Les caractéristiques des travailleurs OMI selon les employeurs

By 9 December 2012

II.2 – Les caractéristiques générales des travailleurs OMI selon les employeurs

Les entretiens auprès des exploitants ainsi que les lettres expliquant les motifs des demandes à l’administration nous servent de matériaux pour comprendre la perception que les exploitants ont des travailleurs ainsi que les usages qu’ils font du contrat OMI. Nous présentons, tout d’abord, la façon dont les exploitants décrivent, de manière générale, les caractéristiques des travailleurs OMI. Nous explicitons, dans le paragraphe suivant, les différences entre deux types d’exploitations contrastés.

Pour nombre d’exploitants, les travailleurs OMI viennent combler un déficit de main-d’œuvre au moment des récoltes.

Extraits d’entretiens exploitants et des lettres des dossiers de la DDETDP

Les travailleurs OMI pour faire face au déficit de main-d’œuvre locale
« La main-d’œuvre locale est limitée en nombre au moment de la saison », (Entretien exploitant maraîcher).
« On ne trouve personne au moment des récoltes. C’est pour ça qu’on prend des OMI », (Entretien exploitant arboriculteur).
« Nous ne pouvons pas faire face à la récolte sans l’appui de notre équipe d’OMI », (Lettre exploitant arboriculteur).

Cependant, lorsque les exploitants explicitent quelles sont les principales caractéristiques des travailleurs OMI selon eux, celles-ci sont souvent en négatif de celles de la main-d’œuvre locale. Ils suggèrent ainsi que, bien que présente, la main-d’œuvre locale ne correspond pas à leur attentes, à l’inverse des travailleurs OMI.

Les principales caractéristiques de ces travailleurs sont, selon les exploitants, la résistance physique, la motivation, la disponibilité et la fiabilité.

Extraits d’entretiens exploitants et des lettres des dossiers de la DDETDP

Résistance

« C’est un bon travailleur, un bon élément, consciencieux, habitué au travail difficile », (Lettre exploitant arboriculteur).
« Ils sont résistants physiquement », (Entretien exploitant serriste).
« C’est de bons travailleurs, résistants alors que les autres, les locaux, ils abandonnent », (Entretien exploitant arboriculteur).
« Seuls les OMI acceptent un travail aussi pénible », (Entretien exploitant serriste).

Motivations

« Ce sont des personnes volontaires et motivées », (Lettre exploitant maraîcher).
« Ils ont besoin et envie de travailler. C’est pas comme les locaux », (Entretien exploitant serriste).

Disponibilité

« Les locaux n’ont pas forcément de moyen de transport. Eux, ils vivent sur place et sont dispos tout de suite », (Entretien exploitant arboriculteur).
« Qui viendrait le dimanche et les jours fériés pour travailler sous serre en plein été à part des OMI ? », (Entretien exploitant serriste).
« Ils ont une bonne capacité de travail et sont ok pour des heures supp. à l’inverse des gens d’ici », (Entretien exploitant arboriculteur).

Fiabilité

« Nous voulons de la sécurité avec notre main-d’œuvre. Elle doit être fiable et régulière », (Lettre exploitant arboriculteur).
« Les gars de l’ANPE286, ils sont imprévisibles. Ils viennent un jour le lendemain ils ne sont plus là. », (Entretien exploitant arboriculteur).
« On peut compter sur eux, ils sont fiables ; les autres sont toujours absents sans prévenir alors que les fruits subissent des décotes rapides », (Entretien exploitant arboriculteur).
«Les OMI, ils sont toujours présents et réguliers », (Entretien exploitant arboriculteur).
« C’est des travailleurs sérieux », (Lettre exploitant serriste).
« Ils ont des attitudes correctes, ils respectent les consignes, pas comme les locaux », (Entretien exploitant maraîcher).
« Ils sont ponctuels », (Lettre exploitant arboriculteur).

En parallèle de la fiabilité des travailleurs, c’est la fiabilité du système d’introduction lui- même qui est souvent soulignée.

Extraits d’entretiens exploitants et des lettres des dossiers de la DDETDP

Main-d’œuvre sûre d’une année sur l’autre

« Je ne peux pas me permettre de courir aux intérims pour un seul salarié », (Entretien exploitant serriste).
« Avec tes OMI, tu peux enfin établir un planning de production sur plusieurs années. T’as pas peur l’année suivante de pas pouvoir récolter », (Entretien exploitant maraîcher).
« Les OMI c’est une main-d’œuvre sûre», (Entretien exploitant arboriculteur).
« Je ne peux pas prendre le risque de ne pas trouver de main-d’œuvre », (Lettre exploitant arboriculteur).
« Avec les emprunts et les charges, on ne peut pas se tromper sur la qualité de la main-d’œuvre », (Entretien exploitant maraîcher- serriste).

Indispensable

« Sans eux le métier de maraîcher n’existerait plus », (Lettre exploitant maraîcher).
« Il est irremplaçable », (Lettre exploitant serriste).
« Ils sont indispensables à la bonne marche de l’exploitation », (Lettre exploitant maraîcher).
« Leur présence est nécessaire, indispensable au bon fonctionnement de l’exploitation », (Lettre exploitant arboriculteur).

Pour les exploitants, les travailleurs OMI sont une main-d’œuvre formée, compétente, qui a l’habitude de travaux. Ils présentent une réelle expérience des travaux et une bonne connaissance de l’exploitation. Les exploitants soulignent souvent le savoir tacite de ces travailleurs.

Extraits d’entretiens exploitants et des lettres des dossiers de la DDETDP

Formés

« C’est vital pour nous d’avoir des salariés travaillant depuis plusieurs années sur l’exploitation : ils sont capables de correctement ramasser dès le premier jour », (Lettre exploitant arboriculteur).
« Ils sont opérationnels dès le premier jour. On ne perd pas de temps à expliquer », (Entretien exploitant arboriculteur).
« Je passe pas mon temps à leur expliquer la technique. Même les nouveaux OMI c’est les autres OMI qui les forment », (Entretien exploitant maraîcher).
« Ils ont été formés par nous au fur et à mesure », (Lettre exploitant serriste).
« Pour les locaux, le temps de formation est trop long par rapport à la durée du travail », (Entretien exploitant arboriculteur).

Connaissance

« Il connaît et maîtrise son travail », (Lettre exploitant serriste).
« Ils connaissent les lieux », (Lettre exploitant maraîcher).
« Ils connaissent le travail et le matériel », (Lettre exploitant maraîcher- serriste).
« Ils ont une bonne connaissance des différentes variétés de fruits, des différentes parcelles, ils savent ce qu’il faut faire », (Entretien exploitant arboriculteur).
« Ils savent comment marche l’exploitation », (Entretien exploitant serriste).

Habitude/ expérience

« Ils sont habitués à notre exploitation et à notre façon de travailler », (Lettre exploitant arboriculteur).
« Ils ont beaucoup d’expérience », (Entretien exploitant serriste).
« Ils sont habitués au travail, à l’exploitation…À nous aussi », (Entretien exploitant maraîcher).

Compétence

«Ce sont des travailleurs très compétents », (Lettre exploitant maraîcher).
« Ils ont une vraie compétence, un vrai savoir-faire », (Lettre exploitant arboriculteur).

Les travailleurs OMI sont souvent rémunérés au coefficient minimum du barème de la convention collective287 . Ce coefficient correspond, selon la convention collective, à un statut de « manœuvre agricole » sans qualification ni autonomie. Pourtant, les exploitants mettent en avant certaines caractéristiques des travailleurs OMI qui s’opposent à cette désignation de manœuvre agricole. Les travailleurs sont parfois spécialisés sur des tâches spécifiques et semblent disposer d’une réelle qualification.

Extraits d’entretiens exploitants et des lettres des dossiers de la DDETDP

Spécialisation des travailleurs et qualification

« Mes OMI, ils sont maintenant spécialisés sur certaines tâches », (Entretien exploitant maraîcher).
« Les locaux tu peux pas les fidéliser à un poste précis. C’est pas du tout ce qu’on recherche », (Entretien exploitant maraîcher).
« C’est mon OMI qui a la responsabilité du traitement de la tomate. Il est spécialisé maintenant. Il est très bon même », (Entretien exploitant serriste).
« Ils sont spécialisés dans le repiquage », (Lettre exploitant maraîcher).
« Je les ai formés, ils ont la qualification qu’il me faut maintenant. La pollinisation, c’est pas tout le monde qui sait faire. », (Entretien exploitant maraîcher-serriste).
« Les locaux ils ne sont pas aptes à traiter avec la poudreuse et la sulfateuse à dos. Ils connaissent pas », (Entretien exploitant maraîcher-serriste).
« Mes OMI ont suivi des stages de taille et forment maintenant mes ouvriers », (Lettre exploitant arboriculteur).

Deux qualités supplémentaires sont souvent soulignées par les exploitants : selon eux, les travailleurs OMI sont polyvalents et autonomes. Ils peuvent même occuper des postes à responsabilités au sein de l’exploitation et seconder l’exploitant.

Extraits d’entretiens exploitants et des lettres des dossiers de la DDETDP

Polyvalence

« Ils sont polyvalents, si y a besoin ils me remplacent », (Entretien exploitant maraîcher).
« Il a l’expérience dans la culture de melon et de fraises et aussi dans l’entretien de l’exploitation hors période de culture. Il peut tout faire », (Lettre exploitant maraîcher-serriste). Autonomie, gestion de l’exploitation
« Ils peuvent m’aider à encadrer d’autres personnes pour la récolte, celles qui changent chaque année », (Entretien exploitant arboriculteur).
« Ils gèrent les équipe de saisonniers », (Lettre exploitant arboriculteur).
« Ils sont autonomes et me secondent », (Lettre exploitant maraîcher).
« Il me sécurise pendant mes absences », (Lettre exploitant maraîcher).
« Ils savent faire marcher le travail sans ma présence », (Entretien exploitant serriste).
« J’ai confiance en eux si je suis au MIN288 ou en livraison. Je sais qu’ils sauront réagir à un problème », (Entretien exploitant maraîcher-serriste).
« Ils sont autonomes et c’est pas négligeable parce que je suis tout seul moi », (Entretien exploitant maraîcher).
« Moi je m’occupe de la vente et des livraisons et lui il gère l’exploitation », (Entretien exploitant maraîcher-serriste).
« Je l’ai formé. Il est indispensable à mon exploitation car je suis au marché le matin », (Lettre exploitant maraîcher).

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(Demande de travail salarié permanent et saisonnier dans l’agriculture)
Thèse présentée et soutenue publiquement pour obtenir le titre de Docteur en Sciences Économiques
MONTPELLIER SUPAGRO – Centre International d’Études Supérieures en Sciences Agronomiques
École Doctorale d’Économie et Gestion de Montpellier

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286 Agence Nationale Pour l’Emploi.
287 Parfois le coefficient est supérieur à 100, mais depuis 2000, les niveaux de salaire des coefficients les plus bas se sont rapprochés.