Fondements théoriques de l’entrepreneuriat

By 13 January 2013

Le positionnement de la recherche dans le champ de l’entrepreneuriat – Partie 1.

Chapitre 1- Le positionnement de l’intention dans le champ de l’entrepreneuriat

Introduction :

La recherche académique dans le domaine de l’entrepreneuriat avance à grands pas, notamment dans les pays anglo-saxons. Par contre, en France la situation est totalement différente, et le champ de l’entrepreneuriat n’est pas encore tout à fait marginal. Paturel (1998) remarque le faible nombre de thèses soutenues appartenant au champ de l’entrepreneuriat. Bien que la situation de nos jours à évoluer, mais le champ de l’entrepreneuriat nécessite un effort pour arriver à la maturité. Bruyat (1993) met en évidence les trois aspects du phénomène qui sont à l’origine des difficultés que rencontrent les chercheurs du domaine de l’entrepreneuriat :

-la diversité des logiques conduisant à l’apparition des entreprises nouvelles ;
-la complexité du phénomène de la création d’entreprise : quatre dimensions doit être prise ne compte pour l’étude de la création d’entreprise (l’entreprise nouvelle, l’environnement, le créateur, et le processus de création) ;
-le dynamisme.

Afin de le situer dans la construction théorique, notre présentation reprend des approches et des définitions du champ de l’entrepreneuriat. La phase intentionnelle du processus entrepreneurial mérite que nous nous y intéressions d’avantage. En effet, l’apport du métissage théorique (psychologie, gestion, sociologie, etc.) a favorisé l’exploration du concept d’intention.

Le présent chapitre traite donc des principales théories de l’intention entrepreneuriale issues de ces différentes disciplines. A cette fin, tout d’abord, une lecture des fondements du domaine de l’entrepreneuriat sera effectuée. L’objet de ce chapitre est d’exposer une phase forte : l’intention entrepreneuriale constituant la problématique de recherche. Une analyse des modèles issus tant de la psychologie sociale que de l’entrepreneuriat permettra de mettre en avant les apports des chercheurs concernant la compréhension des mécanismes de l’intention entrepreneuriale.

Figure 3. Plan de cheminement du chapitre 1

I-Fondements théoriques de l’entrepreneuriat
I.1 Délimitation du champ de l’entrepreneuriat
I.2 Les différentes approches de recherche en entrepreneuriat
II- L’intention entrepreneuriale au sein du champ de l’entrepreneuriat
II.1 Qu’est-ce qu’une intention entrepreneuriale ?
II.2 Place de l’intention dans le processus entrepreneurial
III.3Fondements théoriques de l’approche des intentions entrepreneuriales

I- Fondements théoriques de l’entrepreneuriat

L’entrepreneuriat est aujourd’hui un thème d’actualité : enseignants, chercheurs, managers, dirigeants d’entreprises, consultants, hommes politiques tous s’y intéressent. Aujourd’hui, nous avons une meilleure connaissance du phénomène. Des idées reçues ont été mises à mal, telle celle qui fait de la recherche du profit et de l’enrichissement personnel le principal moteur de création (Bruyat, 1993). Certains changements environnementaux et leurs conséquences au niveau des sociétés, des entreprises, et des individus (…) sont de nature à donner à l’entrepreneuriat, en tant que phénomène et en tant qu’ensemble de comportements individuels et collectifs, une place plus importante (Fayolle, 2007). Les apports de l’entrepreneuriat à la société et à l’économie ne sont plus à démontrer, « elles concernent la création d’entreprises, la création d’emplois, l’innovation, le développement de l’esprit d’entreprise dans les entreprises, et les organisations et l’accompagnement de changements structurels (Fayolle, 2007).

En l’état actuel de la recherche, un centrage des définitions et un balisage de notre champ de recherche nous semble primordial. Nous reprenons les différents courants de pensée de l’évolution de la recherche en entrepreneuriat. Nous donnons notre propre acception de ce concept en nous inscrivant dans une logique de création de valeur et de création d’organisation. Dans un deuxième temps, nous mettons en relief les différentes approches en vue de rendre compte de la multidimensionnalité, de la diversité et de la complexité du phénomène entrepreneurial. Nous considérons que l’intention se trouve au carrefour des différentes approches de l’entrepreneuriat.

I.1 Délimitation du champ de l’entrepreneuriat

« De quoi parle t-on quand on parle d’entrepreneuriat ? » (Gartner, 1990). Essayer de définir l’entrepreneuriat n’est pas une affaire de définition de frontières du champ de recherche. C’est aussi et surtout une question d’organisation des connaissances et de positionnement des chercheurs par rapport au domaine scientifique (Fayolle, 2000). La contingence en matière de paradigme, nous incite à se positionner dans le champ de l’entrepreneuriat. Auparavant, il est important d’identifier le ou les paradigmes qui ont contribué à structurer la recherche en entrepreneuriat telle qu’elle se déploie aujourd’hui dans toute sa richesse et toute sa diversité.

Puis, de repérer la complémentarité des différents paradigmes qui peut constituer un terreau propice au développement de nouvelles pousses.

I.1.1 Quels paradigmes dans la recherche en entrepreneuriat ?

Un paradigme est une construction théorique faisant l’objet d’une adhésion d’une partie suffisamment significative des chercheurs qui, au sein de la communauté ainsi constituée, partagent le point de vue proposé par le paradigme (Vesrtaete et Fayolle, 2004). Les auteurs divisent le champ de l’entrepreneuriat en paradigme de l’innovation (Carland et al., 1984), création de valeur (Ronstad, 1984 ; Bruyat, 1993), émergence organisationnelle (Verstraete, Gartner, 1990), opportunité (Timmons, 1994 ; Shane, Venkataraman, 2000).

Dans le paradigme opportunité, Timmons (1982) constate qu’il y a peu d’importance accordé à la reconnaissance de l’opportunité d’affaires dans tous le processus d’entrepreneuriat et que les chercheurs partent de l’opportunité comme si elle était acquises. Ainsi, l’entrepreneur devient la figure emblématique dont l’essence est « de saisir les opportunités dans un environnement instable et de créer cet instabilité par son intrusion continuellement renouvelée dans la production et la distribution » (Julien, 1994)13. Dans la même perspective, Stevenson14(1983) montre que les comportements de l’entrepreneur s’opposent à ceux du gestionnaire (voir tableau ci-dessous), dont les préoccupations s’attachent à assurer un bon contrôle des ressources administrés et à réduire les risques.

Tableau 2. Les comportements de l’entrepreneur (Stevenson, 1983).

Dimension Comportements del’entrepreneur Comportements du gestionnaire
Orientationstratégique Il est stimulé par touteopportunité d’affaire nouvelle Il est guidé principalement par lecontrôle de ressources
Délai de réaction vis-à-vis des opportunités Délai extrêmement court parcequ’il est orienté vers l’action Délai est très importante raison dela recherche d’une réduction des risques
Investissements enressources Il utilise d’une façon optimaleles ressources dans un processus comprenant de nombreuses étapes Il utilise l’ensemble des ressourcesnécessaires à la transformation de l’opportunité en une seule étape avec un investissement globale.
Contrôle de ressources L’entrepreneur utilise des ressources qui, en règle générale ne l’appartiennent pas. Le gestionnaire est propriétaire des ressources utiles.
Structure del’entreprise L’entrepreneur met en placedes structures horizontales avec des réseaux informels Le gestionnaire s’appuie sur unestructure très hiérarchisé et bureaucratique

L’acte d’entreprendre correspond à la création et à la transformation d’une opportunité, indépendamment des ressources directement contrôlées. André Belley(1989) note que la dimension « opportunité » est absente dans l’ensemble des travaux de recherche consacré à la création d’entreprise et intègre au modèle de Shapero le processus de reconnaissance de l’opportunité. Les plus importantes sources de l’opportunité sont trois : l’expérience de l’entrepreneur, les diverses circonstances et la recherche systématique de l’opportunité.

Dans le paradigme innovation, nous pouvons citer les oeuvres de Sweeney(1989); Shane et Venkataraman (2000). Pour Siegel, l’innovation est l’« action qui consiste à ouvrir de nouvelles possibilités aux ressources pour créer des richesses». Ces ressources peuvent être existantes car l’innovation consiste à créer de nouvelles possibilités. Lorsqu’il est question d’innovation, Schumpeter est une référence historique. « Schumpeter (1935) marque une évolution importante dans la compréhension de la fonction entrepreneuriale, il fait de l’entrepreneur un agent économique d’une espèce particulière, le moteur du progrès technique qui fait des combinaisons nouvelles des moyens de production et réalise des innovations »15.

Les travaux sur «entrepreneuriat et processus d’émergence organisationnelle» sont initiés par Gartner (1985, 1990, 1995); Hernandez (1999, 2001); Verstraete (1999), Hernandez et Marco (2006). Selon le paradigme émergence organisationnelle, le cœur de l’entrepreneuriat est l’organisation émergente (Gartner et al, 1990). A travers une approche constructive, Verstraete (1999) a exprimé le phénomène entrepreneurial dans une analyse dialectique à deux niveaux : le créateur et l’organisation impulsée. « C’est l’impulsion d’organisation » par l’individu qui devient primordiale. L’auteur propose une modélisation de l’entrepreneuriat en trois dimensions irréductibles : cognitive (la pensée), praxéologique (l’action) et structurale (la structure).

Figure 4. Modélisation du phénomène entrepreneuriale (Verstraete, 1999)
Modélisation du phénomène entrepreneuriale

Les notions «entrepreneuriat et création de valeur ou de richesse» sont proposées par Bruyat (1993) et Fayolle (2004). Le vocable création d’entreprise recouvre en fait des réalités différentes, tant du point du vue du résultat : les entreprises nouvelles, que du processus (Bruyat, 1994). L’auteur propose de s’intéresser à la dialogique individu/création de valeur et d’étudier dans le temps et dans l’espace l’évolution et la transformation de ce système entrepreneurial ainsi constitué. Pour définir la nature de l’objet scientifique étudié dans le champ de l’entrepreneuriat, Bruyat (1993) pose un postulat que l’entrepreneuriat ne peut être défini qu’en faisant référence à l’entrepreneur. Sur cette base il écrit : « l’entrepreneur est celui qui entreprend, se met à faire, organise quelque chose : à savoir la création de valeur (une entreprise, une innovation…). Nous sommes là au cœur du domaine. L’entrepreneur ne peut se définir qu’en référence à un objet (création de valeur), objet dont il est lui-même la source ou le créateur et dont il est également le résultat. Nous retrouvons ici l’origine du présupposé idéologique du champ disciplinaire, dont la légitimité dépend de l’acceptation ou du rejet de l’idée que l’individu est une condition nécessaire à la création de valeur » (Bruyat, 1993).

Figure 5. Consensus et divergences dans le champ entrepreneurial (Bruyat, 1993)
Consensus et divergences dans le champ entrepreneurial

La grille présente deux dimensions.

La première dimension concerne la création de valeur nouvelle. Deux cas se présentent : celui où il y a création de valeur nouvelle (plus ou moins importante) et celui où il n’y a pas création de valeur nouvelle (continuation sous une autre forme juridique d’une activité existante).

La deuxième dimension a trait à l’individu et plus particulièrement au changement (de statut social, de responsabilité, de savoir-faire à maîtriser…) qu’induit pour lui la création de valeur.

Pour la communauté scientifique, la zone grise claire fait l’objet d’un consensus s’agissant de son inscription dans le domaine de l’entrepreneuriat, la zone grise foncée est généralement acceptée comme faisant partie du champ, la zone bleue est rejetée de façon consensuelle.

En conclusion, Bruyat a essayé de montrer que le phénomène s’inscrit dans un processus au cours duquel il y a apparition du nouveau, de quelque chose qui n’existait pas (voire théorie du changement, Stevenson et Hanneling, 1990). Dans la même veine, Ronstadt (1984)16 définit l’entrepreneuriat comme un processus dynamique qui consiste à créer de la richesse supplémentaire. La richesse est crée par des individus qui assument les risques principaux en termes de capitaux, de temps, et/ou d’implication professionnelle afin de donner de la valeur à un bien ou à un service.

Plusieurs recherches s’articulent autour de l’entrepreneur et de l’entrepreneuriat et tentent d’y apporter une définition. Quelques soit la définition retenue, la confusion sur les définitions semblent être le principal point commun des recherches en entrepreneuriat, surtout qu’il y a une variabilité des paradigmes entrepreneuriales. Nous positionnons au carrefour des deux paradigmes : impulsion organisationnelle et création de valeur nouvelle.

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises