Comment expliquer l’intention des étudiantes de créer une entreprise

By 17 January 2013

Comment expliquer l’intention des étudiantes de créer une entreprise

Conclusion Générale
Quels Apports, limites et perspectives de recherche ?

Le travail de recherche entrepris avait pour objectif de répondre à la question suivante : « comment expliquer l’intention des étudiantes de créer une entreprise », en d’autres termes « dans quelle mesure des formations en entrepreneuriat, parmi des variables personnelles et contextuelles, agissent sur l’intention entrepreneuriale des étudiantes? Il s’agissait de comprendre la formation de l’intention, la désirabilité et la faisabilité perçues de l’acte de créer une entreprise des étudiantes.

Dans ce travail, nous nous sommes reposées sur les modèles d’intention qui ont pour avantage de proposer un cadre cohérent, simple et robuste de la façon dont les intentions sont constituées. Nous les avons adaptés et appliqués à notre sujet et contexte d’étude particulier. Une revue de littérature en entrepreneuriat en général et en entrepreneuriat féminin en particulier, conjuguée à une enquête exploratoire nous a permis de faire émerger les éléments importants influençant le processus intentionnel des étudiantes. Le tableau suivant inspiré de Deschamps (2000), retrace notre cheminement de recherche.

Figure 69. Le design de la recherche

Problématique Comment expliquer l’intention entrepreneuriale des étudiantes?
Cadre théorique Modèles d’intention (notamment de Shapero et d’Ajzen)
Démarche  choisie Hypothético-inductiveTriangulation des méthodes
Données Qualitatives (entretien) Quantitatives (deux collectes distinctes)
Méthodes d’analyse Analyse thématique Analyse descriptiveTest paramétriqueRégression linéaire
Résultats attendus Meilleure connaissance du terrainIdentification d’une typologie des universités quant à l’enseignement de l’entrepreneuriatAdaptation du questionnaire à la situation libanaise Construction des échelles de mesure (épuration et validation) Validation des hypothèses de rechercheElaboration d’un modèle d’analyse valide de l’intention entrepreneuriale des étudiantes
Thèse soutenue La formation de l’intention entrepreneuriale est contingente à la filière d’étude dans le cas des étudiantes libanaises, filière de « Gestion » et filière de « Sciences ».
Apports de la recherche Intérêt méthodologique, théorique, et pratique.

Nous mettons un terme à notre recherche en abordant trois derniers points. Il importe de faire le bilan de la recherche effectuée en mettant en exergue les principaux apports théoriques, les possibles applications des résultats obtenus au niveau opérationnel, ainsi que les limites et les principales perspectives de recherches.

Les principaux apports de la recherche

De cette recherche se dégage, à notre sens, une meilleure connaissance des déterminants de l’intention de créer une entreprise en milieu académique. Plus précisément, nous pensons avoir eu un triple apport, d’ordre théorique, méthodologique et managériale.

1- Les contributions théoriques

Nous pouvons peut-être dire qu’aujourd’hui, aux Etats-Unis, le champ a fait sa percée, a gagné son autonomie. En France, le champ de l’entrepreneuriat a évolué bien qu’il n’est pas encore tout à fait marginal. N’est-il pas surprenant que la recherche en entrepreneuriat soit quasi absente au Liban, le pays des phéniciens. Au Liban, la recherche est presque absente surtout en entrepreneuriat. Notre thèse est considérée parmi les premières à s’intéresser à l’entrepreneuriat au Liban et à dynamiser la recherche en entrepreneuriat en suscitant les étudiants.

Nos contributions théoriques se situent au niveau entrepreneurial et au niveau des modèles d’intention.

1.1 Les contributions au champ de l’entrepreneuriat

Cette recherche a permis d’analyser l’entrepreneuriat féminin au sein du champ de l’entrepreneuriat. L’approche genre aborde la relation entre les caractéristiques individuelles de la femme et l’intention entrepreneuriale. Cette étude renseigne sur le profil des femmes diplômées lorsqu’elles considèrent la possibilité de créer une entreprise, et sur les déterminants de la création avant que celle-ci ait lieu. Elle comble une des lacunes de l’entrepreneuriat féminin.

Notre deuxième apport repose sur le positionnement de l’approche intention au carrefour de différentes approches de l’entrepreneuriat. Par ailleurs, cette recherche pose un éclairage sur la dynamique et la complexité processuelles de l’entrepreneuriat. En effet, au-delà des facteurs psychologiques, le phénomène est étudié sous l’angle de la conjonction de facteurs sociaux, culturels, institutionnels et économiques (Tounès, 2003). Dans cette recherche, l’intention d’entreprendre est envisagée dans le sens d’une connaissance sociocognitive qui s’encastre dans un contexte socioculturel et économique précis.

Notre étude a aussi permis de valider, dans le contexte libanais et dans le cadre particulier des étudiantes de filière «Gestion », la modélisation de Shapero proposée par Krueger. Les travaux de Shapero, fondateurs dans notre domaine de recherche, n’avaient pas encore été testés empiriquement sur notre territoire. Nos travaux ont souligné, à ce niveau, la remise en cause de l’approche behavioriste. La théorie du comportement planifié n’a pas été valideé auprès des étudiantes filière « Sciences ». L’intention de ces étudiantes dépend seulement de la désirabilité entrepreneuriale. La faisabilité d’entreprendre n’a aucune influence sur l’intention. Dans ces sens, l’intention ne dépend pas toujours de la désirabilité et de la faisabilité perçues.

Enfin, nous avons exploré les contributions relatives des différents variables influençant l’acte entrepreneurial. Nous avons montré, que dans le contexte particulier des étudiantes, le degré de désirabilité contribue davantage à la prédiction de l’intention entrepreneuriale que des perceptions de faisabilité. Ce résultat est d’autant plus intéressant qu’il est contraire à ceux obtenus par Krueger dans son test du modèle de Shapero aux Etats-Unis sur une population d’étudiants en fin de cursus universitaire. Au-delà, notre contribution repose aussi sur l’étude en profondeur des déterminants de la désirabilité et de la faisabilité.

1.2 Les contributions liées au modèle d’intention

Notre modèle de recherche puise ses sources dans différentes disciplines comme l’entrepreneuriat et la gestion (modèle de l’évènement entrepreneurial de Shapero et Sokol, 1982) et de la psychologie sociale (la théorie du comportement planifié d’Ajzen ,1991), et l’approche genre. Il témoigne, ainsi, du regard multipolaire (Piaget, 1993, cité par Verstraete, 1997) et du caractère interdisciplinaire de cette recherche.

L’apport théorique de cette thèse se caractérise par la singularité du modèle proposé au regard de la littérature existante. Notre modèle est appréhendée en combinant les deux théories principales de l’intention, la théorie du comportement planifié et la théorie de l’évènement entrepreneurial, en respectant la spécificité de chaque variable. Contrairement aux différents auteurs (Emin, 2003 ; Touness 2003 ; Boissin et al., 2009 ; Fayolle, 2004) qui jugent la ressemblance des deux théories, nous considérons la complémentarité de ces deux théories mobilisées. De plus, nous avons construis de nouvelles relations.

Nous avons trouvé que :
* la désirabilité est influencée par l’attitude et la norme sociale perçue.
* la faisabilité est influencée par le contrôle perçu ;
* l’attitude est influencée par la motivation d’entreprendre, la proactivité, l’expérience entrepreneuriale et l’évaluation des conséquences ;
* la norme sociale perçue est influencée par la singularité psychologique perçue et l’influence de l’entourage proche ;
* le contrôle perçu est influencé par l’accessibilité aux ressources, les conditions environnementales institutionnelles et les compétences de gestion.

L’apport de ce travail, peut s’apprécier, aussi, par l’élaboration d’un modèle de recherche intégratif de l’enseignement de l’entrepreneuriat dans le processus intentionnel des étudiantes. Il s’agit d’analyser la relation entre l’intention, l’enseignement de l’entrepreneuriat et le contexte universitaire dans lequel l’étudiante s’encastre. Notre recherche est la seule à s’intéresser au domaine de l’enseignement de l’entrepreneuriat au Liban a pour but de remédier à cette lacune. La particularité de notre contexte a émergé des résultats qui contredisent la revue de littérature. En effet, la formation de l’entrepreneuriat n’a pas eu d’influence sur les antécédents de l’intention entrepreneuriale. Novateur par son unicité, notre modèle est capable d’enrichir les travaux sur l’intention entrepreneuriale

2-Les contributions méthodologiques

Afin de bien cerner l’incidence de l’environnement universitaire sur l’intention entrepreneuriale, les études doivent prendre en compte toutes les spécificités des universités libanaises. En ce sens, l’un des apports méthodologiques de cette recherche réside dans la diversité du choix des échantillons des universités comparées (six universités). Ceci a permis de discerner des nouvelles particularités inhérentes au processus de création d’entreprise.

Les apports méthodologiques tiennent aussi à la particularité du terrain d’investigation : les étudiantes. Cette recherche vise à réduire le fossé qui sépare les étudiantes de l’entrepreneuriat. En effet, bien que recherchant d’emploi, l’étudiante n’est pas toujours reconnue par la majorité des chercheurs comme pouvant représenter un réel objet d’étude et de mobilisation scientifique. De surcroît, la dynamique de l’économie de chaque territoire dépend en large partie de la pérennité des établissements créés et de leur capacité à exister durablement. En ce sens, il ne suffit pas seulement d’étudier les intentions des jeunes entrepreneuses déjà lancés en affaire, mais aussi ceux qui sont susceptibles de s’engager dans un processus de création d’entreprise. Dans cette perspective, nous nous sommes intéressées aux étudiantes.

De plus, nous avons eu recours à deux échantillons, étudiantes filière « Sciences » et filière « Gestion ». Ainsi, nous avons confronté notre modèle à une population témoin n’ayant pas eu de sensibilisation ni de formation en entrepreneuriat mais comportant des similitudes avec l’échantillon de référence. Nous avons mis en évidence des différences notables car seules les hypothèses 1 (H1 : Plus la désirabilité perçue est favorable, plus importante sera l’intention entrepreneuriale) et 2.1 (H2.1: Plus l’attitude envers l’entrepreneuriat est positive, plus la désirabilité perçue sera forte) ont été validées dans le cadre de l’échantillon témoin.

Les apports méthodologiques relèvent, en outre, de la conception et de la construction de mesures fiables pour les variables introduites dans le modèle général de la recherche.

Par ailleurs, la méthodologie adoptée alliant démarches qualitatives et quantitatives nous a permis d’éviter à plusieurs reprises les jugements et les généralisations émergeant d’interprétations rigides de résultats quantitatifs. Cette méthode hybride a favorisé la fidélité des résultats avancés. De plus, la démarche par triangulation des méthodes permet de circonscrire les phénomènes représentationnels dans leur complexité (Abric, 1994; Jodelet, 1994; Hewstone, 1986)129. Autrement dit, d’appréhender la connaissance et ses caractéristiques en tant que produit historiquement, culturellement et socialement situé (Jodelet, 1994).

Cette recherche a permis de constituer une liste actualisée des étudiantes, de différentes universités qui ont l’intention de créer une entreprise à plus ou moins long terme. Cet élément devrait nous permettre d’approfondir le présent travail.

Enfin, la composition et la taille de notre échantillon (400 étudiantes) présente, nous semble- il, une bonne diversité entre universités (6 universités). Cette population observée est qualifiée d’échantillon de convenance car tous les établissements qui recèlent les caractéristiques recherchées ont été sollicités.

De nos contributions théoriques et méthodologiques découlent des apports pratiques.

3-Les contributions pratiques

Les principales conclusions de notre travail proposent des instruments capables de faciliter les pratiques des différents acteurs impliqués au niveau du processus amont de la création d’entreprise.

Un de nos principaux objectifs de recherche est de vérifier si des programmes ou des formations en entrepreneuriat influencent l’intention entrepreneuriale. Notre recherche apporte des connaissances confortant les investissements pédagogiques engagés par l’Etat libanais et les universités libanaises. Lorsque l’intention entrepreneuriale se forme, qu’elle se concrétise (de suite ou de façon différée) ou non, une réponse positive est fournie sur l’influence des formations et sensibilisation en entrepreneuriat sur le processus de passage à l’acte (Tounes, 2003). Cependant, notre recherche montre que les formations et programmes en entrepreneuriat, n’ont pas influencé les perceptions des aptitudes entrepreneuriales qui à leur tour, influencent positivement l’intention entrepreneuriale. Ce faisant, le cadre général d’analyse de l’enseignement de l’entrepreneuriat que nous avons élaboré est un outil aidant les responsables de formations souhaitant mettre en place un enseignement en entrepreneuriat. En effet, en tenant compte des publics concernés, des niveaux d’intervention de cet enseignement (sensibilisation et information, spécialisation, accompagnement et appui) et des objectifs pédagogiques, ce cadre permet de choisir des méthodes pédagogiques appropriées afin d’avoir un influence suffisant sur l’intention entrepreneuriale des étudiantes libanaises. Nos apports sont de nature à consolider les orientations adoptées par les différents organismes (chambres consulaires, associations, incubateurs…) dans la mise en place de programmes et de formations de spécialisation et d’accompagnement à la création d’entreprise. Par ailleurs, certes l’attrait est le facteur principal, mais il ne faut pas négliger pour autant le rôle de la faisabilité dans l’explication de l’intention. Une importante implication pour l’enseignement de l’entrepreneuriat est d’insister dans les formations sur le développement de cette faisabilité. Ces apports renforcent l’idée que le système éducatif supérieur peut agir en tant qu’acteur à part entière dans la promotion de l’entrepreneuriat en assurant une adéquation entre les demandes sociales en création d’entreprise et les besoins économiques.

Enfin, les intérêts pratiques se traduisent principalement en termes de développement du potentiel entrepreneurial des étudiantes et plus généralement de la création d’entreprise en tant que carrière. Notre recherche souligne la priorité qu’il y a à :
* développer des mécanismes incitatifs et des aides favorables aux individus enclins à l’entrepreneuriat ;
* favoriser l’épanouissement d’une culture entrepreneuriale dans le milieu universitaire ;
* créer en amont des formations à l’entrepreneuriat et des réseaux de contacts avec des managers afin d’améliorer les perceptions de désirabilité et de faisabilité de la création par les étudiantes ;
* communiquer sur les systèmes d’aide existants.

De manière plus générale, cette thèse concerne les étudiant(e)s et diplômé(e)s d’universités, d’écoles de management et de science désireux de suivre des formations en entrepreneuriat ou en création d’entreprise. Elle s’adresse également aux professeurs et responsables pédagogiques de ces établissements souhaitant répondre aux demandes croissantes des étudiants dans ce domaine.

Les implications théoriques et pratiques ayant été présentées, nous allons exposer les principales limites de notre thèse.

Les limites de la recherche

La revue des apports théoriques, méthodologiques et entrepreneuriaux de cette recherche, exposée dans la section précédente, ne doit pas occulter des limites inhérentes aux choix opérés et à leurs conditions de mise en œuvre. Celles-ci sont à la fois méthodologiques et conceptuelles.

1-Les limites méthodologiques

Trois limites méthodologiques nous semblent avoir être soulignées.

Le cadre empirique que nous avons retenu, s’il comporte un nombre d’intérêts, présente également des limites certaines. Malgré les précautions méthodologiques mises en place, la rigueur scientifique nous invite à repérer les faiblesses des choix et stratégies opératoires adoptés. Les limites les plus importantes de la méthodologie empirique concernent deux aspects. Le premier relève de la composition des échantillons de référence et témoin et donc, de la comparaison que nous avons effectuée entre ceux-ci. D’autre part, si la comparaison entre les deux groupes d’échantillons reste possible d’un point de vue statistique (tests paramétriques), il n’en demeure pas moins que sur le plan de la constitution des populations observées certaines limites sont inéluctables, notamment en ce qui concerne les biais relatifs aux procédures de sélection des échantillons témoins. Celui-ci est en effet composé de 100 étudiantes, tous issus de l’UL et de l’AUB. Il n’est donc pas représentatif de l’ensemble des étudiantes filière « Sciences ».

De surcroît, selon Hornaday (1990), le système éducatif cause des problèmes d’efficacité de la recherche dans le domaine de l’enseignement de l’entrepreneuriat: le cours en entrepreneuriat est «optionnel», ainsi la différence entre les deux groupes peut ne pas être la résultante du contenu du cours. Dans ce cas, une étude longitudinale peut être plus pertinente. Puisque le cours d’entrepreneuriat est sélective, les étudiantes qui ont reçu ce cours diffèrent par leurs raisons d’étudier l’entrepreneuriat : certaines sont intéressées par l’entrepreneuriat comme une carrière, d’autres veulent voir si l’entrepreneuriat l’intéresse, d’autres veulent gagner des crédits… ». Vesper (1978) note qu’il faut stratifier les étudiants.

Le deuxième renvoie à la validité externe des échelles. L’opérationnalisation de la plupart des construits de notre enquête constitue certes, comme nous l’avons indiqué, un apport intéressant pour les recherches entrepreneuriales, mais présente cependant une limite liée à la validité externe des échelles. Celle-ci ne peut être vérifiée que par des études portant sur des échantillons de différents établissements et de différents pays. Leur reproduction consolidera ainsi cette validité et contribuera à leur généralisation.

Une limite découlant directement de la validité externe renvoie à la difficulté de confronter les résultats obtenus à ceux émanant d’autres travaux (internationaux). La comparaison des résultats n’est possible que si les modèles testés sont similaires et les méthodes déployées pour les analyses sont identiques. En effet, en prenant les précautions liées à la diversité culturelle, aux différences dans les techniques d’échantillonnage, à la taille des populations et aux techniques de calcul, la comparaison ne peut s’opérer que pour des échelles identiques, c’est-à-dire composées des mêmes items.

Enfin, ce travail a consisté en un examen essentiellement quantitatif des déterminants de l’intention. Cette approche, si elle garantit à nos yeux une meilleure validité externe des résultats obtenus, aurait cependant bénéficié d’un approfondissement qualitatif. Si notre enquête exploratoire nous a permis de compléter notre connaissance théorique et d’adapter la recherche au contexte d’étudié, nous pensons que le recours à des entretiens individuels permettrait sans doute de mieux comprendre les mécanismes décisionnels, les relations s’établissant entre perceptions de faisabilité et de désirabilité.

2-Les limites conceptuelles

L’une des principales limites de cette recherche est qu’elle ne s’inscrit pas dans une perspective longitudinale, qui aurait permis de mieux voir la dynamique du changement et l’évolution de l’impact de l’enseignement de l’entrepreneuriat sur l’intention entrepreneuriale. Ce critère prend d’autant plus d’importance vu que l’intention est évolutive selon les circonstances ; des facteurs contingents sont susceptibles de la modifier, et par là même d’agir sur la séquence intention-acte et “désorienter” de la sorte, la direction indiquée par l’intention. Ainsi, le passage d’une logique d’intention à une logique d’action (l’acte de création) est difficile à appréhender. Même si l’état des connaissances actuelles permet de poser l’hypothèse de stabilité temporelle de l’intention, force est de constater que le décalage entre l’action et l’intention pourrait empêcher cette dernière de se réaliser. Bien que les facteurs formant les intentions entrepreneuriales aient pu être identifiés, le lien entre les intentions et le passage à l’action n’a pas encore été valideé.

l’intention des étudiantes de créer une entrepriseDe plus, beaucoup moins d’attention a été portée à des variables éducatives, bien que certaines méthodes soient plus efficaces que d’autres pour sensibiliser à l’entrepreneuriat (Dilts et al. ,1999)

Bien que s’inscrivant dans une perspective processuelle intégrant des dimensions rétrospective et prospective, l’intention entrepreneuriale n’explique pas le devenir du processus entrepreneurial. Notre recherche rend compte du processus entrepreneurial à un moment donné (quelques mois avant d’intégrer le marché du travail) et dans un contexte précis (suivi de formations ou de programmes en entrepreneuriat).

Une des limites des modèles d’intention est que « ces modèles occultent la question de l’opportunité de création, probablement parce qu’il est difficile de positionner celle-ci dans un enchaînement causal impliquant l’intention » (Boissin et al., 2009). La découverte d’une opportunité de création est-elle un antérieur à l’intention? Dans sa modélisation du processus entrepreneurial, Bhave (1994) distingue deux types de reconnaissances d’opportunité : à stimulation externe versus à stimulation interne. Dans le cas de la reconnaissance à stimulation interne, l’intention de créer une entreprise précède l’identification d’une opportunité. Dans le cas de la reconnaissance d’opportunité à stimulation externe, l’entrepreneur a identifié une opportunité (nouveaux besoins ou de nouveaux problèmes à résoudre sur un marché), et développe ensuite l’intention entrepreneuriale nécessaire pour exploiter cette opportunité. Notre recherche ne prend pas en compte cette double configuration, car elle n’intègre pas la notion d’opportunité. Elle se focalise sur l’explication de l’intention entrepreneuriale des étudiantes qui ne passeront pas nécessairement à l’acte.

Enfin, une autre limite relève de l’option réductionniste que nous avons réalisée entre les concepts d’entrepreneuriat et de création d’entreprise en assimilant ces deux concepts dans notre étude.

Ces limites ne remettent pas en cause la qualité de l’éclairage, à la fois quantitatif et qualitatif, qui est porté sur l’enseignement de l’entrepreneuriat au Liban. Notre propos reste intégrale et ne peut rendre compte des spécificités des contenus d’enseignement visant un public hétérogène et s’intéressant à un phénomène à différents aspects dont la création d’entreprise n’en est qu’une modalité de devenir entrepreneur.

Les voies de recherche futures

Les limites précédemment évoquées suscitent différentes pistes de recherche. Nous en avons soulignée quelques-unes au cours de paragraphes précédents. Deux voies majeurs nous semblent être, à présent, développées. Elles concernent le prolongement de la présente recherche et l’application à d’autres contextes des modèles d’intention.

En premier lieu s’imposera une étude longitudinale sur le lien intention-acte de création, afin de vérifier la stabilité temporelle de l’intention. En fait, le prolongement principal de cette recherche repose sur l’étude du passage à l’acte et au-delà, de l’engagement des étudiantes dans une création. Nous avons identifié environ 191 étudiantes qui avaient l’intention de participer à la création d’une entreprise, à plus ou moins long terme. Il nous est donc maintenant possible d’étudier en profondeur le passage à l’acte réel de ces étudiantes. En effet, l’intérêt principal de la théorie du comportement planifié repose sur sa capacité finale à prédire des comportements. Il nous reste à savoir combien de nos étudiantes ont réellement franchi le pas et ce qui a démotivé ceux qui n’ont pas finalement agi. De plus, une analyse des étudiantes intentionnelles et non intentionnelles pourra approfondir les résultats.

Notre recherche s’enrichirait également de la comparaison de notre population avec celle des étudiants homme. Une telle étude permettrait de faire le point sur les différences et les ressemblances de l’intention des deux sexes.

Pour tester la validité externe des échelles que nous avons développées, il est indispensable de varier les échantillons. Dans ce cadre, le modèle de Shapero et la théorie du comportement planifié pourraient être utilisés pour étudier d’autres contextes. La prise en compte du rôle des cultures nationales dans le phénomène étudié serait intéressante en vue de faire progresser les connaissances sur l’efficacité et le poids des divers programmes de formation en entrepreneuriat sur les trajectoires des individus. Dans ce cadre, une démarche a été initiée en 2009 sur une vingtaine de pays avec la création d’un Observatoire international des intentions entrepreneuriales des étudiants (Boissin et al., 2009)130.

Enfin, les dernières pistes de recherche qu’il nous semble nécessaire d’explorer concernent le domaine de l’enseignement de l’entrepreneuriat. Premièrement, nous souhaitons valider sur un échantillon plus large et varié notre modèle d’analyse de l’enseignement de l’entrepreneuriat au Liban. L’enquête de terrain consistera à recenser sur le territoire libanais l’ensemble des enseignements, des programmes et des formations en entrepreneuriat, les méthodes pédagogiques en oeuvre, les publics concernés et les objectifs fixés. L’enquête permettra notamment de développer et d’enrichir les différentes pratiques pédagogiques au Liban et de s’interroger sur les pédagogies susceptibles d’être mobilisées pour agir sur les attitudes et les perceptions, et conséquemment sur l’intention entrepreneuriale des étudiants libanais.

Notre travail est ouvert à de nombreux projets de recherche. Il nous reste à traduire notre intention en actions et à nous y engager afin de les faire achever.

L’intention entrepreneuriale des étudiantes
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises

Tables des matières:
PARTIE 1. Le positionnement de la recherche dans le champ de l’entrepreneuriat 28
Chapitre 1- Le positionnement de l’intention en entrepreneuriat
Introduction. 28
I- Fondements théoriques de l’entrepreneuriat 30
I.1-Délimitation du champ de l’entrepreneuriat 31
I.1.1 Quels paradigmes dans la recherche en entrepreneuriat ? 32
I.1.2 La complémentarité des différents paradigmes 37
I.2-Les différentes approches de recherche en entrepreneuriat 43
I.2.1 Les approches selon le mdèle de Gartner 45
I.2.1.1 Approche stratégique 46
I.2.1.2 Approcheindividuelle 49
I.2.1.3 Approche environnement 52
I.2.1.4 Approche processus 53
I.2.2. Approche intention : au carrefour de différentes approches 56
II- L’intention entrepreneuriale au sein du champ de l’entrepreneuriat 59
II.1-Qu’est-ce qu’une intention entrepreneuriale 6
II.1.1 Le concept d’intention : définition et importance 61
II.1.2 La formation de l’intention entrepreneuriale 68
II.1.3 Le contexte de l’intention entrepreneuriale 68
II.2- Place de l’intention dans le processus entrepreneurial 70
II.2.1 Des modèles processuels d’entrepreneuriat 70
II.2.2 L’intention en amont du processus entrepreneurial 74
II.2.2.1Le processus de décision 75
II.2.2.2Le processus de création 78
II.3-Fondements théoriques de l’approche des intentions entrepreneuriales 84
II.3.1 Théorie du comportement planifié 84
II.3.2 Théorie de la formation de l’événement entrepreneurial 89
Chapitre 2- De l’université à l’entreprise : les apports de l’enseignement de l’entrepreneuriat Introduction 93
I – Les enjeux de l’enseignement de l’entrepreneuriat 9
I.1- La définition de l’enseignement de l’entrepreneuriat 98
I.1.1 L’entrepreneuriat : Inné ou acquis ? 98
I.1.2 Les dimensions de l’enseignement de l’entrepreneuriat 101
I.1.2.1 Dimension entrepreneuriale 101
I.1.2.2 Dimension instrumentale 102
I.1.2.3 Dimension technique 102
I.1.2.4 Dimension cognitive 103
I.2- Les objectifs et les méthodes de l’enseignement de l’entrepreneuriat 102
I.2.1 Les objectif d’une éducation entrepreneuriale 103
I.2.1.1 Les objectifs centrés sur les facteurs personnels 105
I.2.1.2 Les objectifs centrés sur le processus entrepreneurial 106
I.2.1.3 Les objectifs centrés sur l’environnement 107
I.2.2 Méthodes pédagogiques 109
I.2.2.1 La diversité des méthodes pédagogiques de l’entrepreneuriat 109
I.2.2.2 La singularité des méthodes pédagogiques de l’entrepreneuriat 113
I.3- L’importance de l’enseignement a la formation de l’intention entrepreneuriale 116
I.3.1 L’impact positif de l’enseignement sur l’intention 117
I.3.2 Intention : outil d’évaluation de l’enseignement 120
II- L’enseignement de l’entrepreneuriat au Liban ou le modèle libanais d’enseignement supérieur 122
II.1 Le cadre spécifique du Liban 123
II.1.1 Le contexte social 123
II.1.2 Le contexte politique et économique 124
II.2 La singularité du modèle libanais d’enseignement supérieur 127
II.2.1 La dualité des universités au Liban 127II.2.2 Un système complexe 128
II.2.1.1 Les universités au Liban : un marché non organisé 128
II.2.2.2 Les universités au Liban : absence de logique interne 129
II.3-Etat des lieux actuels de l’enseignement de l’entrepreneuriat au Liban 131
II.3.1 Les établissements précurseurs 131
II.3.2 Les initiatives privées 133
II.3.3 La nature de la relation U-E au Liban 137
II.3.3.1 Université et entrepreneuriat : une relation récente 138
II.3.3.2 Université et entrepreneuriat : impact limité 140
II.3.3.3 Un modèle à niveaux d’intervention faible 143
Chapitre 3 : Le champ de l’étude : l’entrepreneuriat féminin
Introduction 149
I- La spécificité de l’entrepreneuriat féminin 151
I.1 Les apports des modèles de l’entrepreneuriat féminin 151
I.1.1 Les modèles fondateurs de l’approche genre 152
I.1.1.1 Le modèle de Lacasse 152
I.1.1.2 Le modèle de Lerner, Brush et Hisrich 152
I.1.1.3 Le modèle de Hisrich et Brush 153
I.1.1.4 Le modèle de Shabi et Di Gregorio 154
I.1.1.5 Le modèle de Guyot et al 154
I.1.2 Les recherches reposant sur une conception intentionnelle des femmes 156
I.2 Le profil type d’une femme entrepreneure et des entreprises créées par une femme 157
I.2.1 Le profil socioculturel 158
I.2.2 Le profil psychologique 160
I.2.3 Le profil des entreprises créées 165
I.3 Les difficultés des femmes en tant qu’entrepreneuses 169
II. La diversité de l’entrepreneuriat féminin 173
II.1 L’entrepreneuriat féminin à travers le monde 173
II.2 l’entrepreneuriat féminin au Liban 180
II.2.1 Le monde du travail de la femme libanaise 181
II.2.1.1 Bilan sur la participation économique des femmes travailleuses 182
II.2.1.2 L’inégalité d’accès et de participation économique au niveau du genre 182
II.2.2 Les femmes libanaises et les pratiques entrepreneuriales 183
II.2.2.1 L’intention entrepreneuriale des femmes entrepreneuses libanaises 184
II.2.2.2 Le profil des femmes entrepreneuses libanaises 186
II.2.2.3 Les secteurs économiques et opinions exprimés par les femmes entrepreneuses libanaises 187
II.2.2.4 Les défis économiques des femmes entrepreneuses libanaises 188
II.2.2.5 Le profil de l’entreprise créé par la femme libanaise 190
II.2.2.6 Les contraintes et obstacles rencontrés par les entrepreneuses libanaises 191
PARTIE 2. VALIDATION DU MODELE D’ANALYSE DE L’INTENTION ENTREPRENEURIALE
Chapitre 4: Conception d’un modèle de l’intention entrepreneuriale
Introduction 197
I-un cadre conceptuel modifié
I.1-Les modèles d’intention dans le contexte universitaire 198
I.2- Pourquoi combiner les deux théories ? 208
I.2.1 La complémentarité des deux théories 208
I.2.2 Les limites des théories de l’intention 210
I.2.3 L’importance de mesurer l’enseignement de l’entrepreneuriat 212
II-Les variables du modèle et le corps d’hypothèse 214
II.1 Le cadre conceptuel retenu 215
II.2 La conceptualisation des variables du modèle 216
II.2.1 Les variables principales 217
II.2.1.1 Intention 217
II.2.1.2 Désirabilité 218
II.2.1.3 Faisabilité 219
II.2.2 Les variables complémentaires adaptées au contexte d’étude 220
II.2.2.1 L’attitude personnelle : facteurs psychologiques/individuels 221
II.2.2.1.1 Les motivations 222
II.2.2.1.2 La perception du risque 223
II.2.2.1.3 L’éxpériences de travail 224
II.2.2.1.4 L’évaluation des conséquences 224
II.2.2.2 Norme Sociale 225
II.2.2.2.1 La singularité perçue 226
II.2.2.2.2 Le modèle d’entrepreneur 227
II.2.2.2.3 L’influence de l’entourage 227
II.2.2.3 Le contrôle perçu 228
II.2.2.3.1 L’accessibilité perçue aux ressources 229
II.2.2.3.2 Les conditions environnementales 229
II.2.2.3.3 Les compétences perçues 230
II.2.2.4 La Sensibilisation et Formation en entrepreneuriat (SFE) 231
II.2.2.4.1 Le rôle du contexte universitaire dans l’enseignement de l’entrepreneuriat 232
II.2.2.4.2 La place de l’étudiant dans l’enseignement de l’entrepreneuriat 234
II.2.2.5 La filière d’étude 236
Chapitre 5 : Les acteurs de la formation en entrepreneuriat : préparation au modèle
I-Le mode de raisonnement 242
I.1 Le choix de la combinaison des méthodes qualitatif et quantitatif 242
I.2 Les voies de la recherche : explorer et tester 244
I.3 Vers une approche par la triangulation méthodologique 246
II- La première démarche : enquête exploratoire auprès les enseignants 247
II.1 Les objectifs de l’étude qualitative 248
II.2 Le terrain d’investigation 248
II.3 Le dispositif de collecte de données 250
II.4 L’analyse de contenu 252
III- La deuxième démarche : Le questionnaire auprès les étudiantes 258
III.1 La rédaction du questionnaire 259
III.2 Les précautions prises 274
III.3 La méthode d’échantillonnage 276
III.4. Les modalités d’administration du questionnaire et collecte de données 278
III.5. Le traitement et la description de l’échantillon de référence 280
III.5.1 Le traitement du questionnaire 281
III.5.2 La description générale des données sociodémographiques 282
III.5.2.1 L’âge des répondants 283
III.5.2.2 La classe sociale 284
III.5.2.3 La confession religieuse 284
III.5.2.4 Le cursus antérieur 285
III.5.2.5 L’entrepreneur dans l’entourage 287
III.5.2.6 La formation en entrepreneuriat 288
Chapitre 6 : modèle d’analyse valide de l’intention entrepreneuriale dans un contexte de l’enseignement de l’entrepreneuriat Introduction 290
I. Etude de l’homogénéité des échelles 291
I.1 Une adaptation de la méthode de Churchill (1979) 291
I.2 L’analyse de condensation des échelles 292
I.2.1 Désirabilité 294
I.2.2Faisabilité 295
I.2.3 Attitude 295
I.2.4 Motivation 296
I.2.5 Proactivité 297
I.2.6 Norme sociale 298
I.2.7 Singularité perçue de la femme 298
I.2.8 Influence de l’entourage 299
I.2.9 Contrôle perçu 300
I.2.10 Accessibilité aux ressources 301
I.2.11 Conditions environnementales 301
I.2.12 Compétence technique perçue 302
II. Les Tests Paramétriques et régressions linéaires 304
II.1 Les tests paramétriques 305
II.2 Les régressions linéaires 306
II.2.1 Les déterminants de l’intention entrepreneuriale 307
II.2.2 Les déterminants de la désirabilité 309
II.2.3 Les déterminants de la faisabilité 317
II.2.4 Les déterminants de l’attitude 320
II.2.5 Les déterminants de la norme sociale 326
II.2.6 Les déterminats du contrôle perçu de gestion de l’entreprise 330
III. Discussion des résultats 340
Conclusion Générale