Complémentarité des différents paradigmes de l’entrepreneuriat

By 13 January 2013

I.1.2 La complémentarité des différents paradigmes de l’entrepreneuriat

Paturel (2007), dans sa définition de l’entrepreneuriat, fait appel aux quatre paradigmes « l’entrepreneuriat est , à partir, d’une idée, l’exploitation d’une opportunité dans la cadre d’une organisation impulsée, créée de toute pièce ou reprise dans un premier temps, puis développée ensuite, par une personne physique seule ou en équipe qui subit un changement important dans sa vie, selon un processus qui aboutit à la création d’une valeur nouvelle ou à l’économie de gaspillage de valeur existante ».

La conception proposée par Hernandez (2001), dans son ouvrage « l’entrepreneuriat, approche théorique » est celle de l’entrepreneur comme initiateur d’un processus complexe. L’auteur propose un tableau qui résume deux conceptions : l’innovation privilégier par Schumpeter et Drucker ; la création d’organisation privilégié par Gartner (1993). En répondant à la question « qu’est ce l’entrepreneuriat ? », Verstraete (2000) définit l’entrepreneuriat comme un phénomène hétérogène dont les manifestations sont multiples et trop complexe pour être réduite à une simple définition », donc réduite à un seul paradigme. A la lumière de ce qui précède, « la complémentarité des différents courants de pensée apparaît tout-à-fait évidente à plusieurs titres » (Gartner, 1990).

Afin d’approfondir la notion de complémentarité, Verstraete et Fayolle (2005) proposent une figure associant à l’entrepreneuriat quatre dimensions clés: création de valeur, création d’une organisation, innovation et détection d’opportunité. Les deux premiers paradigmes sont orientés spécifiquement sur le résultat du processus, par contre les derniers sont orientés vers les ressources du processus. Les auteurs schématisent les liens entre les paradigmes selon la figure ci-dessous :

Figure 6. Les paradigmes de l’entrepreneuriat (Verstraete et Fayolle, 2005)
Les paradigmes de l’entrepreneuriat

Notre recherche se situe au sein du paradigme Création d’Organisation et du paradigme de la création de Valeur Nouvelle car « l’organisation ne peut exister durablement sans fournir à ses parties prenantes la valeur qu’elles attendent et dont elle tire les ressources nécessaires à son fonctionnement » (Verstraete et Fayolle, 2005).

Au contraire des deux autres paradigmes, ces deux paradigmes ne sont pas limitatives quant au potentiel de croissance et de profit et à la nature innovatrice des activités créées, dans la mesure où les principaux travaux sur l’entrepreneuriat féminin ont déjà souligné une surreprésentation de la femme dans des activités traditionnelles et où nous traitons l’intention, la première étape du phénomène entrepreneurial17. De plus, les modèles d’intention occultent la question de l’opportunité de création, probablement parce qu’il est difficile de positionner celle-ci dans un enchaînement causal impliquant l’intention (Boissin et al., 2009).

Partons du paradigme de la création de Valeur Nouvelle pour le limiter dans le paradigme de Création d’organisation de Verstraete.

En se positionnant dans le paradigme de la création de Valeur Nouvelle, toute personne qui « entreprend, se met à faire, organise quelque chose « (Bruyat, 1993) peut créer de Valeur Nouvelle. L’artiste peut créer de la valeur nouvelle. Dans les termes de Verstraete, cette personne doit créer une organisation. L’organisation peut être une entreprise ou une activité. De notre part, nous nous intéressons à l’entreprise. Cependant, le champ de l’entrepreneuriat ne doit pas etre restreint à un seul type, la création d’entreprise, alors que les chercheurs de cette discipline le reconnaissent comme multiple. « Lorsqu’un qu’on évoque le champ de l’entrepreneuriat, l’expression « création d’entreprise » suit instantanément, comme si cette modalité de devenir entrepreneur ne possédait pas d’alternative » (Paturel, 2000, p187). Hernandez (2002, p. 99) fait le même constat et montre que l’entrepreneuriat est bien entendu la création d’entreprise, mais qu’il correspond aussi à la reprise d’entreprise. Les objectifs des deux modalités de l’entrepreneuriat diffère : repreneur est parfois un concurrent du repris, et/ou il sera un client ou fournisseur du repris, et peut n’entretenir aucun lien technique ou commercial avec le repris tandis que le créateur ne peut être concurrent de sa création, il constitue le cœur de sa création. De plus, la reprise diffère selon la distinction entre la reprise faite par une entreprise qui aboutit à une opération de fusion ou d’absorption et la reprise faite par un individu. Cette dernière a suscité l’intérêt de Deschamps(1998) qui résume le processus de reprise en quatre phases qui diffère du processus de création d’entreprise.

Figure 7. Le processus de reprise (Deschamps, 1998)
Le processus de reprise

La principale conséquence de tout ce qui précède est que l’entrepreneur ne se réduit pas au créateur d’entreprise et qu’aussi la reprise d’entreprise présente une grande hétérogénéité. Dans cette perspective et par souci de simplicité, la création ex- nihilo serait la seule forme possible d’entrepreneuriat.

Comment créer une organisation sans créer de valeur nouvelle ?

Cette question analyse l’intérêt du paradigme de création de Valeur Nouvelle. Qui est le but de la création de valeur nouvelle ? La création de valeur nouvelle doit être pour la société et l’individu. Fayolle (2007) fait la distinction entre « entreprenant » (celui qui a l’esprit d’entreprise) et « l’entrepreneur » et considère que l’esprit d’entreprise ne signifie pas toujours que l’on se comporte comme un entrepreneur et que l’action conduite s’inscrit dans un processus de création de nouvelles richesses économiques et sociales. De plus, la notion de création de valeur a été émise par Hisrich et Peters (1991, p 11) qui définissent le concept « d’entreprenance » comme « le processus qui consiste à créer quelque chose de différent et possédant une valeur, en lui consacrant le temps et le travail nécessaires, en assumant les risques financiers, psychologique et sociaux correspondants et à en recevoir les fruits sous forme de satisfaction pécuniaire et personnelle »18.

Selon la matrice que Bruyat propose pour situer les différentes définitions de l’entrepreneuriat, la logique d’insertion qui est la logique de l’entrepreneuriat féminin est moins créatrice de valeur pour la société que la logique entrepreneuriale. Cela n’exclut pas que la société bénéficiera de la création de valeur19.

L’individu subit cette création de valeur nouvelle. Bruyat (1993) propose un champ de l’entrepreneuriat et affirme à ce titre que « L’individu est une condition nécessaire pour la création d e va leur, il en détermine les modalités de production, l’ampleur… Il e n est l’acteur principal. Le support de la création de valeur, une entreprise par exemple, est la “chose” de l’individu, nous avons:

INDIVIDU CRÉATION DE VALEUR

La création de valeur, par l’intermédiaire de son support, investit l’individu qui se définit, pour une large part, par rapport à lui. Elle occupe une place prépondérante dans sa vie (son activité, ses buts, ses moyens, son statut social,…), elle est susceptible de modifier ses Caractéristiques (savoir-faire, valeurs, attitudes,…), nous avons :

CRÉATION DE VALEUR INDIVIDU».

Contrairement au Verstraete qui relativise la valeur à la partie prenante à laquelle l’entrepreneur et son organisation doivent apporter satisfaction, la dialogique de Bruyat est complétée par un indicateur de changement qui doit être perçu tant au niveau de l’individu que de la valeur créée. Cela justifie que nous l’adoptons et ce n’est guère étonnant dans la mesure où l’insertion économique de la femme est associée à un changement assez fort pour elle et à une forte création de valeur sociale20.

A cet effet, la création de valeur peut exister pour l’entrepreneur (amélioration de son statut par rapport à la situation précédente), pour la société (impulsion d’un nouvel output, une richesse)

Nous présentons notre matrice qui relie les deux paradigmes. Selon notre définition, la zone 1 présente un évènement entrepreneurial qui combine création d’organisation et création de valeur.

Figure 8. L’évènement entrepreneurial

CREATION D’ENTREPRISE
OUI NON
CREATION DE VALEUR OUI I EVENEMENT ENTREPRENURIAL IICréateur de valeur mais pas créateur d’organisation
NON IV Créateur d’organisation sanspas créateur de valeur (pas de changement pour lui ou pour l’environnement) IIINi Créateur d’organisation, ni créateur de valeur

Pour éviter des malentendus dans la définition de l’entrepreneur, il faut définir l’angle à travers lequel l’entrepreneur est envisagé. L’entrepreneur devient toute personne physique qui subit un changement important dans sa vie et qui crée de valeur nouvelle en créant une entreprise. Nous nous positionnons dans la logique de création ex-nihilo.

Après avoir eu un regard sur les différentes constructions théoriques du champ de l’entrepreneuriat, nous avons donné notre définition de l’entrepreneuriat selon le positionnement retenu. Pour compléter cette réflexion, il convient d’apporter un certain nombre de précisions d’ordre dimensionnel. L’entrepreneuriat est un domaine de recherche à multiples points d’entrée (Verstraete 2000), plusieurs tentatives ont émergées afin de mieux initier la recherche en entrepreneuriat. Différentes périodes et approches ont structuré le champ de l’entrepreneuriat. Le domaine n’est plus centré sur une approche mais plusieurs approches. Les auteurs divisent l’entrepreneuriat d’une manière différente, en approches unidimensionnelles ou multidimensionnelles. La deuxième section présentera les différents points d’entrée de la recherche en entrepreneuriat.

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises