Fondements théoriques de l’approche des intentions entrepreneuriales

By 14 January 2013

II.3 Fondements théoriques de l’approche des intentions entrepreneuriales

Comme nous venons de l’exposer, les travaux sur la notion d’intention se sont tout d’abord intéressés à l’élaboration d’une définition. Puis, après avoir accepté l’idée d’une relation avec le comportement, les chercheurs ont tenté de mettre en évidence les conditions nécessaires, pour l’intention, de prédiction du comportement. Pour ce faire, ils identifièrent des facteurs situationnels, des catégories d’intentions, des variables déterminantes. C’est récemment que la recherche s’est préoccupée du processus déterminant la relation intention/comportement. En d’autres termes, c’est maintenant « comment » les intentions peuvent guider le comportement qui fournit matière aux études nouvelles. Les deux principales théories qui ont inspirées les chercheurs pour répondre à cette question sont la théorie de l’évènement entrepreneurial Shapero et Sokol (1982) et la théorie de comportement planifié d’Ajzen (1991). La première, propre au champ de l’entrepreneuriat souligne l’importance de la préférence de l’acte entrepreneurial mesurée par la désirabilité et faisabilité. La deuxième, empruntée du corpus de la psychologie sociale, s’intéresse au contexte de l’évènement entrepreneurial mesuré par les facteurs psychologiques (attitude), facteurs socioculturels (Normes sociales) et facteurs contextuels (contrôle perçu).

Nous décrirons la théorie du comportement planifié après en avoir énoncé quelques principes fondateurs présents dans une théorie antérieure, celle de l’action raisonnée (3.1) Enfin, nous présentons l’événement entrepreneurial (3.2)

II.3.1 Théorie du comportement planifié Ajzen et Fishbein (1991) s’inspirant de la théorie de l’action raisonné.

Théorie de l’action raisonnée

Dans leur approche d’ « action raisonnée », Ajzen et Fishbein (1975, 1980) modifient la démarche classique de l’attitude. Ils réservent ainsi au concept d’attitude la seule dimension affective : « l’attitude peut se conceptualiser comme le degré d’affect positif ou négatif pour un objet » (Fishbein et Ajzen, 1975). La composante cognitive est, quant à elle, assimilée à la notion de croyance : « alors que l’attitude se réfère à l’évaluation favorable ou non favorable d’un objet, les croyances représentent les informations détenues (par la personne) à son sujet » (Fishbein et ajzen, 1975). Le modèle introduit explicitement le terme d’intention qui correspond à l’ancienne dimension conative.

Figure 23. Le modèle conceptuel de Fishbein et Ajzen (1975).
Le modèle conceptuel de Fishbein et Ajzen

De façon globale, Ajzen et Fishbein présentent la décision de s’engager dans un comportement donné en fonction :

* de l’attitude portée à l’égard de ce même comportement ;
** de la norme subjective figurée par l’avis et l’opinion de ce qu’un entourage (perçu comme référence par l’individu) pense du comportement à adopter par la personne en question.

Figure 24. Le modèle de la théorie de l’action raisonnée (Adapté d’Ajzen et Fishbein ,1980)
Le modèle de la théorie de l’action raisonnée

En désaccord avec la théorie, Sheppard et al. (1988) trouvent que pour certaines situations l’intention peut prédire quand ils disent “la mesure de l’intention comportementale prédira la performance d’un acte volontaire, à moins que des changements en intention préalable à la performance ou à moins que la mesure de l’intention ne correspond pas au critère de comportement en termes de l’action, la cible, du contexte, du calendrier et / ou de la spécificité “(p. 325). Les auteurs (1988) soulignent trois limites à 1) l’utilisation des attitudes et des normes sociales pour prédire les intentions et 2) à l’utilisation des intentions pour prédire la performance de comportement. Ils sont:

1. objectifs versus comportements: distinction entre une intention d’un but (un accomplissement ultime comme la perte de 10 livres) et une intention comportementale (en prenant une pilule de régime) ;
2. le choix entre plusieurs options: la présence de choix peut changer radicalement la nature du processus de formation de l’intention et le rôle des intentions dans l’exercice de comportement ;
3. intentions versus estimation : il ya certainement des occasions où ce que l’on entend faire et ce que l’on s’attend effectivement à faire sont très différentes.

Sheppard et al. (1988) ont conclu que le modèle “a de fortes utilité prédictive, même lorsqu’elle est utilisée pour enquêter sur des situations et des activités qui ne relèvent pas des conditions spécifiées à l’origine pour le modèle. Cela ne veut pas dire, cependant, que des modifications et des améliorations sont nécessaires, surtout lorsque le modèle est étendu à des domaines objectif et le choix “(p 338).

Théorie du comportement planifié

La théorie du comportement planifiéLa théorie d’action raisonnée fait référence à une échelle d’attitude affective enregistrant une réaction d’ordre plus ou moins favorable. L’approche du comportement planifié (Ajzen,1985 ; Ajzen, 1987, Ajzen, 1988 ; Ajzen, 1991) veut pousser l’analyse plus loin et insistant sur la reconnaissance de jugements non plus seulement affectifs mais aussi évaluateurs. Ainsi, la théorie a été révisée par Ajzen lui-même dans la théorie du comportement planifié. “Cette extension implique l’ajout d’un facteur prédictif majeur, le contrôle comportemental perçu, au modèle. Cet ajout a été fait pour tenir compte des moments où les gens ont l’intention de procéder à un comportement, mais le comportement réel est contrarié parce que les individus manquent de confiance ou de contrôle sur le comportement » (Miller, 2005, p. 127). La démarche évaluatrice du modèle du comportement planifié est intimement liée à la perception qu’une personne développe par rapport au contrôle qu’elle peut exercer sur son comportement. Ce contrôle est contingent de la disponibilité des ressources et des possibilités d’alternatives : « la perception d’un contrôle sur le comportement se rapporte au sentiment qu’a une personne de la facilité/difficulté

Le modèle élaboré par Ajzen (1991) comprend trois variables (figure ci-dessous) qui précèdent la formation de l’intention qui, elle, prédit le comportement. La première variable du modèle est l’attitude face à un comportement donné. Plus précisément, ce construit mesure jusqu’à quel point le comportement est perçu par l’individu comme étant désirable. La deuxième correspond aux normes sociales, c’est-à-dire la perception qu’a l’individu de l’opinion des gens qui l’entourent quant au comportement donné. Quant à la troisième variable, il s’agit de la perception de l’individu quant au contrôle qu’il détient sur le comportement donné.

Ajzen (1991, p. 179 et 188) envisage que les intentions, à travers trois antécédents, peuvent prédire les comportements.

Figure 25. Le modèle conceptuel d’ Ajzen (1991)
Le modèle conceptuel d’ Ajzen

La théorie du comportement planifié, à travers ses trois composantes (les attitudes associées au comportement, les normes sociales et les perceptions du contrôle comportemental), contient et englobe partiellement l’intention entrepreneuriale, en tant que processus cognitif influencé par les facteurs psychologiques, socio-culturels et environnementaux.

Cependant, la théorie du comportement planifié néglige les variables émotionnelles comme la menace, la peur, l’humeur et le sentiment négatif ou positif et les a évaluées de façon limitée. C’est un inconvénient majeur pour la prédiction des comportements liés à la santé (Dutta- Bergman, 200) étant donné que la plupart des comportements de santé des individus sont influencés par leurs émotions personnelles. Nous dépassons cette limite vu que nous nous intéressons aux comportements entrepreneurials.

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises