La singularité du modèle libanais d’enseignement supérieur

By 15 January 2013

II.2 La singularité du modèle libanais d’enseignement supérieur

La population étudiante s’est considérablement accrue ces trente dernières années. Nous observons une forte demande d’enseignement supérieur : dans l’esprit des jeunes actuels, un avenir satisfaisant passe par l’obtention d’un diplôme d’enseignement supérieur » (Romainville, 1997). Nous notons une particularité du système d’enseignement supérieur au Liban qui est sa dualité : d’une part le secteur public, et d’autre part, celui du secteur privé en forte concurrence et qui a besoin d’une réorganisation.

Une autre caractéristique est la complexité du système éducatif supérieur qui propose deux modèles: soit le modèle français, soit le modèle anglo-phone. Cette situation a de multiples origines : historiques, idéologiques, économiques et sociales.

Nous nous proposons de partir de ce double constat pour, dans un premier temps décrire le secteur public présenté par l’université libanaise et le secteur privé et ensuite, évoquer la sophistication de l’ensemble du dispositif éducatif supérieur.

II.2.1 La dualité des universités au Liban

L’enseignement supérieur prend ses racines au Liban au 19ème siècle avec la création en 1866 de l’Université Américaine de Beyrouth (AUB) suivi de près par l’Université Saint Joseph (USJ) en 1875. L’unique établissement public, l’Université Libanaise (UL) ne verra le jour qu’en 1953.

Nous avons assisté malheureusement à une désorientation de la jeunesse libanaise et à une mauvaise formation, par la prolifération d’une quarantaine d’universités attirant une jeunesse en manque de moyens financiers pour acquérir des diplômes qui ne lui assure aucun débouché professionnel. En 2007, 38 instituts d’enseignement supérieur publics (1) et privés (37) ont été également recensés par le centre de ressources sur le développement local, leurs effectifs se composaient :
* pour le public, de 69.745 étudiants inscrits, 1.712 agents administratifs et 4.577 professeurs ;
* pour le privé, de 87.403 étudiants inscrits, 2.799 agents administratifs et 8.979 professeurs.

À partir de là, les créations des universités du secteur privé se multiplient et le système se « développe ». Le développement du secteur privé dans le système libanais d’enseignement supérieur coïncide avec le déclin important et durable connu par l’université libanaise, la seule université publique qui représente l’Etat. Cependant, si quelques universités ne répondent pas aux nouveaux besoins du marché suite à l’évolution économique, techniques et scientifiques, la majorité offre des enseignements qui remplissent les conditions requises pour l’enseignement universitaire de haut niveau. Dans le domaine de gestion et du mangement, l’offre public des universités libanaises est concurrencée par l’offre privé qui ont crée des structures et des produits attractifs.

Même si quelques universités du secteur privé présentent des caractéristiques communes : liens avec les milieux professionnels, qualité des programmes et des intervenants, il n’en demeure pas moins que certaines sont plus « grandes » que d’autres, et que le système est très hiérarchie, en fonction de la réputation et du degré de notoriété des universités. Les « grandes universités » constituent un modèle pour toutes les autres qui vont chercher en permanence à se rapprocher de cette référence à voire AUB comme modèle anglophone et USJ comme modèle français. Les critères que nous a aidé à placer ces universités comme référence sont : le temps de création, la taille, la qualité des diplômes, la réputation et la notoriété. Ces universités du secteur privé coûtes cher et permettent, en général, à une élite sociale d’appartenir à ces universités. Dans ces conditions les étudiants intègrent une université privée pas seulement pour développer une carrière, mais pour posséder un certificat d’accès à des fonctions prestigieuses et bien rémunérés (Levy-tadjine, 2008).

II.2.2. Un système complexe

Le système d’enseignement supérieur libanais se caractérise par la co-existence de deux modèles et de très nombreuses universités. Nous allons d’en donner une brève représentation avant de conclure sur l’hétérogénéité de ce système.

II.2.2.1 Les universités au Liban : un marché non organisé

En général, il existe dans le système éducatif libanais deux filières d’accès à des établissements et à des diplômes : les filières techniques et professionnelles qui délivrent en deux ans des diplômes à finalité professionnelles, les filières universitaires 52organisées en diplôme ou en grade.

Les universités au Liban

crédit: Habeeb.com

Les filières universitaires sont présentées par des universités qui se trouvent dans un marché non organisé et non suivi par l’Etat. Depuis les années 90, un grand nombre d’universités ont vu le jour sans autorisation et ont marqué un marché non organisé des universités avec des diplômes non légalisé du gouvernement libanais. « Le développement du système d’enseignement supérieur libanais connaît une période critique entre 1996 et 2000 : 57% des établissements actuels demandent et obtiennent leur légalisation » (Tempus IV, 2007). La loi du 26 décembre 1961 vise en fait, à rendre possible un contrôle de l‘Etat sur la création d’établissements d‘enseignement supérieur privé (universités, facultés, instituts), par l’intermédiaire d‘un organisme créé à cette fin, le Conseil de l‘Enseignement supérieur. « Ce système n’a pu fonctionner de manière absolument satisfaisante pour deux raisons : il est resté inachevé sur des points majeurs ; il n’autorise qu’une faible concertation » (UNESCO, 1996).

Sans doute, il y a un effet positive : Scott(1995)53 discute l’effet de cette massification sur le système universitaire, identifie un double impact : général d’abord, qui touche au statut des universités comme institutions de connaissance et spécifique, ensuite, sur les pratiques d’enseignement et d’apprentissage qui sont amenés à subir de profonds changements :

* passage d’une logique de cours associés à une qualification à une logique de crédits associés à des résultats ;
* passage d’un enseignement basé sur les contenus à un apprentissage centré sur l’étudiant ;
* passage d’une logique de connaissance à une logique de compétences.

II.2.2.2 Les universités au Liban : absence de logique interne

Les deux universités pionnières sont l’AUB créées en 1866 par une mission presbytérienne et l’USJ créé 1881 par la compagnie de Jésus. Ces deux universités représentent respectivement le modèle américain et le modèle Français. Ces deux universités privées bénéficient encore aujourd’hui d’un prestige incontestable. Les autres universités privées sont, pour la plupart, nées après le second conflit mondial. Les plus importantes sont l’université Arabe de Beyrouth, fondée en 1960, étroitement liée à l‘université d’Alexandrie en Egypte, deuxième université du Liban par les effectifs d’étudiants, qui accueille une proportion importante d’étudiants étrangers venus de l’ensemble du monde arabe; le Beirut University College (BUC), fondé en 1950, qui a récemment entrepris de se doter d’un statut d’université à part entière, sous le nom d‘ American-Lebanese University ; l‘Université du Saint-Esprit de Kaslik, liée a l’Ordre des moines libanais maronites, fondée en 1 961 ; l’Université Notre-Dame de Louaizé, d’inspiration anglo-saxonne ; l‘Université de Balamand, créée en 1988, liée à l’église orthodoxe. Le système universitaire libanais est marqué par une absence de logique interne. Il reflète le libéralisme et le multi-confessionnalisme du pays. « Il n’existe pas de système homogène de grades et de diplômes au Liban. Le type de diplôme décerné par chaque établissement dépend du système d’enseignement adopté, inspiré du système américain, de l’ancien système français ou d’autres systèmes encore (Canadien, Allemand etc..). Ainsi, certaines universités travaillent avec un système de crédits et de semestres, d’autres avec le système annuel. Les deux systèmes coexistent parfois comme à l’Université Libanaise » (Tempus IV, 2007).

Des efforts sont entrepris actuellement à l’UL et dans quelques autres établissements privés pour instaurer le système européen de LMD avec les crédits ECTS. L’université au Liban revoit avant tous à des idéologies politiques plutôt qu’à des finalités de développement économiques.

Tableau 9. Les idéologies des universités au Liban Source (adaptée Levy-Tadjine, 2008)

Université Organisme de tutelle
AUB Conseil privé + Charte de l’Etat de New York.
USJ Jésuites
UL Publiques
USEK Ordre Maronite
UI Conseil supérieur chiite
LAU Conseil privé + charte de l’Etat de New-York

En découle que le modèle libanais d’enseignement, en général, est une déclinaison partielle du modèle américain ou français (selon l’université). Cependant nous ne retrouvons pas toutes les modalités et méthodes d’apprentissage utilisées dans les universités américaines ou françaises.

Le modèle libanais ne nous semble pas encore trouvé sa voie et manque d’une logique interne car il nous apparaît trop peu ancré dans les traditions et la culture libanaises. D’autre part il est basé sur des approches qui sont fonctionnelles et moins processuelles. De plus, il y a un fort besoin pour revitaliser la recherche scientifique. L’université ne se conçoit pas sans un centre de recherche. Il faut donc développer au maximum la recherche scientifique qui est la pierre angulaire de tout développement intelligent et prometteur en : agriculture, industrie, commerce et communications.

La restructuration de l’enseignement universitaire et surtout de l’université libanaise, accessible à tous les libanais devient un devoir national, vital. Elle doit répondre aux besoins du marché du travail tant au Liban qu’à l’étranger et former des personnes assurés pour l’avenir. C’est dans ce système que l’enseignement de l’entrepreneuriat est conduit à prendre une place pour se développer d’une façon efficace.

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises