Les privatisations bancaires et la capitalisation boursière

By 23 December 2012

2- Les privatisations et la capitalisation boursière

En France, à la veille des privatisations, la sous-capitalisation de la Bourse de Paris était nettement constatée. Ainsi, la capitalisation de la Bourse de Paris apparaissait très modeste en comparaison à d’autres pays industrialisés. En 1983, la capitalisation boursière de la Bourse française ne dépassait pas 8 % du PIB contre 58 % pour la Bourse de Londres, 53 % pour la Bourse du Japon, 43 % aux Etats-Unis et 13 % en R.F.A702.

En effet, la politique de privatisations conduite en France dès 1986 a eu des effets positifs sur la capitalisation de la Bourse française. La capitalisation boursière du marché français a connu une augmentation notable en passant de 18 % du PIB en 1985 à 35 % en 1995. Par ailleurs, selon les chiffres annoncés par l’Autorité des marchés financiers (AMF) dans son rapport annuel de 2003, la capitalisation de la bourse de Paris (Euronext-Paris) représentait 93 % du PIB à la fin de 2003 en occupant une place moyenne parmi les grandes places financières mondiales derrière le Royaume-Uni et les Etats-Unis et devant le Japon et l’Allemagne. Comme le montre le tableau (4.10).

Tableau 4.10 – Evolution du ratio capitalisation boursière/ PIB (en %) (les principaux pays développés)

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1995

1999

2002

2003

Royaume-Uni

98

195

114

148

Etats-Unis

78

181

108

134

France

35

104

68

93

Japon

81

100

52

74

Allemagne

28

68

35

54

Source : AMF, Rapport annuel, 2003.

Dans ce cadre, on peut noter que la majorité des entreprises privatisées (sociétés ou banques) figurent parmi les premières entreprises de la cote. A la fin de l’année 2001, les entreprises privatisées représentaient plus de 60 % du CAC 40 (Indice représentant les 40 valeurs les plus importantes du marché de Paris)703.

Par ailleurs, les volumes des transactions effectuées sur le marché boursier français ont enregistré une croissance remarquable dès le début du programme de privatisations. La valeur des transactions effectuées sur les actions est passée de 640,3 milliards de francs en 1989 à 1 051 milliards de francs en 1995704. En 2004, les transactions sur action a atteint, selon les chiffres annoncés par l’AMF dans son rapport annuel de 2004, 993,9 milliards d’euros soit une moyenne quotidienne de capitaux échangés de 3,8 milliards d’euros.

Enfin, on peut noter que les privatisations françaises ont joué un rôle important dans le développement de la Bourse de Paris à travers l’introduction de sociétés souvent de taille importante ou multinationales qui a eu pour conséquence l’amélioration de la liquidité du marché en attirant de nouveaux investisseurs pour effectuer des opérations de valeur importante, l’introduction de nouveaux titres permettant l’augmentation des volumes négociés, ainsi que la diversification de l’actionnariat permettant de réduire la volatilité du marché705.

En Egypte, comme nous l’avons déjà mentionné, le marché boursier égyptien constitue l’un des marchés boursiers émergents, à la veille du programme de privatisations déclenché en 1991, l’activité de la Bourse égyptienne était très faible à cause de la domination étatique sur la majorité des secteurs de l’économie (55 % de la production industrielle, 80 % des exportations, 90 % du secteur bancaire et du secteur d’assurances) et du manque enregistré d’organisation juridique et technique du marché. Par conséquent, la capitalisation boursière ne représentait plus que 2,9 % du PIB en 1993.

Cependant, le marché boursier égyptien a connu une évolution notable dès 1993 au début réel du programme de privatisations, notamment dans les années 1995 et 1996 qui ont connu une accélération du programme de privatisation par les pouvoirs publics. Dans ce contexte, il convient de noter que les privatisations touchant le secteur bancaire ont connu une accélération remarquable au cours des années mentionnées. Ainsi, plusieurs tranches des capitaux de la majorité des banques mixtes privatisées ont été cédées sur le marché boursier par des offres publiques de vente durant les années concernées.

Ainsi, on constate une croissance importante concernant le nombre des sociétés enregistrées auprès de la Bourse ainsi que la capitalisation boursière. Le nombre des sociétés enregistrées auprès des Bourses d’Alexandrie et du Caire est passé de 654 sociétés à la fin de 1993 pour une capitalisation totale de 4,117 milliards de LE706 à 770 sociétés à la fin de 1998 pour une capitalisation totale de 81,518 milliards de LE707. La capitalisation boursière du marché a donc augmenté en passant de 2,9 % du PIB en 1993 à environ 29,9 % du PIB en 1998708.

Par ailleurs, une croissance notable du marché a été traduite par les trois indications essentielles du marché, c’est-à-dire le nombre des transactions effectuées, le volume des transactions et la valeur des transactions effectuées. Comme l’indique le tableau (4.11), le nombre de transactions effectuées est passé de 23 000 en 1993/1994 à 2,717 millions en 1996/1997. Concernant le volume des transactions, il est passé au cours de la période considérée de 37 millions à 298 millions en étant multiplié par plus de huit. La valeur des transactions s’est également accrue pendant la même période, passant de 1,536 milliards de LE à 19,637 milliards de LE en étant multipliée par près de douze au cours de quatre ans.

Tableau 4.11 – L’évolution des transactions effectuées sur la Bourse égyptienne entre 1993 et 1997

1993/1994

1994/1995

1995/1996

1996/1997

Nombre des transactions (en milliers)

23

354

482

2 717

Volume des transactions (en millions)

37

56

135

298

Valeur des transactions (en millions de LE)

1 536

2 976

5 662

19 637

Source : Banque centrale d’Egypte, Rapport annuel 1996/1997.

Il convient de souligner que, malgré les problèmes qui touchent la Bourse égyptienne de temps à autre, comme c’est le cas de la plupart des marchés boursiers émergents, le marché boursier égyptien a continué sa croissance commencée avec le programme de la réforme économique en 1991. Comme le montre le tableau (4.12), la capitalisation boursière est passé de 83,140 milliards de LE en 1998, soit 29,9 % du PIB à 456,278 milliards de LE soit 86,7 % du PIB en 2005.

Par ailleurs, on constate une croissance notable concernant le volume des transactions réalisées sur le marché en passant de 715 millions de titres en 1998 à 5 331 millions de titres en 2005. La valeur des transactions a également réalisé une évolution remarquable en passant de 23,363 milliards de LE en 1998 à 160,635 milliards de LE en 2005709.

Tableau 4.12 – L’évolution de l’activité Boursière en Egypte entre 1998 et 2005

Volume des transactions (en millions de titres)

Valeur des transactions (en millions de LE)

Capitalisation boursière

(en millions de LE)

Capitalisation boursière / PIB (en %)

1998

571

23 363

83 140

29,9

1999

1 074

42 056

112 331

34,4

2000

1 108

54 012

119 778

35,6

2001

1 260

31 796

111 338

30,2

2002

834

34 167

120 200

31,1

2003

1 422

27 764

171 922

42,4

2004

2 435

42 375

233 896

52,6

2005

5 311

160 635

456 278

86,7

Source : Ministère du commerce et de l’industrie, Bulletin économique mensuel, août 2006.

Ainsi, on peut noter que les privatisations (concernant le secteur bancaire et les autres secteurs de l’économie) ont constitué un facteur important pour le développement du marché boursier égyptien710 se traduisant par la croissance remarquable de la capitalisation boursière passée de 2,9 % du PIB en 1993 à 86,7 % du PIB en 2005, ainsi que par l’augmentation notable du nombre des transactions, du volume des transactions et de la valeur des transactions effectuées sur le marché qui ont été doublés plusieurs fois depuis le début du programme de privatisations comme nous l’avons mentionné plus haut.

Dans cette optique, on constate que les sociétés privatisées (banques et sociétés non financières) occupent une place importante parmi les sociétés figurant dans l’indice de CASE 30 (Indice représentant les 30 valeurs les plus importantes du marché boursier égyptien). Elles représentaient près de 40 % du CASE 30 en 2005, de même ces sociétés privatisées (banques et sociétés non financières) représentaient plus de 50 % des cinquante sociétés les plus actives sur le marché boursier égyptien en 2005 dont les banques privatisées 14 %711.

Lire le mémoire complet ==> (La privatisation du secteur bancaire : Etude comparative entre l’Egypte et la France)
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707 Banque centrale d’Egypte, Revue économique, Livre 39, N° 2, Secteur de recherches, d’évolution et de publication, Le Caire, 1998/199, pp. 24-30.
708 Ministère du commerce et de l’industrie, Bulletin économique mensuel, août 2006, Accessible sur le site internet du Ministère du commerce et de l’industrie, http://www.mfti.gov.eg
709 Malgré cette évolution importante du marché financier égyptien, il n’y a pas encore de marché d’instruments dérivés (options, swaps, contrats à terme, etc) en Egypte. Ce manque peut être justifié essentiellement par l’insuffisance de savoir-faire chez les opérateurs.
710 Selon une étude effectuée en 2002 portant sur l’effet de la vente des actions des sociétés du secteur d’affaires public (sociétés non financières) sur l’activité de la bourse, la valeur des actions des sociétés privatisées vendues au public représentaient en 2001, 12,64 % de la valeur totale des actions enregistrées négociées, contre 0,23 % en 1993. Par ailleurs, le volume des actions négociées des sociétés privatisées représentait en 2001, 20,76 % du total volume des transactions effectuées sur les actions enregistrées, contre 1,07 % en 1993. Enfin, le nombre des transactions effectuées sur les actions des sociétés privatisées représentaient en 2001 19,87 % du nombre total des transactions effectuées sur les actions enregistrées, contre 5,9 % en 1993.
Voir, ABO KHALIL E., La relation entre la privatisation et la bourse des valeurs, Mémoire, Faculté de commerce, Université d’Ain shams, 2002, pp. 47-51.