Les secteurs du tourisme et de l’alimentation durant la crise

By 31 December 2012

B) Alimentation – Grande Distribution

Comme l’avait prédit la première loi d’Engel, le poste de consommation alimentation est celui qui a connu la plus forte baisse dans la structure des dépenses des ménages, passant de plus de31% en 1960 à moins de 16% en 2006. Nouvelle tendance aujourd’hui également puisqu’ il a été annoncé qu’en 2008, et pour la première fois depuis 30 ans, la consommation des ménages réalisée dans les grandes surfaces avait diminué par rapport à 200731. En effet 2008 a été une année particulièrement difficile sur ce secteur à cause notamment de l’augmentation du prix des denrées alimentaires. En décembre 2008 l’ensemble des chaînes d’hypermarchés françaises ont connu une baisse de leurs parts de marché excepté les hard discounters. En 2005 déjà la grande consommation avait été touchée par la montée en puissance du hard discount et des Mdd. En 2008, pour la première fois, la part de marché des hard discounters atteint 14,3% dépassant celle de Carrefour en baisse à 13,2%)32. Le secteur alimentaire a en outre subi de nombreux changements ces dernières années : retour aux commerces de proximité, hard discounts, phénomène bio et la crise aura certainement pour effet d’accentuer ces mutations. Même Michel-Edouard Leclerc lui-même concède « qu’il y a une crise du gigantisme, d’une trop grande standardisation de l’offre »33. Partout en Europe, les supermarchés se livrent une véritable guerre des prix avec un Carrefour particulièrement offensif cette année34. L’entrain pour les produits MDD n’est donc pas anodin et se confirme encore cette année puisque leur croissance dépasse désormais la barre des 30% de part de marché en valeur35. Carrefour, en lançant Carrefour Discount, ne fait rien de nouveau en soi. Ce qui l’est en revanche, c’est d’associer le nom de l’enseigne à ce segment low cost. En Angleterre les distributeurs se sont attaqués plus tôt au renforcement de leurs MDD avec aujourd’hui une part de marché pesant de 40% à 50% du chiffre d’affaires de certains distributeurs36. Un autre courant dans ce secteur : le commerce équitable. Les distributeurs misent également sur un autre type de MDD avec Agir Solidaire chez Carrefour, Entr’aide chez Leclerc et bientôt Fairglobe chez Lidl37. En revanche, même si des marques Bio sont proposées en GMS, cela n’a pas entravé la croissance des magasins spécialisés qui ont vu leur chiffre d’affaires croître de 27% l’an passé38. Concernant le marché des compléments alimentaires, les choses se gâtent. Alors que depuis 10 ans ce marché a profité de l’effervescence du bien être avec un taux de croissance annuel allant de 15 à 25%, on note avec la crise un réel renversement puisqu’en 2008 le chiffre d’affaires de ce secteur a baissé de 1% par rapport à l’année précédente39.

Enfin, dans la restauration, la crise provoque également certains changements. Elle a contribué à accentuer d’une part la fréquentation de la restauration rapide (ticket moyen à 10€) et diminuer d’autre part la fréquentation desrestaurants traditionnels (dont le ticket moyen s’élève à 20€).

C) Tourisme

Le tourisme ne fait pas exception. En 2008 déjà, le premier semestre enregistre une baisse de 6% des touristes internationaux et de 2% sur la seconde moitié de l’année. En janvier et février 2009, l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme) annonce une chute de 7,7% par rapport à l’an passé du nombre de voyageurs dans le monde. Or avec une part du PIB mondiale de 9% et un total de 220 millions d’emplois générés, Jean-Claude Baumgarten, président du Conseil mondial du voyage et du tourisme indique que ce secteur représente « le plus gros employeur au monde ». Sur les mois à venir et notamment à l’occasion de la période estivale 2009, 48% des français envisagent de partir en vacances. Ce chiffre n’est pas très nouveau, en revanche ce qui est l’est, c’est de passer en dessous de la barre des 50%. Sur ce point la hausse importante du chômage contribue à expliquer ce chiffre. Didier Arino40, gérant du cabinet d’études Protourisme explique que lorsqu’il y a un chômeur en plus, cela engendre pour six personnes autour de lui qu’elles vont partir moins en vacances ou changer leurs comportements d’achat. Ceux qui partiront ne vont pas baisser leur budget vacances 41, mais vont plutôt sacrifier la durée de leur séjour. En revanche, près de 46% des français affirment qu’ils vont changer leur façon de gérer leur budget42. En effet, à 75% vs 65% il y a trois ans, les vacanciers vont planifier leur voyage de manière à trouver le meilleur rapport qualité/prix. Pas de budget en moins donc, mais des arbitrages : on va rogner sur le superflu pour se garder de vrais plaisirs. Les deux postes les plus importants, hébergement et alimentation sont ceux qui pâtiront le moins. Les postes sacrifiés seront ceux perçus comme superflus, c’est-à-dire un restaurant au lieu de trois, moins de cadeaux souvenirs, ou encore de prévoir de visiter un très beau parc plutôt que d’en faire deux ou trois43. En ce qui concerne les transports, le low cost est privilégié. Autre grand gagnant de ces changements de comportements : Internet. Les Français choisissent naturellement ce canal pour se renseigner davantage, comparer et partir à la conquête de bons plans. Depuis début 2009 l’e-tourisme explose avec +40% de croissance indique Petra Friedmann, directrice générale d’Opodo France44. En 2008 on comptait déjà 9,2 millions de Français ayant réservé on line leurs prestations de voyage ce qui représente 31% des vacanciers Français de 15 ans et plus partis l’an dernier. Le e-tourisme se positionne comme le 1er poste du e-commerce en France en valeur avec près de 35% explique Guy Raffour du cabinet d’études Interactif45. Internet permet autrement de segmenter les achats offrant aux français la possibilité d’étaler leurs dépenses. Internet permet également aux internautes de se composer leur voyage sur mesure. Selon Petra Friedmann cette tendance va perdurer et elle explique d’ailleurs que chez Opodo, les formules de package sont de moins en moins proposées. GoVoyages remarque en outre que « la tendance est plus aux réservations de dernière minute et aux courts séjours qu’aux semaines complètes »46. A noter que selon Etienne Pauchant, fondateur de la Meta (Mediterranean travel association), de forts taux de croissance (de l’ordre de 40%) sont attendus d’ici 2010 sur le marché des ventes de voyages en ligne au sein des marchés émergents.47

Dans un autre registre, les campings affichent d’excellents résultats. En effet alors que les réservations d’hôtels sont en berne, les campings estiment bénéficier cette année d’une fréquentation record en hausse de 3% par rapport à 2008 (année déjà excellente)48. En effet, 69% des français estiment que les clichés associés au camping appartiennent au passé49.

Autre tendance qui apparaît fortement, l’échange de maison d’hébergement mais aussi le fait de partir à plusieurs. Didier Arino note en effet que 17% des familles partent en tribu, famille recomposées, colocation… Enfin dernière tendance significative : la forte évolution des parcs de loisirs. La France y compte chaque année 50 millions de visiteurs, en progression de 7% en 2008. Sur ce point Didier Arino explique que « les parcs de loisirs sont devenus une destination touristique à part entière, les Français y passent deux ou trois jours, c’est le plaisir partagé en famille à des prix modérés »50. De fait, au cours des 20 dernières années ce secteur s’est beaucoup développé et Renaud Gace51 ajoute de son côté qu’il semble aujourd’hui exister « un potentiel qu’il faut exploiter de manière intelligente »52, d’autant que cette branche ne souffre pas de la crise.

Lire le mémoire complet ==> (La consommation : les enjeux du demain)
Dans un marché en pleine mutation, quelles stratégies adopter alors que la crise impose une vision courtermiste ?
Mémoire de fin d’études
Pôle Paris Alternance