Impact de la privatisation sur les banques privatisées, les expériences mondiales

By 24 December 2012

B- L’impact de la privatisation bancaire sur les établissements bancaires privatisés à la lumière des expériences mondiales

A la lumière de ces considérations concernant la privatisation de banques, un certain nombre d’études récentes ont examiné l’impact de la privatisation sur la performance des banques privatisées. Au niveau multinational, une étude réalisée en 1999 par Verbrugge et al., a examiné la performance des banques récemment privatisées. L’échantillon utilisé par les auteurs était en grands partie dominé par les banques privatisées dans les pays de l’OCDE et incluait seulement six banques des pays en voie de développement. Les auteurs ont indiqué dans les résultats de leur étude que les banques privatisées avaient réalisé une amélioration dans leur performance736.

Dans une autre étude plus récente, réalisée en 2005 par Otcher, l’auteur a examiné les changements réalisés dans la performance des banques après la privatisation et leurs rivales dans les pays à bas-salaire. L’auteur a utilisé un échantillon de 18 banques de neuf pays. Selon lui, les banques privatisées ont réalisé une amélioration marginale de leur performance après la privatisation. Cependant, il a attribué le manque d’amélioration de la performance à deux raisons principales 737:
– L’échantillon utilisé incluait seulement les banques privatisées dans les pays à bas-salaire. Ces pays retenus par l’étude se caractérisent par leurs marchés bancaires faibles et la rigidité des règles organisant ces marchés.
– La plupart des banques de l’échantillon n’ont été que partiellement privatisées. Par conséquent, la propriété du gouvernement a pu réduire l’efficacité économique des banques examinées.

Dans les économies en transition, plusieurs études récentes ont clairement montré que les banques publiques sont moins performantes que les banques privatisées notamment celles possédées par les investisseurs étrangers. Dans une étude effectuée par le F.M.I (2000), il a été indiqué que la rentabilité des banques étrangères était considérablement plus élevé que celle des banques domestiques dans les économies en transition. Ce résultat a été confirmé par Grigorian et Manole dans leur étude plus récente (2002). Ils ont découvert que les banques contrôlées par les investisseurs étrangers étaient plus performantes que les autres banques domestiques738.

Par ailleurs, dans une étude récente, Bonin et al. (2005) ont enquêté sur l’impact de la privatisation sur la performance des banques privatisées dans les économies en transition. Les auteurs ont découvert que la performance financière des banques s’était considérablement améliorée après leur privatisation et que les nouveaux propriétaires, notamment les étrangers, avaient introduire de nouvelles technologies en matière bancaire et développer les activités et les services bancaires739.

Les études menées sur l’impact de la privatisation sur la performance des banques privatisées dans les pays en transition ont nettement montré l’amélioration de la performance des banques privatisées, en outre elles ont enregistré l’importance du rôle des investisseurs étrangers dans le processus de privatisation des banques. Ce dernier résultat a également été confirmé par Abel et Siklos (2004) et Hasan et Marton (2003) pour la Hongrie, et Bonin (2004) pour l’ensemble des pays d’Europe de l’Est. Les auteurs, ont confirmé que l’entrée des investisseurs étrangers dans les capitaux des banques privatisées avait eu pour conséquence la croissance de la performance des banques concernées, l’augmentation de l’efficience post-privatisation, la stabilité du secteur bancaire et financier et l’amélioration des conditions de financement du secteur privé domestique740.

Dans les pays en voie de développement, un certain nombre d’études de ce type ont été effectuées. Dans ce cadre, on peut souligner l’étude réalisée par Boubakri Narjess, Cosset Jean-Claude, Fisher Klaus et Gydehami Omran (2005)741. Dans cette étude, les auteurs ont utilisé un échantillon composé de 81 banques privatisées dans 22 pays en voie de développement. Selon les auteurs, l’étude suggère que les banques examinées sont moins efficaces et moins solvables que les banques restées dans le secteur public et elle vise deux objectifs principaux.

Le premier objectif de cette étude a concerné l’impact de la privatisation sur la performance des banques en examinant leur performance avant et après la privatisation. Les auteurs ont mesurée cet impact par les changements dans la rentabilité, l’efficacité économique, le risque de crédit et la solvabilité des banques examinées. Dans ce cadre, les auteurs ont indiqué que la date considérée de privatisation était la date à laquelle l’Etat vendait tout ou une partie du capital de la banque concernée. En fonction de cette définition de la date de privatisation, 75 % des banques de l’échantillon avaient été partiellement privatisées.

Le deuxième objectif de cette étude est la concentration sur la structure de la propriété après la privatisation pour vérifier si la performance des banques privatisées est en rapport avec l’identité des propriétaires dominants (investisseurs étrangers, groupes industriels, l’Etat).

Les auteurs dans leurs résultats ont conclu que, dans la période post- privatisation, la rentabilité des banques privatisées avait augmenté. L’efficacité économique, l’exposition du risque de crédit et la capitalisation peuvent s’améliorer ou se détruire selon le type de propriétaires. Cependant, avec le temps, les banques privatisées ont réalisé des améliorations considérables dans l’efficacité économique et l’exposition du risque de crédit. Les auteurs ont indiqué également que les banques récemment privatisées qui sont contrôlées par des groupes industriels locaux étaient plus exposées au risque du crédit et du taux d’intérêt qu’avant la privatisation. Tandis qu’au contraire, l’efficacité économique et la solvabilité étaient plus élevées pour les banques contrôlées par les investisseurs étrangers.

Toujours dans les pays en développement, R.G Clarke George, Cull Robert et M. Shirley May (2005) ont résumé les résultats fournis par plusieurs études portant sur la privatisation de banques742. Dans leur étude, les auteurs ont proposé cinq hypothèses relatives à l’impact de la privatisation sur la performance des banques privatisées en fournissant pour chaque hypothèse les études concernées la soutenant ou la réfutant.

Hypothèse 1 : La performance des banques s’améliore après la privatisation :

Selon cette hypothèse, la privatisation a pour conséquence l’amélioration de la performance des banques en limitant l’impact de l’intervention du gouvernement dans les banques étatisées. Selon les auteurs, les études empiriques effectuées dans ce sens affirment que la performance des banques s’est améliorée après la privatisation dans la plupart des cas. Dans ce cadre, ils ont souligné les résultats de l’étende étude observés par Boubakri et al. (mentionnée plus haut) et qui a examiné 81 banques privatisées dans 22 pays en développement en indiquant que dans plusieurs pays, mais pas tous, la performance s’était améliorée après la privatisation. Cette amélioration était plus élevée dans certains pays que dans d’autres.

Hypothèse 2 : Les gains de la performance sont plus petits lorsque le gouvernement reste détenteur d’une part dans le capital de la banque privatisée :

Selon cette hypothèse, les auteurs suggèrent que, comme dans le cas des entreprises non-financières, la privatisation produit des avantages limités lorsque le gouvernement reste propriétaire d’une part majoritaire ou d’une forte minorité dans les banques privatisées. Selon les auteurs, cette hypothèse est confirmée par certaines études. Lors des premières phases de privatisations en République Tchèque et en Pologne, les gouvernements ont gardé une grande partie des capitaux des banques privatisées. Par conséquent, la performance des banques privatisées était moindre que lors des deuxièmes phases de privatisations pendant lesquelles les gouvernements avaient vendu toutes ou la majorité de leurs parts dans les banques privatisées.

Par ailleurs, l’expérience au Brésil et au Nigeria conduit à une conclusion semblable. Au Brésil, dans le cadre de son programme de privatisation, le gouvernement a vendu quelques banques publiques à des investisseurs stratégiques, pendant qu’il retenait le contrôle sur certaines autres banques publiques pour essayer de les restructurer. La performance a été améliorée dans les banques complètement privatisées, mais elle est restée inchangée voir s’est détériorée dans les banques restructurées. De même au Nigeria, les banques totalement privatisées ont réalisé quelques améliorations dans la rentabilité et la qualité du portefeuille contrairement aux banques dont l’Etat continuait de détenir des parts dans leurs capitaux.

En outre, utilisant un échantillon de 21 privatisations bancaires partielles réalisées sur le marché boursier dans neuf pays en développement (Croatie, Egypte, Hongrie, Inde, Jamaïque, Kenya, Maroc, Philippines, Pologne). Otcher a découvert que les parts des banques privatisées n’avaient pas provoqué d’amélioration suffisante sur le marché et que les banques privatisées avaient réalisé une amélioration modeste de leurs performances. L’auteur a indiqué que la part détenue par le gouvernement pouvait expliquer le manque d’amélioration de la performance.

Hypothèse 3 : L’amélioration de la performance est plus grande quand un investisseur stratégique prend le contrôle de la banque privatisée que lorsque les parts de la banque sont vendues sur le marché boursier aux petits investisseurs :

Dans cette hypothèse, les auteurs suggèrent que la performance des banques privatisées est plus grande quand le gouvernement vend ses parts dans les banques privatisées à un investisseur stratégique que lorsqu’il vend ses parts dans ces banques par la voie boursière à de petits investisseurs. Selon les auteurs, la performance des banques privatisées par la vente sur le marché boursier aux petits investisseurs n’a pas engendré d’amélioration après la privatisation dans la plupart des cas, alors que cette performance a entraîné une amélioration dans le cas de la vente hors marché à des investisseurs stratégiques (à l’exception du cas des premières privatisations au Mexique où les ventes aux investisseurs stratégiques n’ont pas engendré de gains dans la performance).

Cependant, dans quelques cas la vente des parts des banques privatisées sur le marché aux petits investisseurs a permis une amélioration de la performance de ces banques. Au Nigeria et lors de la première phase de privatisations en Pologne, la performance des banques privatisées par la voie boursière a été améliorée après la privatisation. En outre, en Australie la privatisation des banques par la vente sur le marché boursier aux petits investisseurs a eu un impact positif sur la performance des banques privatisées. Cela a conduit les auteurs à noter que, la privatisation des banques par la vente sur le marché boursier pouvait engendrer des améliorations notable dans leurs performances, mais à condition que le marché financier soit bien organisé, bien dirigé et bien développé.

Hypothèse 4 : Les gains de la performance sont plus grands lorsque les investisseurs étrangers participent à la privatisation :

Dans cette hypothèse, les auteurs suggèrent que l’amélioration de la performance des banques privatisées est plus importante quand les investisseurs étrangers participent au processus de la privatisation bancaire. Les résultats de certaines études soutiennent cette hypothèse. Ainsi, lors des premières phases de privatisations en République Tchèque et au Mexique, les gouvernements ont interdit explicitement ou tacitement la participation des investisseurs étrangers, la performance ne s’est pas améliorée (cependant le manque d’amélioration de la performance ne peut être attribué uniquement aux restrictions sur la propriété étrangère). En revanche, la performance des banques privatisées s’est améliorée lors des deuxièmes phases de privatisations quand les investisseurs étrangers ont participé au processus de privatisations.

Dans une autre étude portant sur 11 pays appartenant aux économies en transition (Bulgarie, République Tchèque, Estonie, Croatie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovénie, Slovaquie), les auteurs (Bonin et al.–2005) ont observé que, tendais que les banques privées étaient plus efficaces que les banques publiques, les banques possédées par les investisseurs étrangers étaient plus performantes. Par ailleurs, dans leur étude déjà mentionnée portant sur 81 banques privatisées dans 22 pays en développement, Boubakri et al. ont montré que l’efficacité économique et la solvabilité étaient plus élevées pour les banques privatisées par la vente aux investisseurs étrangers.

Hypothèse 5 : La privatisation a plus de succès dans les secteurs bancaires concurrentiels et elle peut accroître de la concurrence sur le marché bancaire :

Les auteurs suggèrent dans cette hypothèse que bien que la compétition soit habituellement une condition de l’efficacité de marché, celle-ci dans le secteur bancaire peut encourager les banques à prendre des risques excessifs, surtout en cas de faiblesse du règlement, et de la surveillance et l’absence d’un système de garantie des dépôts. Cependant, certaines études empiriques montrent nettement que bloquer l’entrée aux nouveaux candidats ne constitue pas une solution à ce problème. En effet, les restrictions défavorables concernant la compétition constituent un facteur important d’instabilité du secteur bancaire.

Dans le cadre de cette hypothèse, les auteurs ont indiqué le manque d’études fournissant des informations détaillées sur l’impact de la compétition et la grande difficulté de répartir l’impact de la compétition sur la performance post-privatisation. En revanche, ils ont montré que certaines études concluaient que la privatisation bancaire, notamment celle réalisée par la vente sur le marché financier, pouvait encourager la compétition dans le secteur bancaire.

Dans ce cadre, Chen, Li et Moshirian ont observé que la décision de la privatisation de la Banque de Chine Hong-Kong a engendré des pertes considérables pour quelques banques rivales et quelques institutions financières (non-bancaires). Cela explique que les actionnaires dans les établissements bancaires rivaux aient attendu une plus grande compétition après la privatisation de la Banque de Chine Hong-Kong. La chute des résultats des institutions financières non bancaires a pu être due au fait que la banque privatisée avait été supposée devenir plus impliquée dans les activités financières après la privatisation.

Par ailleurs, Otcher a montré dans son étude portant sur 21 banques privatisées, dans 9 en pays en voie de développement (mentionnée plus haut) que les banques rivales ont subi des pertes à la suite de privatisations ultérieures. En outre, les résultats de ces études correspondent aux les résultats de l’étude effectuée par Otcher et Chan portant sur la privatisation des banques en Australie (2003). Selon les auteurs, les résultats fournis par Otcher sont particulièrement importants car ils montrent que l’évolution de la performance des banques après leur privatisation a eu pour conséquence une augmentation de la compétition dans le secteur bancaire concerné.

En bref, on peut noter que les expériences mondiales étudiées par la littérature sur l’impact de la privatisation montrent nettement que la privatisation touchant le secteur bancaire réalisent dans la majorité des cas une amélioration enregistrée dans la performance des établissements bancaires privatisés. Dans ce cadre, quelques études récentes, concernant particulièrement les pays en développement, ont montré que cette amélioration de la performance pouvait être plus ou moins grande selon l’identité des propriétaires (groupes industriels locaux, investisseurs étrangers, etc), la méthode de privatisation des banques (la vente sur marché boursier aux petits investisseurs, la vente aux investisseurs stratégiques), ou la part restant détenue par l’Etat dans le capital des banques privatisées.

Lire le mémoire complet ==> (La privatisation du secteur bancaire : Etude comparative entre l’Egypte et la France)
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Université Du Droit Et De La Santé De LILLE 2 – Sciences Economiques et Sociales