Les privatisations bancaires et les investissements étrangers

By 23 December 2012

B- Les privatisations : impact sur les investissements étrangers

Le lien entre la privatisation et les investissements étrangers apparaît important. D’une part, les investissements étrangers constituent un instrument important pour la réussite du programme de privatisations notamment dans les pays en développement qui n’ont pas d’épargne nationale capable d’assurer la réussite des opérations de privatisations et qui manquent de nouvelles technologies dans les différents secteurs économiques. D’autre part, la privatisation est un élément attractif pour les investissements étrangers à travers l’ouverture du capital des entreprises privatisées aux investisseurs étrangers et la mise en œuvre de mesures visant à la promotion des investissements étrangers pour accompagner les opérations de privatisations.

Selon la littérature relative aux investissements étrangers et les experts des institutions financières internationales, les investissements étrangers ont des effets positifs, en matière de croissance économique, d’emploi et de transfert de technologie, notamment dans les pays en développement. La privatisation constitue, en effet, un élément attractif des investisseurs étrangers directs ou de portefeuilles dans le pays concerné712.

Les pays conduisant un programme de privatisations mettent en œuvre diverses politiques de promotion des investisseurs étrangers pour accompagner leurs opérations de privatisation. Dans ce cadre, une étude effectuée par le F.I.A.S (Foreign Investment Advisory Service) portant sur la période de 1988 à 1993 a montré que 10 % du total des investissements étrangers directs résultaient de la vente de gré à gré dans le cadre de privatisations713.

Par ailleurs, une autre étude a montré que, entre 1988 et 1993, sur 2 279 opérations de privatisations réalisées dans les pays en développement, 671 ont comporté la participation d’investisseurs étrangers, et entre 1988 et 1995, les investissements étrangers ont représenté 58,4 milliards de $US, soit 45 % du total des recettes des opérations de privatisations effectuées au cours de la période considérée. Pour la seule année 1997, la part de l’investissement étranger dans les pays en développement a atteint 149 milliards de $US soit 37 % du total des recettes réalisées714. Ainsi, la privatisation a joué et joue encore, un rôle moteur dans la croissance rapide des flux d’investissements étrangers dans les pays concernés.

En effet, la domination directe ou indirecte de l’Etat sur la plupart des secteurs de l’économie a eu pour conséquence la réduction de l’incitation des investisseurs étrangers à investir sur le marché financier. La mise en œuvre d’un programme de privatisations dans un pays constitue le signe que ce pays conduit des réformes importantes et entend libéraliser son économie. Ce signal est un facteur important pour les investisseurs étrangers qui sont là encouragés à participer largement aux opérations de privatisations, mais aussi à s’implanter dans le pays concerné en dehors des opérations de privatisations. Ainsi, la privatisation peut générer des investissements additionnels consécutivement au programme de privatisations715.

En France, selon les analystes financiers, la faible situation du marché de Paris, à la veille des privatisations était le résultat de l’inquiétude de la part des investisseurs à investir dans une économie dominée par l’Etat disposant directement ou indirectement de plus de 50 % de l’activité économique. Ainsi, à la veille de la politique de privatisation déclenchée en 1986, plus de la moitié des cent premières entreprises françaises par le chiffre d’affaires étaient dépendantes du secteur public (EDF, Thomson, BNP, Crédit Lyonnais, Renault, etc)716.

Grâce à la privatisation, l’incitation des investisseurs internationaux mais aussi des investisseurs nationaux a été augmenté. D’une part, les privatisations ont permis l’introduction sur le marché financier d’un nombre important de valeurs préférées par les investisseurs grâce à leur liquidité et à leur qualité. Le choix de grandes valeurs liquides est donc plus large. Par conséquent, la faculté d’entrer sur le marché pour acheter ou vendre est plus importante. D’autre part, les privatisations ont permis d’augmenter le nombre de secteurs économiques représentés par une ou plusieurs valeurs de grande taille et par conséquent d’augmenter la possibilité de diversification des portefeuilles717.

Par ailleurs, l’ouverture internationale résultant de la politique de privatisations en France a eu pour conséquence le renforcement de la place des investisseurs étrangers en France, notamment à partir des années quatre-vingt-dix. Comme nous l’avons déjà mentionné, les lois relatives aux privatisations avaient prévu que la participation des investisseurs étrangers (non communautaires) devait être dans la limite de 20 % des actions cédées. Cette limitation a été abrogée par la loi n° 96-314 du 12 avril 1996. Par ailleurs, depuis 1993, les personnes physique des Etats membres de l’Union européenne ont pu souscrire des actions des banques et des sociétés privatisées dans les mêmes conditions que les personnes physiques françaises.

En outre, la tranche cédée par le placement institutionnel (auprès des institutionnels français et étrangers) a généralement été répartie en trois zones : la France pour un pourcentage variant entre 25 % et 30 % de l’offre, les Etats-Unis pour un pourcentage variant entre 10 % et 20 % et le reste de monde pour un pourcentage entre 40 % et 65 %. La part acquise par les investisseurs des pays de l’Union européenne était importante. Dans le cas des privatisations du Crédit Lyonnais ainsi que de l’Aérospatiale-Matra, la part cédée auprès des investisseurs institutionnels des pays de l’Union européenne représentait respectivement 65 % et 75 % du placement institutionnel réalisé718.

Toutes ces mesures ont constitué un élément attractif des investisseurs étrangers qui occupent actuellement une place importante en France. Ainsi, selon un enquête réalisée par la société Georgeson shareholder en 2002 et publiée par le Monde, la part possédée par des investisseurs non-résidents dans les sociétés du CAC 40 représentait 42,6 %. Cet enquête a indiqué également le changement réalisé dans le cadre des anciennes entreprises privatisées à la lumière de la montée en puissance des fonds de pensions anglo-saxons. Selon lui, parmi les seize entreprises anciennement privatisées dépendant du CAC 40 ou issues d’entreprises ayant annoncé des informations concernant leur actionnariat, six sont sous contrôle étranger, neuf sont détenues majoritairement par des investisseurs étrangers et une entreprise (Alcatel) est détenue à 50 % par ces investisseurs non-résidents719.

Par ailleurs, une étude publiée par la Banque de France a indiqué que les investisseurs étrangers détenaient 46,4 % de la capitalisation boursière des principales sociétés françaises à la fin de 2005. Selon cette étude qui portait sur 37 sociétés présentes ou entrées dans la composition de l’indice CAC 40, à l’exception d’EADS, Arcelor, Dexia et de ST Microelectronics dont le siège social est situé hors de France, ainsi donc sur les 37 valeurs de l’échantillon, 16 sont désormais détenues à plus de 50 % par des non- résidents, contre 13 en 2004 et 10 en 2002720.

En Egypte, la politique de privatisation menée dès 1991 ainsi que le réaménagement du marché financier organisé par la loi du marché de capital en 1992, ont eu pour conséquence une vraie croissance de la place des investisseurs étrangers en Egypte qui constitue l’effet le plus positif des privatisations égyptiennes. L’ouverture du capital des banques et des autres sociétés privatisées aux investisseurs étrangers (particuliers et institutionnels) sans limite dans le cas de vente hors marché, mais aussi dans le cas de cessions sur le marché boursier, a permis une augmentation notable des participations étrangères dans les capitaux des banques et des sociétés privatisées.

On peut noter que cette croissance des participations étrangères a été importante dans le cadre des privatisations bancaires. L’autorisation aux étrangers de prendre des participations illimitées dans le capital des banques mixtes ou des banques totalement possédées par l’Etat privatisées et le recours du gouvernement, dans certains cas, à la vente de parts importantes dans certaines banques mixtes ou publiques hors marché à des investisseurs étrangers (notamment des banques étrangères), ont permis aux investisseurs étrangers de disposer de parts majoritaires dans plusieurs banques privatisées.

Remarquons, par exemple, que les investisseurs étrangers (établissements bancaires et financiers) disposent actuellement de 90,7 % du capital de la Misr International Bank, 78,38 % du capital de la National Société Générale Bank, 74,6 % du capital de l’Egyptian American Bank, 100 % du capital de la Cairo Barclays Bank, 99 % du capital de la Misr Romanian Bank, 83 % du capital de l’Alexandria Commercial and Maritime Bank, 80 % du capital de la Banque d’Alexandrie (banque déjà totalement possédée par l’Etat) 721.

En 2005 parmi les quatre banques privatisées appartenant au CASE 30 (Indice représentant les 30 valeurs les plus importantes du marché boursier égyptien), deux banques (National Société Générale Bank (NSGB) et Egyptian American Bank) la quasi totalité de leurs capitaux sont détenus par des investisseurs étrangers722.

Ainsi, les privatisations égyptiennes ont laissé un impact positif sur la croissance des investissements étrangers. Dans cette optique, on peut souligner que les investissements étrangers directs en Egypte sont passés de 714 millions de dollars au début des années quatre-vingt-dix à 1 235 millions de dollars en 2000 (le taux de croissance des investissements étrangers est passé de 21,1 % sur la période de 1991 à 1995, à 40,2 % au cours de la période de 1996 à 2000). Ces investissements étrangers ont connu une diminution en 2001 (59 %), puis ils ont recommencé leur croissance en 2002 en réalisant un taux de croissance de 26 % par rapport de l’année 2001723.

Par ailleurs, selon les chiffres annoncés par le Ministère de l’investissement, les investissements étrangers directs en Egypte ont atteint 6,1 milliards de dollars au cours de l’année financière 2005/2006 contre 3,9 milliards de dollars en 2004/2005 et 2,1 milliards de dollars en 2003/2004724.

De plus, les investissements étrangers sur le marché financier ont connu une croissance remarquable avec le programme de privatisations. En 1996, qui a connu une accélération dans le programme de privatisations, la valeur des transactions effectuées par des investisseurs étrangers représentait environ 36 % de la valeur totale des transactions effectuées sur le marché boursier égyptien725. En outre, en 2004, la valeur des transactions effectuées par les investisseurs étrangers a atteint 5,4 milliards de LE en représentant près de 38 % de la valeur totale des transactions effectuées sur le marché boursier726.

Lire le mémoire complet ==> (La privatisation du secteur bancaire : Etude comparative entre l’Egypte et la France)
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Université Du Droit Et De La Santé De LILLE 2 – Sciences Economiques et Sociales