Les exploitations familiales spécialisées en fruits et légumes

By 7 December 2012

III.2 – La sélection de la sous-population d’étude : des exploitations familiales spécialisées en fruits et légumes

Le recensement agricole de 2000 contient l’ensemble des exploitations françaises. Comme nous l’avons vu précédemment, nous souhaitons étudier la demande de travail des exploitations familiales qui appartiennent à un secteur particulier, celui des fruits et légumes. Pour ce faire, nous sélectionnons, parmi l’ensemble des exploitations agricoles françaises, une sous-population particulière.

Le recensement de 2000 dénombre plus de 60 000 exploitations professionnelles206 qui produisent des fruits et légumes. Ces exploitations peuvent être très spécialisées dans la production de fruits et légumes ou au contraire ne cultiver ces produits que de façon marginale. Afin de limiter les effets de la composition des cultures sur la composition de la main-d’œuvre, nous nous centrons sur des exploitations relativement spécialisées. En effet, nous ne disposons que de la quantité globale de travail sur une exploitation et ne connaissons pas la logique de répartition de la main-d’œuvre entre les différentes productions de cette exploitation. Il est donc difficile d’étudier des exploitations diversifiées, combinant des fruits et légumes avec d’autres productions moins intensives en travail.

Nous sélectionnons donc les exploitations professionnelles dans lesquelles les fruits et légumes représentent au moins 50% de l’activité agricole207 (26 257 exploitations). Afin de travailler sur des systèmes de production homogènes, nous avons sélectionné trois grandes catégories d’OTEX : les OTEX légumières, les OTEX fruitières et les OTEX mixtes (fruitières et légumières) (22 998 observations). Les définitions des OTEX considérées sont présentées dans le Tableau 46.

légumes

légumes

Tableau 46- OTEX considérées pour la constitution de la sous-population étudiée (MBS fruits et légumes 50% de la MBS totale)

Produit

OTEX

(code)

Définition

Légumes

Légumes de plein

champ

1430

MBS légumes frais de plein champ 2/3 de la MBS totale

Légumes de plein air

2011

MBS légumes frais, melons, fraise en culture maraîchère plein air

2/3 de la MBS totale

2031

MBS légumes frais, melons, fraise en culture maraîchère et fleurs de

plein air 2/3 de la MBS totale

Légumes sous serre

2012

MBS légumes frais, melons, fraise sous verre 2/3 de la MBS

totale

2032

MBS légumes frais, melons, fraise et fleurs sous serre 2/3 de la

MBS totale

Maraîchage mixte

2013

MBS maraîchage 2/3 de la MBS totale autre que 2011 et 2012

Fruits

Fruits

3141

MBS vignes produisant du raisin de table 2/3 de la MBS totale

39

MBS fruits et autres cultures permanentes (hors vigne) 2/3 de la

MBS totale

Fruits et

Fruits et légumes

mixtes

6010

MBS horticulture > 1/3 et MBS cultures permanentes > 1/3

6020

MBS grandes cultures > 1/3 et MBS horticulture > 1/3

6040

MBS grandes cultures > 1/3 et MBS cultures permanentes > 1/3 et

vigne 1/3

6061

1/3< MBS horticulture 2/3 et aucune autre activité > 1/3

6062

1/3< MBS cultures permanentes 2/3 et aucune autre activité > 1/3

Nous souhaitons, de plus, restreindre notre étude aux exploitations familiales. Comme nous l’avons vu dans la Partie 1, la définition de l’exploitation familiale a fait l’objet d’un large débat. Nous avons cependant montré que, même en considérant des critères de définition restrictif fondés uniquement sur la part de main-d’œuvre salariée et qui ne prennent donc pas en compte l’intensivité en travail des exploitations (Critère de Hill [1993] ou de Raup [1986]), le secteur des fruits et légumes français est majoritairement composé d’exploitations familiales (voir supra Partie 1 Chapitre 2 I-2-1).

Dans un premier temps, pour étudier des structures familiales, nous avons éliminé les exploitants célibataires et ceux ne disposant pas d’un réservoir de main-d’œuvre familiale potentiellement active (membres de la famille non co-exploitants ayant entre 15 et 70 ans) : 6 721 observations ont été écartées.

Afin de ne travailler que sur une seule famille, nous avons éliminé les exploitations dans lesquelles au moins un co-exploitant n’est pas directement apparenté à l’exploitant (soit 96 observations).

16 181 exploitations ont été ainsi retenues au sein de notre sous-population.

Comme l’indique le Tableau 6, selon plusieurs des critères de définition de l’exploitation familiale que nous avons présentés dans la Partie 1 (Chapitre 1 II-2-2) (statut juridique, part de la main-d’œuvre salariée), entre 70% et 80% des exploitations de notre sous-population peuvent être définies comme des exploitations familiales au sens strict.

Tableau 47- Place des exploitations familiales au sens strict dans la sous-population étudiée

Critères de définition de l’exploitation familiale

Part d’exploitations familiales dans la sous-population étudiée

Critères touchant à la part de main-d’œuvre salariée

Moins de 1,5 UTA salariées sur l’exploitation

(Critère de Raup [1986] )

Moins de 50% de travail salarié sur l’exploitation

(Critère de Hill [1993]))

72%

71%

Critère du statut juridique

% d’exploitation individuelle

78%

Sources : Agreste Recensement agricole 2000, traitements de l’auteur

Les deux premiers critères de définition présentés ci-dessus sont très restrictifs au sens où ils sont généralement appliqués à l’ensemble du secteur agricole et ne tiennent pas compte du caractère très intensif en travail de la production de fruits et légumes.

Le critère du statut juridique est lui aussi restrictif au sens où un certain nombre de sociétés présentent un caractère familial fort (association entre père et fils…).

Étant donné le caractère restrictif de ces définitions, nous préférons estimer la probabilité des différents régimes de travail sur l’ensemble des 16 181 exploitations sélectionnées.

Afin de vérifier la robustesse de nos résultats, nous estimons aussi le mondèle en éliminant les exploitations qui ne répondent pas à un critère strict de définition de l’exploitation familiale (Critère de Raup [1986]). Les résultats de cette estimation sont présentés en annexe (voir Annexe 4). Ils sont relativement similaires à ceux issus des estimations sur l’ensemble des 16 181 exploitations considérées que nous présentons dans la suite de ce chapitre.

Le Tableau 48 présente le poids de la sous-population que nous étudions par rapport à l’ensemble des exploitations professionnelles produisant des fruits et légumes. Beaucoup d’exploitations françaises produisent des fruits et légumes mais ne sont pas spécialisées dans cette production. Ainsi, notre sous-population ne représente que 25% des exploitations professionnelles produisant des fruits et légumes. Pourtant les exploitations que nous étudions représentent près de 50% de la production française (47% de la MBS fruits et légumes). Elles regroupent, de plus, une part importante de l’emploi total (33% des UTA totales des exploitations produisant des fruits et légumes) et plus importante encore de l’emploi salarié (36% des UTA salariées permanentes et 46% des UTA salariées saisonnières), ce qui justifie de se limiter à ces exploitations pour étudier de manière jointe la main-d’œuvre familiale, la main-d’œuvre salariée permanente et la main-d’œuvre salariée saisonnière.

Tableau 48- Description de la sous-population étudiée par rapport à l’ensemble des exploitations professionnelles ayant des fruits et légumes (FL)

Ensemble des exploitations professionnelles produisant des FL

Sous-population étudiée

Sous-population étudiée/Ensemble (%)

Nombre d’exploitations

61 747

16 181

26

MBS total (104)

598 845

147 348

25

MBS FL (104)

278 149

132 070

47

UTA familiales

99 222

25 350

26

UTA salariées permanentes

30 895

11 174

36

UTA salariées saisonnières

45 854

21 211

46

UTA ETA ou CUMA

1086

215

20

UTA totales

177 057

57 950

33

Sources : Agreste Recensement agricole 2000, traitements de l’auteur

Champ : Exploitations agricoles professionnelles

Lire le mémoire complet ==>

(Demande de travail salarié permanent et saisonnier dans l’agriculture)
Thèse présentée et soutenue publiquement pour obtenir le titre de Docteur en Sciences Économiques
MONTPELLIER SUPAGRO – Centre International d’Études Supérieures en Sciences Agronomiques
École Doctorale d’Économie et Gestion de Montpellier

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206 Au sens de la statistique agricole française : exploitation de dimension économique (MBS) 9 600 € et utilisant au moins 0,75 UTA.
207 MBS fruits et légumes 50% de la MBS totale.