La description des acteurs de la formation en entrepreneuriat

By 17 January 2013

La description des acteurs de la formation en entrepreneuriat – Chapitre 5 :

Introduction :
Après avoir synthétisé le modèle général de la recherche et exposé les hypothèses sous- jacentes dans le chapitre précédent, nous souhaitons tester ces dernières de manière empirique. Pour cela, le présent chapitre expose la méthodologie de recherche adoptée et décris les acteurs de la formation en entrepreneuriat, universités et étudiantes. Il constitue le maillon entre le chapitre quatre et le chapitre six. Ce faisant, dans une démarche à caractère prospectif, dans la mesure où notre recherche se chargera de prédire des comportements , mais aussi rétrospective car l’intention entrepreneuriale ne peut se comprendre sans l’histoire “entrepreneuriale” de l’étudiant, ce chapitre apporte une meilleure connaissance des universités à travers l’étude exploratoire auprès des enseignants et des experts en entrepreneuriat (cf. chapitre 2) et des étudiantes à travers la description générale des données sociodémographiques du questionnaire (cf. chapitre 3).

Ainsi, dans un premier temps, nous éclaircirons les choix effectués pour le mode de raisonnement. Notre recherche combine au sein d’une démarche hypothético-inductive (Crozier et Friedberg, 1977) l’approche exploratoire et les tests d’hypothèses. L’enquête exploratoire et l’enquête par questionnaire ont eu lieu à des fins de triangulation des résultats escomptés. Nous traiterons, alors, des critères de qualité de l’instrument de mesure mobilisé et de l’intérêt de l’approche par la triangulation adoptée. En second lieu, nous exposerons la démarche de l’étude exploratoire auprès des enseignants de l’entrepreneuriat. La procédure de la collecte de données et les principaux résultats en découlant, seront précisés. Enfin, la démarche de l’étude par questionnaire sera expliquée. Nous avons souhaité étudier les spécificités de répondantes de l’échantillon dans cette section compte tenu de leur rôle principale dans la formation de l’entrepreneuriat.

Figure 55. Plan de cheminement du chapitre

I- Le mode de raisonnement
I.1.Le choix de la combinaison des méthodes qualitatif et quantitatif
I.2.Les voies de la recherche : explorer et tester
1.3. Vers une approche par la triangulation méthodologique
II-La première étape de notre démarche : étude exploratoire auprès des enseignants de l’entrepreneuriat
II.1 Choix d’une étude qualitative
II.2 Les objectifs de l’étude qualitative
II.3 Le terrain d’investigation : 10 entretiens
II.4 Dispositif de collecte de données
II.5 Analyse de contenu
III-La deuxième étape de notre démarche : questionnaire auprès des étudiantes
III.1 La rédaction du questionnaire
III.2 Les précautions prises
III.3 Méthode d’échantillonnage
III.4 Les modalités d’administration du questionnaire et collecte de données
III.5 Le traitement du questionnaire

I- Le mode de raisonnement

Nous analyserons dans cette section le choix de la combinaison des méthodes qualitatives et quantitatives, les voies de la recherche et la triangulation méthodologique adoptée.

I.1 Le choix de la combinaison des méthodes qualitatives et quantitatives

Notre recherche dépasse l’opposition entre l’utilisation de méthodes qualitatives et quantitatives dans la mesure où l’une sert les objectifs de l’autre. L’étude qualitative exploratoire que nous avons menée nous a permis d’adapter notre modèle et questionnaire au contexte libanais. Ce dernier sera traité statistiquement, mais quelques cas sont sélectionnés parmi les répondants pour nous permettre d’illustrer nos propos. Les deux études logiques sont par conséquent complémentaires. Mbengue et Vaudngeon-Derumez (1999) montrent que la « position du chercheur selon les différents continuums (épistémologiques) ne doit lui dicter le choix de la nature de l’outil (qualitatif et quantitatif) mais la façon dont il va mettre en œuvre cet outil ». Notre réflexion a pour objectif de mieux comprendre l’intention entrepreneuriale des étudiantes et, notamment, l’impact de l’enseignement de l’entrepreneuriat sur l’intention entrepreneuriale. La quasi-absence de littérature académique concernant l’enseignement de l’entrepreneuriat et la relation intention/enseignement entrepreneuriale au Liban nous a amenée à aller rapidement chercher de l’information sur le terrain. Partant, notre démarche se veut inductive dans la mesure où l’analyse du terrain nous a permis d’agglomérer les éléments indispensables à l’amélioration de notre questionnaire, puis déductive dans la mesure où nous avons testés et valideés des hypothèses issues de la théorie.

Cette approche hypothético-inductive a procédé de trois étapes successives :
-une série d’entretiens qualitatifs auprès des experts et enseignant en entrepreneuriat au Liban;
– un envoi de questionnaires auprès de 400 étudiantes de six différentes universités ;
– une illustration/confrontation des hypothèses non validées par les discours des différents répondants de notre étude exploratoire.

Figure 56. Le mode de raisonnement
Le mode de raisonnement

Nous combinons les méthodes quantitatives et qualitatives. Les faiblesses que les auteurs attribuent aux premières sont compensées par les précautions prises préalablement lors de nos entretiens qualitatifs et seront contrecarrées par nos mini-cas ultérieurs.

Figure 57. Comparaison des méthodes quantitatives et qualitatives (adapté d’Usinier et al., 1993)95.

Forces des méthodes qualitatives Faiblesses des méthodes qualitatives
-capacité d’observer les processus de changement sur une longue durée,
-compréhension du sens qu’attribuent les acteurs,
-capacité à s’ajuster aux idées et théories nouvelles au fur et à mesure qu’elles se présentent.
-la collecte des donnés peut nécessiter beaucoup de temps et de ressources,
-l’analyse et l’interprétation des données peuvent s’avérer difficiles et discutables,
-études difficiles à contrôler quant à leur rythme, leur progrès et leurs points d’aboutissements.
Force des méthodes quantitatives Faiblesses des méthodes quantitatives
-fourniture d’une bonne couverture d’un vaste ensemble de thèmes,
-rapidité et parfois économie,
-résultats directement pertinents pour les décisions politiques.
-utilisation peu flexible et parfois artificielle,
-pas d’efficacité pour expliquer les processus,
-pas d’utilité pour générer des théories,
-dimension dynamique du changement non prise en compte.

I.2 Les voies de la recherche : explorer et tester

Dans ce paragraphe, nous allons essayer de répondre à la question « comment je cherche?». Les deux grands processus de construction des connaissances sont l’exploration et le test. Dans le cadre général de notre recherche, nous avons réconciliés explorer et tester.

formation en entrepreneuriatL’objectif de l’exploration est de proposer de nouveaux objets théoriques (hypothèse, modèle, ou théorie. Dans notre recherche, nous avons proposé un nouveau modèle de l’intention en utilisant l’exploration hybride qui combine les deux voies de l’exploration, théorique et empirique. Notons que l’exploration ne limite pas les choix épistémologiques s’offrant au chercheur.

L’exploration théorique que nous avons adoptée comme voie d’exploration, consiste à opérer un lien entre deux champs théoriques, la théorie du comportement planifié et celle de l’évènement entrepreneurial. Ces deux disciplines n’ont pas à être totalement circonscrites par le chercheur. L’exploration se situe au niveau du lien nouveau opéré et permet la construction des hypothèses. L’exploration théorique nécessite de procéder de manière inductive (Charreire Petit et Durieux, 2007).

L’exploration empirique consiste à explorer un phénomène en faisant une table rase de connaissances antérieures sur le sujet. Cette voie nous a permis théoriquement d’élaborer de nouvelles connaissances sur l’enseignement de l’entrepreneuriat et sur l’entrepreneuriat féminin au Liban. Selon les auteurs, la démarche logique propre à l’exploration empirique est l’induction pure.

Tester est l’ensemble des opérations par lesquelles le chercheur met à l’épreuve de la réalité un ou des objets théoriques ou méthodologiques. Dans le cadre de notre recherche, nous avons testé notre modèle pour évaluer la pertinence de nos hypothèses. Lorsque le chercheur entreprend une démarche de test, il utilise une démarche hypothético-déductive dans laquelle il parte de postulats a priori pour déduire des explications des phénomènes. La déduction96 est le raisonnement qui fonde la démarche hypothètico-déductive (Charreire Petit et Durieux, 2007, p 61).

Etant donné les particularités liées à l’enseignement de l’entrepreneuriat au sein des universités libanaises, nous avons rapidement été conduites à investir le terrain, situant notre travail dans une démarche exploratoire inductive. Vue que nous avons inférer à partir de l’exploration théorique des explications (induction). Ces explications associées à un certain nombre de conditions initiales (cadre théorique utilisé) ont servi de prémisses qui ont fait l’objet de test. A l’issue d’inférences certaines (déduction), nous avons avancé une conclusion prédictive. Notre recherche illustre le bouclage entre l’exploration et le test tout en montrant qu’au sein d’une même recherche, différents voies peuvent être mobilisés.

Figure 58. La démarche méthodologique
La démarche méthodologique

I.3 Vers une approche par la triangulation méthodologique

Le chercheur peut associer le qualitatif et le quantitatif par le biais de la triangulation, il s’agit de « l’utilisation de différents approches, méthodes ou techniques de recherche dans la même étude » Hussey et Hussey (1997, p.74). L’idée est d’attaquer un problème formalisé selon deux angles complémentaires dont le jeu différentiel sera source d’apprentissage pour le chercheur (Baumard et Ibert, 2007). Denzin (1978) distingue quatre formes: triangulation des données, triangulation du chercheur, triangulation théorique et triangulation méthodologique. Notre démarche s’insère dans un esprit de triangulation méthodologique qui renvoit à l’utilisation conjointement de différentes méthodes et techniques pour la collecte de données sur un phénomène singulier. Dans le cadre de notre recherche, ce choix est illustré par la combinaison de méthodes qualitative et quantitative (entretiens, questionnaires) et de techniques de traitement y découlant.

La triangulation des méthodes ne doit pas être considérée comme une simple procédure permettant la validation d’une partie seulement des résultats. C’est une forme d’observation qui vise à analyser autrement le problème de la recherche.

L’intention entrepreneuriale des étudiantes
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises