Les nationalisations bancaires de 1945 en France

By 18 December 2012

§I : l’ampleur des nationalisations bancaires

L’expérience française en matière d’entreprises publiques est ancienne. Cette expérience se remarque dans le développement de la tradition interventionniste qui remonte au XVIIe siècle avec Colbert277. L’extension du secteur public français s’est faite par quatre vagues de nationalisations. La première vague de nationalisation en France concerne la période de l’après-première guerre mondiale. En effet, la nécessité d’une économie de guerre a conduit l’Etat à intervenir largement dans les industries attachées à la défense (les armements, l’aéronautique, l’acier, la chimie). Après la guerre, l’Etat est intervenu en gérant les biens allemands confisqués lors du traité de Versailles278.

De plus, le désir de relever l’économie a conduit l’Etat à créer le Crédit National en 1919, le Crédit Agricole en 1920, le Crédit Hôtelier en 1923 et à développer des infrastructures avec l’Office du Niger en 1932 et la Compagnie Nationale du Rhône en 1921. En outre, la crise des années 30 a été un facteur de renforcement de l’intervention de l’Etat dans l’économie. Ainsi, l’Etat est intervenu en fournissant une aide aux entreprises en difficulté comme, la Compagnie Générale Transatlantique en 1933, la Compagnie Air France en 1935…etc.279.

La deuxième vague de nationalisations françaises a été conduite en 1936 avec le Front populaire qui souhaitait établir un contrôle par la puissance publique. Cette vague de nationalisations a touché le chemin de fer (1937), les quatre grandes banques de dépôts (1945), la Banque de France (1945), le Gaz de France et l’Electricité de France (1946), les compagnies d’assurance (1946), etc280.

L’économie française a connu une troisième vague de nationalisations dans les années 1950-1960. Cette vague se caractérisait par sa nature technique. Dans les années 1960 en particulier, l’Etat a créé de nouvelles entreprises publiques et a restructuré des entreprises publiques existantes notamment dans les secteurs de pointe. Dans ce cadre, on peut citer la fusion des sociétés Nord-Aviation, Sud-Aviation et la SEREB constituant la Société nationale industrielle aérospatiale (SNIAS), la création de la société des transports par pipeline (TRAPIL), du centre national d’études spatiales et du centre national pour l’exploitation des océans, le réaménagement du Commissariat à l’énergie atomique…etc.281.

Enfin, en 1982 une quatrième vague de nationalisations françaises a touché le secteur industriel (cinq groupes industriels) et le secteur bancaire (36 banques + 2 compagnies financières). Il convient de noter que, selon le rapport d’Haut Conseil du secteur public en 1984, les entreprises publiques françaises représentaient depuis 1982, 100 % des postes, des télécommunications, des chemins de fer, de l’électricité ou du charbon, de 80 à 90 % des transports aériens, du crédit, de l’acier, des constructions aéronautiques, de l’armement, 50 % de la chimie de base, de 30 % à 40 % des assurances, de l’automobile, de l’informatique, du verre et des métaux non ferreux, de 20 % à 30 % de l’électronique et de la pharmacie282.

En revanche, en Egypte, le secteur public existait avant la révolution du 23 juillet 1952, mais il comportait de grands projets estimés nécessaires pour l’économie nationale en laissant tous les secteurs concurrentiels entre les mains du secteur privé. A la suite de la révolution du juillet 1952, l’économie égyptienne a s’est totalement transformée d’une économie capitaliste en une économie socialiste conduite essentiellement par le secteur public.

Ainsi, à partir de l’année 1955, l’intervention de l’Etat dans l’économie a progressivement augmenté. En outre, une grande vague de nationalisations a été déclenchée en 1960 qui a touché les secteurs suivants283 :
– Le secteur bancaire par la nationalisation de trois banques commerciales en 1960 puis de toutes les banques en 1961.
– Le secteur des assurances par la nationalisation de toutes les compagnies d’assurance en 1961.

– Le secteur industriel par la nationalisation totale de 149 sociétés, la participation publique par une part majoritaire (au moins 50 %) dans les capitaux de 86 sociétés et par le même pourcentage dans les capitaux des sociétés opérant dans le domaine de l’exportation de coton (1961), la nationalisation des boulangeries et du transport maritime en 1963, la nationalisation des sociétés pétrolières en 1964, etc.

Ainsi, à la suite des nationalisations des années soixante, l’économie égyptienne a été conduite essentiellement par des entreprises publiques. En fait, jusqu’en 1991 (le début du programme de la réforme économique) le secteur public égyptien représentait 55 % des investissements industriels, 80 % des exportations et 90 % du secteur bancaire et du secteur des assurances284.

Après ces indications générales concernant l’ampleur des mouvements de nationalisations qui ont touché tous les secteurs de l’économie en France et en Egypte, on peut observer que le secteur bancaire a été à la tête des secteurs nationalisés dans les deux pays.

Le secteur bancaire en France et en Egypte a connu certain nombre de nationalisations au cours du XXéme siècle. En France, les nationalisations ont touché le secteur bancaire en 1945 par la nationalisation de quatre grandes banques de dépôts, et en 1982 par la nationalisation de 36 banques et deux compagnies financières (A). En revanche, en Egypte le secteur bancaire a connu une grande vague de nationalisations dans les années 1960 et 1961. Cette vague de nationalisations égyptiennes a touché toutes les banques opérant en Egypte dans cette période (B).

A- Les vagues des nationalisations bancaires en France

On peut distinguer deux vagues de nationalisations bancaires en France, les nationalisations de 1945 (1) et celle de 1982 (2).

1- Les nationalisations bancaires de 1945

Cette phase de nationalisations bancaires (de même que de nationalisations industrielles) était clairement de nature politique. Elle était liée à l’arrivée au pouvoir de partis d’inspiration marxiste. Ainsi, cette phase de nationalisation bancaire avait trouvé son raisonnement dans le prolongement de la vague politique de l’entre-deux-guerres mondiales et du Front populaire. Cette vague politique envisageait de placer sous le contrôle de la puissance politique le « mur d’argent », à savoir les grandes banques, les sociétés concessionnaires de services publics et de sanctionner les entreprises industrielles qui avaient collaboré avec l’occupant allemand285.

En fait, le gouvernement de l’époque avait mené une grande vague de nationalisations qui avait commencé avant la deuxième guerre mondiale (en 1936). Cette vague de nationalisations avait touché la majorité des domaines de l’activité économique (charbon, électricité, pétrole, les principaux moyens de transport, etc.). En conséquence de ces nationalisations industrielles, la volonté des dirigeants de l’époque avait conduit à une prise de contrôle sur le crédit pour lui diriger vers les investissements des entreprises nationalisées286.

Ainsi, la loi du 2 décembre 1945 avait-elle permis la nationalisation de la Banque de France et des quatre grandes banques de dépôts de l’époque. Ces banques étaient le Crédit Lyonnais, la Société Générale, le Comptoir national d’escompte de Paris, la Banque nationale pour le commerce et l’industrie. En mai 1966, les deux dernières banques fusionnèrent pour créer la Banque nationale de Paris (BNP).

On peut noter que malgré que la nationalisation bancaire en 1945 n’ait touché que quatre banques de dépôts, son poids était important. En décembre 1945 le secteur bancaire français comportait à côté des quatre banques nationalisées 429 banques privées. Ce nombre était partagé entre 397 banques françaises et 32 banques étrangères. Selon les chiffres annoncés par la Commission de contrôle des banques, les quatre banques nationalisées dominaient 58,5 % de dépôts bancaires au 31 décembre 1945. En outre, elles disposaient au 31 décembre 1946 d’environ 53 % des guichets existants287.

Lire le mémoire complet ==> (La privatisation du secteur bancaire : Etude comparative entre l’Egypte et la France)
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