L’évolution de l’intermédiation bancaire en France

By 18 December 2012

B- L’évolution de l’intermédiation bancaire

A partir des années quatre-vingt, l’intermédiation bancaire a connu une grande évolution, notamment dans les pays développés. En France, deux phénomènes ont été constatés depuis de cette date. D’une part, la diminution de la part relative des dépôts et des crédits dans les bilans bancaires et d’autre part, la progression majeure de la part relative des ressources rémunérées et des opérations sur les valeurs mobilières184.

En premier lieu, on remarque que l’intermédiation bancaire traditionnelle qui consiste en la collecte des dépôts et l’octroi des crédits a connu une baisse constatée, depuis les années quatre-vingt. En effet, les dépôts bancaires occupaient une place importante en tant que ressource pour les banques dans la majorité des pays jusqu’au début des années quatre-vingt. Mais, à partir de cette période la tendance enregistrée dans la plupart des pays développés a été la diminution de la part des dépôts et des crédits dans les bilans bancaires contre les opérations sur titres.

Ainsi, en France on constate que, à l’actif des banques d’AFB, la part du crédit est passé de 84,9 % en 1980 à 54,9 % en 1993 contre une augmentation en faveur des titres de 4,8 % en 1980 à 22,6 % en 1993. Et au passif, les ressources traditionnelles des banques des dépôts ont diminué de 87,2 % en 1980 à 36,3 % en 1993, dans le même temps les ressources sur titres apparaissent importants. Elles ont représenté 56 % des engagements bancaires en 1993185.

En décembre 2005, comme l’illustre le tableau (1.10), on constate que le poids des opérations avec la clientèle (crédits à la clientèle et dépôts de la clientèle) dans le total situation a continué leur baisse. Ainsi, la part des crédits à la clientèle a passé de 32,7 % du total de l’actif des établissements de crédit en 2004 à 31,5 % en 2005.

Concernant les dépôts de la clientèle, leur part a également diminué de 26,4 % du total du passif en décembre 2004 à 24,9 % en décembre 2005.

Tableau 1.10 – Evolution de la situation

Ensemble des établissements de crédit en France – Ensemble de l’activité

En millions d’euros

2004

2005

Variation

en montant

Variation

En %

EMPLOIS

CAISSE, BANQUES CENTRALES ET DES CHEQUES POSTAUX

Prêts aux établissements de crédit

Crédits à la clientèle Opérations sur titres Valeurs immobilisées Divers

TOTAL DE L’ACTIF

52 629

965 075

1 435 705

1 382 790

325 007

229 040

4 390 246

37 987

989 424

1 627 446

1 841 105

340 736

328 790

5 165 488

– 14 642

24 349

191 741

458 315

15 729

99 770

775 242

– 27,82

2,52

13,36

33,14

4,84

43,55

17,66

RESSOURCES

BANQUES CENTRALES ET OFFICES DES CHEQUES POSTAUX

Emprunts auprès des établissement de crédit

Ressources emprunt de la clientèle

Opérations sur titres Provisions, Capitaux propres Report à nouveau (+/-) Divers

TOTAL DU PASSIF

2 289

1 122 863

1 157 209

1 503 041

349 291

13 109

242 444

4 390 246

3 065

1 181 199

1 283 386

1 975 511

374 878

15 393

332 056

5 165 488

776

58 336

126 177

472 470

25 587

2 284

89 612

775 242

33,90

5,20

10,90

31,43

7,33

17,42

36,96

17,66

Source : Commission bancaire, Rapport annuel, 2005.

Dans ce contexte, on peut indiquer les éléments essentiels qui ont conduit la tendance vers la réduction de l’intermédiation bancaire traditionnelle dans la majorité des pays développés. D’une part, le taux élevé de l’inflation dans les années soixante-dix et l’augmentation corrélative des taux d’intérêt ont incité les épargnants à chercher des placements atteignant un taux de rendement plus fort que les placements bancaires. Ainsi, les épargnants se sont orientés vers le marché financier pour investir leurs épargnes en dépendant des sociétés d’investissement, comme les Sociétés d’investissement à capital variable et les Fonds communs de placement en France186.

D’autre part, le développement constaté des marchés financiers a rendu le recours au financement bancaire par les entreprises très modeste. Ces dernières se sont orientées progressivement vers le financement par le marché financier qui est devenu moins coûteux que le financement par des intermédiaires financiers. Les banques, de leur côté, ont pris deux mesures pour répondre à cette réduction de leurs fonctions traditionnelles d’intermédiation. Elles ont tenté d’un côté de développer leurs activités de crédits en accordant des crédits plus risqués, et d’un autre côté, elles se sont fortement orientées vers les opérations de marché187.

Malgré l’orientation des entreprises depuis les années quatre-vingt vers la diminution du financement par les crédits bancaires et l’augmentation du recours au financement à travers les marchés financiers par l’émission de titres, le rôle des crédits bancaires reste important pour le financement des petites et moyennes entreprises et des ménages. En effet, ces agents économiques n’ont pas la faculté d’intervenir directement sur le marché financier par l’émission de titres. C’est pourquoi ils dépendent du crédit bancaire qui assure leur financement188.

En deuxième lieu, l’évolution de l’intermédiation bancaire a pris trois formes essentielles : le phénomène de mobiliérisation des bilans bancaires (1), la marchéisation des conditions bancaires (2) et le développement des opérations de hors bilan (3).

1- Le phénomène de mobiliérisation

Ce phénomène consiste en la grande progression enregistrée dans les bilans bancaires qui indique clairement la transformation vers les opérations sur titres. En effet, cette transformation importante montre que les banques financent l’économie de façon plus active par acheter les titres émis par les agents à besoin de financement. En outre, elles émettrent des titres pour leur propre compte qui sont devenus une part importante des ressources des banques189.

En France, les opérations sur titres à l’actif des établissements de crédit comprennent trois types (portefeuilles) principaux ; les titres de transaction (titres acquis pour être revendus au cours des six mois) qui occupent la place la plus importante dans le portefeuille-titres des établissements de crédit, les titres de placement (conservés pour une durée plus de six mois, mais dont la revente est vraisemblable selon les opportunités du marché) et les titres d’investissement (titres à revenu fixe comme une obligation et conservés jusqu’à leur échéance)190.

En effet, les titres émis par l’Etat constituent la part la plus importante du portefeuille-titres des établissements de crédit. C’est-à-dire que les établissements de crédit financent amplement la dette publique. Au deuxième rang viennent les obligations étrangères notamment les obligations allemandes et américaines. En outre, l’actif des établissements de crédit comprend les titres de participation et de filiales. Ce type de titres a une nature particulière. Ils sont en effet considérés comme des immobilisations191.

En ce qui concerne le passif des établissements de crédit, les opérations sur titres se composent essentiellement des titres de créance négociables et des obligations. Les premiers constituent la catégorie la plus importante. Ces titres sont émis sur le marché monétaire. Ils comprennent les certificats de dépôts et les bons des institutions et sociétés financières. Ils se caractérisent par leur montant très élevé. C’est pourquoi ils sont souscrits par de grandes entreprises ou des organismes de placements collectifs192.

Dès les années quatre-vingt les opérations sur titres ont représenté une part importante dans les bilans des établissements de crédit en France. Par ailleurs, la part des opérations sur titres augmente de façon régulière dans ces bilans. Ainsi, la part des opérations sur titres dans les bilans des banques d’AFB est passée à l’actif de 4,8 % en 1980 à 34,6 % en 1996. Au passif, cette part est passée de 6 % en 1980 à 41,2 % en 1996.

Par ailleurs, comme l’expose le tableau (1.10), en décembre 2005, la part des opérations sur titres représentaient 35,6 % des emplois des établissements de crédit français en enregistrant une augmentation remarquable qui a atteint 33,14 % entre 2004 et 2005. Concernant les ressources, les opérations sur titres représentaient 38,2 % des ressources des établissements de crédit en enregistrant également une grande croissance (+ 31,43 %) au cours de la même période.

2- La marchéisation des conditions bancaires

L’opération de marchéisation des conditions bancaires consiste à modifier les conditions débitrices et créditrices en s’adaptant aux conditions du marché financier. Ainsi, les banques tentent d’offrir de nouveaux produits plus adaptés aux besoins des clients pour répondre à une grande concurrence dans les activités bancaires notamment l’activité de crédit. En effet, à cause du développement du marché financier (le financement par titres), les entreprises sont devenues la partie la plus forte dans le rapport entre les banques et les entreprises. Cette nouvelle situation a obligé les banques à octroyer aux entreprises des crédits sous conditions débitrices plus favorables et plus adaptées avec les conditions de marché193.

L’opération de marchéisation ne concerne pas seulement les conditions débitrices, mais, elle concerne aussi les conditions créditrices des banques qui consistent en des taux d’intérêt versés par les banques sur les dépôts des clients. Ainsi, en France, la part des dépôts à vue (non rémunérés) à chuté depuis les années quatre-vingt. Au contraire, la part des produits rémunérés aux conditions de marché a clairement augmenté194.

3- Le développement des opérations hors-bilan

Le hors-bilan consiste en des comptes ou des opérations annexés au bilan. Ces comptes comportent les engagements futurs ou potentiels de la banque n’ayant pas donné lieu à un flux de trésorerie195.

Les opérations hors bilan des établissement de crédit ont connu une évolution importante dans la majorité des pays développés. Aux Etats-Unis, la diminution des activités traditionnelles des banques a conduit ces dernières vers le développement des opérations hors bilan qu’ont enregistré une progression majeure depuis les années quatre-vingt. Ainsi, La part des revenus résultant des activités hors bilan, pour les banques américaines, est passés de 19 % sur la période 1960-1980 à 43 % du produit net bancaire en 1999196.

En France, depuis les années quatre-vingt et avec la réduction de l’intermédiation bancaire traditionnelle, le hors-bilan, notamment les opérations à terme sur devise, sur titres et les opérations sur instruments financiers à terme ont enregistré une grande augmentation. Comme le montre le tableau (1.11), la croissance du hors bilan notable dès les années quatre-vingt s’est poursuivie en 2005, ainsi, les opérations enregistrées au hors-bilan, notamment les opérations sur instruments financiers à terme197 ont réalisé une grande croissance entre 2004 et 2005 (+ 21,42 %).

Les engagements sur instruments financiers à terme (51 247 122 millions d’euros) représentaient ainsi près de dix fois le total de la situation (5 165 488 millions d’euros) au 31 décembre 2005.

Tableau 1.11 – Engagements hors bilan

Ensemble des établissements de crédit en France – Ensemble de l’activité

En millions d’euros

2004

2005

Variation en montant

Variation en %

Engagements de financement

En faveur : -d’établissements de crédit

-de la clientèle

reçus : – d’établissements de crédit

– de la clientèle

Engagements de garantie

D’ordre : – d ‘établissements de crédit

– de la clientèle

Reçus : – d’établissements de crédit

– de la clientèle Engagement sur titres Titres à recevoir

dont titres vendus avec faculté de rachat

Titres à livrer

dont titres acheté avec faculté de rachat

Opérations sur devises

Monnaie à recevoir

Monnaie à livrer

Engagements sur instruments financiers à terme

Opérations sur instruments de taux d’intérêt Opérations sur instruments de cours de change Opérations sur autres instruments

90 966

597 198

137 751

17 046

210 122

401 651

231 484

186 623

71 820

1 708

68 106

1 245

2 866 090

2 616 041

42 208 137

38 153 161

959 989

3 094 986

115 848

718 754

159 817

13 915

241 351

520 354

297 891

266 459

93 286

1 800

90 524

3 042

3 298 333

3 224 870

51 247 122

43 590 457

1 214 793

6 441 872

24 882

121 556

22 066

– 3 131

31 229

118 703

66 407

79 836

21 466

92

22 418

1 797

432 243

608 829

9 038 985

5 437 296

254 804

3 346 886

27,35

20,35

16,02

– 18,37

14,86

29,55

28,69

42,78

29,89

5,39

32,92

144,34

15,08

23,27

21,42

14,25

26,54

108,14

Source : Commission bancaire, Rapport annuel, 2005.

En Egypte, comme le montre le tableau (1.12), on remarque que les activités traditionnelles restent représentées des parts importantes dans les bilans des banques égyptiennes notamment au passif des banques (en juin 2006, les dépôts représentaient 74,7 % du total du passif des banques). Cependant, au cours de ces dernières années, ces activités traditionnelles ont connu une baisse notable au actif des banques contre une augmentation importante du portefeuille-titres. Ainsi, la part des crédits bancaires (crédits à la clientèle) a diminué de 53,7 % du total de l’actif des banques en 2002 à 42,5 % en 2006. En revanche, la part du portefeuille-titres a augmenté de 17,7 % du total de l’actif des banques à 25,5 % au cours de la même période.

Ainsi, comme le montre le tableau (1.12) le poste du portefeuille-titres à l’actif des banques a atteint 193 965 milliards de LE en juin 2006, soit 25,5 % du total de l’actif des banques en enregistrant une croissance importante passant de 87 726 milliards de LE en juin 2002 à 193 965 milliards de LE en juin 2005. La progression de la part du portefeuille-titres a été supérieure à 200 % au cours de cinq ans. Cela signifie que le phénomène de mobiliérisation a commencé à tracer son chemin dans les bilans des banques égyptiennes.

Ce portefeuille-titres des banques en Egypte se compose à la manière suivante (en juin 2006) : les bons du Trésor (36,7 % du portefeuille-titres), les obligations de l’Etat (30,9 %), les participations dans les capitaux des sociétés (12,2 %), les titres de la banque centrale (11,1 %), les titres étrangers (6,2 %) et les autres obligations (obligations non gouvernementales) (2,9 %). Ainsi, les titres émis par l’Etat représentent la catégorie la plus importante du portefeuille-titres des banques en Egypte. Cela signifie que les banques participent largement au financement de la dette publique, comme c’est le cas en France.

Tableau 1.12 – Evolution de la situation

Ensemble des banques en Egypte – Ensemble de l’activité (En millions de LE)

Fin juin

2002

2003

2004

2005

2006

– Actif monétaire

– Portefeuille-titres et investissements

– prêts aux banques à l’extérieur

– prêts à la banque centrale

– prêts aux banques locales

– Prêts et escompte (crédits à la clientèle)

– Autres actifs

4 453

87 726

20 002

57 575

25 669

266 100

33 939

5 557

111 337

29 798

84 642

26 232

284 722

35 650

5 412

124 099

43 290

94 882

21 408

296 199

34 814

6 594

139 062

51 204

109 773

15 213

308 195

41 990

6 813

193 965

72 554

109 597

12 098

324 041

42 494

Total du actif = Total du passif

495 464

577 938

633 436

705 146

761 562

– Capital

– Réserves

– Provisions

– Obligations et prêts à long terme

– Emprunts auprès des banques à l’extérieur

– Emprunts auprès de la banque centrale

– Emprunts auprès des banques locales

– Dépôts

– Autres passifs

12 531

11 238

35 869

14 057

11 830

11 277

23 817

340 868

33 977

18 155

11 805

40 099

14 866

16 248

10 301

25 277

403 144

38 043

20 346

11 454

44 584

15 012

10 332

9 579

20 354

416 697

40 078

22 949

12 419

49 541

14 255

12 262

8 011

14 660

519 649

51 400

27 112

13 418

54 950

17 526

8 770

10 379

11 109

568 841

49 457

Source : Banque centrale d’Egypte, Rapport annuel, 2005/2006.

En conclusion, on peut noter que la modification structurelle dans les bilans bancaires consistant en la forte progression des opérations sur titres et la diminution des activités traditionnelles (la collecte des dépôts et la distribution des crédits) résulte de l’évolution des formes de financement des économies notamment les économies développées (la désintermédiation).

Cette évolution enregistrée dès les années quatre-vingt, consiste en la transformation d’une économie d’endettement où le financement des agents à besoin de financement est effectué principalement par les crédits bancaires à une économie de marchés où le financement est accompli essentiellement par l’émission des titres198.

Ainsi, en France dès les années quatre-vingt l’économie française est passée d’une économie d’endettement à une économie de marchés. Le financement d’économie française dès lors est effectué par l’émission de titres plutôt que par les crédits bancaires.

Certains facteurs ont conduit cette transformation dans l’économie française. Ces facteurs consistent essentiellement en l’augmentation notable des titres émis par les entreprises, notamment les plus grandes, depuis l’année 1985, la part importante des titres émis par l’Etat pour financer son fort déficit budgétaire et l’acquisition d’une part importante de ces titres par les banques soit au moment de leur émission ou par les acheter sur le marché boursier199.

En Egypte, malgré les activités traditionnelles demeurent occupant une part importante dans les bilans bancaires, on constate une augmentation notable des opérations de marché dans ces bilans. Cette augmentation est traduite par la progression enregistrée du portefeuille-titres des banques qui comporte essentiellement les titres émis par l’Etat et ceux émis par les entreprises.

Cette progression dans le portefeuille-titres des banques égyptiennes indique que les banques égyptiennes financent l’économie, au moins partiellement, par l’achat des titres émis par les agents à besoin de financement. Cela signifie que l’économie égyptienne est orientée progressivement vers l’économie de marchés.

Lire le mémoire complet ==> (La privatisation du secteur bancaire : Etude comparative entre l’Egypte et la France)
THESE Pour obtenir le grade de DOCTEUR DE L’UNIVERSITE DE LILLE 2
Université Du Droit Et De La Santé De LILLE 2 – Sciences Economiques et Sociales