme iranienne contribuent davantage à la création d’entreprise que les facteurs relatifs à l’entreprise en création et à l’environnement. En fait, les entrepreneuses diplômées de l’Iran, malgré tous les obstacles socioculturels, économiques et politiques du pays, ont réussi à créer leurs entreprise indépendante, parce qu’elles possèdent une motivation assez intense pour pouvoir franchir cette étape.

Nous remarquons que dans tous les pays, les hommes se montrent plus attirés par la création d’activité que les femmes et se sentent également plus capables que les femmes d’entreprendre. Malgré la spécificité de l’entrepreneuriat féminin de chaque pays, nous distinguons des traits d’ensemble de l’entrepreneuriat féminin presque dans tous les pays. A cet effet, pour réussir une formation qui conduise au renforcement de l’intention entrepreneuriale des femmes (sujet de notre thèse), autrement dit au renforcement de la désirabilité perçue et de la faisabilité perçue par les femmes, il convient d’utiliser les méthodes adaptées. Celles-ci doivent tenir compte du contexte dans lequel vivent ces femmes. Ce faisant, une analyse du contexte de l’entrepreneuriat féminin au Liban devient primordial.

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises