Etude exploratoire auprès des enseignants de l’entrepreneuriat

By 17 January 2013

II- La première démarche : enquête exploratoire auprès les enseignants

Les sciences de gestion se sont longtemps confrontées au débat classique entre approche quantitative et approche qualitative. Or, le choix méthodologique dépend surtout de l’objet de recherche (Martinet, 1990). Nous remarquons que la plupart des thèses sur l’intention reposent sur des analyses statistiques, voir les thèses de Tounes (2003), Bourguiba(2007) et Emin(2003).En partant du constat de la faiblesse du nombre des modèles d’intention appliqués sur le terrain de l’enseignement de l’entrepreneuriat et au champ de l’entrepreneuriat féminin, notre thèse s’est donnée naturellement l’objectif d’approfondir les recherches au sujet de la relation intention /enseignement de l’entrepreneuriat pour les étudiantes. Une recherche exploratoire sur le terrain s’est avérée indispensable pour avoir une idée de la réalité au Liban.

En effet, le manque de consensus observé sur l’influence de l’enseignement de l’entrepreneuriat sur l’intention », le nombre relativement restreint des études traitant de ce sujet » et la quasi-absence des recherches s’intéressant à l’entrepreneuriat féminin au Liban, n’ont fait que motiver ce choix.

Nous avons jugé pertinent d’adopter la méthode qualitative, exploratoire et descriptive (Robson, 1997), comme dispositif d’une première investigation, nous permettant d’enrichir les acquis sur le positionnement des universités libanaises et de ses étudiantes par rapport à l’entrepreneuriat.

La recherche qualitative de nature exploratoire nous a permis d’avoir une « une vision plus systématique et globale de la réalité » (Rubin et Rubin, 1995 ; Russman et Rallis, 1998 ; Deslauries, 1991) 97et de « préserver la pertinence contextuelle de la recherche » (Bonoma, 1985)98.

Puisqu’il convient de préciser les circonstances de chaque rencontre (Demouge et al., 1998), nous allons présenter dans la suite les objectifs de l’étude qualitative (II.1), le terrain d’investigation (II.2), le dispositif de collecte de données (II.3) et enfin l’analyse de contenu (II.4).

II.1 Les objectifs de l’étude qualitative

Pour adapter le questionnaire au contexte libanais, nous avons souhaité compléter les éléments que nous avons tirés de la littérature, par les contenus d’entretiens conduits auprès des experts et enseignants en entrepreneuriat. Le recours aux entretiens permet de rédiger un questionnaire qui représente les situations des universités et des étudiantes libanaises. L’exploration est intéressante parce qu’elle prend en compte tous les cas (Evrard et al., 1997). Dans ce sens, nous proposons une étude qualitative, au moyen de données primaires collectées par des entretiens, avec pour but d’explorer l’enseignement de l’entrepreneuriat au Liban et la spécificité de l’intention des étudiantes.

De plus, les faiblesses des théories d’intention existantes nous motivent dans la recherche d’autres variables qui influencent la formation de l’intention de création d’entreprise. Notre recherche vise à améliorer son explication et tente de construire un cadre théorique des relations causales entre les variables qui expliquent l’intention.

II.2 Le terrain d’investigation

Afin d’améliorer le questionnaire, il nous fallait rencontrer des experts et enseignants en entrepreneuriat, ayant une vision de l’entrepreneuriat au Liban, car nous cherchions à déceler des informations concernant la façon dont les universités s’intéressent à l’enseignement de l’entrepreneuriat. De plus, il nous fallait rencontrer deux femmes diplômées actives99 pour comprendre le statut de la femme au Liban.

La détection des interviewés

La première difficulté à détecter les enseignants et les experts en entrepreneuriat nous a obligées à procéder, dans un premier temps, par tâtonnement.

Nous avons eu l’occasion de faire le premier interview avec un enseignant et expert en entrepreneuriat de l’USEK qui nous a orientées vers plusieurs pistes. Lors de ce premier entretien, nous avons eu les coordonnées de deux enseignants en entrepreneuriat de l’AUB et l’USJ (BADER). Pour la recherche d’autres interviewés et la prise de rendez-vous , nous les avons contactés par mail ou bien face à face sur le campus de l’université.

La prise de rendez-vous s’est révélée délicate, car nous avions affaire, en général, à de grandes universités, permettant difficilement aux enseignants de libérer une heure dans leurs emplois du temps pour administrer le questionnaire. Toutefois, l’intérêt des enseignants à notre sujet et à notre problématique et notre insistance a permis la prise de rendez-vous. Notre dernier entretien auprès du responsable de Bader est venu approfondir notre analyse : nous avons assisté à une conférence à l’AUST pour sensibiliser les étudiants à l’entrepreneuriat. Nous avons remarqué presque l’absence des étudiantes et le nombre minimal des étudiants intéressés à ce sujet.

Les deux entretiens auprès de femmes diplômées nous ont aidées à comprendre la situation de la femme libanaise et d’ajouter des variables spécifiques à la femme libanaise. Pour comprendre la vision masculine de notre sujet, nous avons posé des questions concernant la femme libanaise durant les huit entretiens.

Les entretiens se sont révélés très différents, chaque enseignant appartient à une université différente, ce qui était cohérent avec notre optique de déceler des indices de façon la plus large possible.

Tableau 19. Les entretiens exploratoires

Interlocuteur Université/Institutions durée del’entretien
Directeur du centre de recherche CIRAMEChercheur en entrepreneuriat USEK 1 : 30 heure
Chercheur et enseignant en entrepreneuriat AUB 50 minutes
Directeur de BADER Bader 45 Minutes
Directeur de BerytechEnseignant l’entrepreneuriat ESIB 30 minutes
Enseignant enentrepreneuriat(BA) AUB, school of Business etManagement 40 minutes
Responsable pédagogique et académique ESA 20 minutes
Directrice de l’association WIT WIT 1 heure
Enseignante en sociologie et intéressée par le système éducatif libanais USJ, faculté sciences del’éducation 40 minutes

II.3 Le dispositif de collecte de données

Notre étude qualitative est basée sur l’analyse de cas multiples dont les données sont recueillies par des entretiens. Pour chacun des interlocuteurs, l’entretien s’est déroulé dans les locaux de l’université ou institutions. Lors de l’enquête exploratoire, nous avons effectué des entretiens semi- directifs à consigne ouverte, sans questionnaire fermé et, bien évidemment, sans jugement de valeur, auprès de nos interlocuteurs. Nous avons choisi ce type de formule car il nous aide à recentrer l’essentiel des informations.

Pour dépasser la principale limite de ce type de méthode concernant la fiabilité des données recueillis, un guide a été élaboré pour garantir des conditions identiques d’un entretien à l’autre et pour orienter le cadre de la discussion. Dans le cadre d’entretiens semi-directif, les guides d’entretiens sont utilisés avec une importante marge de manœuvre. Le guide d’entretien qui consigne les thèmes à aborder a été élaboré à partir de la revue de littérature. L’intérêt recherché était de dégager certains points fondamentaux permettant de distinguer les spécificités de l’enseignement de l’entrepreneuriat selon l’université ainsi que les ressemblances et de l’entrepreneuriat féminin.

Nous avons interrogé notre interlocuteur sur plusieurs point allant du positionnement du Liban face à l’entrepreneuriat jusqu’à l’entrepreneuriat féminin au Liban. Le guide d’entretien aborde différents axes de thématiques qui peuvent être répertoriés principalement selon quatre parties :

1. Le positionnement du Liban face à l’entrepreneuriat
1.1. Environnement
1.2. Contraintes
1.3. Gouvernement
1.4. Culture libanaise
2. Le contexte éducatif
2.1. Enseignement de l’entrepreneuriat
2.2. Outils pédagogiques utilisés
2.3. Cursus entrepreneurial
2.4. Rapprochement université/entreprise
3. L’étudiant
3.1. Désirabilité perçue
3.2. Faisabilité perçue
4. L’entrepreneuriat féminin
4.1. Spécificité de la femme libanaise
4.2. Attitude de la femme envers l’entrepreneuriat

Au fur et à mesure de l’avancement de l’entretien, nous avons veillé à ce que les orientations du discours se rapportent aux différentes thématiques prévues dans le guide d’entretien. Les entretiens semi-directifs ont été réalisés suite à notre demande explicite (Bertaux, 1997). D’abord, nous débutons par nous présenter et expliquer l’intérêt et le thème de notre recherche. Ensuite, nous remerciions l’interlocuteur de son accueil et de sa participation. Puis, nou guidons l’entretien en essayant de discuter tous les points relatés. Nous avons à chaque fois recherchée les informations les plus complètes possibles. Notons, cependant, le refus de quelques interlocuteurs de répondre à quelques questions par manque de connaissance.

Nous avons choisi d’enregistrer les propos retenu. L’usage du MP3 permet, en effet de conserver la totalité des opinions exprimées. Dans deux cas (enseignants de l’USEK et ESA), l’interlocuteur nous a demandé d’arrêter l’enregistrement : nous abordions des éléments délicats sur la situation de la femme au Liban. Nous avons eu recours à la prise de notes.

Il nous semble avoir établi de bons contacts avec les interviewés. A la fin de l’entretien, les interlocuteurs nous demandaient de les tenir au courant des résultats de notre recherche et de les contacter à nouveau ultérieurement. Dans plusieurs cas, les interlocuteurs m’ont offerte des recherches faites par eux ou d’autrui concernant mon sujet.

Les éléments recensés des entretiens, présentés dans la section suivante, ont donc été analysés et traités.

II.4 Analyse de contenu

Nous avons traité nos entretiens selon les thèmes relatés. A ce stade de notre recherche, nous examinons d’un point de vue critique les universités et les organismes institutionnels s’intéressant à l’entrepreneuriat. N’ayant pas d’éléments théoriques suffisants, nous avons interrogé ces professionnels et enseignants, de manière exploratoire, afin de chercher de baliser la situation.

Dans un premier temps, nous avons analysé le discours des huit entretiens par thème. Blanchet et Gotman (1992)100 recommandent à cet effet de découper transversalement tout le corpus, l’unité de découpage étant représenté par le thème.

Nous avons :
– identifier les différents intervenants de l’entrepreneuriat au Liban et connaître leur opinion concernant l’entrepreneuriat féminin ;
– analyser le rôle et la façon de travailler des universités dans le domaine de l’entrepreneuriat ;
– approcher la perception de l’interviewé sur les étudiants libanais, et en particularité les étudiantes.

Le traitement des données a pour objectif de clarifier les significations pertinentes. A cette fin, nous avons réalisé une analyse de contenu. Les matériaux recueillis ont été soumis à l’analyse de contenu la plus utilisée en Science de Gestion : l’analyse thématique. Tout au long de l’analyse, nous avons cherché à acquérir une compréhension de l’objet étudié et d’affiner continuellement les interprétations. Nous avons établi une analyse verticale et une analyse transversale du contenu. Un travail de synthèse a pu être entamé. Les résultats de ce processus analytique sont résumés dans le tableau présenté en annexe II.

Comme il peut être constaté, certaines thématiques ont émergé dans les discours des participants, à savoir : le contexte politique, l’importance des relations familiales, l’association entre la faisabilité perçue de l’acte d’entreprendre et le contexte environnemental.

Par ailleurs, le recensement des thématiques liées à la situation de la femme et à l’entrepreneuriat féminin au Liban indique des points de vue divergents. Certains discours montrent une socialisation libre des femmes libanaises, mais la plupart aborde la dimension « féminité » et souligne une discrimination forte (encadré ci-dessous) :

Mr T.L : La socialisation de la femme l’encourage à se marier et avoir des enfants…. la discrimination est plutôt forte. Mme S.Y : La femme est toujours au deuxième rang. La femme est la mère vierge, la douce qui sacrifie… La discrimination est très forte et acceptée. Pour s’intégrer, elle doit sentir qu’elle est forte pour ne pas être écrasé, pour se protéger. L’attitude envers l’entrepreneuriat est très faible….La société n’accepte pas que la femme d’entreprendre …..La femme n’a pas confiance en elle socialement. Elle a une liberté et une autonomie partielles…. elle croit qu’elle n’a pas de capacité aussi que l’homme, qu’elle ne peut pas… elle est prisonnière de sa forme comme mère et épouse Mme S.A : La femme est toujours dépendante de l’homme (père, frère, époux)…très réservée mais elle est plus consciente que l’homme envers son rôle pour la société…..la discrimination est forte. L’homme peut faire tout mais la femme n’a pas la liberté depuis l’enfance jusqu’à l’adolescence pour exploiter ses capacités et ne pas être conservatrice….Il y a peu de figures de femmes connues en entrepreneuriat même celles qui sont connus, elles ont hérité …. si elle n’a pas de soutien masculin pour l’aider à entreprendre…elle va renoncer.

Mr P.Z: La discrimination existe au niveau de l’emploi, des institutions public et même au niveau de la famille… l’entrepreneuriat pour la femme n’est pas l’aventurisme, mais la sécurité….la culture masculine conservatoire représente une contrainte pour la femme…A priori, elle est aussi capable que l’homme, mais la société encourage un homme d’entreprendre plus que la femme.

enseignants de l’entrepreneuriatMr N.R : La socialisation de la femme n’indique pas une différence par rapport à l’homme… il n’existe pas de discrimination… l’attitude entrepreneuriale de la femme est pareille à l’homme, la norme sociale ne refuse pas que la femme entreprenne, aucun problème.

Mr T.K : Elle est consciente de son rôle entant qu’acteur sociale et entrepreneuse, la discrimination existe juste au niveau du salaire, l’attitude envers l’entrepreneuriat est favorable, la femme est autonome, libre. La capacité entrepreneuriale de l’homme et de la femme est pareille.

De même, l’analyse du contenu des discours collectés concernant l’environnement au Liban repère la situation libanaise comme une opportunité, d’autre la souligne comme une contrainte à l’entrepreneuriat (encadré ci-dessous) :

Mr T.L : L’impact de l’environnement est fort, il y a une réserve forte sur l’idée d’entreprendre au Liban, l’incertitude est élevé ce qui incite les libanais d’entreprendre hors le Liban. Les contraintes sont économique, politique, et financière (système bancaire). Il y a un fort besoin des structures d’aide et d’appui.

Mr N.R : Le facteur risque est très élevé, il n’y a pas de support au financement.

Mr P.Z : L’impact de l’environnement est négatif au Liban, étouffe l’esprit de créativité, mais la situation peut être une opportunité, dans certains cas. Cependant plusieurs contraintes sont présentes :

-la loi sur la faillite : la personne en faillite n’est pas protéger ;
-le système bancaire peu flexible n’apprécie pas les crédits intellectuels ;
– la fuite des cerveaux, préfère se développer ailleurs.

Mr T .K : La plupart des droits est décourageante. L’environnement ne facilite pas l’entrepreneuriat. De plus le marché est petit et limité…Les fonds d’investissement (ex : anges capital) n’existe pas, le coté financement est ad hoc.

Mr A.S : L’impact de l’environnement est négatif. Le marché local n’est pas présent, le risque pays est très élevé…L’incertitude est élevé, il y a beaucoup de sacrifices.

Mr J.S : La situation ne constitue pas une contrainte, ça influe la psychologie des gens « tout redémarre depuis la paix, 150 chantiers ».

L’analyse du contenu des discours collectés montre une convergence des points de vue sur le fait que le Liban est entrepreneur par héritage (encadré ci-dessous).

Mr T.L : L’entrepreneuriat des libanais est très développé, le Liban est « une énigme », le Liban est le pays où il y a le moins d’initiative en faveur de l’entrepreneuriat (Bader, Berytech).

Mr J.S : C’est un pays d’entrepreneur : -conditions faciles ;-pas de présence fort d’Etat -règlement souple ; main -d’œuvre étrangère pas chère

Mr N.R : Les libanais ont dans le sang l’entrepreneuriat, les PDGs des plus grands entreprises sont des libanais.

Mr P.Z : L’entrepreneuriat au Liban est faible de façon formel, de façon informel est fort. Le Liban est idéal pour tenter d’entreprendre. C’est un incubateur en soi.

Mr A.S :L’entrepreneuriat est une partie très important au développement du pays, nécessaire pour créer l’emploi et la richesse. Le Liban sur certain point est très en retard. au Liban, il y a un esprit d’entreprise très fort, par culture. Les 3 premiers sont des libanais dans MIT compétition

Cependant, nous avons recensé quelques passages qui marquent la faiblesse de la relation université-entrepreneuriat au sein des universités libanaises (encadré ci-dessous).

Mr T.L : Il y a un grand déficit au Liban de la formation en entrepreneuriat, la relation université –entrepreneuriat est en phase d’émergence et de constitution (début en 1982 avec …).

Mr J.S : Les cours offerts sont optionnels pour les étudiants de master de management seulement

Mr N.R : il y a une faible sensibilisation à l’entrepreneuriat. Début de construction

Mr P.Z : il y a une faible sensibilisation à l’entrepreneuriat…Bien présente dans deux universités seulement au Liban.

Ainsi, l’analyse synthétique a permis de mettre en avant certains éléments qui nous ont permis de supprimer ou d’ajouter des items à notre questionnaire, compte tenu des objectifs et plus précisément, de la problématique de notre recherche. A travers ces entretiens, nous avons eu la confirmation que :
– l’entrepreneuriat féminin au Liban se révèle être plus ou moins semblable à celle traitée théoriquement. Différente de la femme vivant dans un contexte arabe, la femme libanaise reste imprégner par la discrimination sexuelle, par le manque de soutien et par les préjugés portant sur leur réussite dans les affaires.
– l’enseignement de l’entrepreneuriat diffère selon l’université, bien qu’il soit en phase de construction au Liban.

Ainsi, les items suivants ont pu être identifiés :
– des items concernant la singularité perçue des femmes au Liban ;
– des items prenant en compte la situation particulière du Liban : politique, institutionnelle et financière ;
– des items prenant en compte que la relation U/E au Liban est en phase de construction.

Dès ce premier niveau de réflexion, nous avons pu confirmer l’hétérogénéité du positionnement des universités libanaises quant à l’enseignement de l’entrepreneuriat. Nous avions, alors, comme projet de situer l’enseignement de l’entrepreneuriat selon les universités. Cette idée était le résultat de plusieurs constats :

– nos interlocuteurs n’interviennent pas auprès des mêmes étudiants et ne contribueraient pas de façon identique auprès d’eux ;
– les actions des interlocuteurs rendent compte de l’hétérogénéité des universités ;
– les étudiants diffèrent selon les universités du point de vue caractéristiques et vis-à-vis de l’entrepreneuriat.

Ces constats nous ont poussés à construire une matrice à deux axes, l’université et l’étudiant. La dialogique Individu /Institution au sens de la dialogique de Bruyat(1993)101 est également représentative de l’enseignement de l’entrepreneuriat. Notre matrice est représentée par l’engagement102 de l’étudiant/ engagement formel de l’institution. L’engagement est une condition nécessaire de la poursuite et de la réussite éventuelle d’un projet. Nous pouvons distinguer deux dimensions : la dimension comportementale qui signifie que l’engagement est considéré comme un acte et la dimension attitudinale de l’engagement qui renvoie aux intentions, aux préférences. A cet effet, nous nous intéressons aux intentions sans mettre l’accent sur les conditions du déclenchement de l’acte entrepreneurial.

Nous expliquerons les deux axes de notre matrice :

– l’enseignement de l’entrepreneuriat ne se conçoit pas sans l’acteur, pour nous : l’étudiant. Ce dernier est l’acteur principal, bien qu’il ait besoin de l’engagement de l’université et de l’enseignant. De même, le créateur d’entreprise qui crée une entreprise, a besoin le support de tiers. L’implication de l’étudiant au cours, à la formation d’un business plan, les expériences qu’il va vivre vont l’enrichir et le transformer. L’engagement de l’étudiant change selon sa motivation et ses attitudes entrepreneuriales initiales. Les étudiants moins motivé peuvent se retrouver moins affecté, moins transformé par l’enseignement de l’entrepreneuriat.

– L’engagement formel de l’université, la culture entrepreneuriale au sein du campus universitaire vont enrichir et motiver les étudiants. Offrir un cours ou séminaire en entrepreneuriat, diversifier les méthodes pédagogiques, inviter un entrepreneur pour témoigner, s’associer à un incubateur sont des actions qui sensibiliseront les étudiants à l’entrepreneuriat.

En se référant au chapitre deux intéressé à l’enseignement de l’entrepreneuriat et à l’étude exploratoire, cette matrice a permis de positionner les universités vis-à-vis de la relation université/enseignement de l’entrepreneuriat. Plus l’engagement de l’étudiant et l’engagement de l’université à des activités entrepreneuriales sont fort, plus l’impact de l’enseignement sera fort, donc plus la sensibilisation aboutira à une forte intention entrepreneuriale.

Appliquée à la dialogique Individu /Institution que nous avons brièvement présenté, il apparaît que seuls les cas 2 et cas 3 sont susceptibles à aboutir à une création d’entreprise. Le cas 4, l’étudiant n’a pas une forte sensibilisation entrepreneuriale, mais cette sensibilisation est préparée à évoluer, par l’engagement de l’université à des activités entrepreneuriales. Le cas 1 se trouve dans une zone où aucune valeur nouvelle n’est crée par l’université et donc l’étudiant n’a ni motivation, ni intention entrepreneuriale.

Figure 59. Matrice de la sensibilisation à l’entrepreneuriat
Matrice de la sensibilisation à l’entrepreneuriat

Notre démarche a consisté, dans un premier temps, à réaliser huit entretiens exploratoires. L’analyse de contenu a émergé un changement des items du questionnaire qui va permettre la validation du modèle présenté dans le chapitre précédent dont nous présenterons les résultats dans chapitre suivant.

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises