La subdélégation, un procédé récent

By 12 January 2013

La subdélégation, un procédé récent – Paragraphe 2 :

Le principe selon lequel seul le chef d’entreprise, détenteur unique de l’autorité, pouvait opérer une délégation a dicté la conduite de la jurisprudence pendant une grande partie du XXème siècle qui a refusé constamment le mécanisme de la subdélégation.

La doctrine y a été favorable assez tôt puisque cette pratique permet une répartition rationnelle du pouvoir en vue d’une meilleure prévention des accidents du travail.

La Cour de cassation, quant à elle, a sans doute été sensible à cette argumentation puisqu’elle a fini par admettre explicitement la validité de telles subdélégations le 8 février 198324 après l’avoir admise implicitement par un arrêt de 198025 : « Alors que le président avait effectivement délégué ses pouvoirs au directeur général et qu’il avait autorisé ce dernier et lui seul à investir de ces mêmes pouvoirs un préposé pleinement pourvu de l’autorité, de la compétence et des moyens nécessaires pour remplir sa mission, ce que n’interdit aucune règle de droit. »

Elle a donc autorisé cette pratique tout en la soumettant à deux conditions, qui étaient autant de limites :
-il faut en premier lieu que le dirigeant de la société ait délégué ses pouvoirs à l’un de ses collaborateurs dans des conditions régulières ;
-il est également nécessaire que ce dirigeant ait autorisé ce collaborateur à sous- déléguer ses pouvoirs dans les mêmes conditions, ce qui encourage fortement la pratique de l’écrit dans la subdélégation.

Il semble cependant que par cet arrêt la Cour de cassation n’ait rajouté qu’un seul degré en plus dans la délégation puisque seul le délégué initial peut subdéléguer. Cette solution n’apparaît pas comme restrictive dans la mesure où une cascade de subdélégations peut être excessive et risque de conduire à une dilution des responsabilités. De plus la pratique de subdélégations successives pourrait rendre impossible l’identification du responsable de l’infraction alors que la pratique de la délégation est justement de la faciliter.

Autorisée en 1983, mais restant sous le contrôle du chef d’entreprise, la subdélégation va voir son régime assoupli par la Cour de cassation en 199626 qui n’exige plus, comme condition de validité, l’autorisation du chef d’entreprise, auteur de la délégation. L’abandon de cette condition marque un revirement de jurisprudence important puisque le lien direct entre le déléguant et le sous-délégué n’est plus exigé formellement et ouvre la possibilité des délégations en cascade sous réserve que les subdélégataires remplissent les conditions de fond requises. L’employeur souhaitant conserver la maîtrise des subdélégations pourrait avoir intérêt au moment où il consent la première délégation à régler par écrit la question de la subdélégation afin de prévoir son interdiction pure et simple ou la soumettre à certaines conditions. En fait, la possibilité des subdélégations ne semble être qu’une course en avant pour s’adapter au gigantisme contemporain des conglomérats et peut s’expliquer par un souci de réalisme et d’efficacité.

En définitive, les seules conditions qui s’imposent pour la subdélégation sont celles de la délégation d’une façon générale. Tout particulièrement, la jurisprudence porte son attention sur la condition classique selon laquelle le sous-délégué doit posséder la compétence, l’autorité et les moyens nécessaires pour remplir sa mission. L’importance de cette condition n’est plus à nier puisqu’elle permettra d’éviter la condamnation des lampistes et exigera du dirigeant une logique dans l’utilisation de la délégation.

Cette solution récente s’inscrit dans la logique de l’évolution du mécanisme puisque la délégation est devenue plus qu’une simple possibilité mais plutôt une obligation à partir du moment où le dirigeant n’est plus en mesure de veiller seul au respect de la réglementation. Mais comme son autorisation n’est plus nécessaire, le danger est que le chef d’entreprise perde la maîtrise du système.

Ce risque motive un contrôle strict de la jurisprudence qui encore récemment27 a refusé que valent subdélégation de pouvoirs des fiches descriptives des fonctions des salariés les chargeant en des termes généraux de veiller à l’application des règles de sécurité.

Parfait exemple du formalisme requis pour la délégation, la subdélégation est l’exception confirmant la règle puisqu’elle seule exige certaines formalités.

Lire le mémoire complet ==> (La délégation de pouvoirs : 100 ans de responsabilités pénales dans l’entreprise)
Mémoire rédigé dans le cadre du DEA de Droit Social
Université DE LILLE II – Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales