L’effet de la privatisation bancaire sur la performance des banques en France

By 24 December 2012

§ II : L’impact sur la performance des banques privatisées et le développement du secteur bancaire dans les deux pays étudiés

Dans les deux pays étudiés, comme nous l’avons déjà mentionné, l’impact de la privatisation bancaire sur la performance des banques privatisées n’est pas largement étudiés. Cependant, l’examen des résultats des banques privatisées avant et après la privatisation, ainsi que la comparaison des résultats d’un groupe de banques privatisées avec ceux d’un groupe comparable de banques publiques au cours de la même phase conjoncturelle, montrent globalement que les privatisations bancaires ont eu des effets positifs sur la performance des banques privatisées dans les deux pays (A).

Par ailleurs, les privatisations touchant le secteur bancaire dans les deux pays étudiés ont laissé également un impact positif sur les autres aspects de développement du secteur bancaire (B).

A- L’impact sur la performance des banques privatisées

En France, au contraire des expériences mondiales mentionnées précédemment, l’impact de la privatisation sur la performance des banques privatisées n’a pas fait l’objet d’études particulières. En fait, les conjonctures économiques suivant la première vague de privatisations (1986-1988), mais également la deuxième vague de privatisations (dès 1993) ont rendu difficile la mesure précise de l’impact de la privatisation sur la performance des banques privatisées par la comparaison de leur performance avant et après la privatisation.

Pour les privatisations entre 1986-1988, la crise boursière qui a accompagné l’introduction en Bourse de l’action de Suez en 1987, a brouillé les différences de performance des banques privatisées avant et après la privatisation. En effet, la chute des cours ne concernait pas seulement l’action de Suez mais elle était un mouvement général affectant les résultats de toutes les banques en même temps (les banques privatisées et les banques restées dans le secteur public)743.

En ce qui concerne la deuxième vague de privatisations (commencée en 1993), on constate que le nombre de banques privatisées était plus faible qu’en 1987. De plus, cette période connaissait un état de récession économique, ainsi qu’une crise bancaire à la suite d’une crise immobilière qui avait touché le secteur bancaire français dès le début des années quatre-vingt-dix et jusqu’en 1996. Ces conjonctures économiques et financières ont eu des effets négatifs sur les résultats de toutes les banques privatisées ou publiques744.

Cependant, l’analyse des résultats des groupes bancaires privatisés entre 1986 et 1988 peut donner une indication importante sur le développement de la performance de ces groupes bancaires après leur privatisation. L’impact de la privatisation sur la performance de banques privatisées en France peut être également mesuré par la comparaison des résultats d’un groupe de banques privatisées avec les résultats d’un autre groupe de caractéristiques proches composé des banques restées dans le secteur public au cours de la même phase conjoncturelle (1).

En Egypte, la privatisation bancaire apparaît relativement récente (commencée effectivement en 1993 et n’est pas encore terminée). Par conséquent, l’impact de la privatisation sur la performance des banques privatisées n’est pas largement étudiée. Dans le cadre de notre traitement de l’impact de la privatisation sur la performance des banques privatisées en Egypte, nous comparerons, dans un premier temps, les résultats d’un échantillon de banques privatisées avant et après la privatisation, puis dans un deuxième temps, nous comparerons les résultats d’un groupe de banques privatisées avec les résultats d’un autre groupe de banques publiques au cours de la même phase conjoncturelle (2).

1- L’effet de la privatisation sur la performance des banques privatisées en France

L’impact de la privatisation sur la performance des banques privatisées en France sera étudié par l’analyse des changements dans les résultats des groupes bancaires privatisés entre 1986 et 1988 pour vérifier l’évolution de leur performance après la privatisation (a), ainsi que par l’analyse des résultats d’une étude portant sur la comparaison des résultats des groupes bancaires et des groupes industriels privatisés entre 1986-1988 et ceux privatisables de 1993 au cours de la période de 1989 à1992 (b).

a) L’évolution de la performance des groupes bancaires privatisés entre 1986 et 1988

L’analyse de l’évolution des résultats nets des banques privatisées (1986-1988) montre que, globalement la performance des banques privatisées a été amélioré après leur privatisation. Cette amélioration se traduit par l’accroissement enregistré des résultats nets des banques privatisées après leur privatisation.

Tableau 4.14 – L’évolution des résultats nets des banques privatisées entre 1986-1988

En milliards d’euros

1985

1986

1987

1988

1989

1990

1991

1992

1993

Paribas (1987) Sogénal (1987) BTP (1987) BIMP (1987) CCF (1987)

Société Générale (1987) Suez (1987)

1,52

0,07

0,05

0,01

0,26

1,62

1,52

1,68

0,13

0,06

0,02

0,36

2,30

0,83

1,73

1,66

0,04

0,03

0,43

2,37

2,13

2,56

0,16

0,09

0,05

0,56

3,04

2,69

3,45

0,18

0,10

0,05

0,70

3,56

4,06

2,54

0,01

0,09

0,06

0,81

2,68

3,72

-0,18

0,04

0,06

0,02

0,92

3,37

3,84

0,89

0,84

-0,72

-0,34

0,98

3,27

-1,87

2,74

0,15

-0,14

0,001

1,08

3,61

-2,10

Ensemble

5,05

5,38

8,39

9,15

12,10

9,28

8,07

3,05

5,34

– Le tableau élaboré à partir des statistiques publiées dans l’ Expansion, N°s 297- 392- 416- 464- 487- 488.

Comme l’illustre le tableau (4.14), dans l’ensemble, les banques examinées ont amélioré leurs résultats nets après la privatisation et jusqu’à 1989. En 1989 (deux ans après la privatisation), les résultats nets de l’ensemble des banques privatisées ont progressé de 139,6 % par rapport à celui de 1985 (deux ans avant la privatisation). Dans ce cadre, on remarque que toutes les banques privatisées examinées ont réalisé une croissance notable dans leurs résultats nets après leur privatisation et jusqu’à 1989. Par exemple en 1989, les résultats nets de la Société Générale, de Paribas et de Suez ont augmenté respectivement de 120 %, 127 % et 167 % par rapport à leurs résultats nets de 1985.

Par ailleurs, le taux de la croissance des résultats nets de l’ensemble des banques examinées après la privatisation était nettement plus élevé que celui réalisé avant la privatisation. Ainsi, entre 1985 et 1986 (avant la privatisation réalisée en 1987) le taux de la croissance des résultats nets de l’ensemble des banques privatisées a atteint 6,5 %. En revanche, on remarque que, l’ensemble des banques examinées ont réalisé un taux de croissance des résultats nets de 32,24 % entre 1988 et 1989 (après la privatisation).

A partir de 1990, les résultats nets des banques privatisées ont enregistré une baisse passant de 12,1 milliards de francs en 1989 à 3,05 milliards de francs en 1992. On peut donc souligner la chute importante des résultats nets de la BTP et de la Compagnie financière de Suez qui ont subi des pertes en 1992 et 1993. En 1993, les résultats nets des banques privatisées ont enregistré une amélioration en passant de 3,05 milliards de francs en 1992 à 5,34 milliards de francs en 1993. Malgré la chute des résultats des banques privatisées à partir de 1990, les résultats nets de l’ensemble des banques privatisées en 1993 (5,34 milliards de francs) sont restés supérieurs aux résultats nets de 1985 (5,05 milliards de francs).

Il apparaît important de souligner que la chute des résultats des banques constituait à cette époque un mouvement général affectant les résultats de toutes les banques françaises en même temps (banques privées, banques publiques, banques mutualistes). En effet, ce mouvement était le résultat d’une crise économique (le taux de la croissance du PIB en France avait chuté de 2,4 % en 1990 à 0,6 % en 1991) et une crise bancaire majeure touchant le secteur bancaire français au début des années quatre-vingt-dix.

Cependant, malgré la dégradation des résultats nets des banques privatisées entre 1990 et 1992, ces banques sont restées plus rentables que leurs homologues publiques au cours de cette période économique difficile comme le montre l’étude proposée ci- dessous.

b) La comparaison des résultats des groupes industriels et des groupes bancaires privatisés entre 1986-1988 avec les résultats des groupes industriels et des groupes bancaires privatisables de 1993

Dans une étude réalisée en 1994745, les auteurs ont comparé les résultats (les Chiffres d’affaires et les Bénéfices nets) des entreprises privatisées entre 1986-1988 avec ceux des entreprises privatisables de 1993 pendant une période de quatre ans de 1989 à 1992. En effet, cette période a connu un état de récession de l’économie française et une crise bancaire majeure qui a touché le secteur bancaire français jusqu’à 1996. Ainsi, la comparaison visait à observer les comportements économiques des privatisées et des privatisables dans ces conjonctures économiques difficiles.

Selon les auteurs, ils ont été confronté à certains problèmes techniques lors de la comparaison entre l’ensemble des quatorze entreprises privatisées en 1986-1988 et les vingt et une entreprises privatisables de 1993. Ces problèmes consistaient essentiellement en :
– L’existence de groupes de communication et de holdings financiers dans le seul ensemble des privatisées de 1986-1988, et de groupes d’assurances qui ne figuraient cette fois que dans l’ensemble des privatisables de 1993.
– Les champs d’activités de deux sous-ensembles de firmes industrielles n’étaient pas exactement les mêmes.

Pour ce qui est du premier problème, les auteurs, ont comparé les seuls résultats des groupes bancaires en excluant ceux concernant les groupes de communication et d’assurances et en incluant pour les privatisées de 1986-1988 les seuls produits nets des branches bancaires de Suez et de Paribas. En ce qui concerne le deuxième problème technique, les auteurs ont précisé que « il apparaît en fait que, même si les activités diffèrent, l’unité de l’activité industrielle exercée à un certain niveau de taille et pour un volume d’activité comparable demeure. Elle peut constituer, une fois que l’on a ramené les chiffres à des propositions et à des pourcentages d’évolution, l’objet de comparaison qui sans être parfaites ont un degré de signification très raisonnable quant aux comportements économiques respectif des privatisées et des privatisables du secteur industriel »746.

Dans les résultats de leur comparaison, les auteurs ont indiqué que, pour l’évolution des chiffres d’affaires des groupes privatisés de 1986-1988 et des groupes privatisables de 1993, les résultats étaient les suivants :

Pour les groupes privatisées entre 1986-1988, on observait une augmentation dans les chiffres d’affaires atteignant un total de + 25,35 % sur la période de 1989 à 1992. Les groupes industriels (hors les groupes de communication) avaient réalisé une augmentation plus forte (7,62 %, 9,60 %, 6,59 %) que les groupes bancaires (y compris les branches bancaires de Suez et de Paribas) (1,02 %, 10,82 %, 2,63 %) sur la période de 1989 à 1992 comme le montre le tableau (4.15).

Tableau 4.15 – L’évolution des chiffres d’affaires des groupes privatisées entre 1986-1988

En %

1989/1990

1990/1991

1991/1992

Les groupes industriels

7,62

9,60

6,59

Les groupes bancaires

1,02

10,82

2,63

Total

6,60

9,78

6

A la lumière de ces résultats, les auteurs ont conclu que, globalement les chiffres d’affaires des privatisés avaient augmenté assez nettement lors de la récession de 1991. La baisse enregistrée sur la période 1991/1992, du taux de croissance du CA total n’était pas fortement marquée en évoluant dans une marge relativement étroite de 9,78 % à 6 %. Dans ce cadre, les auteurs ont montré que les produits nets bancaires des groupes bancaires et financiers avaient chuté de manière plus significative que ceux des groupes industriels qui fluctuaient dans une marge nettement plus étroite.

En bref, les auteurs ont noté sur ce point que « l’ensemble des privatisées, s’il accuse assurément le coup de la récession sur le plan de l’évolutions de son CA, le fait à la fois avec retard et dans des proportions relativement modérées »747.

En ce qui concerne l’évolution des chiffres d’affaires des groupes privatisables de 1993, les résultats de la comparaison ont montré que cette évolution était de 3,77 %, 4,6 %, – 1 % pour les groupes industriels et de 9,42 %, 9,4 %, 5,7 % pour les groupes bancaires sur la période de 1989 à 1992. La progression du CA de l’ensemble des privatisables de 1993 a été de 8,49%, 6,9 %, 2,6 % comme l’indique le tableau (4.16).

Tableau 4.16 – L’évolution des chiffres d’affaires des groupes privatisables de 1993

En %

1989/1990

1990/1991

1991/1992

Les groupes industriels

3,77

4,6

– 1

Les groupes bancaires

9,42

9,4

5,7

Total

8,49

6,9

2,6

Selon ces résultats, au début de la période, les groupes privatisables apparaissaient plus performants que les groupes privatisés. Ensuite, cette performance, malgré une relative résistance des groupes industriels, a connu un grand retournement en 1991. Sur la période de 1990/1991 à 1991/1992, les deux sous-groupes (les groupes industriels et les groupes bancaires) ont connu une chute de performance nettement supérieure à celle des groupes privatisées entre 1986-1988. Dans ce cadre, les groupes industriels ont connu des infléchissements plus marqués que les groupes bancaires et leurs homologues privatisés qui les ont conduits à des évolutions négatives en 1991/1992.

En fonction de ces résultats concernant l’évolution du CA des groupes privatisables de 1993, les auteurs ont abouti au constat suivant : relativement aux groupes privatisés entre 1986-1988, les groupes inscrits sur la liste de privatisables de la loi de juillet 1993 semblaient effectivement supporter globalement, mais de façon assez forte, le coup de la récession sur le plan de l’évolution de leur CA.

Au niveau des bénéfices nets des groupes privatisées entre 1986-1988 et des groupes privatisables de 1993, les résultats étaient les suivants :

Pour les groupes privatisés entre 1986-1988, comme l’expose le tableau (4.17), l’évolution du taux des bénéfices nets était de + 11,36 %, 9,83 %, – 14,41 % pour les groupes industriels et de -16,40 %, – 15,87 %, – 53,59 % pour les groupes bancaires. Ainsi, la progression pour l’ensemble était de –3,03 %, – 1,66 %, -29,41 %.

Tableau 4.17 – L’évolution des bénéfices nets des groupes privatisés entre 1986-1988

En %

1989/1990

1990/1991

1991/1992

Les groupes industriels

11,36

9,83

– 14,41

Les groupes bancaires

– 16,40

– 15,87

-53,59

Total

– 3,03

-1,66

-29,41

A la lumière de ces résultats, les auteurs ont enregistré que les BN des deux sous- groupes privatisés se maintenaient approximativement de la période de 1989/1990 à 1990/1991, l’aggravation de la crise se traduisant pour eux par une stagnation des résultats. Ensuite, les BN ont nettement chuté notamment pour les groupes bancaires (- 53,59 % en 1991/1992). Ainsi, les groupes privatisés n’étaient pas atteints immédiatement par le creux conjoncturel de 1991, en outre, les stratégies économiques adoptées par les groupes privatisés ont permis le maintien de leurs bénéfices nets avant d’enregistrer en 1991/1992, les contrecoups du ralentissement de l’activité générale.

En ce qui concerne l’évolution des bénéfices nets des groupes privatisables de 1993, on constate que, cette évolution était de – 62,5 %, – 35,5 %, – 110,5 % pour les groupes industriels. En revanche, la progression des BN des groupes bancaires privatisables était de – 16,8 %, 11,9 %, – 105,3 %. La progression de l’ensemble des groupes privatisables de 1993 était de – 42,3 %, – 14,1 %, – 86,8 %, comme l’explique le tableau (4.18).

Tableau 4.18 – L’évolution des bénéfices nets des groupes privatisables de 1993

En %

1989/1990

1990/1991

1991/1992

Les groupes industriels

– 62,5

– 35,5

– 110,5

Les groupes bancaires

– 16,8

11,9

– 105,3

Total

– 42,3

– 14,1

– 86,8

A la lumière de ces résultats, les auteurs ont noté que, l’ensemble des infléchissements de tendance se suivaient, mis à part l’évolution du CA des groupes bancaires et financiers en 1990/1991. Ainsi, en 1990/1991 les BN de l’ensemble des privatisables avaient baissé mais moins qu’en 1989/1990. La chute des résultats enregistrée, par la suite, était nettement plus grave que celle des privatisés en passant de – 35,5 % en 1990/1991 à – 110,5 % en 1991/1992 pour les groupes industriels et de 11,9% à –105,3 % pour les groupes bancaires et financiers (ce qui montre en moyenne une accélération enregistrée du phénomène de plongée vers le bas des bénéfices qui s’étaient transformés en pertes en 1992).

Au total, la mise en rapport des évolutions respectives des chiffres d’affaires et des bénéfices nets des groupes privatisés de 1986-1988 (les groupes industriels et les groupes bancaires) et des groupes privatisables de 1993 (les groupes industriels et les groupes bancaires) permet d’observer les conséquences suivantes748 :
– Pendant la période de ralentissement conjoncturel qu’a connu l’économie française en 1991, les entreprises privatisables de 1993 (publiques) ont été gérées de façon plus risquée que les entreprises privatisées entre 1986-1988, ce qui a eu pour conséquence le manque enregistré de leur performance engendrant des pertes en 1992.
– Dans une première période, les entreprises privatisables ont réalisé des profits relativement élevés, grâce à leur stratégie portant sur la compression/réduction de la masse salariale, ainsi que leurs stratégies à moyen-long terme concernant notamment, leurs investissements, leurs placements financiers, leurs tactiques d’endettement et la forme des opérations de croissance externe.
– Dans une deuxième période, le ralentissement général de l’activité a augmenté les difficultés et les problèmes des privatisables de 1993 dûs à l’absence de ressources nécessaires pour arrêter la chute des résultats.
– Ces difficultés accrues des entreprises privatisables ont résulté du faible niveau de leur compétition hors-prix, de l’importants coûts sociaux, de l’organisation découlant des plans sociaux que elles avaient engagés, de l’adoption de stratégies spéculatives et des retournement du marché immobilier et de la diminution notable du concours de l’Etat actionnaire depuis plusieurs années.
– En revanche, les entreprises privatisées se caractérisaient par leurs stratégies économiques moins risquées que leurs homologues privatisables. Ces stratégies économiques des privatisées les ont conduites à être relativement plus performantes que les privatisables.

Selon les auteurs, les conséquences citées plus haut sont conformes à l’étude comparée des taux de profit entre les deux ensembles des groupes privatisés et des groupes privatisables. Une des mesures les plus intéressantes du taux de profit consiste dans le rapport entre l’excédent brut de l’exploitation des firmes et leur valeur ajoutée. Dans le cadre de cette comparaison, le taux du profit a été simplement mesuré par le rapport entre les bénéfices nets et les chiffres d’affaires des entreprises concernées. Selon les auteurs, cette mesure donne également des indications très significatives sur ce plan749.

Selon les chiffres retranscrits dans les tableaux (4.19 et 4.20), les groupes privatisés entre 1986-1988 ont été relativement plus rentables que les groupes privatisables de 1993 sur l’ensemble de la période (1989-1992). Comme le montre le tableau (4.19), les groupes privatisés sont parvenus à maintenir, au cours des trois premières années de la période étudiée, la baisse tendancielle de leur taux de profit dans certaines limites. Cette baisse apparaît plus marquée pour les groupes bancaires et financiers (- 69 %) que les groupes industriels (- 16 %). Pour l’ensemble des groupes privatisés entre 1986-1988, la baisse du taux de profit a été de – 44,53 %

Tableau 4.19 – L’évolution du taux de profit des groupes privatisés entre 1986-1988 (en %)

1989

1990

1991

1992

Moyenne

1989/1992

Baisse

1989/1992

Les groupes industriels

3,55

3,67

3,68

2,95

3,46

– 16,90

Les groupes bancaires et financiers

20,91

17,27

13,15

6,43

14,44

– 69,25

Total

6,22

5,66

5,08

3,45

5,10

– 44,53

Source : RAIGHNOUX R., et MORIN M., (1994), op. cit., p. 205.

Pour les groupes privatisables de 1993, comme le montre le tableau (4.20), globalement la chute du taux de profit est nettement plus importante que pour les groupes privatisés. Dans cette optique, on constate que au début de la période les groupes industriels privatisables apparaissaient plus rentable que leurs homologues privatisés à cause de leur stratégie de diminution de la masse salariale par les suppressions d’emplois et le ralentissement des augmentations salariales annuelles. A partir de 1990, la baisse tendancielle du taux de profit des groupes industriels privatisables s’est fortement accrue pour arriver à – 102 % sur l’ensemble de la période.

Pour les groupes bancaires et financiers privatisables, la plongée vers le bas a également été importante et se traduite par la baisse tendancielle du taux de profit atteignant – 105 % sur l’ensemble de la période. Pour l’ensemble des privatisables la baisse du taux de profit a été de – 94,50 %.

Tableau 4.20 – L’évolution du taux de profit des groupes privatisables de 1993 (en %)

1989

1990

1991

1992

Moyenne

1989/1992

Baisse

1989/1992

Les groupes industriels

4,10

1,48

0,91

-0,10

1,60

– 102,43

Les groupes bancaires et financiers

8,92

6,78

6,94

-0,35

5,57

– 105,49

Total

4,73

2,52

2,02

0,26

2,38

-94,50

Source : RAIGHNOUX R., et MORIN M., (1994), op. cit., p. 206.

En bref, la comparaison de la baisse tendancielle des taux de profit des groupes privatisés et des groupes privatisables indique nettement la résistance plus importante des groupes privatisés malgré la stratégie de diminution de la masse salariale conduite par les groupes privatisables. De plus, au contraire des groupes privatisés entre 1986-1988, les groupes privatisables de 1993 ont été globalement plus sensibles à l’aggravation de la crise750.

Reposant sur les données et les résultats de cette étude (comparaisons), on peut observer que la comparaison n’apparaît pas parfaite au niveau des groupes bancaires, parce que les deux groupes bancaires comparés ne sont pas exactement homologues. Le groupes privatisés composés essentiellement des branches bancaires de Suez et de Paribas ne disposaient pas les mêmes caractéristiques (taille, réseau) des groupes bancaires privatisables composés des deux grandes banques à réseau (BNP et Crédit Lyonnais) à côté de SMC, Banque Hervet. Cependant, des conséquences concernant particulièrement les groupes bancaires et financiers privatisés entre 1986-1988 et ceux privatisables de 1993 peuvent être observées.

Dans une période de récession économique et une crise bancaire majeure qui a touché la majorité des banques françaises (publiques, privées, mutualistes), les résultats comparés des groupes bancaires et financiers privatisés entre 1986-1988 et ceux des groupes bancaires et financiers privatisables de 1993 étaient les suivants:
– Les groupes bancaires privatisables (publics) avaient réalisé sur l’ensemble de la période un taux d’évolution moyenne du produit net bancaire (8,17 %) supérieur à celui réalisé par les groupes bancaires privatisés (4,8 %). Cependant, cette expansion du CA dans cette phase conjoncturelle a laissé son empreinte négative sur les résultats nets de groupes notamment à partir de 1991.
– Les groupes bancaires privatisés apparaissaient relativement plus rentable que les groupes bancaires privatisables. Ce résultat découlait de l’évolution des bénéfices nets pour les deux groupes privatisés et privatisables comme l’exposent les tableaux (4.17 et 4.18). La baisse des BN des groupes bancaires privatisés semblait relativement modérée. En revanche, cette baisse des BN des groupes bancaires privatisables était nettement plus forte et se traduisait par des pertes en 1992.
– La comparaison des taux de profit des groupes bancaires privatisés et des groupes bancaires privatisables a également confirmé que les groupes bancaires privatisés étaient nettement plus rentables que les groupes bancaires privatisables sur l’ensemble de la période. Comme le montrent les tableaux (4.19 et 4.20), les groupes bancaires privatisés avaient réalisé un taux de profit moyen de 14,44 % sur l’ensemble de la période. En revanche, le taux de profit moyen des groupes bancaires privatisables avait atteint 5,57 %.

A la lumière des résultats fournis par ces comparaisons, on remarque que, dans un environnement économique difficile (crise économique, crise bancaire), les banques privatisées ont adopté des stratégies économiques moins risquées et ont enregistré des meilleurs résultats que les banques publiques. En d’autres termes, dans la même conjoncture économique, les banques privatisées étaient plus performantes que les banques publiques.

Au total, selon les conséquences tirées de l’analyse de l’évolution des résultats nets des banques privatisées entre 1986-1988, ainsi que de l’analyse des résultats de ces banques privatisées au cours de la période de 1989 à 1992, par la comparaison de leur performance avec celle des banques publiques au cours de la même période, on peut préciser que, dans les conjonctures économiques stables, les banques françaises privatisées ont nettement amélioré leurs performances après la privatisation en réalisant des résultats nets nettement supérieurs à ceux réalisés avant la privatisation.

Dans les conjonctures économiques difficiles (comme c’était le cas au début des années 1990), les banques privatisées sont apparues plus prudentes et plus rentables que leurs homologues dans le secteur public. Cela montre que les privatisations touchant le secteur bancaire français ont eu des effets positifs sur la performance des banques privatisées.

Lire le mémoire complet ==> (La privatisation du secteur bancaire : Etude comparative entre l’Egypte et la France)
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